NERPS
§ ^29. Les questions"; suivantes se présentent par rapport aux nerfs.
1° On peut demander d'abord si, comme on semble l'admettre communément, ils proviennent de l'organe central de la sensibilité , ou si , comme le prétend Serres , ils naissent des parties situées à la périphérie. Pour envisager ce problème dans le sens le plus général , nous devons examiner ici le rapport de formation qui existe entre le centre et la périphérie du système de la sensibilité. Serres dit avoir vu, chez l'embryon humain , qjé le nerf optique était encore borné à l'œil vers la fin du premier mois (1), et que le nerf trijumeau ne s'accollait au cerveau que dans le troisième mois (2). (Je doute que l'observation puisse jamais démontrer
(1) Loc. cit., 1. 1 , p. 3^i6.
(2) Ihid.. p. 372.
4j8 dkveloppement nu feuillet séreux.
que les nerfs sortent de la moelle épinicre, ou qu'ils viennent se joindre à elle. 11 est vrai que , pendant la seconde période du développement de l'embryon du Poulet , la moelle épinière , quand on l'enlève , paraît lisse, et ne laisse apercevoir aucune insertion de nerfs , tandis qu'on peut suivre ces derniers dans les lames ventrales (§ 403, C); mais comme tout porte à croire que, dans les nerfs rachidiens, de même qu'à la moelle épinière , la gaîne se forme postérieurement , il est naturel qu'un filament mou , peu coloré , et plus grêle qu'un cheveu , ne laisse aucune trace) (1). D'après les découvertes faites sur l'embryon du Poulet (§ 399, 3°; § 400,26»), les nerfs optiques , auditifs et olfactifs naissent du cerveau, mai& non pas tant ces nerfs que les organes sensoriels eux-mêmes; il paraît se former au cerveau une partie relativement périphérique, qui se sépare de lui peu à peu , s'avance vers la périphérie animale, et, de concert avec les parties qui proviennent de cette dernière , y représente un organe sensoriel , tandis que la masse s'élire en une sorte de fil , pour unir en • semble cet organe et le cerveau, et représente ainsi le nerf sensoriel. Ce nerf ne pousse donc pas du cerveau pour aller s'insinuer dans l'organe sensoriel , mais le rudiment de cet organe s'est formé au cerveau, et le nerf ne parait que comme un intermédiaire qui tient celui-ci à distance de celui-là, tout en les unissant l'un avec l'autre. Les trois nerfs sensoriels se montrent originairement sous l'aspect de prolongemens céréi)raux, c'est-à-dire comme des tubes formés de substance cérébrale , dont les cavités sont des prolongemens des ventricules du cerveau. Les prolongemens oculaires et auriculaires se convertissent de si bonne heure en nerfs, c'est-à-dire en cylindres composés de faisceaux de fibres , qu'on n'a point encore pu les observer dans leur état primordial chez l'eml)ryon humain. La production cérébrale destinée à l'organe olfactif, organe sensoriel d'un rang inférieur, est la seule qui reste en arrière sous ce rapport ; en effet , le cordon olfaciil , communément appelé nerf olfactif, se montre sous la forme d'une partie cérébrale épaisse, courte et renflée à rcxlrcmité^
^1) Addition de Baer,
DÉVELOPPEMENT DU FEUILLET SÉlUîUX. 4'9 dont la cavité communique avec le ventricule latéral du cerveau, et quoique cette cavité s'oblitère au septième ou huitième mois, il ne prend cependant jamais la nature d'un nerf; car I on ne peut à bon droit considérer comme des nerfs que les filamens qui sortent de sou renflement.
Cette exserlion , en vertu de laquelle les parties périphériques sortent des parties centrales, explique comment les premières peuvent ne pas se déyelopper,|quoique les parties centrales aient pris un développement convenable. Ainsi RudolpLi a vu l'œil droit manquer entièrement , quoique le cerveau offrît le rudiment du nerf optique de ce côlé. Cependant on n'a encore jamais trouvé de cerveau développé, sans organes sensoriels et sans nerfs. An contraire , on connaît beaucoup de cas d'hémicéphalie dans lesquels le cerveau était demeuré sans développement , quoique les organes sensoriels eussent acquis le leur; ainsi, par exemple, Buttner (1) a rencontré, au lieu du cerveau, deux simples globules médullaires rouges et creux , d'où les nerfs optiques, représentant des tubes rouges , s'étendaient jusqu'à des rétines bien conformées ; ainsi , malgré même son état d'imperfection , le cerveau s'était prolongé en une rétine, autour de laquelle le reste de l'œil s'était produit d'une manière normale. Mais ce développement complet peut aussi avoir lieu dans un organe sensoriel qui est tout-à-fait détaché , et qui, par conséquent, ne se trouve plus sous l'influence du rudiment de cerveau. Morgagni (2) a vu les yeux bien conformés , mais les nerfs optiques qui en partaient se terminaient librement dans les orbites, et, au lieu de cerveau , il n'y avait que deux petites masses molles. Enfin , l'indépendance des parties périphériques à l'égard des parties centrales est poussée même si loin, qu'un organe sensoriel peut acquérir sa forme extérieure , sans qu'une production du cerveau lui ait servi de base. Klinkosch (3) rapporte que, dans un cas de développement incomplet du cerveau , l'œil était formé d'une membrane solide , pleine de
(1) Anatomische Wahrnelimun(jc?i, p. 110. — Is. Geoffroy Saliit-Hilairc, Ilist. des anomalies de roiganisntion, t. II, p. 449.
