‹ Traité politique de B. De SpinozaChapitre 29 sur 50 · EXTRAIT DU CIIAP. V DU TRAITÉ TIIÉOL. POLIT · texte numérisé non relu

EXTRAIT DU CIIAP. V DU TRAITÉ TIIÉOL. POLIT

slituée. Tous, à la vérité, cherchent ce qui leur est utile; mais nullement d’après le dictamen de la saine raison; et, le plus souvent, c’est emportés par la seule passion et par les affections du cœur, lesquelles ne tiennent aucun compte de l’avenir et des autres choses, qu’ils désirent les choses, et qu’ils les jugent utiles. 11 arrive de là qu’aucune Société ne peut subsister sans un gouvernement et sans une force, et conséquemment sans des lois, qui modèrent et qui contiennent la passion des hommes et leur emportement effréné. Toutefois la nature humaine ne se laisse pas absolument contraindre; et, comme dit Sénèque le Tragique *, personne n’a prolongé long-temps les gouvernements violents : les modérés seuls durent. En effet, aussi long-temps que les hommes agissent par la crainte seule, aussi long-temps ils font ce qu’ils ne veulent pas surtout faire ; et ils ne tiennent pas compte de l’utilité et de la nécessité de la chose qui doit être faite, mais ils ne prennent garde qu’à une chose, à ne pas être punis de mort ou d’un supplice. Bien plus, ils ne peuvent pas ne se point réjouir du mal ou du dommage qui arrive à celui qui gouverne, encore que leurs propres maux à eux en soient augmentés ; ils ne peuvent pas ne point lui désirer tous les malheurs,

* S^nôqiiP Trnnde. Act. II. v. 358. 559.

et, dès qu’ils le pourront, les lui causer. Ensuite^ il n’est rien que les hommes puissent moins souffrir, que de servir sous leurs égaux, et d’être gouvernés par eux. Enfin, il n’y a rien de plus difficile que d’enlever de nouveau, aux hommes, la liberté qui leur a été accordée une fois. Il suit de tout cela premièrement que, ou la société tout entière, s’il se peut faire, doit tenir collectivement l’empire, afin que, de cette manière, toüs ne soient obligés d’obéir qu’à eux-mêmes, et personne à son égal : ou bien, si c’est un petit nombre, ou un seul qui tient l’empire, celui-là doit avoir quelque chose au-dessus dé la commune nature humaine, ou, du moins, il se doit efforcer, de toutes ses forces, de le persuader au vulgaire. En second lieu, les lois, dans un gouvernement quel qu’il soit, doivent être instituées de telle sorte que les hommes soient retenus, non pas tant par la crainte, que par l’espoir de quelque bien qu’ils désirent le plus. De cette manière, en effet, chacun fera de bon cœur son devoir. Enfin, puisque l’obéissance consiste en ceci, que chacun exécute les ordres, de par la seule autorité de celui qui ordonne, il suit de là que, dans une société dont le gouvernement est aux mains de tous et où les lois sont sanctionnées par le consentement commun, cette obéissance n’a nullement lieu ; et, soit que, dans une telle société, les lois soient augmentées, ou dimi-

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