‹ Traité politique de B. De SpinozaChapitre 3 sur 50 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

leur nature, les exclut radicalement de toute tonction gouvernementale

Tels sont, mes amis, les fondements nécessaires de votre Gouvernement Monarchique. Et, bien que cette forme de gouvernement soit loin de s’accorder entièrement avec les saines prescriptions de la raison, vous pourrez, néanmoins, jouir encore, sous un Iloi, d’une liberté assez large, pourvu que vous fassiez en sorte que la puissance de votre Roi soit déterminée par la seule puissance de tous les citoyens, et conservée par l’aide de tous les citoyens eux-mômes *.

La première Ambassade congédiée, une seconde députation se présente aussitôt; mais dans le dessein, celle-là, de demander à notre Législateur les fondements d’un bon gouvernement Aristocratique. Spinoza commence par féliciter les envoyés de la préférence qu’ils ont eu l’intelligence de donner à cette forme de gouvernement sur celle du gouvernement Monarchique, et il leur établit aussitôt le parallèle suivant entre ces deux genres de gouvernement, en faisant ressortir la prééminence de l’un sur l’autre.

1® La puissance d’un seul homme, dit-il, est bien trop disproportionnée pour soutenir le fardeau d’un empire tout entier; ce que l’on ne peut dire d’une Assemblée suffisamment nombreuse. Car si cette

* Voyez p. 75 et 193.

* Où trouver un plus parfait modèle de gouvernement sincèrement constitutionnel? et que de prétendues Démocraties se contenteraient aisément, aujourd’hui, de ce régime, que Spinoza considère cependant comme fort au-dessous de la dignité de l'espèce humaine !

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Assemblée est suffisamment nombreuse, elle est de taille, par conséquent, à supporter, par elle-même, et sans aucune aide, le poids de l’empire. — 2" Les Rois sont mortels; les Assemblées, au contraire, éternelles : par conséquent, la puissance reste toujours entre les mains de ces dernières, à l’abri des mutations forcées, et des révolutions perpétudlemenl menaçantes dans le premier cas. — 3® Le gouvernement d'un Roi est souvent précaire à cause de l’enfance, de la maladie, de la vieillesse, etc..., mais la puissance d’une Assemblée, suffisamment nombreuse, demeure toujours une et môme. — 4® La volonté d’un seul homme étant fort variable et inconstante, toute volonté d’un Roi ne peut pas, sans danger, être le droit; au contraire, la volonté expliquée d’une Assemblée, suffisamment nombreuse, doit nécessairement être le droit. — 5® Tout ce qui est donné dans le gouvernement Monarchique à un petit nombre, est donné dans le gouvernement Aristocratique à un très-grand nombre (et, nous ajoutons, dans un gouvernement Démocratique à tout le monde). — 6® Les Rois et leurs ministres ne supportent pas, avec les sujets, les charges de l’empire; dans un gouvernement Aristocratique, au contraire, les Patriciens contribuent à la plus grande partie des charges de la République ; (et dans un gouvernement Démocratique, ajoutons-nous, tous les citoyens y concourent en proportion et en progression de leurs revenus.) — Enfin, les charges du gouvernement Monarchique ne naissent pas tant des dépenses Royales que de ses dépenses secrètes, et sont imposées aux sujets, non point pour protéger la paix et la

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liberté communes, de sorte qu’ils en sont écrasés ; tandis que, dans le gouvernement Aristocratique, (et, ajoutons-nous, surtout dans le gouvernement Démocratique) ces charges, quand elles existent, étant imposées dans l’intérêt de la paix et de la liberté communes, sont soutenues et supportées sans peine, par tous les citoyens

Ceci établi, Spinoza passe à l’exposition des fondements de son gouvernement. Spinoza conçoit d’abord deux genres de gouvernement Aristocratique. L’un, qui tire son nom d’une seule Ville, comme autrefois la république Romaine, celles de Venise, de Gênes, etc. : l’autre, qui tire son nom du pays tout entier, comme il y a deux siècles, la république Hollandaise. Or, comme, dans cette dernière forme, les sujets jouissent d’une plus grande liberté que dans l’autre, et, comme partout et toujours, Spinoza est pour la Liberté contre la Tyrannie, il donne donc naturellement la préférence au second genre sur le premier. « En effet, dit-il , l’on n’a pas à craindre (I dans celui-ci, comme dans l’autre, que son Assera- « blée suprême tout entière soit écrasée par une « attaque soudaine, puisqu’on ne désigne aucun a temps ni lieu pour la convoquer. De plus, les « citoyens puissants y sont moins à craindre, car, a là, où un plus grand nombre de villes jouissent de (( la liberté, il ne suffit pas à celui qui se veut frayer « un chemin vers la tyrannie, d’occuper une seule a ville pour obtenir l’empire sur les autres. Enfin, <( la liberté y est commune à un plus grand nombre :

‘ Voyez p. 1 16 et 143.