(2) De scdibus, ép. 48 , art. 50.
(3; Diss, med, ■selcct, Fra(j, , p. 205, '
4^0 DÉVliLOPPJîMENT DU PEUILLÈT SÉREUX.
liquide , sans nerf optique , sans rétine , sans choroïde et sans iris. De tous ces faits, il résulte que la production du noyau sensible des organes sensoriels est un acte antérieur et essentiel de la formation cérébrale , mais que la partie périphérique crée les parties extérieures de ces organes d'une manière indépendante , quoique en harmonie avec le noyau , et que pourvu qu'elle ait reçu ce dernier, elle peut développer coniplétemeni l'organe sensoriel, sans nulle autre influence ultérieure de la part du cerveau.
Maintenant si, dans les organes sensoriels, qui sont en quelque sorte les ouvrages avancés du cerveau , la formation du nerf dépenci de l'existence d'une partie centrale et de celle d'une partie périphérique , ce cas doit avoir heu à plus forte raison pour les autres organes.
L'indépendance dans laquelle la périphérie animale ou la partie excentrique du feuillet séreux se trouve de la partie centrale , se manifeste déjà chez les monstres. Clarke a trouvé un acéphale dont la paroi abdominale était formée, avec des rudimens de pieds et d'orteils, sans colonne vertébrale, moelle épinière, ni nerfs (d). Meckel a également vu (2), dans un cas semblable , une extrémité sans nerfs. Mais cette indépendance se prononce aussi dans l'état normal; chez l'embryon du Poulet, par exemple, les premières vestiges des membres paraissent au troisième jour (§ 400, 24°), et ce n'est qu'après qu'ils se sont développésdavantage (§ 402, 18<')qu'on voit paraître, au cinquième jour, les premiers nerfs delà moelle épinière (§ 402, !l7'')et les renflemensde cette moelle correspondans aur. nerfs des membres (§ 402, 20°). Mais nous ne pouvons pas croire que les nerfs s'allongent pour aller de la moelle épinière dans les membres, ou de ceux-ci à la moelle. Il faut donc admettre que, quand une partie périphérique s'est formée, une harmonie préétablie entre elle et un point déterminé de l'organe central de la sensibilité , harmonie qui se rattache à son essence même, fait qu'il s'établit entre cet organe et elle une relation ou une tension dynamique , qui ne
(4) Tiedemann , Anatomie der kopfloson Misstjehurten , p. 9.
(2) Handhxwk der pathologisch^n Amtqmiç , t, I , p. 173, ,
tarde pas à se matérialiser, en ce sens que, sur toutè la longueur, de la substance nerveuse se détache ou se sépare de la masse organique, pour devenir l'intermédiaire de ces deux parties ou représenter les nerfs. L'observation vient à l'appui de cette théorie ; car, à mesure que les organes périphériques prennent du développement, les nerfs qu'ils possèdent croissent par addition latérale ou par multiplicaiion de leurs filets ; ainsi la grosse racine du nerf de la cinquième paire se compose de dix-huit cordons chez l'embryon de huit mois , et de vingt- huit à trente chez l'enfant nouveau- né (1). Cette théorie a également pour elle les faits pathologiques ; chez les acéphales , on trouve tantôt des nerfs qui viennent de la moelle épinière et cessent à peu de distance, sans atteindre jusqu'aux membres (2), tantôt des nerfs qui viennent des membres et qui s'arrêtent à la colonne vertébrale ou à l'enveloppe fibreuse de la moelle épinière (3). A peine d'ailleurs parviendrait-on à expliquer autrement les cas où une paire nerveuse est interrompue dans une étendue considérable (4).
