IV. Quant à la composition chimique
9° Prout considère les tubercules comme des dépôts d'albumine incomplètement développée (1). Thenard (2) y a trouvé 0,9815 de matière organique , et 0,0185 de chlorure de sodium , avec du phosphate de chaux , du carbonate calcaire et une trace de fer; Hecht (3) 0,30 de fibrine, 0,23 d'albumine , 0,27 de gélatine , et 0,27 d'eau , y comprise la perte. D'après Gendrin , la substance tuberculeuse ramollie est un mélange d'albumine avec des sels en excès ; elle réagit à la manière des] alcalis , et elle est coagulée tant par la chaleur que par les acides.
10° Un squirrhe , que Collard de Martigny (4) avait laissé tremper dans l'eau pendant quelques heures , devint mou à l'air, s'y réduisit presqu'en bouillie , et acquit une odeur infecte ; les parties constituantes étaient 0,8718 d'eau, 0,1057 d'albumine en partie soluble dans l'eau, 0,0108 de gélatine, et 0,0103 de graisse, avec 0,0014 de perte, et une trace de phosphore et de sels. Flasshoff(5)atrouvé, dans un squirrhe de la glande mammaire , beaucoup d'albumine , de la fibrine, de la gélatine , de la soude , du phosphate de soude , du chlorure de sodium, du soufre , et peu de phosphate et de carbonate calcaires. Hecht (6) indique , comme parties composantes d'un squirrhe au sein, 0,2778 de gélatine , autant de fibrine , 0,1388 de graisse , 0,0278 d'albumine , avec 0,2778 d'eau , y comprise la perte -, il a trouvé dans un squirrhe de la matrice, 0,2144 de gélatine, 0,1428 de fibrine, autant de graisse , et 0,5000 d'eau , avec la perte.
L'ichor cancéreux réagit à la manière des alcalis. Morin (7) y a rencontré de la graisse, de l'albumine, de l'ammoniaque et du sulfhydrate d'ammoniaque. La substance pultacée du
(1) Froriep , Notizen , t. XXXI , p. 245. '
(2) Àndral , Précis d'anatomie pathologique , 1. 1 , p. 417.
(3) Lobstein , Traité d'anatomie pathologique , t. I , p. 378.
(4) Journal de chimie médicale , t. IV, p. 322.
(5) John , Chemische Tabellcn des Thierreichs , p. 36.
(6) Lobstein , Traite d'anatomie pathologique , t. I , p, 401.
(7) Gmelin , Handbuch der theoretischen Chcmie , t. II , p. 4371.
PRODUITS MATÉRIELS IlÉTÉROIOGUES.
cancer ulcéré, qui exerçait également des réactions alcalines, lui a offert de l'osmazome , de l'albumine , de la gélatine , de l'ammoniaque libre , de l'Iiydrochlorate d'ammoniaque , du chlorure de sodium , et du phosphate calcaire. Eufin il a trouvé dans L substance grasse , blanchâtre et neutre , de la graisse , de l'osmazome, de l'albumine , du chlorure de sodium et du phosphate de chaux.
41° Une masse d'encéphaloides , extraite de la substance du foie , contenait , d'après Serres et Baudrimont (1), 0,6500 d'eau, 0,3325 de fibrine, 0,0120 de graisse rouge et blan= che , analogue à la graisse cérébrale , mais avec une trace seulement de phosphore , 0,0012 de gélatine , 0,0008 d'osmazome ; perte 0,0035. Une autre masse de la même matière contenait, d'après Wiggers (2), les mêmes principes constituans à peu près que la substance musculaire , savoir de la fibrine faisant la base du tout , de l'albumine coagulée , de la graisse phosphorée , de la gélatine , de l'osmazome, du phosphate calcaire , du sulfate de soude , du chlorure de sodium et des traces de carbonate de chaux et de magnésie.
Chevallier (3) a trouvé, dans une pseudomorphose des reins, de lalbumine, de l'osmazome, un peu de graisse, du sulfhydrate d'ammoniaque , du chlorure de sodium , du phosphate et du sulfate de soude , avec des traces de cholestérine et de fer.
John (4) a rencontré , dans des pseudomorphoses du cerveau , 0,57 d'eau, 0,18 de substance cartilagineuse insoluble dans la potasse, 0,17 d'albumine à demi coagulée , 0,06 dé graisse , et 0,02 de sels ; Lassaigne (5), beaucoup de fibrine ( provenant de sang épanché ) , un peu de cholestérine , du phosphate et un peu de carbonate de chaux ; Morin (6), beaucoup de cholestérine , peu d'albumine^coagulée , du phosphate de chaux et du carbonate calcaire.
(1) Schweigger, Journal fucr Chemie , t. LVIII , p. 473.
(2) lïoriep , Notizen , t. XXXIX , p. 320.
(3) Journal de chimie médicale, t. VII, p. 537.
(4) Graelin , Hundùuck der theorelischen Chemie , t. II , p. 136S.
(5) Journal de chimie médicale, t. I , p. 270.
(6) Ibid., t. IU , p. 13.
380 PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES.
"* Exanthèmes.
§ 872. Les exanthèmes sont des pseudomorphoses de la peau dont les produits n'arrivent point à se mettre en connexion organique avec l'économie et à prendre une forme durable, mais sont repoussés au dehors, et par là débarrassent l'économie d'une substance étrangère , qui se trouvait contenue dans son intérieur. Ayant de l'affinité avec les dégénérescences de la sécrétion (§ 867), ainsi qu'avec l'expulsion de substance hétérologue (§ 865), ils appartiennent aux pseudomorphoses , en ce que le sol inflammatoire qui les produit acquiert des formes particulières , ainsi que l'épidémie et le liquide sécrété lui-même.
I. Leur phénomène le plus général consiste en ce qu'il se produit , sur un point enflammé de la peau , un liquide dont l'émission est accompagnée d'une déformation plus ou moins considérable des parties environnantes (1).
Sous la forme la plus élevée , cette pseudomorphose parcourt cinq périodes susceptibles d'être distinguées ; car l'éruption constitue d'abord une tache (inflammation), puis une tubercule (pullulation), ensuite une vésicule séreuse (développement de la sécrétion), plus lard une vésicule purulente ou une pustule (fin de la sécrétion), enfin une croûte (dessèchement de la sécrétion et de l'épiderme détaché). Ces phénomènes ont de l'analogie avec un cours entier de vie ; c'est parce qu'on les a comparés surtout à la végétation ,J que les éruptions cutanées ont été appelées efflorescences ou exanthèmes , et que l'on a donné à l'une de leurs périodes moyennes le nom de boutonnement. On pourrait même trouver ici de l'analogie avec le développement animal, la fécondation, la formation du germe , celle de l'œuf , celle de l'embryon , et la naissance, s'il n'y avait pas quelque chose de puéril à vouloir ainsi spécialiser des analogies qui sont purement générales.
A ces exanthèmes complets (III) tiennent, d'un côté, ceux
(1) Rayer, Traité des maladies de la peau , 2° édit., Paris, 1835, t. I, p. 120 et suiv.
PRODUITS MATÉRIELS IIÉTKROLOGUES. 58 1
qui persistent à un degré inférieur de développement, et ne parviennent point jusqu'à la formation de vésicules (II), d'un autre côté , ceux qui s'élèvent jusqu'à produire un néoplasme sous l'enveloppe organique (IV). On pourrait comparer les premiers aux moisissures et les autres aux végétations souterraines.
Du reste , les exanthèmes se divisent en aigus, ayant pour caractères une activité plastique plus énergique, une inflammation plus forte , un accompagnement de mouvemens fébriles, une marche plus, rapide, et une 'durée moins longue , qui se termine par l'extinction complète de la pseudomorphose ; chroniques, qui se développent d'une manière plus lente et avec des symptômes moins saillaris , qui se lient moins à des périodes déterminées , qui se reproduisent toujours de nouveau après leur chute , et qui prennent ainsi racine dans l'organisme. Ceux-ci sont aux premiers comme les arbres verts à ceux dont le feuillage se renouvelle tous les ans , ou comme les plantes bisannuelles aux végétaux annuels.
