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CHAPITRE 1»REMIER

De la modalité de la formation des produits matériels de

l'organisme.

ARTICLE U

Des matériaux sur lesquels s'exerce la jormalion

organique.

Le premier pas à faire est de bien arrêter nos idées relativement aux matériaux sur lesquels s'exerce la plasticité organique.

I. L'organisme subit continuellement des pertes ( § 816, 2°), puisqu'il abandonne une partie de sa matière au monde extérieur. Il ne demeure donc semblable à lui-même, ou identique , qu'à la condition de se produire lui-même , c'est-àdire d'admettre en lui des matières étrangères, de les assimiler, et de les convertir en sa propre substance. Cette conversion n'a point lieu par une sorte de coup de baguette ; elle s'opère peu à peu et d'une manière graduelle. La substance alimentaire introduite dans le corps ne peut point devenir immédiatement un tissu particulier ; il faut qu'elle commence par prendre le caractère de l'organisme en général , car les diverses parties, tant solides que liquides, sont des spécialités qui supposent quelque chose en général. Or cette substance plastique générale est le suc vital (§ 660 , 3° ), qui, lorsqu'il est renfermé dans des espaces spéciaux , représente un liquide particulier, auquel on donne le nom de sang ( § 661, 1 ). Toutes les substances extérieures sont, directement ou indirectement, incorporées au sang , de sorte, que c'est le sang seul qui peut fournir de quoi réparer la perte matérielle éprouvée par l'économie vivante. L'organisme forme , avec ces substances , son sang , qui est sa propre substance générale , celle qui renferme en elle la possibilité de toutes les formes spéciales susceptibles d'être revêtues par

elle, qui unit ensemble les différentes substances, et maintient les diverses forces en rapport les unes avec les autres , celle enfin qui se répand partout , et qui représente le tout sous le point de Yue matériel. C'est avec le sang seul que l'organisme produit les parties existantes dans des espaces particuliers et douées de propriétés spéciales , qui appartiennent à son essence, et qui retournent ensuite dans le monde extérieur. Les faits suivans fourniront la preuve immédiate de ces assertions.

1° La quantité du sang diminue continuellement, et elle né se maintient la même que parce que les substances admises dans l'organisme réparent les pertes qu'elle éprouve. Après une abstinence prolongée d'alimens, on trouve fort peu de sang dans les vaisseaux (1).

2° La différence qui existe entre le sang des veines et celui des artères (§ 751) prouve que ce liquide subit une transformation dans les vaisseaux capillaires ; et ce qui démontre que cette transformation est intimement liée à l'activité plastique , c'est qu'il y a des faits attestant qu'elle est moins considérable , qu'elle se réduit même , pour ainsi dire , à rien , lorsque la nutrition et la sécrétion cessent de s'accomplir (§ 756).

3° La nutrition et la sécrétion sont abondantes ou rares suivant qu'il y a une quantité sulHsante ou insuffisante de sang (§ 843)."

4° Après des changemens considérables dans l'activité plastique, il survient un état correspondant du sang; ce liquide prend un caractère plus-aqueux lorsque les reins ont été extirpés , ou quand une cause quelconque diminue soit la sécrétion rénale , soit la transpiration cutanée ; au contraire , il contient moins d'eau et il est plus épais qu'à l'ordinaire lorsque les évacuations aqueuses sont plus copieuses que de coutume , par exemple après de fortes sueurs, dans la diarrhée et le choléra , ou quand la nutrition , qui est une sécrétion de

(1) Haller, Elcmçid. physiolog., t. II, p. 48; t, VI, p. 166; t. VIII, P. II, p. 61.

substances solides , languit , comme dans la fièvre inflammatoire (1).

5° La quantité du sang dans les divers organes correspond au degré de leur activité plastique. Les tissus stratifiés sont vides de sang et inaptes à se former eux-mêmes ; les parties animales et scléreuses qui ne font que se nourrir reçoivent, généralement parlant, peu de sang, ou présentent, entre leurs vaisseaux capillaires , des îles de substance plus grandes, que celles qu'on découvre dans les organes appartenant au système cutané , qui non seulement se nourrissent , mais encore produisent des liquides particuliers.