Nous pourrions dire que cette relation lie plus intimement les organes nouvellement formés à l'organe central de la sensibilité, qu'elle les fait entrer en quelque sorte dans l'unité de ce dernier, et que, par là, elle entretient tant la normahlé de leur conformation que la permanence de leur durée, tandis que les parties privées de nerfs tantôt ne se maintiennent qu'en venu de leur cohésion plus forte ou de la lenteur de leur nutrition, comme les cartilages et les membranes fibreuses, tantôt sont transitoires et sans soutien, comme les corps de Wolffet les enveloppes fœtales. Mais le type général que la formation organique tend à représenter domine encore par dessus cette loi, et son pouvoir peut aller jusqu'à anéantir une partie riche en nerfs, avec le point correspondant de Porgane central, lorsqu'elle ne correspond plus à l'ensemble de l'organisation. C'est ainsi que, pendant l'état chrysalidaire, certains points des parois du tronc disparaissent, avec leurs nerfs
(1) Manuel d'anatomic , t. III, p. 145.
(2) Windslow , dans Tiedemann , loc. cit., p. IG.
(3) Lallemand , Observations pathologiques, p. 28,
[ (4) Meckel , Handbucli dcr patholoyischen /inatomie , l, I , p. 391,
et avec les ganglions dans lesquels ceux-ci avaient leur extrémité centrale (§ 380, 5») : de même aussi, pendant la mé • tamorphose des Grenouilles, on voit disparaître les muscles de la queue , avec leurs nerfs et la partie postérieure de la moelle épinière (§ 39G, 1°), et nous ne pouvons pas dire que cette mortification marche du centre à la périphérie ou de la périphérie au centre; car elle paraît s'eflecluer simultanément dans l'un et l'autre, d'une manière sympathique.
2° Suivant Serres (1), la foi*mation des nerfs marcherait d'avant en arrière au cerveau. D'après Meckel (2), les nerfs se perfectionneraient dans la direction inverse, c'est-à-dire d'arrière en avant. Cependant la qualité des organes paraît être ce qui influe davantage sur la formation plus ou moins précoce des nerfs; caries trois nerfs purement sensoriels sont les premiers qui se développent, sans que leur situation en avant ou en arrière semble exercer d'influence notable. Au reste, les nerfs cérébraux sont plus gros , proportionnellement au cerveau , chez l'embryon que chez l'adulte.
3° Le nerf grand sympathique est plus développé que les autres nerfs à une époque reculée, notamment aux quatrième et cinquième mois, et les ganglions sont alors si volumineux , surtout dans la cavité pectorale, qu'ils se touchent presque, et Iwment pour ainsi dire une série non interrompue : cependant, dès le sixième mois, il diminue de volume, et rentre à peu près dans les proportions qu'il doit conserver (3). Ses rapports avec le système vasculaire se prononcent surtout chez les monstres acéphales, où il ne s'étend pas plus loin que les vaisseaux eux-mêmes (4).
B. Configurations spéciale^.
§ 430. De ces élèmens (§ 426,-429), auxquels il faut joindre encordes vaisseaux sanguins et les vaisseaux lymphatiques, qui, aussi bien que leurs glandes , sont fortement développés pendant la vie embryonnaire, se forme la périphérie animale.
(1> Loc. cit., t. I, p. 50.
(2) Manuel d'anat., t. III , p. 144.
(3) Meckel , Manuel d'anal., t. III, p. 445.
(4) Tiedemann , Anatomie derliopfloscn Missyelurten , p. 91.
Celle-ci comprend deux parties, l'une commune ou pariétale, qui se développe en deux directions différentes , c'est-à-dire vers le côté spinal et vers le côté viscéral ; l'autre spéciale , qui se segmente en deux classes d'organes (§ 432-434) .
I, Considérations générales.
a. Paroi spinale.
1» La paroi spinale , OU la portion de la périphérie animale qui renferme l'organe central de la sensibilité, et forme une cavité pour le loger, est celle qui apparaît la première (pli primordial de Pander, lame dorsale de Baer)-; la portion du feuillet séreux située sur le même plan que l'organe central , encore liquide, de la sensibilité , et immédiatement autour de lui, s'élève, par pullulation de sa substance, ou par accui mulation de masse organique primordiale , en talus qui s'étendent des deux côtés de l'organe central (§ 391, 3°; 398., 7°; 409). Ces bandelettes latérales s'allongent très-prompleS ment jusqu'à la ligne médiane, s'y soudent ensemble , et forment ainsi une cavité close pour l'organe central. Mais on aperçoit encore pendant quelque temps ce dernier à travers la paroi spinale , qui d'abord n'est grenue que sur les côtés , tandis que , vers la ligne médiane , elle est séreuse et transparente. La masse grenue qui se répand peu à peu sur la paroi entière se divise en couches membraneuses , d'abord intimement unies ensemble, savoir , la peau extérieure et l'enveloppe fibreuse de l'organe central , ou la dure-mère. Entre ces deux couches se développent ensuite des os, des muscles et des nerfs. L'organe central exerce de l'infiuence sur le développement de la paroi spinale ; car la calotte du crâne et la peau de la tête manquent presque toujours d.ins les cas d'hémicéphalie , comme aussi les arcs vertébraux et leurs tégumens cutanés dans celui d'incomplet développement de la moelle épinière , et alors la paroi spinale est transparente et séreuse , par conséquent demeurée à son degré primitif de formation. Les exceptions à cette règle , qu'on observe quelquefois, prouvent que l'inlluence dont nous parlons n'est point absolue.
b. Paroi viscérale.
