SULFATE DE CHAUX OU PLATRE
Nous complèterons ici des notions déjà acquises (voir page 24).
La nature nous offre du plâtre sous deux états différents.
1° Le plâtre anhydre. C’est une substance dure, compacte, dépourvue d’eau de combinaison, ayant la composition suivante :
Chaux... 40 parties.
Acide sulfurique... 60 parties.
2 Le plâtre hydraté, c’est-à-dire uni à une quantité fi: d’eau de cristallisation; c’est une substance très tendre, ainsi constituée :
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C’est cette dernière espèce qui est employte en agriculture. |
A son état naturel, anhydre ou hydraté, le plâtre porte le nom de piâtre cru.
On calcine le piatre hydraté dans le but unique de lui faire perdre la moitié de son eau de cristallisation ; on obtient alors du plâtre cuit.
Si la calcination du plâtre est poussée au delà d’une certaine limite,le plâtre fond, sa surface se vitrifie ; on a du plâtre brûlé.
Le plâtre cuit jouit de la propriété de faire avec l'eau une pâte qui se solidifie en quelques instants ; cette propriété, le plâtre cru ne l’a pas et le plâtre brûlé l'a perdue.
Exposé à l’air, le plâtre cuit en absorbe peu à peu l'humidité ; il perd alors la propriété de prendre en pâte avec l’eau. On le dit éventé.
Le plâtre est avantageux dans les terrains qui n’en contiennent pas, pourvu qu'ils ne soient ni extrémement humides, ni maigres, ni épuisés.
Son action est limitée. Le plâtre agit principalement sur le trèfle, la vesce, les pois, les fèves, le tabac, les choux, le chanvre, le lin, le sarrasin ; il agit peu sur les prairies naturelles, eucore moins sur les céréales ; les blés cependant qui succèdent à un trèfle plâtré sont plus beaux que ceu.: qui succèdent à un trèfle qui n’a pas reçu cet amendement.
La meilleure-époque pour épandre le plâtre est celle où la plante a acquis assez de développement pour couvrir le sol ; néanmoins, il paraît certain qu’en épandant une partie du plâtre au moment de la semaille ou un peu auparavant, on assure par ce moyen la réussite de cette semaille. Il faut éviter de plâtrer par un temps venteux ou pluvieux et retarder cette opération jusqu’au moment où les gelées ne sont plus à craindre. S
La pratique nous apprend que l’état même de l’atmosphère exerce une influence prononcée sur les effets di plâtrage. Si le printemps est froid, le plâtre agit à peine ; la chaleur et l’humidité réunies développeni, au contraire, tous ses effets; une gelée, même très légère, arrête subitement son action.
Ce que l’expérience nous démontre aussi, c’est que le plâtrage ne doit être employé que tous les cinq ou six ans ; plus souvent, on risque de frapper le sol de stérilité au lieu d’en augmenter la fécondité.
Le plâtre s'emploie à la dose de un à trois minots par arpent.
Mélangé au tas de fumier, le plâtre en diminue la consommation et agit alors sur toutes les récoltes.
Il existe sur la manière dont il agit sur les plantes plusieurs théories, que nous ne discuterors pas dans ce traité.
Voici les principales :
Théorie de Liebig.— L'air atmosphérique contient de l’'ammoniaque que les eaux pluviales dissolvent et entraînent jusqu’au sol. Cette ammoniaque se combine avec l’acide carbonique et forme du carbonate d’ammoniaque. Si ce carbonate d’ammoniaque rencontre du sulfate de chaux (plâtre), il se fait un double échange de base et G’acide : l'acide sulfurique s'empare de l’ammoniaque, l’acide carbonique de la chaux; après cet échange, il n’existe plus que du carbonate de chaux et du sulfate d’ammoniaque, comme on peut s’en convaincre par la formule suivante :
Sulfate de chaux — Acide sulfurique x Chaux.
Carbonate d'ammoniaque — Ammoniaque x Acide carbonique,
Ii résulte du double échange : Sulfate d'ammoniaque. Carbonate de chaux,
Or, le sulfate d’ammoniaque étant de tous les sels ammoniacaux le moins volatil, demeure dans le sol
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où les racines des plantes le rencontrent et le font passer dans le végétal, qui se l’approprie suivant son besoin.
Théorie de Guéranger,— Les plantes sont composées de parties solides et de parties fluides. Parmi ces der nières, nous trouvons et en abondance dans certaines plantes un principe immédiat connu sous le nom de légumine. Ce principe contient une quantité notable de soufre. La présence du soufre dans les parties liquides des plantes légumineuses paraît avoir pour origine le sulfate de chaux (plâtre), ce qui expliquerait parfaitement pourquoi une partie de ce sel se retrouve dans la plante à son état naturel et une autre partie à l’état de carbonate. En effet, l’acide sulfurique, contenu dans une partie de sulfate de chaux, se décompose, fournit du soufre à la légumine, et la chaux, restée libre, s’unit à l’acide carbonique que les plantes absorbent du sol par leurs racines, et aspirent de l’atmosphère par leurs feuilles.