6" Quand la quantité du sang augmente dans un organe , l'activité plastique y devient aussi plus énergique. A des branches artérielles plus développées correspond une nutrition plus active ; la difficulté même du retour du sang par les veines détermine une sécrétion plus abondante (§ 843 , 4°, 6°) ; car la station rend la suppuration plus copieuse dans les ulcères aux extrémités inférieures. Si l'artère d'un organe vient à être comprimée , de manière qu'elle amène moins de sang, la nutrition de cet organe diminue aussi, et l'extinction de l'activité plastique , par exemple, aux dents ( § 543, 2°; 551, 1°), ou dans le bois du Cerf (§ 860, 2°), comme aussi la disparition normale d'un organe, du thymus, par exemple (§ 541, 10°), et l'atrophie anormale, commencent toujours par une diminution de l'afflux du sang.

7° Enfin , l'activité plastique cesse dans un organe dont les artères ont été liées ou coupées. Westrumb (2) a vu , ce qui avait déjà été observé avant lui par Àstruc , et l'a été également depuis par Krimer, qu'après la ligature des artères rénales , il ne se sécrète plus d'urine , et que les vaisseaux du bas-ventre regorgent de sang.

II. Mais nous ne pouvons nous dispenser de rapporter ici quelques opinions dissidentes, d'après lesquelles certaines

(1) Haller, Elément, physioloy., t. II, p. 48; t. Yl, p. 166 ; t. VIII, P. II, p. 61.

(2) Hecker, literarische Annàlcn der gesammten HcilKunde , t. XVIII, p. 283.

sécrétions seraient dues à des substances étrangères qui traverseraient le corps en évitant le système sanguin ( 8°) , à des combinaisons entre des matières étrangères et la substance organique qui s'opéreraient sur la surface de l'organisme (9°-10°), à du sang en train de se produire (11e), ou même en partie à la substance des organes (12°).

8° Divers physiologistes ont prétendu qu'en certaines circonstances, l'urine représente simplement la boisson , qui , sans passer dans le sang, se rendrait de l'estomac aux organes urinaires (2).

Il faudrait alors ou que la boisson transsudât de l'estomac et pénétrât ensuite dans les voies urinaires , ou que les vaisseaux lymphatiques la prissent dans le premier de ces viscères, pour aller la déposer dans la vessie. Mais les deux hypothèses sont contraires à ce que nous savons de la manière dont s'accomplit le travail organique ; toute communication par simple imbibition entre des organes éloignés est impossible, et les vaisseaux lymphatiques ne peuvent déposer leur contenu ailleurs que dans les veines. S'il fallait que la boisson sortît du corps sans pénétrer dans le sang , l'intestin serait la route qu'elle aurait tout naturellement à suivre , et l'on ne voit pas ce qui rendrait nécessaire l'existence de voies spéciales. Mais les phénomènes sur lesquels repose l'hypothèse des voies urinaires occultes ont été suffisamment expliqués ailleurs (§ 840, 7°; 857, 16°; 866, 1°, 4», II).

9° Parmi les théories d'après lesquelles certaines sécrétions dépendraient de ce que la substance de l'organisme se mêle, à sa surface, avec des substances étrangères, on doit placer d*abord celle qui concerne le gaz acide carbonique et l'eau expirés. Comme Lavoisier avait démontré que l'acide carbonique et l'eau résultent d'une combinaison entre l'oxygène de l'air atmosphérique d'une part, le carbone et l'hydrogène de l'autre , comme aussi l'observation lui avait appris que , pendant la respiration, l'air atmosphérique perd du gaz oxygène

(1) Meckel , Deutsches Archiv , t. VII, p. 528.

(2) Haller, Elément, physioloy., t. VII, p. 378.

4l2 MODALITÉ DE LA PLASTICITÉ ORGANIQUE.