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« car là où c’est une seule Ville qui règne, on ne « consulte le bien des autres, qu’autant que cela « tourne à l’avantage de la Ville régnante » C’est donc de ce second genre de gouvernement Aristocratique, préféré par Spinoza, que nous allons donner une rapide analyse.

La première loi de ce gouvernement, de même que dans le gouvernement d’une seule Capitale, est celle qui détermine le nombre des Patriciens de chaque Ville, et des bourgades qui en dépendent. Ce nombre doit être tel, que les Patriciens puissent gouverner facilement la multitude, que le peuple n’ait à craindre de leur part aucun danger de funeste esclavage, et, enfin, qu’une faction ne trouve un jour le moyen de réduire le pouvoir à un seul. En décrétant que ce nombre des Patriciens doit toujours être dans la proportion de i à SO par rapport à la multitude, on obtient tous ces résultats : et tous les citoyens honorables, âgés de 30 ans, et remplissant certaines conditions de capacité, pourront être élus Patriciens.

Ces Patriciens [Comparez avec le Collège des Electeurs en France) forment l’Assemblée suprême de leur Ville. Eux seuls ont le droit de faire ou d’abroger toutes les lois d’intérêt local, de décréter les impAts locaux, et de nommer tous leurs Fonctionnaires municipaux, et les Chefs de la milice urbaine.

Maintenant, comme une Assemblée aussi nombreuse ne peut siéger tous les jours, ni s’occuper constamment des affaires publiques; parmi leurs

• Ko ver P . 17;'..

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collègues, âgés de cinquante ans, les Patriciens nomment, chaque année, un certain nombre de membres, (dans la proportion de i à 12 par rapport au nombre des Patriciens) chargés de promulguer les lois de l’Assemblée suprême de la Ville, et de les faire exécuter, de délivrer les brevets aux Fonctionnaires, de préparer les projets de lois à voter ou à abroger, etc. Ces membres prennent le nom de Consuls. {Comparez avec les Conseillers Municipaux de France, bien que ces derniers jouissent d'infiniment moins de puissance et de liberté.)

Puis, pour rendre la jqgtice dans leur Ville et dans les bourgades qui en dépendent, les Patriciens nomment encore, parmi leurs collègues, âgés de quarante ans, pour deux ou trois ans, un grand nombre de Magistrats, versés dans la science du droit, et renouvelables par quart tous les ans.

Enfin, — et c’est ici le trait de génie qui élève Spinoza si fort au-dessus de tous les Politiques qui l’ont précédé et de ceux qui sont venus après lui, la découverte importante qui met fin aux recherches stériles des faiseurs de Constitutions et fixe les théories ineertaines des pondérateurs de pouvoirs, l’invention sublime qui fonde véritablement une forme de gouvernement durable, et qui permet à son auteur, ce logicien inexorable, d’affirmer carrément, comme.il le fait à la fin du Chap. X, que son gouvernement est étemel ; — enfin, disonsnous, pour que la forme de l’empire, et les lois fondamentales du gouvernement, une fois votées et acclamées librement par le vœu unanime de tous les citoyens, ne puissent être changées au caprice de

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quelques individus, renversées par les menées ambitieuses d’un prétendant, et demeurent à jamais inviolées ; parmi leurs collègues, âgés de 60 ans, et qui ont été Sénateurs, les Patriciens de chaque Ville élisent, pour la w'e, un nombre déterminé de Fonctionnaires, (dans la proportion de i à 50 par rapport au nombre des Patriciens) chargés, uniquement, de veiller à l’observation absolue des lois de l’empire et à la conservation de la forme de l’État, d’entendre les plaintes secrètes du peuple sur les Fonctionnaires, ayant le droit de citer devant leur Tribunal, et de condamner, d’après les lois établies, tout Fonctionnaire, quel qu’il soit, qui a violé les lois de son ministère; et, encore, le pouvoir de casser les sentences des juges, qui leur sembleront rendues contre l’ordre de la justice. Ces Fonctionnaires reçoivent le nom de Syndics. (Comparez avec les Éphores des iMcédémoniens; le Président Justicia des anciens États d Aragon, et, pour le dernier cas, avec les Cours d’appel de France.)

