III. Les sécrétions
5° Contribuent plus puissamment que la nutrition à maintenir la constitution normale du sang. Nous ne pouvons pas les distinguer en récrémentitielles et excrémentitielles, et tout ce qu'on est en droit de faire , c'est d'examiner chacune d'elles sous ces deux points de vue. Il nous est moins permis encore d'établir aucune relation entre cette double destination et leur nature basique ou oxygénée ( § 835 , I). D'abord les sécrétions déposées dans des espaces clos (§ 812-815), savoir la sérosité, le pigment et la graisse, contribuent, comme les parties solides par leur nutrition, à débarrasser le sang de certaines substances ; nous avons vu , en effet , que les substances étrangères introduites du dehors se déposent aussi bien dans celles-là (§ 864, Y) que dans celle-ci (§ 865, VI). Et quand ces sécrétions viennent à être résorbées, elles peuvent, comme les substances provenant de la décomposition des organes, subir en partie une transformation telle qu'elles ne passent dans le sang qu'à titre de substances excrémentitielles , pour être rejetées au dehors. C'est ainsi que, chez les végétaux, des huiles grasses et essentielles , des résines, des baumes, sont déposées aussi à l'intérieur, quoique ces substances ne puissent contribuer en rien à l'accroissement et à la prospérité des plantes, que par conséquent elles n'aient point un caractère récrémentitiel. Les sécrétions déposées à la surface de la membrane muqueuse bipolaire servent aux fonctions de cette membrane , et sont en partie résorbées , en partie rejetées au dehors ; une portion de la salive s'évapore ou sort par la sputation ; l'humeur lacrymale s'échappe sous forme tant vaporeuse que liquide ; le mucus intestinal et la bile sont entraînés avec les matières fécales ; mais il n'est pas prouvé que l'absorption n'en fasse point rentrer une partie dans l'économie ; on n'a pas encore calculé si , dans l'état normal , une certaine quantité de suc pancréatique , gastrique et intestinal, ne's'échappaitpoint du corps. L'éjection nous apparaît aussi pure que possible dans les organes urinaires et génitaux ; cependant, là même, il y a évidemment résorption, par exem-
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pie dans la vessie. Elle se présente aussi à un grand degré de pureté dans la peau et les poumons , à l'égard du smegma cutané , de la transpiration et de l'exhalation des gaz.
De l'hydrogène et de l'oxygène sont entraînés hors du corps par toutes les excrétions ; du carbone l'est principalement par la bile et par les gaz expirés; de l'azote l'est aussi par l'urine. Si nous admettons que l'homme rend quarante onces d'urine par jour (§ 827, 1°), que ce liquide contient , d'après l'évaluation de Berzelius (1), 0,0310 d'urée et 0,0010 d'acide urique, enfin que l'azote s'élève à 0,4665 dans l'urée selon Prout, et à 0,37076 dans l'acide urique suivant Kodweis, il résulterait de là que l'urine entraîne deux cent soixante-et-seize grains d'azote dans l'espace de vingt-quatre heures. Berzelius (2) admet dans la bile 0,08 de matière biliaire, qui, d'après Thomson , contient 0,5453 de carbone : or si la sécrétion journalière de la bile s'élève à huit onces , elle entraînerait trois cent sept grains de matière biliaire, et avec elle^cent soixante-et-sept grains de carbone , qui , joints à la quantité de cette substance éliminée par l'expiration (§ 819, 1° ) , feraient en tout six mille six cent cinquante grains de carbone. Maintenant , si nous supposons, comme on pourrait l'admettre d'après les observations qui ont été rapportées précédemment (§819 , 1°), qu'avec huit volumes de gaz acide carbonique il en sort un de gaz azote par l'expiration , que par con séquent cette fonction enlève en vingt-quatre heures quarante mille trois cent vingt pouces cubes de gaz acide carbonique et cinq mille quarante de gaz azote , nous aurions , pour ce dernier, dix-huit cent soixante-et-dix-sept grains, et avec les deux cent soixante-et-seize entraînés par l'urine, un total de deux mille cent [cinquante-et-trois grains d'azote , dont la proportion, eu égard aux six mille six cent cinquante grains de carbone éliminés par l'expiration et la sécrétion biliaire , serait de 1 '. 3,08. Or c'est là précisément la proportion de l'azote au carbone dans le sang artériel , tant d'après Michaëlis, que suivant Macaire et Marcet (§ 878, 3°). Je
(1) Traité de chimie, l. VII , p. 392.