et se charge de gaz acide carbonique et de vapeur aqueuse , il était naturel qu'il considérât la respiration comme un acte de combustion. Les substances expirées n'étaient plus alors des sécrétions , mais des combinaisons effectuées , dans l'intérieur des voies aériennes , entre l'oxygène atmosphérique et le carbone et l'hydrogène du sang. Il y avait surtout de la hardiesse à dire que de l'eau se produit par combustion , à la température ordinaire , dans un fluide qui , comme le sang , contient 0,7 d'eau à l'état liquide. Lavoisier n'élablit cette hypothèse que parce que , d'après ses calculs , la respiration soustrait à l'atmosphère plus d'oxygène qu'il n'en faut pour produire l'acide carbonique expiré , et parce qu'il se dégage plus de chaleur, dans l'organisme, que n'en pourrait développer la quantité d'acide carbonique qui se forme. Mais , en laissant de côté la question de l'exactitude des calculs , l'hypothèse repose sur l'opinion préconçue qu'il ne passe point d'oxygène de l'atmosphère dans le sang des veines pulmonaires, et que la chaleur organique est produite par l'acte de combustion qui a lieu dans les poumons. Or nous démontrerons plus tard que cette opinion ne soutient point l'examen. Spallanzani regardait déjà comme vraisemblable que l'acide carbonique existe tout formé dans le sang , et que la respiration se borne , quant à lui , à l'éliminer (1) ; Nasse (2) et Collard de Martigny (3) ont depuis allégué des faits à l'appui de cette théorie , qui cependant n'est point encore , à beaucoup près , généralement adoptée. Les motifs qui militent en sa faveur, dans le même temps qu'ils combattent celle de Lavoisier, sont les suivans :

a. On ne saurait admettre qu'à une température aussi" peu élevée que celle de la respiration , surtout chez les animaux à sang froid , l'oxygène atmosphérique puisse déterminer, dans un liquide , une combustion assez vive pour produire , en si peu de temps, une quantité d'eau (§ 816 , 4°) et d'acide carbonique (§ 818) telle que celle qui sort des poumons pen-

(1) Mémoires sur la respiration , p. 259.

(2) Meckel , Deutschcs Archiv , t. II , p. 195.

(3) Journal de Magendie , t. X , p. 132.

dant respiration. Quoiqu'on sache , comme Ta démontré Rumford surtout, que du charbon peut former de l'acide carbonique à une température beaucoup plus basse que celle qui est nécessaire pour déterminer une combustion susceptible de frapper la vue , ce phénomène n'a lieu alors qu'avec une lenteur extrême , et d'une manière tout-à-fait insensible.

b. D'après la théorie de Lavoisier, quand la respiration est incomplète, il devrait, au lieu de gaz acide carbonique, se produire du gaz oxide de carbone. Si l'hydrogène et le carbone du sang s'oxygénaient au contact de. l'atmosphère , l'acidification de son soufre et de son azote , par conséquent une formation de gaz acide sulfureux et de gaz nitreux , devraient être possibles aussi ; et, si l'hydrogène peut se combiner avec l'oxygène de l'atmosphère , il devrait pouvoir se combiner également avec son azote , et donner ainsi naissance à de l'ammoniaque. Mais, dans nulle circonstance, l'air expiré ne contient aucun de ces gaz ; on n'y trouve jamais que de l'acide carbonique et de l'eau.

c. Il résulterait de la théorie de Lavoisier qu'il ne passe point d'oxygène dans le sang des veines pulmonaires; mais il est démontré ( § 751, 11° ; 878, 3°) que le sang artériel contient plus d'oxygène qu'on n'en découvre dans le sang veineux.

d. Le sang renferme 0,7 d'eau (§ 683 , 1°) ; à sa sortie des vaisseaux, il exhale une vapeur qui est visible par un temps froid, se dessèche, et ne perd guère que de l'eau par la dessiccation. La quantité de ce liquide qu'il renferme varie suivant que les sécrétions aqueuses sont abondantes ou rares (4°).

11 n'est pas moins certain que le sang contient de l'acide carbonique. Outre les observateurs cités précédemment (§ 669 , 1° ; 683 , 2°), H. Davy , Brande , Scudamore , Krimer, Berthold , Reid Clanny et Yogel (1) , Hunefeld (2) , Nasse (3) , Hoffmann (4) et Hornbeck (5) , s'en sont convaincus. Si ,

(4) Schweigger, Journal fuer Chemio , t. XL , p. 399.

(2) Physiologische Chemie des monschlichon Qrganismus , 1. 1 , p. 242 .

(3) Meckel , Deutsches Archiv , t. II, p. 442,

(4) Froriep , Notizm, t. XXXVIII, p. 253.