IL Parmi les exanthèmes sans formation de vésicules se rangent
1° Ceux dans lesquels on n'aperçoit pas non plus de sécrétion liquide. Il n'apparaît que des taches rouges , n'ayant point de limites bien tranchées, tantôt sans nulle élévation , comme dans la scarlatine , tantôt avec une tuméfaction superficielle , comme dans l'érysipèle ; ou bien il se forme de petits tubercules , comme dans la rougeole , ou des élévations plus larges, comme dans l'urticaire.
Nous devons admettre ici que la sécrétion hétérologue s'échappe sous la forme de vapeur ; car l'épiderme tombe ensuite en écailles furfuracées , parfois aussi en lames plus larges ou en poussière farinacée. La transpiration exhale une odeur particulière, et quand elle est supprimée, on voit survenir l'œdème et l'hydropisie. La contagion a lieu sans attouchement immédiat, uniquement par le fait de l'atmosplière qui entoure e malade, et, de même que le principe contagieux, l'exanthème lui-même porte le caractère de la fugacité. En effet, la rougeole et la scarlatine sont très-sujettes à disparaître , pour faire place sur-le-champ à des affec"
58a PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÊROLOGDES.
tions d'autres organes; l'érysipèle se manifeste souvent d'une manière soudaine , et il n'est pas rare que l'urticaire se dissipe avec tout autant de promptitude qu'elle s'était développée. Du reste, l'érysipèle et la scarlatine sont fréquemment accompagnées d'un gonflement œdémateux , et il n'est pas rare qu'on voye alors se produire de véritables vésicules séreuses , qui sont même constantes dans quelques formes de l'érysipèle , le pemphigus et le zona.
2° Dans l'intertrigo , l'exanthème paraît comme inflammation d'une surface plane, avec sécrétion d'un liquide qui exhale une odeur particulière et détruit l'épiderme.
3° Dans d'autres exanthèmes chroniques sur une surface plane, il se sécrète un liquide ayant de l'affinité avec la substance cornée , qui se dépose sur les parties épidermatiques , eÇfait corps avec elles. Ainsi, dans certaines variétés de l'ichthyose, l'épiderme tantôt s'épaissit uniformément ou par l'addition de couches indiscernables, ce qui le rend opaque et coloré , tantôt se détache par écailles. Dans la plique polonaise , les follicules cutanés sécrètent, le plus souvent au cuir chevelu, fréquemment aussi à la racine des ongles, un liquide épais , visqueux et gras , qui se répand sur toute la surface des cheveux , les colle ensemble et se dessèche, mais produit aux ongles des masses cornées informes et tuberculeuses ; quand les cheveux croissent l'intrication qui avait été produite par la maladie s'éloigne peu à peu de la peau ; à l'égard des ongles déformés , ils tombent de temps en temps. III. Les exanthèmes vésiculeux
4° Doivent naissance à ce que la partie enflammée de la peau sécrète , soit sur sa surface même , soit dans un petit tubercule, un liquide séreux, qui soulève l'épiderme en ma< nière d'ampoule, et perd peu à peu sa limpidité primitive. Plusieurs exanthèmes s'arrêtent ordinairement à ce degré ; le liquide devient plus ou moins trouble , se dessèche ensuite , se colle à l'épiderme , et tombe avec lui sous la forme de croûte. C'est ainsi que se produisent , outre les vésicules érysipélateuses, les ampoules de chaleur, les varicelles , la gale et les dartres dans leur état primordial , la teigne sèche , etc.ja
PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES. 385
5° Lorsque l'inflammation s'étend aux couches profondes de la peau , le liquide sécrété se convertit en pus, qui, après s'être desséché avec l'épidémie , est rejeté à l'état de croûte. Au nombre des exanthèmes qui , d'après leur nature , arrivent à ce degré de développement, on compte la petite-vérole1, qui produit d'abord de petits tubercules , lesquels deviennent des vésicules celluleuses , dont le liquide séreux se trouble , puis se convertit en un pus épais , jaune verdàtre , après quoi il se produit une croûte dure , "brune et luisante. D'autres exanthèmes , qui ne sécrètent ordinairement que de la sérosité, peuvent arriver jusqu'à la suppuration , lorsqu'ils pénètrent plus avant dans la peau; si alors ils ont le caractère chronique , de nouveau pus se reproduit sans cesse sous les croûtes , à mesure qu'il s'en forme , et l'exanthème représente des ulcères.
6° Dans les exanthèmes qui ont pour siège les follicules de la peau , la suppuration , en se mêlant avec le smegma cutané , devient épaisse , visqueuse , et acquiert une odeur repoussante , comme il arrive dans la teigne humide , où , en se condensant par l'action de la chaleur et de l'air, la matière colle ensemble les cheveux, qui tombent ensuite ; les ongles sont fréquemment attaqués aussi dans ce cas.
7° D'autres exanthèmes, situés profondément, et produisant une matière cornée anormale , entraînent une dégénérescence du tissu de la peau et des parties épidermiques. Ainsi, dans la lèpre et ses différentes formes , la peau s'épaissit , acquiert la dureté de la corne, et devient sèche, ridée, fendillée; les ongles s'épaississent et tombent. Les dartres qui ont jeté des racines profondes rendent également la peau plus épaisse , sèche , cassante , rude et sillonnée.
IV. Enfin il faut ranger aussi parmi les exanthèmes les néoplasmes qui apparaissent au système cutané.
8° Les aphthes naissent, sous la forme de petites vésicules, à la surface de la membrane muqueuse, dont la sécrétion s'épaissit en une fausse membrane molle , qui demeure incomplète; puis, après le détachement de l'épithélium, il se produit encore une masse caséeuse analogue.
Des pseudoraembranes incomplètes, et analogues aux pré-
384 PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGUES.
cédentes, se développent dans le muguet, sans avoir été précédées de vésicules ; leur production a lieu au dessus ou même au dessous de l'épiihélium de la membrane muqueuse enflammée.
9° Le furoncle est une tumeur inflammatoire qui a ses racines dans le tissu cellulaire sous-cutané , qui se soulève en pointe , et qui est nettement circonscrite. Son noyau , appelé bourbillon, est un néoplasme conique, d'un blanc jaunâtre, ferme et élastique , homogène dans sa substance , par la présence duquel l'inflammation qui Ta produit se trouve entretenue, comme elle le serait par un corps étranger. II se détache peu à peu du tissu cellulaire, et finit par être expulsé avec le pus.
L'anthrax est un furoncle plus considérable , avec plusieurs bourbillons, après l'expulsion desquels le tissu cutané paraît semblable à une éponge pleine de pus.
V. Les exanthèmes sont des pseudomorphoses manifestées à la surface terminale de l'organisme et déposées à l'extérieur, de manière que, par eux, une substance hétérologue se trouve éliminée. Ils supposent toujours l'existence d'une matière qui ne correspond point au caractère de l'organisme , et dont ils débarrassent l'économie animale. Ils peuvent dépendre d'un état anormal de l'organe cutané , consistant en ce que des substances étrangères ont pénétré dans le. tissu de cet organe , ou en ce que des substances anormales se sont développées en lui par l'effet d'un trouble survenu dans son activité normale. Mais, bien plus fréquemment, ils ont pour cause une diathèse tenant à ce que des substances étrangères venues du dehors , ou des substances excrémentitielles retenues dans le corps , ou enfin des matières anormales produites par un trouble quelconque du travail de la plasticité , se sont répandues dans la masse organique. Tantôt alors l'exanthème est purement symptomatique , il n'a point d'influence allégeante sur la maladie, ou s'il se prolonge trop, il porte préjudice à la vie , il l'épuisé , parce que la dyscrasie est trop considérable pour qu'il puisse y porter remède. Tantôt il est palliatif, c'est-à-dire qu'il débarrasse l'organisme des substances anormales dont [la production continue sans
PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGCES. 385
interruption , et prévient ainsi les résultats funestes d'une activité plastique anormale, sans pouvoir cependant faire cesser cette dernière elle-même. Tantôt enfin il est critique, lorsqu'avec le produit anormal s'éteint aussi la production anormale. Partout où l'exanthème se rattache aune diathèse, sa suppression entraîne des inconvéniens plus ou moins graves; car elle donne lieu soit à des inflammations , soit à des hétéroplasmes, ou s'il ne survient aucune formation susceptible de frapper les sens , on voit éclater des désordres dans la vie animale.