(2) Ibid.,-p. 189.
donne ce calcul sans avoir la moindre prétention de soutenir l'exactitude numérique des données sur lesquelles il repose , et uniquement comme un exemple montrant que la formation, considérée en bloc , soustrait au sang les substances dans la même proportion quelles s'y trouvent contenues. Ce calcul fait voir que quand une substance se dégage, une autre aussi est mise en liberté dans une proportion correspondante , et qu'ainsi toutes les variations qui peuvent survenir dans le travail de la nutrition et de la sécrétion n'empêchent pas le sang de conserver sa constitution propre , eu égard à la proportion de ses principes constituans , ni par conséquent de se maintenir en possession des qualités qu'il doit nécessairement avoir pour entretenir la vie.
6° Plusieurs sécrétions, notamment la salive, les sucs gastrique, intestinal et pancréatique, la bile, et probablement aussi les liquides interstitiels des ganglions vasculaires, servent à la formation du sang.
7° Les sécrétions ont toutes plus ou moins des usages mécaniques , et servent à maintenir l'indépendance des parties solides , en les empêchant de se confondre ensemble. La sérosité interstitielle , la sérosité vésiculaire et la graisse doivent surtout être prises en considération sous ce rapport , puis-, qu'elles facilitent les changemens de situation des parties , et que, dans les vésicules sensorielles, elles entretiennent la tension des parties molles ; le mucus protège la surface sécrétoire et favorise les mouvemens qui s'y accomplissent ; l'humeur lacrymale concourt à la transparence et à la mobilité de l'œil , etc.
8° Les sécrétions à la surface ou dans l'intérieur des organes sensoriels servent aux sensations d'une manière en partie mécanique et en partie chimique.
9° Les sécrétions des divers organes appartenant au système génital sont destinées à la conservation de l'espèce.
10° Enfin quelques sécrétions réagissent immédiatement sur l'état de la Yie. La bile ne se borne pas à rendre plus vif le mouvement du canal intestinal avec lequel elle entre en contact; elle influe encore sur l'économie entière, et jusque sur le caractère , comme on peut s'en convaincre, quand elle
est sécrétée en trop grande on en trop petite quantité ; les effets de la castration nous prouvent combien est puissante l'influence que l'activité et le produit des testicules et des ovaires exercent sur l'organisme et sur la direction de la vie entière.
§ S93. 1. Les circonstances de la formation montrent qu'il y a diversité du type
1° Dans les différentes espèces d'êtres organisés.
Cette diversité s'exprime d'abord dans l'ensemble de la forme. Chez les animaux inférieurs et les végétaux en général, on trouve une forme extérieure particulière et déterminée , sans organes internes spéciaux , sans même aucune diversité de tissu , attendu qu'il est dans l'essence de l'organisme d'exprimer ce qui le caractérise par la forme générale surtout, quoique les spécialités ne demeurent pas non plus étrangères à cette expression. La forme totale indique bien d'une manière générale la destination à un mode de vie déterminé ; mais les indications qu'elle donne à cet égard ne sont point absolues; le but de cette spécialisation n'est point exclusivement dans la vie de l'espèce considérée isolément, mais dans la variété des formes sous lesquelles la création organique peut se déployer. De même, il n'y a point correspondance parfaite entre la forme des organes et la forme totale du corps, non plus qu'entre celle des tissus et la configuration des organes ( § 475 , 11° ). Ainsi le volume des animalcules spermatiques ( § 84 , 9° ) , des globules du sang ( § 664, 7°) , des vésicules adipeuses ( § 800, 1° ), etc., ne correspond nullement à celui du corps. Les vaisseaux sanguins de la choroïde n'ont point un diamètre proportionnel à la grosseur de l'œil; car, d'après Sœmmerring (1), ceux des Salamandres aquatiques, par exemple, l'emportent en calibre sur ceux de l'œil du Bœuf, qui cependant est cent fois plus gros que celui des Tritons ; le même phénomène s'observe aussi dans d'autres organes. Chaque espèce animale a un type particulier pour la distribution des vaisseaux dans la choroïde (2) , comme
(1) Dcnhschriften dor Akademio su Muo/inehen , t. VII , p, 9.
(2) lUâ., p. 41.