(5) Disscrtatio de sanguine , p. 26.

comme l'ont remarqué Slromeyer (1) , Muller (2), Mitscherlich, Gmelin et Tiedemann (3), il n'exhale point d'acide carbonique quand on le chauffe ou lorsqu'on le place sous le récipient de la machine pneumatique, ce phénomène lient uniquement à ce que les gaz en général y adhèrent avec force , ainsi que l'a démontré Hoffmann (4) entre autres ; en effet , Muller a reconnu que , même après avoir été chargé de gaz acide carbonique par des moyens artificiels, il n'en laissait point dégager dans le vide. Mais on met ce gaz en liberté quand, à l'exemple de Hunefeld, de Mitscherlich , etc., on verse un. acide fort dans le sang , ou lorsqu'en imitant le procédé de Nasse et de Hoffmann , on agite ce dernier avec du gaz hydrogène. Du reste , l'acide carbonique mis en liberté lorsque le sang commence à se décomposer, a donné lieu, pendant l'épidémie du choléra , de prétendre que ce liquide contient, dans l'état normal, un acide libre.

e. Celte adhésion de l'acide carbonique au sang est vaincue pendant la respiration. Ce qui le prouve , c'est que les gaz poussés dans les veines sortent par l'expiration (§865,9°). Nyston (5) a remarqué aussi que l'air expiré par des animaux auxquels il avait fait respirer du gaz azote , contenait 0,01 d'hydrogène, ou 0,08 d'oxygène, ou 0,14 d'acide carbonique, suivant qu'il avait injecté l'un ou l'autre de ces gaz dans le sang. De même, une infusion d'eau augmente les sécrétions aqueuses (§ 205, I). Wedemeyer (6), ayant injecté quatre-vingts livres d'eau dans les veines d'un Cheval , vit survenir un écoulement de mucus aqueux par la bouche et le nez , une diarrhée séreuse, et un épanchement de 'douze livres de sérosité sanguinolente dans la cavité abdominale.

f. Le sang veineux contient , proportionnellement , plus d'eau que le sang artériel (§ 751, 10°) , parce que la nutrition

(1) Schweigger, Journal fuer Chemin, t. LXIV, p. 405.

(2) Handbuch der Physiologie , t. I , p. 312.

(3) Zeitschrift fuer Physiologie, t. V, p. 3.

(4) Loc. cit., p. 252.

(5) Recherches de physiologie et de chimie pathologiques , p. 146.

(6) Unterswhwyen ucber den Kreislavf des Blutes , p. 461,

a enlevé à ce dernier davantage de parties solides. Mais le sang artériel contient moins d'acide carbonique que le sang veineux (§ 7oJ , 11°; 878, 3°); il faut donc que cet acide ait été éliminé dans les poumons. Reid Clanny a obtenu 0,1152 de gaz acide carbonique du sang veineux , et 0,0025 seulement du sang artériel. D'après Mitscherlich (1), le premier contenait 0,0012 et le second 0,000S seulement d'acide carbonique ; et dans l'espace de trois semaines (2), le sang veineux n'absorba que 1,11 de son volume du gaz acide carbonique dans lequel il avait été plongé , tandis que le sang artériel en prit 1,40. En agitant du sang veineux avec du gaz hydrogène, Hoffmann obtenait du gaz acide carbonique, tandis que le sang artériel , traité de la même manière , dégageait du gaz oxygène. Collard de Marligny (3) a trouvé, chez des animaux qui avaient respiré librement qu'il y avait une fois autant d'acide carbonique dans le sang veineux que dans le sang artériel; mais, quand l'expulsion de cet acide avait été empêchée par la ligature de la trachée- artère, le sang artériel en contenait tout autant que le sang veineux.

g. La quantité d'eau et de gaz acide carbonique expirés n'est point en rapport invariable avec la consommation de l'oxygène atmosphérique. Elle augmente dans l'air raréfié et chaud, qui contient moins d'oxygène (§ 839, 5°, 6°), et, quand on respire du gaz oxygène pur, on expire ordinairemont moins de gaz acide carbonique.

h. II s'exhale également de l'eau (§ 812, 814) et du gaz acide carbonique (§ 817, III), dans des espaces clos où l'oxygène atmosphérique ne peut pénétrer. Toutes les fois que la respiration éprouve une gêne prolongée (4), notamment lorsque les bronches sont obstruées par du mucus , du pus ou des concrétions (5), les extrémités en cul-de-sac de ces conduits , les vésicules pulmonaires , se distendent au

(1) Zeitschrift fuer Physiologie , t. V, p. 10.

(2) Ihid., p. 6.

(3) Journal de Mngendie, t. X, p. 127.

(4) Laennec, Traité de l'auscultation médiate , 1. 1 , p. 254.

(5) Andral , Précis d'anntomie pathologique , t. II , p. m.