2o Vis-à-vis de la cavité spinale , et séparée d'elle par le tronc vertébral, se forme la cavité viscérale, ou l'espace contenant les organes divers chargés d'assurer la vie du centre de la sensibilité , ou les viscères produits par les développemens des feuillets vasculaire et muqueux. Cette cavité communique avec celle des enveloppes fœtales, ne se forme qu'assez tard , et même alors continue d'être en relation avec les enveloppes du fœtus , par l'intermédiaire de l'ombilic (§ /il7, 7«). Ce qui la limite, ou la paroi viscérale (lames ventralesde Wolff et de Baer), est une partie du feuillet séreux d'abord appliquée immédiatement aux feuillets vasculaire et muqueux ; c'est à l'époque seulement où ces deux derniers feuillets se séparent du séreux, par la contraction plus grande qu'ils éprouvent , qu'il se manifeste entre eux un vide , ou la cavité viscérale, ainsi que Baer (1) l'a fait voir. La paroi viscérale part , comme la paroi spinale , des lignes latérales de la tige vertébrale , et comme cette dernière paroi aussi , mais en suivant une direction inverse et décrivant un plus grand arc, elle va gagner la ligne médiane ; on n'en aperçoit d'abord , au côté de la tige vertébrale /qu'une bandelette étroite, composée de masse grenue et figurant la lame viscérale , tandis que le reste de son étendue demeure séreux et transparent, jusqu'à ce que peu à peu il devienne grenu dans tous ses points; alors seulement on voit apparaître des différences en elle. Il n'est pas rare de rencontrer des monstres chez lesquels, persistant à un degré inférieur de formation , elle ne s'est point soudée sur la ligne médiane , de manière qu'elle y a laissé une scissure et qu'elle n'y a point couvert les viscères.
En se portant vers la ligne médiane , celte paroi produit , de même que la paroi spinale, des arcs osseux, qui suivent cependant un type moins fixe, puisqu'ils manquent sur quelques points (le cou et le ventre) , où la paroi n'est constituée que par de la peau et des muscles , tandis que, sur d'autres (tête et poitrine), ils se partagent en une multitude de pièces
{IL) Ueher die Èntwiclielungsijeschichte dor Thieren , p. 67.
osseuses, et que, sur d'autres encore (bassin), ils se réunissent au contraire en une seule masse.
Il est des points aussi où une partie de la paroi viscérale se détache et se prolonge de dehors en dedans , de manière qu'elle produit une cloison (diaphragme) dans la cavité viscérale ou qu'elle s'applique aux développemens du feuillet muqueux, et alors tantôt pénètre, comme couche musculaire, dans les replis de la membrane muqueuse (langue et voile du palais), tantôt se développe en un appareil cartilagineux pourvu de muscles autour d'une membrane muqueuse en forme de tube (larynx et trachée-artère) ; les corps vertébraux envoient également çà et là de semblables prolongemens (apophyses épineuses inférieures et cloison du nez) , tandis que, dans certaines régions (poitrine), eux-mêmes font une forte saillie à l'intérieur et divisent la cavité. Cette pénétration de l'extérieur dans l'intérieur , qui annonce à quel point la diversité ou la pluralité prédomine dans la cavité viscérale , n'a d'autres analogues que la faux et la tente de la dure-mère dans la cavité spinale, qui représente davantage un tout non divisé.
§ 430*. Au tronc ,
I. La paroi spinale est formée par les arcs de la colonne vertébrale. Pendant leur état cartilagineux, ces arcs sont séparés des corps (1). Ils s'ossifient un peu plus tard que la paroi spinale de la tête , et leur ossification procède de la région cervicale vers les os coccygiens. D'après les indications de Béclard , qui a seulement assigné des époques trop rappro' cbées de l'origine, nous trouvons, durant la septième semaine, des noyaux osseux dans les arcs de la septième vertèbre cervicale et des onze dorsales supérieures; puis, durant la huitième semaine, ces noyaux s'étendent jusqu'à la troisième vertèbre lombaire ; ils vont, au troisième mois, jusqu'à la première vertèbre pelvienne , au quatrième jusqu'à la seconde , au cinquième jusqu'à la quatrième, et au huitième jusqu'à la cinquième. Cependant les parties latérales ne se soudent point encore ensemble sur la ligne médiane, durant le cours de la vie embryonnaire, et elles ne font que s'y appliquer l'une
(1) Meckel , /(/«fti» fuer\Anatmio , (1827, p.]239.
