V. La régénération
1° N'appartient qu'aux êtres qui occupent les échelons inférieurs de la vie. Tout ce qui est parvenu à un certain degré de perfection , a pris un caractère prononcé de spécialité, et s'est élevé au dernier terme de la formation, persiste et se maintient, sans pouvoir renaître, tandis que ce qui est inférieur se reproduit partout. Ainsi les êtres organisés supérieurs ne se conservent que par propagation , et il n'y a que les derniers de tous qu'on voye renaître par hétérogénie. Au plus bas échelon , les organes génitaux eux-mêmes tombent après avoir rempli leur office , et se reproduisent quand leur présence devient de nouveau nécessaire (§ 143); à un degré un peu plus élevé , le même organe répète sans cesse ses formations (§ 145) , et ce n'est qu'aux degrés supérieurs que l'atelier primordialement donné ne produit qu'une seule fois (§ 146). De même, la reproduction appartient surtout aux organismes et aux organes inférieurs ; elle s'efface de plus en
plus dans ceux d'un ordre supérieur , où la pérennité de la vie s'est développée davantage (§ 473, 9°).
2° Nous avons distingué deux sortes de régénération ( § 860, 861 ), qu'il ne faut pasjuger de la même manière, car, en les confondant ensemble, on arépandu beaucoup d'obscurité sur l'histoire de la nutrition. La régénération supplétive complète l'individu, et reproduit des parties complexes, dissimilaires; la régénération complétive répare la masse organique, reproduit ce qu'il y a de simple et d'élémentaire dans l'organisme.
La régénération supplétive est un phénomène qui 'frappe davantage les yeux , une activité qui se déploie surtout dans le sens de l'étendue, qui exige aussi plus de temps, mais qui appartient aux êtres inférieurs. Elle a lieu quand la force plastique primordiale conserve encore la forme qu'elle avait dans le principe et se déploie d'une manière illimitée , lorsque, comme dans l'embryon , elle peut produire continuellement du nouveau , parce que la vie végétative est moins gênée , la vie animale moins développée , l'unité moins prononcée , la concentration à l'intérieur moins sensible. On l'observe en conséquence partout où l'accroissement lui-même ne s'accomplit que par addition, par formation adjonctive.
La régénération complétive , au contraire , appartient à un degré plus élevé , où la formation est limitée par une concentration plus grande de l'organisme , mais se fait remarquer spécialement par son intensité ; quand le système nerveux est devenu prédominant, lorsque l'accroissement n'a plus lieu que par le dedans, et résulte d'un développement intérieur. Ce mode de régénération n'appartient point aux végétaux ; jamais une feuille qui a été lésée ne se reproduit; si l'on trouble l'accroissement d'une jeune plante, le premier jet se dessèche, et ceux qui paraissent ensuite n'ont pas la même forme que lui , sont par conséquent tels qu'ils se seraient développés sans cette circonstance ; si l'on enlève une languette de l'écorce d'un arbre , on voit seulement les bords de la plaie se rapprocher , par suite de l'extension que l'écorce prend sur le côté en continuant de croître ; quand on enlève de l'aubier ou un bourgeon, il s'opère une régénération, mais
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seulement l'année suivante (d) ; de même , lorsqu'on détache l'épiderme, le parenchyme sous-jacent se dessèche, et se couvre d'une croûte , mais celle-ci n'acquiert jamais l'organisation de l'épiderme (2).
Quand Réaumur (3) n'avait brisé qu'une ou deux articulations d'une patte de devant des Écrevisses, le membre ne réparait pas celte perte, tandis qu'il se reproduisait après avoir été enlevé tout entier ou jusqu'à la dernière articulation. Macculloch et Heinecken (4) ont vu que les Crabes dont on coupait ou fendait en long le tarse ou l'article terminal d'une patte, rejetaient bientôt la patte entière, à la place de laquelle s'en reproduisait une nouvelle. Suivant Spallanzani (5), un doigt ne se regénère pas plus vite qu'une patte entière chez les Salamandres , et Dieffenbach a remarqué qu'il est infiniment plus rare , chez ces animaux , de voir une plaie se cicatriser, qu'un membre se reproduire. Chez l'homme et les animaux à sang chaud , la régénération supplétive demeure bornée aux tissus stratifiés , et ceux qui vivent par intussusception ne sont susceptibles que de la régénération complétive. Tandis qu'il est très-commun que des vésicules séreuses ou des tissus scléreux et cartilagineux se produisent par homœoplastie anormale ( § 859, III, 2°, 22° ), ces parties ne se régénèrent point d'une manière complète.