4l6 MODALITÉ t>E LA PLASTICITÉ ORGANIQUE.

point d'acquérir un volume égal à celui de noyaux de ceri-^ ses , parce que le gaz acide carbonique exhalé ne trouve point d'issue.

e. De l'acide carbonique est également expiré dans des gaz qui ne contiennent point d'oxygène , tels que l'azote et l'hydrogène (§ 841 , 6°, 8°) ; cet acide ne saurait avoir été produit par l'oxygène préalablement inspiré , et être demeuré dans les poumons , puisque , même après qu'on a eu soin de pomper tout ce qui pouvait être contenu dans l'organe pulmonaire, il continue de s'exhaler, et que, si l'expérience dure long-temps , il se dégage en assez grande quantité pour dépasser le volume des poumons , celui même de l'animal entier.

10° Suivant Home (1), la graisse ne serait pas le produit d'une sécrétion ; sa formation aurait lieu dans le gros intestin , indépendamment du concours de l'activité vitale ; elle serait extraite du chyme par l'influence de la bile et de la chaleur, et passerait ensuite dans le sang, qui la déposerait aux divers endroits où on la rencontre ; elle serait donc un produit de la digestion formé simultanément avec le chyle. Mais , outre qu'un tel mode de formation d'un produit si composé a contre lui l'analogie et l'expérience , l'absence de la graisse dans le chyle s'élève aussi contre l'hypothèse de Home , dont les argumens ne sont rien moins que concluans. En effet, l'analogie qu'il prétend exister entre les excrémens et l'adipocire est fort éloignée , et , de même que la surface grasse d'un muscle mis en digestion dans de la bile et abandonné ensuite à la putréfaction, on doit la rapporter en grande partie à de la cholestérine. Si les matières fécales d'un Canard , retenues pendant sept jours dans le cœcum , puis dissoutes dans de l'acide nitrique, ont laissé de l'huile se séparer quand on versa de l'eau dans la liqueur, nous pouvons répondre que de la graisse se produit pendant la décomposition que l'acide nitrique fait subir à plusieurs matières animales. Si les animaux hibernans, dont le gros intestin est long , ont en même temps beaucoup de graisse , il faut en

(1) Lectures on comparative anatomy, 1. 1 , p. 476.

chercher la cause dans la nourriture végétale , avec laquelle ces deux circonstances coïncident presque toujours. Si les maladies du gros intestin entraînent l'amaigrissement, l'émaciation s'observe aussi dans d'autres maladies où le gros intestin n'offre rien d'anormal. Le principal argument de Home est celui qu'il tire de l'ambre gris et des déjections grasses qu'on rencontre quelquefois chez l'homme ( § 856 , 4°) ; mais c'est émettre une pure conjecture que d'attribuer l'expulsion de ces substances grasses uniquement à ce qu'elles n'ont pu être absorbées par les vaisseaux lymphatiques devenus inactifs ; l'ambre gris est une concrétion de cholestérine analogue aux calculs biliaires (§ 874, 28°), et la graisse que les hommes rendent dans l'état de maladie peut , quand elle ne provient pas d'une décomposition de la bile , avoir été sécrétée du sang de l'intestin , tout comme elle l'est de celui des reins et de la peau (§ 856, 3°, 5°).

11° Nous avons déjà démontré précédemment (§ 522, 5°) que l'opinion suivant laquelle le lait n'émane point du sang, mais consiste en du chyle même , n'était point soutenable.

12° L'extrême opposé de l'opinion suivant laquelle des sécrétions se produisent à la surface de l'organe , par l'accession de substances étrangères , est celle dont les partisans prétendent que les matériaux en sont fournis par la substance solide des organes sécrétoires. Le sang , dit Dœllinger (1), paraît bien être la source principale des liquides sécrétés; mais on ne doit pas croire qu'il en soit la seule et unique ; car rien ne nous empêche de penser que ces liquides tirent leur origine des parties molles. La sécrétion serait, d'après cela, un mode de mutation de la matière opposé à la nutrition (2), et ses matériaux seraient les parties constituantes essentielles des organes sécrétoires (3) , c'est-à-dire la matière animale , ou ce qu'on appelle communément le tissu muqueux (4), le le sang (5) et la moelle nerveuse ; car on peut concevoir qu'en

(4) Was itt Absonderuny, und wio yesohieht sic ? p. 79.

(2) Loc. cit., p. 33, 89.

(5) Loc. cit., p. 52.

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