Voilà donc chaque Ville de l’empire pourvue de tous les rouages principaux de son gouvernement intérieur, (Assemblée suprême, formée de tous les Patriciens, Consuls, Juges, Syndics,) et fonctionnant régulièrement dans toute la plénitude de son indépendance, et avec toute l’autorité de sa puissance individuelle. Maintenant, par quel moyen pourra-t-on rattacher les unes aux autres toutes ces Villes isolées, de manière à ce qu’elles ne forment qu’un seul et même empire? Par quels liens, aussi fermes que souples, sera-t-il possible de les unir toutes entre elles, de façon à ce qu’elles composent

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comme ua seul Corps de nation, régi par une seule Ame, et que chacune d’elles néanmoins conserve toute sa liberté d’action? Rien de plus facile à établir. En effet, toutes les Assemblées suprêmes de toutes les villes de la république forment la Grande Assemblée-Souveraine, qui, seule, a le droit de voter et d’abroger toutes’les lois d’intérêt général, de nommer les Généraux d’armée, les Ambassadeurs aux puissances étrangères, etc... — Puis, pour préparer tous ces projets de lois d’intérêt général, les soumettre au vote approbatif ou désapprobatif de la Grande Assemblée Souveraine, les promulguer, les faire exécuter, délivrer les brevets, vider les différends qui se peuvent élever entre les Villes ; parmi leurs Consuls Municipaux, les Patriciens de chaque Ville nomment un nombre déterminé de membres, qui forment le Grand-Sénat de la république, siégeant dans un lieu spécial. {Comparez avec les anciens Représentants du peuple en France, et le Conseil d'Etat. ) — Ensuite, pour juger en troisième ressort des contestations civiles des particuliers, et des causes criminelles de tout l’empire; parmi leurs Juges Municipaux, les Patriciens de chaque Ville élisent un nombre déterminé de membres, qui forment le Grand-Tribunal de la république, siégeant au même lieu que le Grand- Sénat. — Enfin , pour veiller à l’observation rigoureuse des lois qui concernent l’empire tout entier, pour prendre soin que la forme du gouvernement soit conservée inviolée, pour surveiller les actes du Grand-Sénat et des Hauts Fonctionnaires de la république, pour casser en dernier ressort, s’il y a lieu, toutes les sentences, tant civiles que criminelles.

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rendues dans toute l’étendue de l’empire; parmi les Syndics Municipaux de leur Ville , les Patriciens élisent un nombre déterminé de membres, qui forment le Grand-Stndicat de la nation , siégeant au môme lieu que le Grand-Sénat et le Grand-Tribunal. ( Comparez la fonction de ces Grands-Syndics, en ce qui concerne Injustice, avec celle de la Gourde Cassation en France.) Le Grand-Sénat, le Grand-Tribunal et le Grand-Syndicat, voilà donc les principaux liens qui unissent entre elles toutes les Villes de la république, sans amoindrir ni étouffer pour cela leur légitime liberté d’action, et qui en composent un seul et même empire.

— Mais, dira-t-on, si toutes les Villes de l’empire jouissent d’une telle indépendance, elles passeront leur temps, comme, au Moyen-Age, les petites républiques d’Italie, à se disputer, et à se combattre, au grand détriment de leur puissance réciproque^etpour la perte de leurs libertés communes. — D’abord, répondrons-nous, les petites républiques d’Italie n’étaient point unies entre elles par ces liens puissants de notre gouvernement, qui forment un seul et vigoureux corps de nation ; et encore, malgré cette imperfection de leur régime, que de grandes choses firent accomplir à ces républiques italiennes jeurs rivalités constantes I Jugez alors quelle sera la vitalité étonnante et la puissance incalculable de notre gouvernement, dont toutes les Villes, bien que stimulées par cette émulation perpétuelle, ne pourront cependant pas rompre la forte unité de l’empire qui les relie ensemble, ni s’épuiser en luttes sanglantes, et consommer leur ruine par des combats stériles. « Et ce n’est

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a pas un mal, dit Spinoza, en le § 14 du Ghap. IX, « que, tandis que chaque Ville s’occupe de ses inté- « rêts et porte envie aux autres, elles discordent « entre elles plus souvent, et passent leur temps à « disputer. Car si , 'tandis que les Romains délibè- « rent, Sagonte périt; tandis que, d’un autre côté, a un petitnombre d’individus décident toutescboses, « d’après leur seule passion, la liberté périt et le O bien commun. Car les esprits des hommes sont « trop bornés pour pouvoir pénétrer aussitôt toutes « choses; mais, en délibérant, en entendant, en dis- « putant, ils s’aiguisent, et, tandis qu’ils tentent tous « les moyens, ils trouvent enfin ceux qu’ils veulent, « que tous approuvent, et auxquels personne n’avait a pensé auparavant. »

Avons-nous besoin d’ajouter, pour terminer l’esquisse de ce Gouvernement Aristocratique, que, là, comme dans toutes les formes de gouvernement qu’il conçoit au surplus, Spinoza accorde à tous les citoyens la liberté de dire et d'exprimer ouvertement toutes leurs opinions, tant sur le droit civil que sur le droit divin.

