‹ Traité physiologie considérée comme science d'observationChapitre 22 sur 78 · XV. Quatrième période · texte numérisé non relu

XV. Quatrième période

§ 394. La quatrième période embrasse le temps qui s'écoule depuis le développement des extrémités postérieures jusqu'à l'apparition^des antérieures.

1° Peu de temps après que la formation de la cavité branchiale est achevée , les extrémités apparaissent. Celles de derrière sont libres dès l'origine ; elles naissent près l'une de l'autre , immédiatement au devant de l'anus, et sont d'abord dirigées en dehors et un peu en arrière. Ensuite une ligne de démarcation vient séparer la cuisse de la jambe ; les bouts de ces pattes sont d'abord sans division , mais bientôt il y survient des crénelures, qui produisent enfin des orteils, unis ensemble par une membrane natatoire. Les pattes , jusqu'alors raides, acquièrent à cette époque la faculté de se mouvoir.

2° Les extrémités antérieures ne commencent peut-être pas plus tard que les postérieures à paraître, quoique le développement marche avec plus de rapidité dans ces dernières. C'est ce qu'on peut conjecturer d'après les Salamandres , chez lesquelles il ne s'opère pas d'enveloppement de la région pectorale. Mais comme, chez les Grenouilles , un feuillet ventral va au devant des opercules, pour former la double cavité branchiale, le segment antérieur du tronc, ou la région pectorale , se trouve par là enveloppé ; les pattes antérieures se développent donc dans la cavité branchiale , mais tout-à-fait à l'endroit

(4) Addition de Ilalhke,

l'J2 DÉVELOPPEMENT DES BATRACIENS.

ordinaire , derrière les branchies , dont elles sont séparées par un intervalle. L'articulation du coude est ce qu'on distingue d'abord en elles. (De nouvelles observations m'ont appris que les pattes de devant se forment en même temps que celles de derrière. Elles naissent à la moitié antérieure des corps de Wolff, près de leur bord externe ; mais elles en sont cependant séparées par le péritoine , et ne tiennent que très-faiblement aux bords latéraux de la paroi dorsale , quand elles commencent à être visibles. Chacune d'elles représente d'abord , comme la patte de derrière , une verrue conique peu élevée. Au bout de quelque temps, lorsque cette verrue a acquis davantage de longueur, il part de la base une très-petite saillie, un peu aplatie, qui se porte vers le haut, et une autre, de même forme et de même volume , qui se dirige vers le bas : l'une est le rudiment de l'omoplate, et l'autre celui de la clavicule) (1).

3» Le canal intestinal s'allonge très-rapidement , surtout dans sa partie postérieure, qui se roule en nombreuses cir~ convolutions. Les têtards prennent beaucoup de nourriture ; l'intestin se remplit de chyme et d'excrémens, et de la graisse s'accumule à sa surface. (Les deux corps adipeux se développent immédiatement au dessous des reins , à leur bord interne : ils ont d'abord la forme de courtes épingles , ayant la tête dirigée en devant et la pointe en arrière.

De la paroi inférieure de l'intestin , et tout près de son extrémité inférieure , la vessie urinaire se produit par expansion) (2).

4° Les narines sont maintenant perforées ; cependant les têtards paraissent respirer encore l'air par la bouche surtout, car ils viennent souvent à la surface de l'eau , pour le humer. On peut conclure de là qu'outre la respiration branchiale, une respiration aérienne commence à s'établir peu à peu dans les poumons, qui ont pris un développement considérable.

(1) Addition de Rathke.

(2) Addition de Rathke,

DÉVELOPPEMENT DES BATRACIENS. 1^5 V. Cinquième période.

§ 395. La cinquième période est signalée par l'apparition des extrémités antérieures.

i» Cette apparition paraît être le résultat d'une mue ; car, d'abord, avant qu'elle ait lieu, on aperçoit une seconde peau sous l'opercule membraneux, qui forme à cette époque la paroi extérieure de la cavité branchiale ; ensuite , on trouve souvent, immédiatement après qu'elle s'est effectuée, l'épiderme détaché par lambeaux sur le reste du corps ; en troisième lieu, le trou branchial droit, qui s'est produit depuis peu, n'a point la forme d'une ouverture résultant de déchirement ; enfin , le trou branchial gauche n'est point aussi reculé en arrière pendant cette période que durant la précédente , et il affecte aussi une autre forme , de manière qu'il semble être de nouvelle formation. S'il est difficile d'observer le travail entier de la mue , la cause en est sans doute que les têtards vivant presque toujours plusieurs ensemble , ils dévorent avec avidité tout lambeau d'épiderme qui se détache , comme on les voit aussi dépouiller rapidement de leur peau ceux d'entre eux qui viennent à périr.

2° Après la mue, non seulement les extrémités antérieures sont tout-à-fait à nu , mais encore on remarque , au devant de chaque bras, une ouverture ovale , qui conduit dans l'intérieur de la cavité branchiale , laquelle semble être alors plus étroite, et ne renferme que la branchie de son côté. Le nouvel opercule de la cavité branchiale fait corps avec la peau de l'extrémité.

3° Le têtard cesse de prendre de la nourriture ; la mâchoire inférieure est ossifiée ; les lames cornées des lèvres disparaissent pendant la mue , et l'ouverture de la bouche s'agrandit, la peau qui forme les coins se déchirant. La langue est plus développée. Il survient une excrétion alvine abondante, et l'intestin se raccourcit, pendant que ses parois acquièrent plus d'épaisseur ; son anse se rapproche davantage de la surfûce ventrale, et abandonne le pancréas; les circonvolutions disparaissent ; l'estomac se développe ; le foie se porte plus à gauche, de manière qu'il arrive enfin à se trouver

1^4 BliVELOPPEUENT DES BmACIENS.

Bur la ligne médiane ; l'abdomen devient plus long et plui efflanqué.

4" La tête est, au contraire, plus large. Les yeux font plus de saillie.

5* (Pendant que les poumons achèvent de se développer, les franges ou replis cutanés des branchies sont absorbées, les fentes qui se trouvaient entre elles s'oblitèrent , et le fond de la cavité gutturale paraît alors lisse , sans aucune trace de perforation. La ceinture pectorale osseuse , et les muscles des extrémités antérieures qui y prennent leurs attaches , se développent de plus en plus ; le sternum croît toujours en avant, et couvre une portion de plus en plus grande du cœur. Tandis que ces parties se développent, la cavité branchiale se resserre peu à peu , jusqu'à ce qu'elle disparaisse entièrement , attendu que plusieurs pièces de la ceinture pectorale et quelques uns des muscles qui s'y insèrent , prennent sa place , et que ses parois , pressées l'une contre l'autre , finissent par contracter adliérence ensemble) (1).

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