VI. Sixième période
§ 414. Pendant cette période , qui comprend les sixième^,, septième et huitième mois, le développement et l'accroissement continuent, sans qu'il survienne de changemens notables. L'embryon peut déjà naître vivant à celte époque, c'est-à-dire qu'après s'être séparé du corps de la mère, il peut respirer et se mouvoir pendant quelque temps ; mais sa naissance à un pareil moment constitue toujours un avortement , c'est-à-dire qu'il est inapte à continuer de vivre.
I. Pendant le sixième mois , auquel se rapportent les observations de Wrisberg (1) , Sœmmerring (2) , Meckel (3) et Mayer (4), on remarque les changemens suivans :
1° L'œuf acquiert un poids d'environ huit onces. L'embryon devient long de douze pouces , et son poids s'élève à douze ou seize onces. Le cordon ombilical décrit des circonvolutions. La peau se développe davantage ; partout, à l'exception de la paume des mains , de la plante des pieds , et des régions occupées par les organes sensoriels et génitaux , il pousse des poils lanugineux. On voit aussi apparaître le vernis caséeux; cependant il est encore peu abondant, et plutôt mucilagineux que gras. La graisse augmente sous la peau , notamment aux joues, à la nuque et au ventre. Les ongles commencent à devenir cornés. Quelques petits cheveux poussent sur la peau ridée de la tête ; les sourcils et les cils croissent également. Les mamelons apparaissent comme de petits anneaux.
2° La tête a un quart de la longueur du corps. Une grande partie du crâne est ossifiée. On aperçoit les olives à la moelle allongée. Les lobes du cervelet sont divisés en lobules par de nouveaux sillons transversaux : le cervelet a augmenté en même temps d'épaisseur , et le quatrième ventricule se prolonge par conséquent moins dans son intérieur. La masse des
(1) Loc. cit., p. 37.
(2) Loc. cit., fïg. 20.
{,3) Loc. cit., p. 373, 378.
(4) Loc. cit., t. XVII, pl. 36,
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tubercules quadrijumeaux est aussi plus épaisse en dedans , ce qui fait que la cavité qu'ils renferment est devenue plus étroite. De la substance non fibreuse , mais encore blanchâtre, se dépose à la surface. La glande pituilaire est volumineuse , rougeâtre et imbibée de sucs. Le corps calleux s'étend jusqu'au-delà de la partie antérieure des couches optiques. Les hémisphères du cerveau couvrent les tubercules quadrijumeaux et le cervelet ; ils acquièrent plus d'épaisseur, attendu que des fibres de renfort s'ajoutent aux rayonnemens des pédoncules cérébraux qui les avaient d'abord seuls constitués.
3° Le front est ridé ; la face plissée et semblable à celle d'un vieillard. La cornée transparente est pâle , le cristallin mou, opaque, et comme mucilagineux , la membrane pupillaire solide.
4" Le lobule de l'oreille est développé ; l'oreille est encore fort large, et l'hélix n'a point encore de limites bien tranchées.
'6° Le nez et la cloison nasale ne sont plus aussi larges ; les narines sont ouvertes, mais remplies de mucosité.
6° La bouche est ouverte, et dans son inlérieur on trouve un liquide blanc et filant. La langue est épaisse et rouge ; elle a une surface grenue et un long filet. La parotide est large et composée de petits grains ; elle a un fort conduit excréteur.
7° Le cœur est devenu un peu plus petit proportionnellement et moins arrondi. Les oreillettes sont un peu plus petites par rapport aux ventricules.
8° Le cou a une longueur considérable. La thyroïde n'est point devenue , proportion gardée , plus volumineuse. Des anneaux cartilagineux se forment à la trachée-arlère. Les artères pulmonaires sont devenues plus fortes. Les poumons sont solides, celluleux, et l'on ne peut les souffler qu'en employant beaucoup de force ; l'insufflation fait paraître des vésicules du volume d'une graine de pavot, et l'air ne tarde pas à ressortir.
9° Le foie monte plus haut , et refoule le diaphragme. Il augmente plus de diamètre d'avant en arrière que de haut en bas, d'où résulte qu'il fait plus de saillie vers le haut, et
DÉVELOPPEMENT DE l'EMBTIYON HUMAIN. 365 que son lobe droit ne descend point aussi bas. La vésicule biliaire a encore une forme allonj^ée.
40» Les orifices du canal biliaire et du canal pancréatique ne sont ni aussi sailians ni aussi séparés l'un de l'aulre qu'auparavant. Le pancréas devient plus petit , proportion gardée, et la rate, au contraire, beaucoup plus grosse.
11» Les capsules surrénales acquièrent de profondes cellules et des sillons, avec un liquide brunâtre. Les reins sont proportionnellement plus gros^ et une fois aussi volumineux que les capsules. Leurs lobes sont plus confondus dans Tinlérieur, et ils ne sont plus séparés les uns des autres qu'à la surface , par des sillons. Les uretères sont longs et rougeâtres. L'urine contenue dans la vessie est en petite quantité , sans couleur ni odeur.