10° Des substances étrangères qui pénètrent immédiatement dans la peau, provoquent des exanthèmes. Après les frictions faites avec la pommade stibiée , des pustules qui se remplissent d'un liquide jaune naissent non seulement sur la partie qui a reçu l'impression du sel , mais encore sur des points éloignés.
L'action de la substance étrangère devient plus prononcée encore lorsqu'elle est parvenue dans l'organisme par d'autres voies. Les préparations mercurielles prises à fortes doses déterminent des taches d'un rouge intense , qui se desquament, ou de tubercules semblables à ceux de l'urticaire , ou des vésicules transparentes , pleines d'un liquide acre et exhalant une odeur particulière. Fourcroy a trouvé du mercure coulant dans un exanthème qui avait été occasioné par l'inspiration de vapeurs mercurielles. Il survient fréquemment, dans les empoisonnemens par l'arsenic , une éruption cutanée qui ressemble à la rougeole , ou à la miliaire , ou à la petitevérole (1). On observe plus rarement ce phénomène sous l'influence des acides ; cependant l'acide oxalique produit des taches rondes et d'un rouge foncé. Les eaux minérales sulfureuses et le soufre à haute dose font souvent apparaître des éruptions miliaires. Certaines Moules provoquent, chez ceux qui les mangent, un exanthème ortié ou miliaire (2), et l'on a vu des vésicules analogues à celles du pemphigus se déve-
(\) Christison , A Treatise on Poisons , Edimhtnjh , 1832 ,*p. 223. (2) Und., p. 55
VIII» 35
lopper après l'usage du Caltha palustris (1). Le baume de Copahu, l'essence de térébenthine, etc., suscitent aussi parfois des exanthèmes.
11° Chez les sujets qui regorgent de santé, et qui produisent une trop grain' ' hondance de sucs, mais sans parachever l'assimilation , do manière que le sang porte encore jusqu'à un certain point le caractère du chyle , il survient des furoncles , des croûtes de lait , la teigne , etc.
12° Les dérangemens de la digestion entraînent souvent des phlyctènes à la bouche et des aphthes; ceux de la sécrétion biliaire , l'érysipèle et le pemphigus. Des alimens insalubres , un air impur, froid, humide et chargé de vapeurs, déterminent des exanthèmes chroniques, en portant le trouble dans la formation du sang.
43° La diminution des excrétions agit de la même manière. Le psydracia et le pemphigus des vieillards dépendent presque toujours du trop peu d'abondance de la sécrétion urinaire.
14° Les dyscrasies spéciales, les scrofules , la syphilis, le scorbut, la goutte, se manifestent en partie par des exanthèmes. La décomposition qui accompagne le typhus entraîne le développement de la miliaire , des pétéchies et de l'anthrax.
15° Enfin , des exanthèmes doivent naissance à la contagion. Leur produit, quand il a été admis dans un organisme sain , y détermine la diathèse qui leur est propre , et en même temps une assimilation de substances normales , d'où résulte que celles-ci prennent le même caractère que lui , qu'il se multiplie par conséquent, et qu'il devient la semence servant à la propagation de l'exanthème. Chez les individus qui n'ont point de réceptivité pour lui, il demeure tout-à-lait sans action , ou ne détermine qu'un dérangement passager de la santé , sans donner lieu aux phénomènes caractéristiques de la diathèse exanthémalique.
16° En elfet , tout exanthème qui ne se rattache point à la
(1) Rust , Magasin fuer die yesammte Heilkunde , t. XX, p. 451.
produits matérikls hktérologues. 387
pénétration do substances étrangères (10°), a sa diathèse propre , qui est passagère dans ceux d'espèce aiguë , permanente dans ceux de nature chronique, et qui imprime son caractère spécial aux: étals morbides généraux, par exemple à l'inflammation et à la suppuration. La manière dont une diathèse exanthématique peut devenir une dyscrasie qui se manifeste par les formes les plus variées de la dégénérescence, se voit d'après l'exemple de la syphilis, qui apparut d'abord en Europe sous les dehors d'un exanthème , et qui conserve encore plus ou moins ce caractère aujourd'hui. La spécialité de la diathèse exanthématique se révèle princi^ paiement dans les affections cutanées qui ont pris racine chez l'espèce humaine , et qui attaquent en général chaque homme , mais une fois seulement pendant le cours de sa vie , de sorte qu'on pourrait presque les considérer comme des degrés normaux de développement, puisque la réceptivité pour elles est générale, mais, anéantie par la production de l'exanthème. En effet, dans chacun de ces exanthèmes', une sphère particulière des organes plastiques, notamment de la membrane muqueuse, prend part à l'affection de la peau. La scarlatine siège à la surface la plus extérieure de cette dernière, et se rapporte principalement à son exhalation aqueuse ; mais elle s'accompagne d'une inflammation de la partie initiale de l'appareil digestif, qui est l'organe de l'ingestion de 1 eau, et, parmi les maladies consécutives qu'elle traîne à sa suite , la principale est une formation anormale de sérosité dans le tissu cellulaire. La rougeole affecte la peau , comme organe sécrétant des gaz, et intéresse surtout l'activité vasculaire proprement dite de cet organe ; mais il s'y joint un état catarrhal ; elle est très-sujette à changer de siège et à faire naître ainsi des inflammations dans les organes internes, notamment dans les poumons , qui sont aussi ceux sur lesquels portent de préférence les maladies consécutives. La petitevérole pénètre plus profondément dans l'organe cutané ; son principe contagieux est moins volatil et plus incorporé dans le pus , elle est moins variable , moins sujette à se supprimer ; mais elle affecte sympathiquement le canal intestinal tout entier, et traîne à sa suite des désordres de l'assimilation en-
388 PRODUITS MATÉRIELS IlÉTEROLOGUES.
tière , spécialement des productions anormales dans le système scléreux.
VI. A l'égard de la composition chimique , Nauche (1) prétend que le liquide des exanthèmes aigus est alcalin , et celui des dartres acide. Heidenreich (2) a trouvé , comme Schœnlein , qu'il y avait des réactions alcalines dans la scarlatine et l'érysipèle , acides dans la miliaire et la rougeole. Nous avons besoin d'observations ultérieures qui nous apprennent si ces phénomènes sont constans.
17° ^Le pus variolique contient, d'après Tremollière (3) , de la fibrine , du mucus , du chlorure de sodium , du sulfate de potasse et du phosphate de chaux ; mais on y trouve , en outre , du cyanure de sodium , quand la maladie est compliquée avec des pétéchies. Lassaigne a obtenu des croûtes varioliques (4) k0,700 de résidu insoluble, consistant en épiderme et albumine coagulée, 0,150 d'albumine soluble, 0,112 d'une matière analogue à l'osmazome, 0,013 de matière grasse, 0,025 de chlorure de potassium, de chlorure de sodium, de phosphate de soude et de phosphate de chaux ; dans le cas de complication avec des pétéchies , il y avait davantage de matière grasse et de substance analogue à l'osmazome , et moins des autres substances.
18° Sacco (5) assure que le vaccin est neutre ; il contient des globules oblongs , qui , même dans le vaccin desséché et ramolli ensuite par l'eau froide , montrent une sorte de mouvement vermiforme. La chaleur et l'alcool le coagulent, et lui font perdre , ainsi que les acides et les alcalis , sa propriété contagieuse.
19° La sérosité des pustules psoriques ne diffère du sérum, d'après Margueron (6) , que parce qu'elle contient une proportion plus considérable d'albumine.
(1) Meckel , Veutsches Arclriv , t. IV, p. 458.
(2) Hufeland , Journal der praktischen Hailkunde , 1833 , t. III, p. 98
(3) Journal de chimie médicale , t. IV, p. 489.
(4) Ihid., t. VIII, p. 736. I
(5) PoggendorfF , Annalen , t. XLIV, p. 51.