558 CAUSE DE LA PLASTICITE OKGANIQEE.
dans les autres parties de l'économie ; on en peut dire autant des ramifications des canaux de sécrétion , et de la configuration des organes sécrétoires, par exemple de la division du foie en un plus ou moins grand nombre de lobes , sans qu'il nous soit donné de reconnaître là aucun rapport avec une autre formation, aucune relation avec une particularité de la sécrétion , ni avec une activité vitale quelconque. Les divers tissus stratifiés sont supplétifs les uns des autres , ou môme du tissu scléreux, chez différens animaux. Et cependant, au milieu de cette variété en apparence sans but , nous découvrons toujours l'harmonie qui règne dans l'organisme ; les pétales d'une corolle, les barbules d'une plume de Paon, quand on les examine isolément , semblent n'offrir que des couleurs jetées d'une manière confuse et pour ainsi dire au hasard ; mais, par leur réunion, ces diverses parties produisent un dessin régulier dont nous ne voyons pas l'utilité pour la vie particulière , de sorte que nous sommes obligés de l'aller chercher dans une loi plus générale.
2° Chaque individu , à son tour , possède en propre un type de vie. Ce type est primordial , et il a été fourni tant par les circonstances particulières de la procréation de l'individu ( § 301-307 ), que par la puissance de l'espèce, qui tend également à la diversité ( § 645 , 7° ) ; cependant il est en partie aussi acquis par l'habitude , de manière , par exemple, que l'exercice des organes rend la nutrition plus active ( § 845, 7° ) , qu'une sécrétion fréquemment ou continuellement provoquée par des circonstances particulières devient enfin habituelle ( § 845, 4° ) , que des alimens inaccoutumés diminuent la sécrétion du lait ( § 842, 31°), et que la sécrétion urinaire elle-même devient anormale par l'effet de repas pris à des heures non consacrées par l'habitude (§ 853, 9° ).
II. Le type individuel est une modification du type de l'espèce, qu'on désigne sous les noms de variété de conformation, complexion, etc. Mais l'anomalie est un écart du type de l'espèce, du sexe et de l'âge, poussé au point que les fonctions ne correspondent pas parfaitement à ce type , ou du moins peuvent être dérangées par l'aberration qu'il a subie. Elle ne diffère doncjle la variété que sous le point de^vue de
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la quantité; la taille des géans et des nains est anormale, mais on ne peut point fixer en pouces ou en lignes les limites qui |la séparent de la variété ; quand un rameau vasculaire s'éloigne de sa condition ordinaire de volume , de situation et de direction , il y a variété ; les mêmes phénomènes constituent une anomalie dans les troncs ; dans une branche , ils tiennent le milieu entre l'anomalie et la variété. Mais la maladie est une lutte de la vie individuelle avec elle-même, dans laquelle le libre exercice et l'harmonie des fonctions sont troublés. L'anomalie, même portée au .'plus haut degré, comme par exemple dans le cas d'absence des membres ou de coalition de deux individus , n'est donc point encore une maladie , et ne peut être qu'un élément de maladie. Elle n'est point non plus étrangère à la vie en général; seulement un état de choses qui constitue une anomalie chez un individu , est normal à un autre âge , dans un autre sexe , ou chez une autre espèce.
3° Le rapport quantitatif des formations ( § 838 ) est soumis à la variété pendant le cours de la vie. Ainsi, par exemple, l'atrophie , la flétrissure et la disparition des branchies cervicales, des corps de'Wolff, des vaisseaux ombilicaux , du canal artériel, des dents de lait, du thymus, etc., sont des phénomènes normaux , de manière que , quand cette atrophie n'arrive point, il y a état anormal.
4° Pendant son cours , la vie change de direction ( § 648 ) d'une manière normale , et la même direction peut être anormale quand elle se présente en temps inopportun (§845, 4° ). Des changemens qualitatifs accompagnent la vie pendant toute sa durée ( § 848). La transformation que les organes subissent dans leur substance ( § 858 ) , par exemple celle du cartilage en os , ou du thymus en tissu cellulaire, appartient à la métamorphose normale qui s'accomplit durant le cours de la vie, et à la diversité que le type présente dans la série animale, où l'on voit une partie offrir, à tel échelon , une texture qui , ailleurs, appartient à un organe différent ; ainsi , par exemple , l'épiderme n'est ici qu'un épilhélium à peine discernable, tandis que là il prend la forme d'un véritable squelette osseux ; la peau de certains animaux ressemble à unejflembraae m.u
queuse , et chez d'autres la membrane muqueuse se rapproche de la peau par la formation d'un pigment , l'épaisseur de l'épiderme, le développement de points cornés et de poils ; chez certains Poissons, le foie est chargé dégraisse, ce qui constitue un état anormal chez les Mammifères. Toute exaltation ou modification du travail normal de la formation , comme dentition, développement de la puberté et fécondation , s'accompagne d'un état inflammatoire , qui , lorsque les phéno-' mènes suivent une marche trop rapide et tumultueuse , peut dégénérer en véritable inflammation.