DÉVELOPPEMENT DU FEUILLET SÉREUX, contre l'autre. Quand elles s'arrêtent à un degré inférieur de formation , de manière à ne point se toucher , il résulte de là un spina bifîda, qu'accompagne presque toujours un développement incomplet de la moelle épinière, et qui dépend vraisemblablement de cette dernière circonstance (1).
II. La cavité viscérale prend une forme spéciale dans les diverses régions du corps.
1° Le cou semble manquer d'abord, mais uniquement parce qu'il a encore la même largeur que le tronc. Le cœur s'y trouve encore renfermé , comme il l'est d'une manière permanente chez les Poissons , puisque , d'après la remarque de Raihke , ce qu'on appelle la poitrine chez ces animaux , n'est autre chose que le cou , en jugeant d'après la situation des branchies chez les Oiseaux et les Mammifères. C'est seulement lorsque le cœur se retire en arrière , et qu'il ne reste plus que des parties tubuleuses entre la tête et le tronc , qu'un étranglement se manifeste entre ces deux parties , ou que la paroi viscérale, en se resserrant sur elle-même, ramène le col à la forme cylindrique , absolument de la même manière que les étranglemens qui séparent la tête de la poitrine et la poitrine de l'abdomen se produisent dans la chrysalide des Insectes (§ 380. 4°). Cependant, chez l'embryon humain , le thymus fait encore une assez grande saillie dans le cou , au dixième mois.
Au quatrième mois , pendant le plus fort développement des organes à proprement parler cervicaux , le larynx , la glande thyroïde et le thymus , les apophyses tr ans verses se développent davantage aux vertèbres cervicales qu'aux autres. Elles paraissent fendues : le jambage antérieur est court ; le postérieur est plus long , et son extrémité produit èn devant une saillie , qui s'unit par un cartilage avec celle du jambage antérieur , de manière qu'il résulte de là un anneau , à travers lequel monte l'artère vertébrale. Mais , à la septième vertèbre cervicale, il se développe , au sixième mois , et au devant de ce cartilage , un noyau osseux particulier , qui , d'après mes observations (2) , fait saillie au-delà du jambage
(1) J. Cruveilhier, Anat. palhol. du corps humain, 6' et 16» livrais, infoL, fig. col.
(2) Anatomische UiUersuchunyeii , t. IV, p. 30-S4.
BÉVlilLOrrEMENT DU FEUILLET SÉIIEUX. t\2') postérieur , tandis que , pendant la vie embryonnaire , il ne se soude ni avec celui-ci, ni avec le jambage antérieur, de sorte qu'il est une apophyse transverse redoublée et prolongée, ou, en d'autres termes, une côte cervicale.
S» Les côtes apparaissent, dans la paroi pectorale , durant le cours de la sixième semaine , sous la forme de stries blanchâtres , et pendant la huitième elles sont déjà plus apparentes, attendu qu'elles s'allongent et se partagent en deux pièces cartilagineuses, dont l'une s'ossifie , tandis que l'autre persiste. Leur ossification débute dès le commencement du troisième mois, et marche avec rapidité; mais, durant le cours de la vie embryonnaire , elle ne s'étend point au-delà de la tête et de la tubérosité.
Le sternum, comme clef de la voûte pectorale , ou , suivant les expressions de Wolff, comme cicatrice des parois ihorachiques, est encore fort court pendant la huitième semaine, et se compose de deux cartilages l'un supérieur, qui s'ossifie, l'autre inférieur, qui persiste, et qui est le cartilage xiphoide. La poignée ne s'ossifie qu'au cinquième mois, ordir nairementpar deux points, l'un en dessus, l'autre en dessous, qui parfois ne tardent pas à se confondre ensemble. La partie supérieure du corps , celle qui est destinée à la seconde côte, s'ossifie bientôt après ; la suivante, ou celle à laquelle s'insère la troisième côte , s'ossifie à la même époque que la précédente, tantôt par un seul point et tantôt par deux ; la quatrième , destinée à la quatrième côte , le fait dans le cours du sixième au huitième mois; l'inférieure , pour les cinquième et sixième côtes , ne s'ossifie que quelquefois , et alors durant les derniers mois de la vie embryonnaire.
Le diaphragme , portion tournée en dedans de la paroi viscérale , n'existe point encore au second mois. Il se développe, au troisième, sous la forme d'une membrane mince, dans laquelle on aperçoit peu de fibres musculaires. Celles-ci deviennent plus prononcées au quatrième mois. Cependant la portion tendineuse demeure encore pendant quelque temps fort grande, proportion gardée , et elle est intimement unie avec le péricarde.