(6) John, Chemische Tabellen des Thierreichs , p. 44.
PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGUES. 389
20° Le liquide de la teigne contient de l'albumine et beaucoup de gélatine, d'après Thénard et Chevillot. Morin(l) y signale, en outre, de l'osmazome , de la graisse, de l'acétate d'ammoniaque , du chlorure de sodium, et une trace de phosphate et de sulfate calcaires.
21° Vauquelin a trouvé dans les squames des dartres de l'acide libre , de l'albumine , du mucus , du chlorure de sodium , du sulfate de soude et du phosphate de chaux.
22° Le liquide de la plique polonaise contient un savon ammoniacal , et , d'après Vauquelin , de la substance cornée non encore endurcie.
b. Productions hétérologues qui se séparent de V organisme,
f § 873. Aux exanthèmes se rattachent d'autres produits hétérologues qui se séparent également de l'organisme , mais qui diffèrent d'eux en ce que leur séparation est la cause de la formation hétérologue , et non pas la conséquence de cette même formation , comme il arrive pour ceux dont nous avons parlé dans le paragraphe précédent. Dans l'exanthème, l'organisme produit par sécrétion des pseudomorphoses , qu'il repousse hors de lui , simultanément avec une matière hétérologue ; ici , au contraire , la vie générale ou d'ensemble ayant perdu une partie de son influence , la matière organique se développe en corps solides étrangers , qui se maintiennent et subsistent malgré leur contact avec l'organisme , et sans que ce soit une condition essentielle qu'il y ait continuité entre eux][et lui. Là l'organisme se débarrasse d'une matière qui ne lui correspond point ; ici la matière devient infidèle à l'organisme , et se détache de lui , soit que , par héterogénie , elle se développe en êtres vivans particuliers , les parasites , soit qu'elle produise seulement des masses inertes et soustraites à l'influence de l'activité vivante , les concrétions ( § 874).
(1) Gmelin , Ilandbuch der theoretischen Chcmio , t. II, p. 1399. r
3gO PRODUITS MATÉRIELS IlÉTÉROLOGUES.
* Parasites.
Une grande vivacité de l'activité plastique, mais sans énergie suffisante pour soumettre ses produits à l'unité de l'organisme, et une surabondance de matière organique, mais qui n'a point atteint le degré convenable d'élaboration, telles sont les conditions les plus générales de la production des parasites, que l'on dislingue en Entozoaires (§ 1G) et Epizoaires(§ 17,1).
Les parasites se forment des liquides sécrétés en contact avec la surface organique ; on rencontre très-rarement quelques Entozoaires dans des sinuosités de vaisseaux sanguins. Le système cutané, dont la faculté plastique est si active , et qui en même temps constitue la limite de l'organisme, est leur principal siège. En effet, tous les Epizoaires se trouvent sur la peau ; quant aux Entozoaires , ils vivent pour la plupart à la surface de la membrane muqueuse ; peu d'entre eux habitent soit dans le tissu cellulaire atmosphérique ou parenchymateux, soit dans des vésicules séreuses. La cavité abdominale, comme foyer proprement dit de la vie matérielle et plastique, est aussi la région du corps qui recèle le plus grand nombre d'Entozoaires.
Les parasites ne peuvent point accomplir entièrement leur séparation. Ils s'élèvent bien à une vie propre , mais non à l'indépendance , et demeurent soumis à l'organisme dont la substance les a engendrés. En attirant les humeurs , par l'irritation qu'ils déterminent, sur le point où ils reposent, ils y trouvent leur nourriture , semblables en cela aux excroissances ( § 870 ) , qu'on a aussi nommées pour cette raison des tumeurs parasites. Ils peuvent donc, comme les exanthèmes , tantôt débarrasser l'organisme de substances superflues, et notamment de celles qui ne sauraient servir à sa conservation , tantôt lui soustraire la matière nécessaire au maintien de son intégrité , et par conséquent l'épuiser.
Nous trouvons une transition de l'exanthème à la formalion des parasites dans la production des cirons de la gale (§ 17, 1°). Le règne végétal nous offre aussi un chaînon in-
PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES. 3g 1
termédiaire entre ces deux-là dans les Coniomycèles entophytes, qu'on observe particulièrement sur les plantes à feuilles délicates, herbacées, sur celles qui transpirent beaucoup (1) et que la fertilité du sol surcharge de matière plastique , dans les parties jeunes et remplies de sucs (2) , et dont la formation est favorisée par l'humidité de l'air, par une sécheresse prolongée , par des changemens brusques de temps, par le manque d'air et de lumière , en un mot par tout ce qui trouble la respiration végétale (3). Le liquide accumulé en pareilles circonstances s'épaissit peu à peu et finit par se convertir en une masse compacte, colorée, qui distend l'épi— derme , le soulève sous la forme de vésicules, et se résout en granulations pulvérulentes; ces granulations, appelées sporidies, se dispersent à la rupture des vésicules (4), et, quand elles tombent sur d'autres plantes, paraissent se propager, si toutefois elles rencontrent un concours de circonstances favorables (5). Celles de ces formations qui ont leur siège sur des parties végétales vertes revêtent des formes diverses , suivant qu'elles sont ou uniquement couvertes par l'épiderme de la plante , ou renfermées en outre dans une enveloppe spéciale ; elles représentent deux séries parallèles de développement , car les sporidies , simples au plus bas degré, acquièrent un support qui, d'abord parfaitement homogène avec elles, s'en distingue ensuite jusqu'à un certain point, rejette les sporidies parvenues à maturité, et paraît enfin diversement ramifié ; mais les sporidies elles-mêmes se développent en une double sphère, et deviennent multiloculaires. Unger, qui a très-bien peint les deux séries (6) , fait ressortir aussi l'analogie qui existe entre ces sortes de formations et les exanthèmes (7). Cependant elles ne s'accordent pas en tous points avec ces
(1) Unger, Die Exanthème der Pflanzen und einiije mit diesen verwandte Krankheiten der Gewœchse , p. 139.
(2) Loc. cit., p. 145.
<3) Loc. cit., p. 152.
(4) Loc. cit., p. 159.
(5) Loc. cit., p. 333.
(6) Loc. cit., p. 262-304.
(7) Loc. cit., p. 395.
392 PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGtES. derniers , et ce qui leur donne] de l'intérêt à nos yeux / c'est précisément qu'ayant le caractère de chaînons intermédiaires, elles nous mettent sur la voie de saisir l'unité essentielle des différentes espèces de formation. Elles diffèrent des exanthèmes en ce qu'elles acquièrent une forme et une segmentation organiques spéciales, et ressemblent aux parasites en ce qu'elles végètent sur l'organisme qui leur sert de souche. Nous pourrions dire que ce sont des exanthèmes qui , avant de se détacher et de tomber, passent à la forme organique et deviennent des parasites , en vertu de l'exubérance de force plastique qui fait le caractère de la vie végétale. Comme parasites produits dans l'intérieur du corps végétal , elles ressemblent aux Entozoaires , et sont des Entophytes ; mais , attendu qu'elles percent au dehors, en se développant , celte circonstance les rapproche des exanthèmes. Enfin, comme elles végètent à la surface sous forme organique , elles ont de l'analogie avec les Épizoaires , et sont des Épiphytes. Nous pouvons les considérer comme les analogues d'Entozoaires, qui , parce que les viscères manquent et la vie extérieure prédomine chez les végétaux , font irruption à la surface , de même que les exanthèmes ; nous pouvons aussi les regarder comme analogues des Épizoaires , en ce sens que , parvenues à la surface et cherchant la lumière, elles attirent des sucs de l'organisme souche. Les moisissures bornées à l'intérieur du corps végétal , qu'Unger désigne sous le nom de Protomyces (1) , sont également des sporidies provenant de la résolution d'un renflement produit par une masse de sucs dégénérés , mais elles ne percent pas jusqu'à l'extérieur, et signalent ainsi un degré de développement analogue à celui d'où résultent les Entozoaires. Enfin si la translation sur d'autres] plantes est suivie d'une production de champignons analogues, nous pouvons voir dans ce phénomène une sorte d'infection, ou une homogénie , ou une identité des deux phénomènes n'ayant point encore acquis une forme qui les distingue l'un de l'autre.