5° La formation de nouvelles parties homologues ( § 859 ) est l'acte normal de l'accroissement réduit à un plus faible degré, ramené à un échelon où la vie intérieure n'a point assez de puissance pour accomplir un perfectionnement interne , et où l'activité vitale se déploie davantage à l'extérieur : l'individu augmente, mais non les organes; car ceux-ci, en se formant , ont atteint les limites de leur développement, de sorte qu'ils ne peuvent plus se perfectionner, et les progrès ultérieurs de la vie ne portent pas à une plus haute puissance ce qui déjà existe, mais ne font que le multiplier. Ce phénomène est caractéristique pour les plantes , qui ne discontinuent jamais de produire des parties nouvelles; on l'observe aussi dans les Sertulaires et les Coraux , chez? lesquels les troncs meurent et poussent sans cesse de nouveaux rejetons; on le voit encore chez plusieurs Annélides et Isopodes, où le nombre des segmens du corps s'accroît peu à peu. A un degré plus élevé de l'échelle animale, ce n'est plus le nombre des organes, mais celui de leurs parties élémentaires, qui augmente par le fait de l'accroissement ; les organes grossissent de dedans en dehors , ils se rajeunissent incessamment, ils se maintiennent par suite de la rénovation continuelle des substances qui entrent dans leur composition, et les nouvelles parties qui surviennent sont des pseudomorphoses, entre lesquelles et les parties normales il existe encore plus ou moins d'analogie. Les pullulations ( § 870 ) qu'on observe dans le corps humain , sont analogues à des tissus normaux chez certains animaux ; les télangiectasies se rapprochent des tissus érecliles (§ 183 ) , les lipomes des coussins de graisse,
les condylomes des crêtes de coq , etc., jusqu'à la cuirasse des Oryctéropes et aux cornes des Ruminans. Les concrétions sont normales , sur un point ( § 811 ), anormales sur un autre ( § 874 ) ; car , par exemple , le sable de la glande pinéale , qui est normal chez l'homme, ne s'observe que par anomalie chez certains animaux , tels que les Chevaux (1).
Des Entozoaires vivent , chez beaucoup d'animaux , dans presque tous les individus sans exception , à la santé desquels ils ne portent aucune atteinte , de sorte que nous pouvons les considérer comme une disposition normale , dont le but est de consommer la matière animale superflue , et que , sous ce rapport, ils sont comparables aux bêtes carnassières, qui purgent la terre des charognes. Les Epizoaires des enfans paraissent servira peu près aux mêmes usages. Les Vers cystiques s'engendrent, comme le fait l'œuf, dans une vésicule de l'ovaire , et se propagent à la manière du Volvox.
6° La déhiscence et la reproduction ont lieu d'une manière normale dans la déchirure des vésicules de l'ovaire et la formation des corps jaunes (§ 300 , 2° ). Les végétaux se dépouil^ lent périodiquement de leurs organes respiratoires et génitaux (§ 609)-, de même, chez les animaux inférieurs ^ une partie du corps de la mère est rejetée au dehors pour produire le nidamentum (§ 343, (5°), et le part s'accomplit au moyen d'une déchirure (§ 483). Les tissus stratifiés sont rejetés périodiquement , opération à laquelle la volonté prend plus ou moins départ (§ 617), et une séparation périodique du squelette cutané, sans^ qu'il cesse pour cela d'y avoir toujours continuité entre le produit ancien et le produit nouveau, a lieu chez le Nautile et la Spirule , où l'animal , lorsqu'il s'accroît , sort de sa coquille hémisphérique, s'en forme une nouvelle plus grande , qui s'accolle à l'ancienne , et ainsi de suite , de manière que la coquille entière se compose d'une série de chambres dont la capacité va toujours en augmentant. Enfin , plusieurs animaux articulés, notamment certains Décapodes et quelques Arachnides , abandonnent volontairement une de leurs pattes , pour se soustraire à un danger imminent , ou
(1) Journal de chimie médicale, l, IV, p, 475.
