CHAHGEMKNS HETEROLOGUES BANS DES PARTIES DEJA EXISTANTES
I. La dégénérescence hétérologue de parties solides déjà existantes a pour résultat que les organes perdent leur tissu propre , et que leur substance se convertit en une masse plus ou moins homogène.
Elle se manifeste par un changement dans la cohésion.
Il y a induration, lorsque la coagulation et la formation de solides acquièrent une prépondérance anormale, de manière que la substance organique prend un degré de fixité et d'invariabilité qui ne correspond point à l'idée de la vie et étouffe cette dernière.
11 y a ramollissement, lorsque le travail fluidifiant de la plasticité prend le dessus , et que la vie se perd au milieu d'une masse amorphe.
Ces deux états conduisent, quoique par des voies différentes, à un même résultat , c'est-à-dire à des désorganisations. Tous deux reposent sur le trouble de l'équilibre normal entre la formation des solides et celle des liquides. Or, comme, en cas de trouble pareil, il s'établit facilement une fluctuation, dans laquelle un des extrêmes appelle l'autre , tous deux peuvent être amenés par des causes semblables, ou se succéder , ou marcher simultanément et de concert.
1° Au premier degré , l'induration n'est qu'un simple accroissement de densité et de cohésion ; la substance possède encore sa texture caractéristique ; seulement les parties constituantes de son tissu sont plus serrées les unes contre les autres, et les interstices destinés aux liquides ont moins d'étendue; dans beaucoup de cas aussi, la quantité de celte substance est accrue, de manière que des parties étalées en surface acquièrent plus d'épaisseur que d'autres dont les trois dimensions sont à peu près égales, deviennent plus volumineuses, et que les cavités limitées par les unes et par les autres diminuent de capacité. Soumises à la macération , les parties qui ont subi cette dégénération se disgrègent plus tard que celles qui sont à l'état normal. Quand l'induration fait des progrès, les interstices s'efiacent, les vaisseaux se rétrécis-
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sent ou s'oblitèrent, les divers matériaux constituons du tissu deviennent indiscernables , la substance prend un aspect ho? mogène, enfin la partie entière n'est plus qu'une masse sans vie , enclavée dans les parties organiques , qu'elle gêne par son poids et sa pression.
2° Le premier degré du ramollissement consiste en une plus grande facilité à céder aux puissances qui agissent par pression ou par traction ; il y a laxité ou friabilité ; parfois aussi le tissu est devenu plus perméable et comme spongieux, les interstices remplis de liquide ayant acquis la prépondérance par rapport aux parties solides qui les limitent. Lorsque la diminution de la cohésion fait des progrès, la texture perd tous ses caractères propres , et la partie se résout en une masse molle, en une bouillie, ou en un liquide épais.
3° Nous avons vu qu'il n'y a point de limites rigoureuses entre les tissus normaux, et qu'ils passent fréquemment les uns aux autres par d'insensibles transitions. Cet état de choses est plus prononcé encore dans les changemens anormaux de texture. La dégénérescence des tissus a de l'affinité , d'un côté avec la transformation homologue (§ 858 ), puisque, par exemple , le tissu induré peut prendre l'aspect des parties fibreuses, ou du cartilage, et le tissu ramolli celui de la substance cérébrale, d'un autre côté avec les pseudomorphoses (§ S70) , de manière qu'il est difficile de distinguer un tissu dégénéré, ou qui a subi la transformation hétérologue, d'un tissu nouveau produit par formation hétérologue; car les pseudomorphoses se manifestent également sous les formes de l'induration et du ramollissement.
H. Parmi les causes qui amènent les dégénérescences,
4° Le premier rang appartient à l'inflammation. Par ellemême, l'inflammation détruit déjà l'équilibre entre la formation du solide et celle du liquide ; elle établit même jusqu'à un certain point entre elles un rapport inverse de celui qu'on observe dans l'étaî normal ; car elle multiplie les lacunes ^du tissu solide et le ramollit; elle augmente et épaissit ou coagule le liquide interstitiel, et quand elle arrive à un certain degré , les caractères spéciaux de la texture sont plus ou moins effacés. Mais c'est surtout pendant les progrès ou à la
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suite de l'inflammation que la dégénérescence se prononce ; car, quand la formation n'est point ramenée à l'équilibre normal, l'une ou l'autre des deux directions acquiert une prépondérance plus décidée.