(1) Loc. cit., p. 340.
PRODUITS MATÉRIELS IlÉTEROLOGUES.
** Concrétions.
§ 874. Les concrétions sont des masses solides et sans vie , qui se précipitent d'un liquide organique , soit quand celui-ci présente une anomalie dans sa composition , notamment lorsque la prédominance de quelque principe constituant, ou l'existence d'une diathèse, lui donne une tendance à se décomposer, favorisée par la lenteur du renouvellement des matériaux ou du mouvement, soit quand la présence accidentelle d'un corps étranger qui a'de l'affinité pour tel ou tel principe constituant, le détermine à se séparer des autres. Elles se produisent la plupart du temps par des dépôts successifs , qui forment assez souvent des couches concentriques autour d'un noyau; mais quelques unes aussi portent le cachet de la cristallisation. Leur forme extérieure est accidentelle , et dépend de celle des parties environnantes. Lorsque plusieurs concrétions sont serrées les unes contre les autres, elles présentent des surfaces planes, tandis qu'à l'état d'isolement, elles sont en général plus ou moins arrondies. Quelquefois elles semblent contracter des connexions avec l'organisme , soit qu'elles repoussent la paroi des cavités qui les renferment, et produisent ainsi des poches dont l'orifice se rétrécit ensuite, ou même s'oblitère, soit qu'il se dépose autour d'elles une couche de substance organique , qui finit par se développer en un kyste complet.
Nous distinguons les concrétions en communes et spéciales.
t Concrétions communes.
Les concrétions communes sont celles qui 'dépendent d'une prédominance de la matière inorganique répandue dans l'organisme entier , le phosphate calcaire. En effet, elles ont presque toujours ce sel pour base ; mais la substance organique qui en lie les molécules varie suivant les parties dans lesquelles on les rencontre. Ce qui les distingue surtout du tissu osseux ( § 859, 23° ), c'est qu'elles n'ont point de texture organique.
^94 PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROEOGUES.
I. Il est rare que des concrétions de ce genre se forment à la peau, et quand elles s'y produisent, la constitution normale du smegma cutané fait que le lien des molécules terreuses consiste presque toujours en une substance grasse.
1° Les sueurs calcaires ou sablonneuses qu'on a observées chez des goutteux et des sujets atteints d'affection calculeuse (1), consistaient probablement en urates. Cependant on a rencontré aussi quelques cas dans lesquels des phosphates étaient sécrétés par la peau ( § 852, III ). Hofmann (2) rapporte qu'une surface suppurante à l'abdomen décrétait continuellement des concrétions brillantes , d'un blanc jaunâtre , qui étaient composées de phosphate calcaire et d'une matière solide, cristalline.
2° Suivant Wurzer (3), le phosphate dechaux était combiné avec de la substance organique dans une concrétion trouvée sous le prépuce , et avec du mucus , outre 0,09 de matière grasse, dans une autre qui s'était développée derrière la couronne du gland. Dans les deux cas , on découvrit aussi des traces de chlorure de sodium , ou de soude pure , et de fer.
II. Il se forme souvent des concrétions de ce genre au commencement des membranes muqueuses ; le ciment est alors du mucus condensé et en partie aussi de la matière salivaire.
3° Le tartre des dents est le résidu du mucus jaune ou verdâtre que le liquide sécrété dans l'intérieur de la bouche laisse précipiter sur la surface des dents , lorsqu'il y prolonge son séjour. Aussi se dépose-t-il principalement du côté sur lequel on se tient couché pendant la nuit, et s'accumule-t-il en grandes masses lorsque l'ouverture de la bouche a été réduite à un petit trou par des ulcères (4). A l'analyse chimique , il fournit, selon Berzelius (5) , 0,790 de phosphate calcaire et de magnésie, 0,125 de mucus, 0,075 de matière organique
(1) Voigtel, Handluch der pathologischen Anatomie , t. I, p. 69.
(2) John , Chemische Tabollcn des Tlrierreichs , p. 47.
(3) Kastner, Archiv fuer die gesammte Naturlehre , t. VIII, p. 296.
(4) DiefTcnbach , Chirurgisclie Erfahrungen , t. I, p. il.
(5) Berzelius, Traité de chimie , t. VII, p. 164.
PRODUITS MATÉRIELS IlÉTÉROLOGUES. ûÇ)5
soluble dans l'acide hydrochlorique , et 0,010 de matière salivaire; suivant Vauquelin et Laugier (1), 0,660 de phosphate calcaire , 0,090 de carbonate de chaux , 0,034 de phosphate de magnésie et de fer, 0,130 de mucus , 0,016 de matière organique soluble dans l'acide hydrochlorique, et 0,070 d'eau.
4° L'enduit blanchâtre dont la langue se couvre dans la dyspepsie a été analysé par Denis (2) , qui y a trouvé 0,347 de phosphate calcaire , 0,087 de carbonate de chaux en cristaux, 0,500 de mucus et 0,066 d'eau.
5° On rencontre quelquefois , dans les anfractuosilés des amygdales , des concrétions d'un blanc grisâtre ou brunes , et la plupart du temps inégales. Celles que Laugier a analysées consistaient (3) en 0,500 de phosphate calcaire , 0,125 de carbonate de chaux, 0,125 d'un mucus de mauvaise odeur, et 0,250 d'eau. Une autre analyse faite par Regnard (4) s'accorde avec celle-là; seulement le carbonate calcaire était prépondérant.
6° Geiger (5) a trouvé , dans une concrétion expulsée par le nez, 0,467 de phosphale.de chaux, 0,217 de carbonate calcaire, 0,083 de carbonate de magnésie, avec des traces de carbonate de soude et de chlorure de sodium, et 0,233 de mucus, de fibrine, d'osmazome et de graisse.
7° Une concrétion laryngienne contenait, d'après Prével (6) , 0,604 de phosphate calcaire , 0,121 de magnésie , et 0,275 de matière organique , avec une trace de graisse.
III. Il n'est pas rare de rencontrer des concrétions dans l'intérieur des membranes muqueuses bipolaires.
8° Fréquemment , il s'échappe des poumons , par les efforts de la toux, des concrétions grises ou rougeâtres, qui blanchissent par la dessiccation , et qui se sont formées dans les ramifications des bronches elles-mêmes, ou qui y sont venues
(1) Sclvweigger, Journal fuer Chcmie, t. XLVI, p. 371.
(2) Journal de chimie médicale , t. II , p. 340.
(3) Ihià., p. 105.
(4) JLid., p. 284.
(5) Gmelin , Handluch der iheoretischen Chemie , t. II, p. 1397.
(6) Journal de chimie médicale , t. II , p. 27L».
3g6 PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES.
du parenchyme pulmonaire. Fourcroy , Nœring , Thomson , John et Rœring (1) y ont trouvé du phosphate de chaux , Crumpton, du carbonate calcaire, Lassaigne (2) et Pearsou (3) du phosphate et du carbonate de chaux ; après l'extraction de ces sels , la concrétion conserva la forme et le volume qu'elle avait auparavant. Brandes y a rencontré du phosphate et du carbonate de chaux , du carbonate de magnésie , du chlorure de sodium , du mucus et de l'albumine ; Prével (4), 0,606 de phosphate calcaire , 0,120 de phosphate et de carbonate de magnésie , 0,274 de matière organique et d'eau ; Henry (5) , tantôt du phosphate et du carbonate de chaux, tantôt en outre du phosphate ammoniaco-magnésien , que Wollaston a reconnu aussi constituer à lui seul la croûte d'une concrétion de ce genre.