3« Durant la sixième semaine , le paroi abdomiaal.e est çn-
core séreuse et Iransparenle à la face antérieure du corps ; elle ne devient {jrenue et opaque que pendant la septième semaine.
L'ouverture ombilicale , ou le vide existant à l'endroit où les parois du tronc ne se sont point encore réunies, est située, au commencement du second mois, presque entièrement à l'extrémité inférieure du tronc; car, à proprement parler, la région hypo{ïastrique n'existe point encore ; c'est seulement lorsque celle-ci commence à se former, vers la fin du mois, que l'ouverture ombilicale arrive à se placer plus haut , proportion gardée. Elle diminue sans cesse de diamètre , eu égard au volume du corps ; cependant, à partir du moment où elle ne laisse plus passer que les vaisseaux ombilicaux, elle devient plus large , d'une manière absolue , parce que les vaisseaux ont augmenté de calibre. Les muscles droits du basventre forment en quelque sorte un sphincter autour d'elle. Enfin , la peau produit , autour de l'anneau ombilical, un renflement circulaire , une sorte de prépuce , qu'un pli profond sépare du cordon ombilical qu'elle entoure , et qu'on trouve surtout très-développé chez les enfans qui viennent au monde tard et après le terme ordinaire. En haut, o\i la veine ombilicale entre , la fosse est moins profonde , et comme interrompue par un frein.
La hernie ombilicale lient à ce que l'ouverture ombilicale s'est arrêtée à l'un de ses degrés primitifs de développement, et à ce qu'elle ne s'est point appliquée d'une manière assez immédiate aux vaisseaux ombilicaux.
40 Pendant la huitième semaine , on voit paraître le rudiment du bassin , sous la forme d'un cartilage unique de chaque côté. Au quatrième mois , l'os iliaque commence à s'ossifier, puis l'ischion , enfin le pubis : cependant ces trois pièces demeurent non réunies pendant la vie embryonnaire. Le développement du bassin est en raison directe de celui des viscères contenus dans cette cavité ; de sorte que, quand le rectum vient à manquer , le bassin est ordinairement plus étroit, les tubérosités sciatiques se trouvant tout auprès l'une de l'autre (1),
(l)Meckel , Handhuch der pathologischen Anatomie, t. I , p. 502,
DÉVEI-OPPEME-NT BU FEUILLET SÉREUX. 4^9 § 431 . Quant à ce qui concerne la formation du crâne, I. La théorie de cette formation, eu ég^ard aux corps vertébraux et à la paroi spinale, a été bien établie par Oken, puis parSpix, Carus (J)etautres. Aux trois vésicules cérébrales correspondent trois vertèbres crâniennes, dont les parties voûtées représentent la paroi spinale. Dans mes recherches sur la morphologie de la tête (2) , j'ai fait connaître mes opinions à réf^ard du type général de la périphérie animale chez les animaux vertébrés. J'y ai fait voir qu'au tronc comme à la tête, il part du tronc vertébral un anneau qui embrasse la partie centrale du système nerveux , et un autre anneau qui enveloppe les viscères. J'avais donné l'épithète de viscérales aux apophyses du crâne enveloppant les organes qu'antérieurement déjà (3) j'avais signalés comme des viscères céphaliques. Cet aperçu morphologique a été depuis présenté sous un autre point de vue et généralement admis. Mais lorsqu'on cherche à en faire l'application aux détails , il se présente de grandes difficultés , tenant à ce que plusieurs os font partie de la partie spinale(le crâne) tout aussi bien que de la partie viscérale, et à ce que plusieurs d'entre eux , dont la signification est différente , se soudent ensemble , tandis que d'autres , dont la signification est la même , demeurent distincts les uns des autres. D'après des motifs que j'ai longuement développés, j j'admettais comme paroi spinale pour la vertèbre postérieure lia région inférieure de la partie squameuse de l'occipital, ipour la médiane la portion squameuse du temporal, les pa- I riétaux et la région supérieure de la portion squameuse de . l'occipital , pour l'antérieure la portion squameuse du fron- : tal ; en outre, je considérais comme apophyses transverses, à la \ vertèbre postérieure , les cornes du larynx , à la médiane les ; grandes ailes du sphénoïde et la partie inférieure des portions 5 squameuses des temporaux, à l'antérieure les petites ailes du «sphénoïde et les lames orbitaires du frontal : enfin je regardais (comme apophyses viscérales , à la vertèbre postérieure , les j apophyses styloïdes, avec les os hyoïdes; à la médiane, les
(1; Traité élément, d'anat. comp. Paris, 1835, 3 vol. in-S", et atlas in-4"',
(2) Berichte von der analomischen Anstalt zti KœniQslertj , t, lY,
(3) Fom Baue und Lclen des Gehirnes , 1. 1 , p, 85,
apophyses piéry{îoïcles et la mriclioire inférieure; à l'aniérieure, lés os palatins, la mâchoire supérieure et les osjugaux, 11 restait , aux vertèbres postérieure et antérieure , des pièces osseuses dont la signification ne pouvait être interprétée qu'à l'aide d'analo{}ies éloignées ; l'analogie des côtes cervicales dont j'ai parlé plus haut (§ 470, û "*), me faisait rapporter les os mastoïdiens à la vertèbre postérieure , et les masses latérales de l'ethmoïde, ainsi que les cornets et les lacrymaux, ù la vertèbre antérieure, comme apophyses transverses secondaires. Enfin l'analogie des apophyses épineuses inférieures des Poissons me montrait la crête gutturale , à la vertèbre postérieure , comme un rudiment d'apophyse épineuse viscérale, et le bec du sphénoïde^ avec la lame perpen- .diculaire de l'ethmoïde et le vomer, comme un grand développement d'une apophyse épineuse de même nature.