Ici seulement, de plus, ne redoutant point de la part d’une Assemblée , composée d’un aussi grand nombre de membres, comme il le redoutait d’un Roi, une préférence intéressée pour une secte religieuse, Spinoza institue une religion d’État o qui doit être la plus simple et la plus universelle possible, dit-il, et s’exercer dans des Temples grands et somptueux » Ët, par un nouveau trait de génie, afin de

* Voyez g 46 du ch. viii.

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couper court éternellement, dans l’avenir, à ces rivalités intestines entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel, qui sapent la concorde et attisent les haines entre les citoyens, qui minent sourdement les fondements les plus assurés d’un État, et le conduisent lentement , au travers de mille secousses sanglantes , à une ruine certaine, ce sont les Patriciens, autrement dit les Sénateurs et les Syndics, qu’il établit les seuls Grands-Prêtres des Temples, les seuls Souverains - Pontifes de la Religion, ayant seuls le droit de mettre les mains aux principales cérémonies du culte, et de choisir les Prêtres ou Pasteurs secondaires chargés uniquement d’enseigner la morale divine au peuple. Identification heureuse, en les mêmes personnes, du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel ; institution saine et rationnelle qui force les hauts Dignitaires de l’empire, à donner toujours l’exemple de foutes les vertus; organisation supérieure qui jette un lustre nouveau sur les membres du Souverain-Pouvoir, incline davantage la multitude à l’obéissance et au respect des lois, détruit entièrement, jusque dans ses racines, toute velléité de superstitions grossières, et, finalement, fonde, parmi tous les citoyens, l’union véritable des cœurs en un même Dieu.

Nous voici arrivés au troisième genre de Gouvernement, et tout à fait absolu, conséquemment le plus naturel, le plus parfait, où les hommes jouissent le plus de la liberté qui leur doit être nécessairement accordée, et que l’on appelle gouvernement Démocratique. Spinoza n’a pas eu le temps de décrire la

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constitution de ce gouvernement de sa prédilection. L’impitoyable Destin a tranché le cours d’une si précieuse existence, et glacé cette généreuse main, au moment même qu’elle traçait les premières lignes de son plan. Est-il impossible, malgré cela, d’arriver à se faire une idée presque exacte du dessein qu’avait conçu le génie de l’auteur? Ne pourrions-nous pas, avec les matériaux excellents, qui gisent, épars çà et là, autour des fondations de l’édifice, élever l’ensemble d’un monument, qui ne répondit pas trop mal, par la connexion de ses parties, à la belle et savante ordonnance arrêtée dans l’esprit du fondateur? Une sorte d’aveu précieux échappé des lèvres de Spinoza, une phrase, qui se trouve précisément aux premières sections du Chapitre qui commençait à traiter de la Démocratie, nous peut mettre sur la voie, et faciliter grandement nos efforts à cet égard.

« Et certes, dit Spinoza, en le § 2 du Chap. XI, si « les Patriciens étaient ainsi faits, qu’ils choisissent « leurs collègues Patriciens, libres de toute passion, « et conduits par le seul zèle du salut public, nul « gouvernement ne serait comparable au gouverne- « ment -Aristocratique. »

L’idéal du gouvernement pour Spinoza, le plus parfait de tous les régimes qu’il conçoive, c’est donc, non pas le gouvernement où une fraction seulement des citoyens est appelée, soit par la naissance, soit par l’élection remise à un petit nombre d’individus, au maniement des affaires publiques; non pas même le régime où la multitude entière, indistinctement, a le droit de faire les lois, et de donner son avis sur toutes choses; mais le gouvernement qui tient à la

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fois de ces deux genres, le régime où ce sont tous hs Patriciens de l’intelligence et de l’honorabilité, élus dans toutes les classes de la société et parmi toutes les conditions, par la masse des citoyens, qui, seuls, ont le droit, de par la Loi, de traiter les affaires de la république, et d’occuper tes charges de Tenapire. « Car, en quoi consiste surtout la puissance humaine, et conséquemment le droit? Dans l’intelligence L’idéal du gouvernement pour Spinoza, c’est donc, à proprement parler, une Démocratie-Aristocratique : (en prenant toutefois ce terme dans la meilleure acception que l’on puisse lui donner; ) c’est à savoir un gouvernement où il n’y ait point d’autre Noblesse que celle de la vertu et de l’intelligence; dont les plus hautes fonctions soient accessibles à tous les individus honorables et capables, de quelque condition qu’ils puissent être; où rien de ce qui concerne l’intérét commun ne soit abandonné auicaprice et à l’arbitraire des particuliers; où l’on consulte toujours le bien général; et où, enfin, tous les citoyens jouissent, pour toutes choses, de la plus grande liberté.