9° Les concrétions qu'on trouve dans le canal digestif peuvent avoir été amenées par les glandes qui s'y abouchent, ou s'être formées aux dépens soit des produits sécréloires de ces glandes , soit des alimens et de leurs résidus. Elles ont souvent pour noyau une petite pièce d'os , un noyau de cerise , un paquet de fibres végétales , et autres objets semblables. Chez les Chevaux qui ont été nourris avec du son , les concrétions intestinales consistent principalement en phosphate de magnésie , sel dont le son contient une grande quantité. En général, elles sont friables et spongieuses, et se composent de fibres entrelacées, comme feutrées , avec de la substance terreuse dans les interstices (6). Celles que Thénard etVauquelin (7) ont analysées , contenaient de l'adipocire et de la résine , et pouvaient fort bien être provenues dufoie. Marcet (8) a trouvé dans une autre du phosphate calcaire et du phosphate ammoniaco-magnésien; Thomson, du phosphate de
(1) John , Chemische Tdbellen des Tliierreichs , p. 47.
(2) Meckel, Deutsches Archiv , t. V, p. 235.
(3) Ibid.,1. VI, p. 323.
(4) Journal de chimie médicale, t. II, p. 279.
(5) Gmclin , Handbuch der thoorotischen Chemie , t. II, p. 1370.
(6) Meckel , Deutsches Archiv, 1. 1, p. 454.
(7) John, loc. cit., p. 50.
(8) Meckel , Deutsches Archiv , t. I , p. 460.
PRODUITS MATÉRIEIS HÉTÉROLOGOES. 3g7
chaux , du chlorure de sodium , du sulfate de chaux , de l'albumine et de la matière extractive ; Robiquet (1), 0,30 de phosphate calcaire, 0,G0 d'une graisse analogue à la cétine , 0,10 de substance organique et d'eau; Lassaigne (2), 0,04 de phosphate calcaire, 0,01 de chlorure de sodium, 0,74 de graisse , et 0,21 d'une substance analogue à la fibrine ; Bouis (3) ,0,10 de phosphate calcaire, de silice, de chlorure de sodium et de sulfate de soude, 0,88 d'une matière particulière, ressemblant au ligneux, et 0,02 de mucus et de résine. Une concrétion trouvée dans l'intestin d'une Pleuronecte se composait entièrement de phosphates calcaire et magnésien, d'après Vauquelin (4).
IV. Parmi les canaux de sécrétion et les conduits excréteurs de glandes ,
10° Ceux des glandes salivaires sont ceux dans lesquels on rencontre le plus fréquemment des concrétions. L'analyse de ces dernières a fourni , suivant Fourcroy, Wollaston , Thomson et Chaptal (5) , du phosphate calcaire et de la matière organique ; d'après Wurzer (6), 0,599 de phosphate calcaire , 0,128 de carbonate de chaux, et 0,273 de matière organique ; selon Lecanu (7), 0,75 de phosphate calcaire et 0,20 de carbonate de chaux, avec 0,05 de matière organique; suivant Bosson (8), 0,55 de phosphate calcaire, 0,15 de carbonate de chaux, 0,01 de magnésie, 0,02 d'oxide de fer, 0,25 de matière organique, et 0,02 d'eau; d'après Gœbel (9), 0,817 de phosphate calcaire, 0,014 de carbonate de chaux, 0,016 de fer et d'eau , avec une trace de carbonate de magnésie, 0,100 de matière salivaire , avec des sulfates , du chlorure de calcium , du sulfocyanure de sodium et du fer, 0,025 de graisse ,
H)llid., p. 463.
(2) Journal de chimie médicale , 1. 1 , p. 119.
(3) Ibid. , t. V, p. 625.
(4) Meckel, Deutsch.es Archiv , t. IV, p. 606.
(5) John, Loc. cit., p. 46.
(6) Schweigger, Journal fuer Chemie , t. LU , p. 129.
(7) Gmelin, loc. cit., t. II, p. 1399.
(8) Journal de chimie médicale , t. V, p. 591.
(9 Schweigger, Journal fuer demie, t. LX, p. 407.
PRODUITS MATÉRIELS IIÉTLROLOGUES.
0,017 d'osmazome , cl 0,011 de mucus. Chez les Mammifères herbivores , les concrétions salivaires contiennent plus de car bonate que de phosphate calcaire ; la proportion de celui-ci a celui-là était, chez les Chevaux suivantLassaigne(l), de 0,03 à 0,84 ou 0,86, selon Henry (2), de 0,04 à 0,85, chez les Anes, d'après Caventou , de 0,04 à 0,91 , et selon Laugier (3), de 0,05 à 0,91. Du reste, Lassaigne (4) a trouvé, chez une Vache , un grain d'avoine servant de noyau à un calcul salivaire.
11° Des concrétions de la glande lacrymale se composaient, d'après Fourcroy (5) , de phosphate calcaire et d'une matière analogue à la gélatine.
12° Des calculs pancréatiques contenaient , d'après Collins (6) , du phosphate, et selon Wollaston , du carbonate calcaire.
13° D'autres , rencontrés dans les vésicules séminales , étaient, d'après Collard de Martigny (7), bruns, demi-transparens et à cassure vitreuse. Ils contenaient des chlorures de calcium et de potassium , des sulfates de chaux et de potasse, beaucoup de mucus d'une espèce particulière, et une trace d'albumine.
V. On a trouvé des concrétions dans le parenchyme 14° De glandes vasculaires. L'une d'entre elles contenait , dans la rate , selon Henry (8), du phosphate calcaire seulement ; dans la glande thyroïde , suivant Prout , 0,61 de phosphate calcaire , 0,04 de carbonate de chaux , avec des traces de phosphate et de carbonate de magnésie , et 0,35 de matière organique et d'eau; dans les glandes bronchiques, d'après John (9), du phosphate et du carbonate calcaires, avec de la matière organique, et, à ce qu'il parut , une trace d'acide urique.
(1) Heusinger, Zeitsclirift fuer die organische Physik, t. II, p. 582.
(2) Berzelius , Traité de chimie , t. VII , p. 465.
(3) Journal de chimie médicale, t. I, p. 405.
(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. V, p. 234.
(5) John , loc. cit., p. 46.
(6) llid., p. 47.
(7) Journal de chimie médicale, t. II, p. 433.
(8) Gmelin , Handluch dcr iheoretischen Chomie , t. II, p. 1370.
(9) Meckel , Deutsches Archiv , t. VI , p. 600.
PRODUITS MATERIELS IIÉTÉROLOOUES.
55° On rencontre , dans le tissu des poumons, des concrétions d'apparence crayeuse, quelquefois coexistantes avec des tubercules, et assez souvent aussi entourées de ky6tes cartilagineux ou osseux.
16° Des calculs trouvés dans le parenchyme du foie se composaient, d'après Wurzer (1), de carbonate calcaire et d'un peu de matière organique.
17° Des concrétions prostatiques contenaient , selon Wollaston (2), du phosphate calcaire, suivant Thénard, 0,87 de phosphate calcaire , avec une trace de carbonate de chaux et 0,13 de substance organique; d'après Lassaigne (3), 0,845 de phosphate calcaire , 0,005 de carbonate de chaux et 0,150 de mucus.
17° Des concrétions granuleuses provenant des tumeurs auxquelles on donne le nom de ganglions , contenaient, d'après Prout (4), 0,61 de phosphate calcaire, 0,04 de carbonate , avec des traces de magnésie , et 0,35 de substance organique.
VI. Enfin on trouve aussi des concrétions pierreuses dans les veines ; elles sont tantôt libres dans ces vaisseaux , et tantôt engagées dans leurs parois ; quelquefois elles font saillie dans leur intérieur, supportées par des prolongemens en forme de pédicules de la membrane vasculaire commune. Gmelin (5) y a rencontré du phosphate et du carbonate calcaires , des traces d'acide hydrochlorique , d'acide sulfurique , d'acide phosphorique et de fer, et de la matière organique.
tt Concrétions spéciales.
Les calculs urinaires et les calculs biliaires sont des concrétions spéciales qui doivent naissance aux produits sécré-
(1) John, Chemische Tabellen des Thicrreichs , p. 48.
(2) Ibid., p. 50.
(3) Journal de chimie médicale , t. IV, p. 126.
(4) Meckel, Deutsches Archiv, t. VI, p. 323.
(5) 1/nd., t. IV, p. 215.
400 PRODUITS MATÉRIELS HÈTÉROLOGUÉS.
toires particuliers des deux organes glandulaires les plus volumineux.