Au contraire , suivant YaleiUin (û), il y a trois vertèbres fondamentales pour les trois vésicules cérébrales, savoir l'os occipital pour la postérieure , le corps postérieur du sphénoïde, avec les petites ailes et les os pariétaux, pour la médiane , le corps antérieur du sphénoïde, avec une partie des grandes ailes et le frontal , pour l'antérieure ; mais, entre ces trois vertèbres , s'insinuent trois intervertèbres pour les organes sensoriels, savoir, en arrière, les os temporaux pour l'oreille , au milieu, les lames orbitairesdu frontal pour l'œil, en devant , la lame criblée pour la cavité nasale.
II. Si de ces tentatives, ayant pour but de rendre intelhgible la formation du crâne , nous passons aux observations , nous remarquons d'abord cette particularité , que l'ossification et la cartilaginificaiion coïncident ensemble danâla portion voûtée, et qu'avant que la première ait lieu, on n'aperçoit pas de lame cartilagineuse spéciale entre la peau de la tête et la dure-mère.
1° Des interstices membraneux séparent les pariétaux l'un de l'autre à dater du sixième mois. Ils constituent des fontanelles, dont les latérales (vers les os temporaux) disparaissent les premières, la postérieure (vers l'os occipital) s'efface
(1) Loc. cit., p. 220.;
DÉVELOPPEMENT DU FEUILLET SÉREUX. 4'5l
presque toujours au dixième mois , et l'antérieure ( vers le frontal ) a encore près d'un pouce de long- chez l'embryon parvenu à maturité. La première ossification a lieu, dans les os pariétaux , à la fin du second mois , et elle part d'un seul point mitoyen , d'où s'étendent en tous sens des fibres rayonnantes.
2° Vers la même époque paraissent , dans la portion squameuse de l'os occipital , deux points d'ossification, qui ne tardent pas à se confondre sur la ligne médiane , tandis qu'il s'en développe , au dessus d'eux , deux et jusqu'à trois paires d'autres, qui sont confondus ensemble au quatrième et au cinquième mois.
3" Aux os temporaux , l'ossification commence , durant le troisième mois , dans la partie inférieure de la portion squameuse et à l'apophyse zygomatique ; au quatrième et au cinquième mois , elle se manifeste dans la portion pierreuse et la portion mastoïdienne.
4" Les premiers points d'ossification du sphénoïde paraissent , au troisième mois , dans les grandes ailes ; au quatrième mois, il s'en développe d'autres dans les petites ailes et dans les lames internes des apophyses ptérygoïdes.
5° L'os frontal commence , vers la fin du second mois , à s'ossifier en deux moitiés symétriques, qui demeurent séparées pendant le cours de la vie embryonnaire. Les sinus frontaux manquent chez l'embryon humain. D'après les observations que Rathke a faites sur des animaux (1), ils se développent sous la forme de deux hernies de la membrane muqueuse , qui poussent du côté des os , de manière que la table interne de ces derniers se trouve résorbée , après quoi les sinus s'étendent de plus en plus entre les deux tables superficielles , et refoulent le diploë.
6* A la partie inférieure de la paroi du front croît une saillie pyramidale , dont la partie interne se développe en lame perpendiculaire de l'elhmoïde et en vomer (2). La première ne s'ossifie point encore chez l'embryon humain , et l'ossification du vomer a lieu d'une manière assez tardive.
(1) Handbuch zur Bildungs-und Entwiclielxmtjsgcscldchte der Meu'm gcJien vnd der Thiere , t. I, p. 100.