Maintenant quelle est la forme que Spinoza pouvait avoir arrêtée, dans sa pensée, pour l’appliquer à cette Démocratie- Aristocratique? Pour nous, nous n’en voyons point de plus parfaite , avec de légères modifications, que celle que nous avons décrite au précédent gouvernement. En effet, changez le nom de Patriciens, en celui à.' Électeurs; que ce soit par la Loi, et non par le choix ou la volonté de quelques individus, que tous les citoyens, remplissant certaines

i Voytz ch. XI. p. 194.

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conditions de capacité, aient le droit d’élire aux fonctions gouvernementales, et d’y être élus; qu^ ces Électeurs, ou ces Patriciens de la probité et de l’intelligence, .aient, dans leurs Villes, le môme pouvoir que les premiers, de faire toutes les lois d 'intérêt local, de nommer tous leurs Fonctionnaires locaux, ^feurs Chefs de milice; qu’ils instituent un Sénat ou f'Tonseil Municipal, une Magistrature Municipale, un Syndicat ou Consulat Municipal, jouissant des mêmes droits et des mêmes prérogatives que ceux du précédent gouvernement ; que, parmi ces hauts Fonctionnaires Municipaux, les Électeurs de chaque Ville en nomment un certain nombre, pour former le Grand-Sénat, le Grand-Tribunal et le Grand-Syndicat ou Consulat de la république, dont l’office, comme nous l’avons vu, est de s’occuper spécialement des intérêts généraux de tout l’empire; enfin, que là, aussi, les Sénateurs et les Consuls soient les seuls Grands- Prêtres et les Souverains Pontifes de la religion ; qu’il n’y ait point de pouvoir spirituel indépendant du pouvoir temporel; que tous aient le droit de dire et d’enseiÿnerouvertementtoutesleurs opinions, tantsur les choses sacrées que sur les profanes ; et, de plus, que l’armée soit composée de tous les citoyens, sans aucune exception; et, nous le répétons, vous aurez la forme de gouvernement Démocratique 1a plus parfaite, la plus heureuse et la plus durable qu’il vous soit possible d’inventer.

Tel est le Livre, telles sont les théories éminemment praticables, comme le dit son auteur, que nous offrons aux méditations des Philosophes, et des hom-

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mes de cœur de notre temps. Nous le dédions, ce Livre immortel, aux esprits généreux, qui n'ont point déserté, pour des soins inférieurs, le culte sacré de l’intelligence, ni voilé, par une peur honteuse, l’autel accusateur du bon Droit et de la Justice ; aux âmes fortes et vaillantes, qui n’ont point voulu sacrifier à l’idole impure du veau d’or, ni se vautrer dans la fange des jouissances grossièrement matérielles; aux natures droites et intègres,

; à tous ces caractères fermes et intrépides, enfin, qui n’ont point laissé ternir,enleur sein, l’image sainte et ineffaçable de la Liberté, et qui, au milieu de l’affaissement général, de l’égoïsme effréné, de la léthargie des consciences, et de l’indifférence dégradante pour les nobles pensers, n’ont point pourtant désespéré de l’avenir, et combattent encore aujourd’hui, soit par la parole, soit par la plume, soit par l’épée, pour l’indépendance de leurs concitoyens, et pour la grandeur de leur pays. Puissent ces leçons du plus éminent Philosophe qui ait jamais existé, et du plus grand des Démocrates, ranimer le courage de ceux qui se sentiraient faiblir, soutenir l’ardeur des cœurs héroïques que rien jusqu’ici n’a été capable d’amollir, et, surtout, aider k former un parti puissant et étroitement uni, comme une grande Ame intellectuelle, pour ainsi dire

et qui se sera levé, pour

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les peuples de notre vieille Europe, courbés encore sous le joug, le jour d’une organisation juste, vraiment Chrétienne et impérissable. Voir ce résultat atteint ; l’entrevoir môme seulement en voie de formation, ce serait assurément, ponr nous, la plus douce récompense que nous pussions recevoir du rude travail que nous nous sommes imposé.

Bami>bi-Ldcca, Juillet 1858.— SAiHT-4iimKàii(-nf«LATi, Notembre 1859.

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