VII. Les reins éliminent une quantité considérable de substances qui ont été engendrées dans l'organisme, ou qui sont les débris de la décomposition des alimens , et qui consistent en matières azotées et oxygénées , [terres , sels et acides (§ 827); ils sont, en outre, le principal émonctoire par lequel s'échappent les substances inassimilables de cette nature qui ont pénétré dans l'organisme ( § 865 , III ). Aussi deviennent-ils le siège de concrétions plus fréquemment qu'aucun autre organe. L'urine , qui se compose d'un grand nombre de substances diverses , en partie peu solubles , qui a beaucoup de tendance à se décomposer, et dont les principes constituans sont très-sujets à varier sous le point de vue de leurs proportions respectives , donne souvent naissance à des calculs dans l'intérieur même. de la vessie , mais constamment elle' accroît par de nouveaux précipités ceux qui descendent des reins dans ce réservoir ; elle en produit même jusque dans l'urètre. Un corps étranger quelconque , accidentellement parvenu dans la vessie , suffit pour occasioner une concrétion, dont il forme le noyau, et Henry (1), par exemple , a remarqué que , parmi cent quatre-vingt-sept calculs urinaires , il s'en trouvait deux dont l'origine se rattachait à une cause de ce genre. Un caillot de sang extravasé ou un grumeau de mucus peut également devenir le noyau d'une pierre.
La diversité des substances qui se rencontrent , soit toujours , soit quelquefois , dans l'urine , fait que la composition des calculs urinaires varie beaucoup. Gmelin porte à trenteet-une le nombre de celles qui s'y rencontrent (2), et dont il serait facile d'étendre encore la liste. Mais un calcul peut, en outre , ne point être homogène ; sur mille d'entre ces concrétions, il s'en trouve , suivant Wood (3), quatre cent cinquantea deux qui contiennent plusieurs substances , et parmi les cinq
(1) lbii., t. VI, p. 356.
(2) Handbuch der theoretischen Chemic , t. II , p. 1423.
(3) lïoriep , Notizen , t. XII , p. 235.
PRODUITS MATÉRIELS IIÉTÉROLOGUES. ^01
cent quarante-huit autres, qu'il regardait comme simples, la matière proprement dite de la concrétion était accompagnée d'une matière organique servant à en lier les particules ensemble. En ne comptant pas non plus cette dernière substance, Yelloly(l) a trouvé, sur mille calculs urinaires, quatre cents vingt-deux pierres d'une seule substance , trois cent, soixante-ct-dix-sept de deux, cent soixante-et-trois de trois, et trente-huit de quatre.
Quand les calculs urinaires se sont formés à des époques différentes, et par intervalles, ils offrent des couches distinctes. Mais souvent aussi ils sont homogènes et compactes , même lorsqu'ils contiennent plusieurs substances diverses.
Les substances qu'on y rencontre le plus fréquemment sont des matières organiques communes ou générales (19°), l'acide urique (20°-22°), l'oxalate de chaux (23°) et les phosphates terreux (24°); les autres (25°-27°) sont plus rares et plus subordonnées.
19*° Tout calcul urinaire renferme , comme ciment , une matière organique , qui peut cependant n'y exister qu'en très-petite quantité et ne point frapper le sens de la vue. Cette substance est surtout apparente lorsque la concrétion se compose de petits grains réunis ensemble , et ordinairement elle ne consiste qu'en mucus. Peut-être la sécrétion , soit d'un mucus plus abondant ou plus épais , soit même d'un liquide plastique , par la membrane muqueuse un peu enflammée du bassinet des reins ou du reste des voies urinaires, est-elle fréquemment la cause. qui fait que les principes constituai peu solubles de l'urine produisent des concrétions en s' attachant à ce liquide visqueux. Ce qu'il y a de certain , c'est que de véritables caillots forment fréquemment le noyau des calculs urinaires. Sur mille de ces derniers, il s'en est trouvé seize , d'après Henry, qui offraient une cavité dans leur milieu , et les parois de cette excavation présentent assez souvent encore du mucus desséché , débris du caillot qui a servi de noyau (2). Dans d'autres cas, celui ci consiste en un cail-
(1) Philos. 2'rans., 1830.
(2) Journal de chimie médicale, 1. 1, p. 155.
402 PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉPiOLOGLES.
lot de sang rouge , ou en une masse fibrine concrète. Quelquefois aussi les calculs sont enduits de sang coagulé. L'urée s'y rencontre rarement et toujours en petite quantité. D'après l'odeur qu'ils exhalent quand on les broie , et la couleur brunâtre qu'ils offrent, on conclut qu'ils renferment une substance odorante et une matière colorante [particulières à l'urine. On y a parfois aussi trouvé de l'albumine ou de l'osmazome , et , suivant Barruel (1), de la graisse.
20° L'acide urique, soit pur ou combiné avec de l'ammoniaque, soit uni à de l'oxalate ou à du phosphate calcaire, est la substance que l'on rencontre le plus ordinairement dans les calculs urinaires. Sur mille calculs, il y en avait, d'après Wood, huit cent quarante-quatre dans lesquels cet acide entrait , et même , suivant Henry, huit cent quarante-cinq dont il formait le noyau. Ainsi le développement des concrétions urinaires dépend en grande partie d'une production trop abondante d'acide urique , occasionée elle-même par une nourriture succulente, en particulier par les alimens tirés du règne animal (§ 853, 10°), par les désordres de la digestion (§ 853 , lî°) , par le défaut de mouvement (§ 853, 12°), et par l'insuffisance de la transpiration (§ 853 , 13°). On explique par- là pourquoi l'affection calculeuse est beaucoup plus rare chez les femmes que chez les hommes, dans la proportion de l'.23 , selon Prout ; pourquoi , d'après Yelloly, elle est moins commune parmi les habitans des campagnes que parmi ceux des villes, et rare surtout chez les pauvres irlandais, ainsi que dans l'armée russe ; pourquoi], au dire de Coindet (2), elle se présente moins fréquemment dans les pays chauds ; pourquoi enfin , comme l'assure Magendie (3) , elle survient quelquefois chez les sujets qui ont été obligés de rester couchés pendant longtemps, par exemple, après une fracture.
Mais l'acide urique peut aussi se précipiter lorsque l'alcali qui le tenait dissous vient à manquer dans l'urine , ou à lui être enlevé par un autre acide ; aussi se produit-il des calculs
(1) Ibid.,X. VII, p. 488.
(2) Iroriep, Notisen, t. XIII , p. 433.
(3) Dictionnaire de méd. et de chirurg. pratiques , art. Grayeixe , t. IX, p. 249.
PRODUITS MATÉRIELS HÉTÉROLOGUES. ^o"5
urinaires quand il se forme trop d'acide dans l'organisme , ou que les alimens y en introduisent une trop grande quantité ; c'est ce qui explique pourquoi ils sont plus communs , tant dans les pays où l'on boit beaucoup de vin acide et de bière aigre , que chez les enfans ; car, d'après les évaluations de Prout , la moitié des calculeux n'ont point atteint l'âge de la puberté. L'usage interne des alcalis est salutaire, en ce qu'il prévient une nouvelle précipitation d'acide urique, et empêche ainsi les pierres de grossir, sans que d'ailleurs celles-ci puissent être dissoutes par eux , attendu que les alcalis ne tardent pas à se convertir en carbonates dans l'organisme , et perdent ainsi leur faculté dissolvante. L'air de la mer paraît être contraire à la formation des calculs urinaires. Hutchinson a remarqué que , dans un laps de seize années , depuis dSOO jusqu'en dS16, il ne s'était présenté que huit calculeux sur cent soixante trois mille matelots anglais, et que les hôpitaux de la marine n'offraient qu'un seul calculeux sur dix-sept mille deux cents malades , tandis que la proportion était d'un sur quatre cents dans les hôpitaux civils; il a reconnu , en outre , que , durant les treize années suivantes , les hôpitaux de la marine n'offrirent aucun sujet atteint de la pierre , sur vingt-et-un mille neuf cent dix malades qui y furent admis. Julia Fontenelle (1) assure aussi que les calculs urinaires sont fort rares sur les côtes d'Espagne et de France, particulièrement sur les bords de la Méditerranée , et il présume qu'on doit en chercher la cause dans l'acide hydrochlorique et le chlorure de sodium dont l'air de la mer est imprégné. Cependant il arrive fréquemment aussi qu'on ne peut assigner aucune cause à la maladie , et qu'elle dépend d'une diaihèse évidemment héréditaire , dont on ne saurait donner l'explication (2).