A la résolution de la phlegmasie , l'extravasation coagulée reprend l'état liquide. Mais, dans le cas de ramollissement anormal, cette direction vers la fluidificaiion franchit ses bornes , et s'étend jusqu'au tissu organique, de manière que celui-ci, tantôt devient un organe spongieux, analogue à la membrane muqueuse et sécrétant du pus, tantôt se fond luimême en pus, tantôt enfin se résout en une masse pultacée, non purulente. Il arrive souvent qu'une partie qui avait subi auparavant la dégénérescence par induration , tombe ensuite dans le ramollissement, parce que , dans un état de choses où l'équilibre normal entre la contraction et l'expansion n'existe plus, il peut se faire qu'à une contraction poussée jusqu'au point d'immobiliser les parties succède une expansion allant jusqu'à les réduire en liquide. De même aussi le ramollissement peut faire naître l'induration à son pourtour ; en effet, non seulement les bords des ulcères se garnissent de callosités, mais encore on trouve souvent épaissie et indurée la couche située sous un point qui suppure, par exemple la membrane séreuse sous la couche musculaire d'une membrane muqueuse, la membrane celluleuse des vaisseaux sanguins , la membrane vasculaire commune du cœur, l'enveloppe fibreuse des reins , etc.
Une induration succède immédiatement à l'inflammation lorsque celle-ci a été dérangée dans son cours normal , de manière que la substance plastique épanchée n'est ni résorbée , ni employée à produire du pus , mais se solidifie de plus en plus et représente une masse dépourvue de vaisseaux.
5° Le régulateur de la formation , qui , dans l'inflammation, n'a perdu sa puissance que sur un point, l'organisme, la perd partout dans la diathèse à laquelle nous donnons le nom de dyscrasie, et laisse le travail plastique flotter au gré d'un mouvement oscillatoire. Si le ramollissement prédomine dans la dyscrasie putride , et l'induration dans la dyscrasie arthritique , cependant les dégénérescences opposées se manifestent
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aussi d'une manière plus ou moins sensible dans l'une et dans l'autre ; mais c'est surtout dans les dyscrasies syphilitique et scrofuleuse que les deux formes de la dégénération se disputent la prééminence.
6° Un léger degré de dégénérescence a sa source dans la faiblesse de l'activité vitale. Ainsi l'on voit survenir une mollesse anormale lorsque le travail de formation ne s'accomplit point avec l'énergie convenable, quand le sang n'a pas assez reçu et développé de substances solides , ou en a trop perdu , quand enfin un organe , par exemple un muscle condamné depuis long-temps à l'inaction par la paralysie , n'est plus en état de s'assimiler convenablement les substances qui correspondent à sa nature. D'un autre côté, la lenteur du renouvellement des matériaux organiques , la paresse de la circulation et le peu d'activité de la résorption peuvent amener une induration.
7° La gangrène est une clestruction'de la composition et de l'organisation d'une partie 'frappée de mort, qui s'effectue sous l'influence de l'organisme tenant encore à cette partie. Elle se manifeste sous les deux formes de la dégénérescence ; comme gangrène sèche, quand le liquide est en partie résorbé, en partie dégagé sous forme de vapeur ou de gaz , et que le tissu , devenant pour ainsi dire charboné ou momifié , se resserre sur lui-même et se dessèche ; comme gangrène humide , lorsque les parties deviennent spongieuses , se tuméfient , se ramollissent et se résolvent en ichor.
. 8° Enfin on rencontre des dégénérescences qui dépendent directement d'une influence chimique , tandis que , dans d'autres cas , elles ont été amenées par un état de la vie dont nous ne pouvons connaître que les effets , sans qu'il nous soit donné d'apprécier les circonstances qui le déterminent. L'endurcissement du cristallin et le ramollissement de l'estomac en fournissent des exemples. La cataracte , dans laquelle la substance cristalline est devenue coagulée , opaque et insoluble dans l'eau, se manifeste quelquefois d'une manière subite , par l'action de la chaleur ( de la flamme ou de l'eau bouillante); c'est alors une dégénérescence purement chimique; mais, dans d'autres circonstances, elle survient peu à peu , par