12° Les testicules sont logés sur les os des îles et les muscles psoas , et encore recourbés.
13° Les ovaires sont plus refoulés en dedans. Les oviductes sont plus horisontaux, et ils s'ouvrent , dans la cavité abdominale, par de très-larges ouvertures, garnies de grandes franges. Le bord supérieur et la face postérieure de la matrice deviennent plus convexes. Le fclitoris est caché entre les grandes lèvres.
IL Pendant le septième mois , on remarque les particularités suivantes :
1° L'œuf pèse environ douze onces. L'embryon a près dë' quinze pouces de long , et il pèse environ deux livres.
2° La peau est riche de vaisseaux. L'épiderme se développe , surtout aux mains et aux pieds. La graisse , qui se dépose en abondance , rend les formes plus potelées. Les anneaux qui tiennent la place des mammelons , sont composés des orifices téans des conduits lactifères , disposés en lignes circulaires.
3° La longueur de la tête n'égale que le cinquième de celle du corps. Le canal de la moelle épinière s'est rétréci. Le cervelet se partage, par des sillons multipliés, en un plus grand nombre de lobules; on voit surtout paraître les flocons et la voile médullaire postérieure. Le pont de Varole se développe davantage. A cette époque seulement, les tubercules quadri-
366 DÉVELOPPEMENT DE l'eMBRYON HUMA.m.
jumeaux sont partagés, par un sillon transversal, en une paire antérieure et une paire postérieure ; en même temps ils ac quièrent tant d'épaisseur, à leur parlie interne, que l'aqueduc n'est plus une cavité spacieuse , mais un étroit canal. Le corps calleux s'étend au dessus des couches optiques. Les éminences mamillaires sont séparées. Les hémisphères du cerveau s'étendent sur le cervelet , et l'on remarque quelques circonvolutions à leur face supérieure et externe. Cependant les ventricules latéraux sont encore très-grands, et remplis par les plexus choroïdes.
4" Les cils sont plus longs et plus forts. Les points lacrymaux font moins de saillie. La cornée est plus convexe. La membrane pupillaire est développée de la manière la plus complète.
5° Les osselets de l'ouïe sont complètement ossifiés.
6° Toutes les dents de lait ont des germes osseux.
7° La thyroïde est alors arrondie et plus épaisse. Le thymus est proportionnellement plus volumineux.
8* La valvule d'Eustache est déjà refoulée à gauche , et la valvule du trou ovale s'est agrandie, de manière que ce trou admet moins de sang.
9° La vésicule biliaire contient de la bile. Les villosités ont disparu dans le gros intestin. Le cœcum est plus manifestement séparé du colon, et l'ouverture de sa valvule est plus allongée que par le passé. Le rectum contient davantage de méconium.
10° Les reins sont plus gros et couverts d'un peu de graisse. La vessie ne contient encore que peu d'urine.
11° Les testicules sont au voisinage de l'anneau inguinal, ou même engagés dedans, auquel cas il suffit d'une légère pression pour les faire rentrer dans la cavité abdominale. Le pré:; puce s'est étendu sur le gland.
12'^ L'hymen fait une forte saillie. Les grandes lèvres se renflent.
13" Les bras sont pliés sur la poitrine , et les doigts fléchis. Les cuisses sont également fléchies sur le corps , les genoux tournés en dehors , et les pieds en dedans , appliqués aux parties génitales.
DEVELOPPEMENT DE l'eMBTIYON HUMAIN.
ÎII. Pendant le huitième mois lunaire, on remarque les cliangemens qui suivent :
1° L'œuf a environ neuf pouces de lon{j, et pèse une livre. La longueur lie l'enibryon est de seize à dix -sept pouces , et son poids de trois à quatre livres.
2" Les oriHces des conduits laclifères sont plus clos, et le mamelon commence à s'élever. Les ongles sont encore mous et courts.
3" Les cavités de la glande pituitaire ei de la bandelette olfactive s'oblitèrent , et celle de la cloison-se ferme.
4» Les paupières sont moins serrées l'une contre l'autre. La cornée est moins trouble. La metiibrane pupillaire commence à disparaître vers son centre.
0» Les canaux demi -circulaires sont complètement ossifiés,
6° L'hyoïde s'ossifie.
1" Les deux valvules semi-lunaires du trou ovale se rapprochent de plus en plus l'une de l'autre , et laissent passer moins de sang. Le canal artériel devient plus faible, en prcporiion des branches pulmonaires.
8° Les cartilages du larynx et de la trachée-artère soi t plus solides, et les poumons plus celliileux.
9° Le foie est d'un rouge foncé ; l'urine d'un jaune de paille.
10° Un testicule, la plupart du temps celui du côté gauche, est descendu dans le scrotum, tandis que l'autre se trouve encore, au dessous de l'anneau, dans la région inguinale. A cette époque seulement le canal déférent se recourbe sur lui-même, après être descendu le long du testicule, et ensuite il remonte.
il" La matrice a sa forme permanente. Un mucus gélatineux et blanchâtre remplit le vagin. La vulve est béante.