21° Les calculs composés d'acide urique pur sont les plus communs de tous. Sur mille pierres urinaires, il s'en est trouvé deux cent cinquante dans ce cas selon Fourcroy et Vauquelin, trois cent trente-six suivant Wood, trois cent cinquante- Ci) Journal de chimie médicale, t. VIII, p. 113. (2) î'ront, Traité de la gravelle , p. W\.
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sept d'après Prout. Ycllolydit que,' sur mille calculs, quatre cent neuf avaient leur noyau , et trois cent quatorze leur écorce, d'acide urique pur. Ces sortes de concrétions se développent principalement dans les reins , et servent ensuite de noyaux à d'autres calculs ; cependant l'acide urique peut aussi se précipiter dans la vessie , et constituer la couche extérieure. Les pierres qu'il produit sont jaunes ou d'un rouge brun, et généralement lisses à la surface; elles se composent de couches concentriques, et présentent en général une texture cristalline imparfaite dans leur cassure. Elles se dissolvent entièrement dans la potasse caustique, et l'on peut précipiter l'acide urique de cette dissolution par le moyen de l'acide hydrochlorique étendu.
22° L'urale d'ammoniaque a été rencontré, 'd'après Yelloly, sur mille calculs, dans le noyau de trois cent quatre-vingtsix, et dans les couches extérieures de cent quatre-vingttreize. Les pierres entièrement formées de ce sel se voient rarement ; elles sont d'un gris verdâtre ou d'un jaune de cire, lisses ou tuberculeuses à la surface, formées de couches concentriques , terreuses et à grain fin dans leur cassure ; elles se dissolvent dans la potasse , en laissant dégager de l'ammoniaque.
23° L'oxalate de chaux constituait le noyau dans quatrevingt-onze cas sur mille, d'après Henry. Suivant Yelloly ,'il formait le noyau dans cent trente-trois cas, et les couches dans cent soixante-et-douze ; Prout l'a trouvé constituant la pierre entière dans cent trente-sept cas ; mais, selon Wood, ce phénomène n'avait eu lieu que dans quarante-deux cas, tandis que, dans trois cent quatre-vingt-trois, le sel figurait parmi les principes constituans du calcul. Prout assure que l'oxalate de chaux s'observe souvent par couches qui alternent avec d'autres d'acide urique. Les pierres qu'il produit, et qui, d'après Wetzler (1), se voient principalement pendant l'enfance , sont moriformes, mais parfois aussi lisses à la surface , d'un grisfoncé ou noirâtre , incomplètement lamelleuses, dures
(1) Beitrcego zur Kenntniss des MertschUclien Hatns iind dm' JEntslchung der Uarnsteine , p. 55.
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et susceptibles de prendre le poli. Elles se dissolvent difficilement dans l'acide hydrochlorique étendu, et laissent de la chaux pure quand on les traite au chalumeau.
24° Des phosphates terreux se précipitent de l'urine lorsqu'elle devient alcaline et que la production d'acide diminue. Sur mille calculs, il y en avait cent trente-deux phosphatiques, selon Wood, et deux cent quarante-cinq d'après Prout. Henry prétend que les phosphates ne constituaient le noyau que dans vingt-et-un cas. Ils forment plus particulièrement les couches extérieures , surtout dans les calculs vésicaux et dans ceux qui se sont développés à la surface d'un corps étranger.
D'après Yelloly, sur mille pierres , il y en avait cinquanteneuf dont le noyau était de phosphate ammoniaco-magnésien , et deux cent neuf dont ce sel constituait les couches extérieures. Les calculs qu'il ; produit sont blanchâtres, la plupart du temps doués d'un éclat micacé , parsemés de cristaux lamelleux, cassans et friables ; mais parfois aussi ils sont durs et ont une texture cristalline. Ils donnent, avec les acides étendus , une dissolution qui précipite par l'ammoniaque. Au chalumeau, ilsdégagent de l'ammoniaque et entrent ensuite en fusion.
Le phosphate de chaux est plus rare , surtout comme noyaui D'après Yelloly, sur mille cas , il s'est offert treize fois dans le noyau , et quatre-vingt-huit dans les couches extérieures. Il forme des calculs d'un brun pâle, lisses, feuilletés, trèssolubles dans' l'acide hydrochlorique, et qui n'entrent point en fusion au chalumeau.
25° Sur«mille pierres, il y en eut dix-neuf, selon Wood, et quatre seulement d'après Prout , qui contenaient de l'oxide cystique ; Henry en signale , dans ce nombre , seize où il formait uniquement le noyau. Ces calculs sont d'un blanc jaunâtre et cristallisés j d'une manière confuse ; ils se dissolvent dans les alcalis, ainsi que dans l'acide hydrochlorique étendu, et répandent une odeur particulière quand on les traite au chalumeau.
26° Les calculs de carbonate calcaire sont rares chez l'homme, mais communs chez les Mammifères herbivores. Ils
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sont blancs, friables, et se dissolvent avec effervescence dans les acides.
27° Le silice , l'oxide xanthique , le chlorure de sodium , l'hydrochlorate d'ammoniaque , etc. , se rencontrent rarement , et toujours comme matériaux subordonnés.
VIII. Les calculs biliaires se forment dans divers états morbides du foie , principalement pendant la seconde moitié de la vie, chez les sujets qui mènent une vie sédentaire, qui éprouvent beaucoup de contrariées, quelquefois après des inflammations du foie , et presque toujours lorsqu'il se produit de la graisse en grande abondance. Les bêtes bovines y sont sujettes en hiver, lorsqu'elles ne prennent point d'exercice et que les alimens frais leur manquent. Le plus communément ils naissent dans le vésicule du fiel ; mais quelquefois aussi ils se développent dans les canaux biliaires, d'où ils passent soit dans la substance du foie , à la faveur d'une ouverture provoquée par la suppuration, soit dans le canal intestinal, ensuivant le trajet des voies biliaires. Ils sont d'un jaune blanchâtre, bruns ou noirs, et l'on remarque, dans leur intérieur , tantôt des couches concentriques , tantôt des stries rayonnantes du centre vers la circonférence. Leurs principes constituans les plus ordinaires et prédominans sont une substance grasse et une matière colorante.
2S° La substance grasse est celle qu'on rencontre le plus fréquemment; quelquefois môme on ne trouve qu'elle; mais la plupart du temps elle est mêlée avec la matière colorante, ou déposée auprès d'elle, et forme depuis 0,6o jusqu'à 0,93 du calcul. Autrefois on la regardait comme analogue à l'adipocire ou au blanc de baleine ; aujourd'hui on la* considère comme de la cholestérine modifiée. Elle se présente en lamelles blanches, demi-transparentes, brillantes, grasses au loucher. C'est elle qui donne aux calculs biliaires leur apparence cristalline et radiée. Elle est fusible au feu et inflammable, soluble dans l'alcool bouillant, l'éther, les huiles grasses et les huiles essentielles, insoluble dans les acides et les alcalis. Elle constitue les plus gros calculs biliaires. Il n'est pas rare qu'en même temps le foie ait subi la dégénérescence graisseuse , et que la bile soit d'un blanc jaunâtre.
ESSENCE DE IA PLASTICITÉ ORGANIQUE. ^ 29° La matière colorante est jaune, brune ou noire, compacte, insoluble dans les huiles, soluble dans les acides, dans les alcalis , et en partie aussi dans l'alcool bouillant ; elle brûle sans flamme et sans commencer par entrer en fusion.
30° Indépendamment de ces deux substances , on a trouvé de la bile , tantôt imbibant le calcul entier , tantôt épaissie et constituant le noyau. On a rencontré aussi du picromel, de l'osmazome , du mucus , de la graisse , du carbonate et du phosphate de chaux , du phosphate ammoniaco-magnésien , de la silice et du manganèse.