CHAPITRE XL DU GOUVERNEMENT OÉMOCRATigUE
§ 1 . TE passe enfin au troisième gouvernement, U et tout à fait absolu, que nous appelons Démocratique. La différence de ce gouvernement, d’avec le gouvernement Aristocratique, consiste principalement en ceci, avons-nous dit, que, dans ce dernier, c’est de la seule volonté de l’Assemblée suprême, et d’une libre élection, qu’il dépend que tel ou tel soit créé Patricien, de telle sorte que personne n’a le droit héréditaire de suffrage, et celui de remplir les charges de l’empire, et que personne ne peut, à bon droit, réclamer pour lui ce droit, comme il arrive dans le gouvernement dont nous traitons maintenant. Car tous ceux qui sont nés de parents citoyens, ou sur ce sol de la patrie, ou qui ont bien mérité de la République, ou, pour d’autres motifs, pour lesquels la Loi ordonne d’accorder à quelqu’un le droit de citoyen, tous ceux-là, dis-je, réclament avec droit, pour eux, le droit de suffrage dans l’Assemblée suprême, et l’occupation des charges de l’empire ; et il n’est permis de le leur refuser que pour cause de crime ou d’infamie.
§ II. Si donc il est établi, par une loi, que les Anciens seulement, qui seront parvenus à une certaine année de leur âge; ou les seuls premiers-nés, dès que leur âge le permet; ou ceux qui paient une certaine somme d’argent à la République, aient le droit de suffrage dans l’Assemblée suprême, et celui de traiter les affaires de l’empire ; quoiqu’il puisse arriver, par cette raison, que l’Assemblée suprême soit composée d’un plus petit nombre de citoyens que l’Assemblée du gouvernement Aristocratique, dont nous avons traité ci-dessus, il faut appeler néanmoins Démocratiques, des gouvernements de cette espèce ; parce que leurs citoyens, qui sont destinés à gouverner la République, ne sont pas élus par l’Assemblée suprême, comme les Grands, mais sont destinés à cet office par la loi. Et, bien que, par cette raison , des gouvernements de cette espèce, — c’est-à-dire où ce ne sont pas les Grands qui sont destinés au Gouvernement, mais des individus riches par le hasard, ou les premiers-nés, — paraissent être inférieurs au gouvernement Aristocratique, cependant, si nous considérons la pratique, ou la condition commune des hommes, la chose reviendra au même. Car ceux qui paraîtront toujours les meilleurs aux Patriciens , ce sont les riches, ou leurs propres parents, ou leurs amis. Et, assurément, si les Patriciens étaient ainsi faits,
qu’ils choisissent leurs collègues Patriciens, libres de toute passion, et conduits par le seul zèle du salut public, nul gouvernement ne serait comparable au gouvernement Aristocratique. Mais l’expérience a montré assez surabondamment que la chose se passe d’une façon toute contraire, principalement dans les Oligarchies où la volonté des Patriciens, par le manque de rivaux, est le plus affranchie de loi. Là, en effet, les Patriciens écartent avec empressement de l’Assemblée les meilleurs citoyens ; et ils se choisissent des collègues, dans l’Assemblée, qui se suspendent à leur bouche ; de sorte que, dans un tel gouvernement, les choses se passent d’une façon bien plus malheureuse, parce que l’élection des Patriciens dépend de la volonté absolument libre de certains individus, c’est-à-dire d’une volonté affranchie de toute loi. Mais je reviens à mon sujet.
§111. Parce qui a été dit dans le précédent Art., il est évident que nous pouvons concevoir différents genres de gouvernement Démocratique. Mais mon dessein n’est pas de traiter de chacun d’eux • mais de celui-là, seulement, où tous ceux absolument qui sont obligés par les seules lois de la patrie, et qui, en outre, sont leurs maîtres, et qui vivent honnêtement, ont le droit de suffrage dans l’Assemblée suprême, et celui de recevoir des charges de l'empire. Je dis, expressément, ceux qui sont obligés par les
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seules lois de la patrie, pour exclure les étrangers, qui sont censés vivre sous le gouvernement d’un autre. J’ai ajouté, de plus, que^ outre qu’ils soient obligés par les lois de l’empire, ils soient leurs maîtres pour le reste, afin d’exclure les femmes, et les domestiques, qui vivent sous la puissance des hommes, et des maîtres ; ainsi que les enfants, et les pupilles, tant qu’ils sont sous la puissance des parents et des tuteurs. J’ai dit, enfin, et qui vivent honnêtement, afin d’exclure, sur toutes choses, ceux qui sont infâmes pour cause de crime, ou de quelque genre de vie honteux.
§ IV. Mais, me demandera peut-être quelqu’un, est-ce par nature, ou par une institution, que les femmes sont sous le pouvoir des hommes? Car, si c’est seulement par le fait d’une institution, aucune raison ne nous force donc d’exclure les femmes du gouvernement. — Mais, si nous consultons l’expérience elle*même, nous verrons que cette mesure a été prise) à cause de la faiblesse d’esprit des femmes. Nulle part) en effet, il n’est arrivé que les hommes et que les femmes régnassent ensemble; mais, dans tous les lieux de la terre où l’on trouve des hommes et des femmes, nous voyons que les hoitimes gou-* vement, et que les femmes sont gouvernées ; et, de cette manière, les deux sexes vivent en bon accord; Et, d’un autre côté, les AmazoneSj que la renom-
mée nous apprend avoir régné jadis, ne souffraient pas que les hommes demeurassent sur le sol de leur patrie ; mais elles nourrissaient seulement les filles, et elles mettaient à mort les mâles qu’elles avaient enfantés. — Que' si, par nature, les femmes étaient égales aux hommes et aussi puissantes, et par le courage de ràmc, et par l’esprit, en quoi consiste surtout la puissance humaine, et conséquemment le droit; assurément, parmi tant et tant de différentes nations, on en trouverait quelques-unes où les deux sexes gouverneraient également; et d’autres, où les hommes seraient gouvernés par les femmes, et éduqués de telle sorte qu’ils eussent moins de pouvoir par l’esprit. Comme on n’a trouvé cela nulle part, il est donc permis d’affirmer complètement que les femmes, par nature, n’ont pas un droit égal à celui des hommes ; mais qu’elles leur cèdent nécessairement ; et, par conséquent, il ne se peut pas faire que les deux sexes gouvernent également, et, beaucoup moins, que les hommes soient gouvernés par les femmes. Que si, en outre, nous considérons les passions humaines, c’est à savoir que les hommes aiment les femmes, la plupart du temps, par la seule passion de la volupté, et qu’ils n’estiment leur esprit et leur sagesse, qu’autant qu’elles sont belles; que si nous considérons encore que les hommes supportent très-difficilement que les
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femmes, qu’ils aiment, soient favorables aux autres, en quelque manière, et les autres particularités de ce genre, nous verrons, sans peine, qu’il ne se peut pas faire, sans un grand détriment pour la paix, que les hommes et que les femmes gouvernent en semble. Mais en voilà assez sur ce point *.
Le reste manque^ parce que l’auteur est mort avant de pouvoir terminer l’ouvrage.
‘ Voir la Note 1 du Chap. XI.