(2) llid., p. 95.
43a dï;velopi>emi!;nt du feuillet séreux.
7° Suivant Uiiihke, la partie externe de cette saillie se contourne de dedans en dcliors autour de la fosse nasale de chaque côté , au dessous de laquelle se soudent avec elle deux lobes latéraux triangulaires qui vont à sa rencontre ; c'est ainsi que se produit l'os maxillaire supérieur. Selon Reichert (û), le point d'origine se trouve au segment supérieur et antérieur du premier arc viscéral. Chez l'embryon humain , trois points d'ossifisalion paraissent dès la fin du second mois ; un interne, pour l'os intermaxillaire, qui forme la partie de l'arcade dentaire destinée aux dents incisives, un médian, pour le corps , et un externe, pour la face faciale : ces trois points se confondent rapidement ensemble. La voûte palatine paraît sous la forme de deux bandelettes latérales , qui , croissant de dehors en dedans et d'avant en arrière , deviennent des plaques et se soudent ensemble. Lorsque l'accroissement s'arrête avant d'avoir atteint la ligne médiane , et que les parties latérales de la lèvre supérieure ne se réunissent point , il y a bec-de-lièvre. L'antre d'Highmore doit naissance , selon Rathke , à ce que , quand les dents molaires poussent , la paroi latérale externe s'écarte de l'interne , et que la membrane muqueuse fait hernie entre elles , après quoi la paroi interne commence à s'ossifier.
8° Les os palatins se forment d'une manière correspondante.
9° Les masses latérales de l'ethmoïde et les cornets du nez se présentent sous l'aspect de lames cartilagineuses tapissées de membrane muqueuse , aux faces internes de la mâchoire supérieure ; l'ossification s'opère au cinquième mois.
10° Les os onguis s'ossifient un peu plus tôt.
11° Les os propres du nez naissent, à l'état d'expansions latérales de la cloison, dans la voûte en forme de toit qui descend de la futiu^e mâchoire supérieure (2). Ils s'ossifient au troisième mois.
12° A la même époque s'accomplit aussi l'ossification des os de la pommette.
13° La mâchoire inférieure paraît provenir d'une métamor-
(1) Ueler die Fisccralhogen dcr WilhertUero im allgcmeincn , iind deren Methamorphose uei den Saeugethiereii wid f^ocgcln, p. 83.
(2) Halhkc , Ahhandluv<j zur Bildunçisijeschiciae, p. 97. .
phose de l'arc branchial antérieur ( § 402, 1G° ). Suivant lleicbert (1) elle se fonne au côté externe du premier arc viscéral. Elle s'ossifie déjà vers la fin du second moins. Sa branche ascendante forme encore, chez l'embryon à maturité, un angle' très-ouvert avec les portions horizontales.
14° L'apophyse du marteau, découverte par Meckel , lorme un arc parallèle à la nukhoire inférieure. D'après Valentiu (2), il pousse, de la paroi postérieure de la cavité tympauique , une verrue qui s'allonge rapidement , atteint le côté interne de la mâchoire inférieure , et se partage ensuite en enclume, marteau et apophyse de Meckel. Cette dernière, affectant la forme d'un cartilage cylindrique , s'élève de la caisse tympauique , entre le cadre du tympan et le rocher , et s'étend , dans un gouttière cartilagineuse de la mâchoire inférieure, jusqu'à la ligne médiane, où elle se rapproche de celle du côté opposé, et se recourbe sur elle-même ou s'unit avec elle. Elle disparaît à peu près au huitième mois. Suivant Yalentin,laverrue de laquelle elle se développe, avec le mai'teau et l'enclume , ne constitue pas un arc branchial , mais se trouve en partie à la surface et en partie dans un arc de ce genre. Reichert (3) pense que le premier cordon viscéral cartilagineux forme en bas l'apophyse de Meckel et le marteau, au miheu l'enclume, et en haut l'os palatin et l'os alaire.
15° L'hyoïde forme une autre arc. Selon Valentin (4) , il se produit au dessous de l'apophyse de Meckel , louche la partie postérieure du cadre du tympan , se prolonge en arrière et en haut , atteint ensuite jusqu'à la portion mastoïdienne , s'épaissit, et représente de cette manière le manche, avec lequel il fait corps, tandis que plus tard il n'y tient qu'au moyen d'un ligament. Au cinquième mois , un point d'ossification se développe dans le milieu, et deux dans les grandes cornes. Reichert admet que le second arc cartilagineux forme la corne
{'}) Lno. cit., p. 23.
Ci) Handhuch clcr EntwicUehuujsijesclnclilc des MenscJicii , p. 213,
(3) Loc. tu., p. 85. j
(4) Loc, cil,, p, 215,