pour se débarrasser d'un membre endommagé , dont la lésion ne saurait èlre réparée, mais qui peut très-bien se reproduire en entier, comme Réaumur (1) l'avait déjà observé. Ainsi , Heinecken (2) a remarqué que les Crabes abandonnent leur patte , sans témoigner de douleur , quand on en relient le segment terminal, ou qu'on coupe l'articulation médiane, et, s'ils ne le font pas au moment même , ils ne tardent guère à rejeter un fardeau désormais inutile ; mais (3) quand on écrase la patte d'une Araignée , en tenant l'animal de manière à l'empêcher de se mouvoir , il enfonce ensuite le moignon dans sa toile , et l'arrache en pesant sur cette dernière. II paraît y avoir ici une différence eu égard au degré d'importance des membres pour l'animal ; les Grillons et les Sauterelles perdent facilement les pattes qui leur servent à sauter, mais non leurs pattes ambulatoires , les Crabes n'abandonnent pas aussi facilement leurs pinces que les autres pattes, et la même chose a lieu, chez les Araignées chasseuses, pour la première paire de pattes, avec laquelle elles saisissent leur proie (4). On ignore encore à quoi il lient que les Holothuries , dès qu'on les saisit, vomissent tout leur canal intestinal , au milieu de contractions répétées du corps.
7° La putréfaction , qui est normale après la mort , se montre , dans la gangrène , modifiée par l'influence de la vie qui anime encore le reste de l'organisme ; aussi est-elle (§ 869, 7°), comme la putréfaction (§637, II), tantôt humide et tantôt sèche ; mais la gangrène sèche appartient à la catégorie des phénomènes normaux de la vie ; car c'est elle qui détermine la chute du cordon ombilical.
III. Quant aux particularités que présentent les anomalies , 8° Leur manifestation se rattache, tantôt à des circonstances débilitantes , en vertu desquelles la vie a perdu son point d'appui , de manière que la domination de l'unité faiblit dans l'organisme , et que le sang devient plus susceptible de se dé-
(1) Mérii. de l'Acad. des sciences , 1712 , p. 228.
(2) Froriep , Nntitson , t. XXVTII , p. 482.
composer , tantôt à une production trop abondante de masse, qui se soustrait à l'empire de la force régulatrice , etc. Cependant il ne nous arrive que trop souvent d'être obligés de nous en tenir à constater qu'il y a état anormal du type individuel et idiosyncrasie plastique , à embrasser l'ensemble des phénomènes de cet état anormal , sans pouvoir nous élever à la cause de laquelle il dépend ; c'est ce qui a lieu pour les albinos, les personnes sujettes aux hémbrrhagies (§ 854, II) , les hommes dont la peau est couverte de piquans semblables à ceux du Porc-épic (§ 870, 8°), l'ossification des muscles (§ 858, 8° ) , divers changemens dans les qualités des sécrétions (§ 848, 56), etc. Dans d'autres cas, la cause est évidente, mais on ne comprend pas la manière dont elle agit , ce qui arrive , par exemple , à l'égard de la forme particulière que la dernière phalange des doigts affecte dans la maladie bleue (§ 843, 8°). Ailleurs encore, ce qui provoque des formations anormales nous frappe bien par ses qualités et ses effets, mais nous ignorons quelle en est la substance (§ 867, 11° ; 871, IV, S72, VI).
9° Le type de formation particulier à diverses dyscrasies et à certaines dialhèses, par exemple à la rhumatismale , à la catarrhale, à l'hémorrhoïdale, etc. (§867,111), est également une sorte de cryptographie , dont l'observateur attentif devine le sens, à l'aide d'autres phénomènes analogues, mais sans pouvoir comprendre la valeur des caractères eux-mêmes. C'est ainsi seulement que nous jugeons , d'après la forme d'une cicatrice, si elle s'est produite à la suite d'une coupure, d'une brûlure ou d'un ulcère syphilitique, scrofuleux, etc. De même, ce qu'il y a de particulier dans les divers exanthèmes tient plus à la différence du type de formation qu'à celle du siège.
10a Lajnaniôre d'agir de diverses diathèses qui se rencontrent ensemble chez un même organisme se manifeste surtout dans les exanthèmes. Tantôt les deux diathèses déploient simultanément le mode d'action propre à chacune d'elles, comme par exemple la variole chez un sujet atteint de la syphilis ; tantôt elles se modifient l'une l'autre, et en produisent une troisième , comme on voit des dartres prendre un caractère scrofuleux , arthritique ou syphilitique ; parfois enfin l'une
d'elles étouffe l'autre par antagonisme, et la gale, par exemple, disparaît pendant la scarlatine, pour reparaître après (4).