EN JAVELLES
Lorsque le grain est coupé on le laisse en javelles pendant quelques jours ; ii y prend de la qualité.
Le but du javelage, pour toutes les céréales, est de compléter la maturité, qui s’accomplit alors sans que les grains éprouvent ce qu’on appelle le retrait qui diminue leur poids et leur volume, lorsqu'ils restent trop longtemps sur pied.
Les rosées de la nuït et les chaleurs du jour opèrent ces bons résultats.
Lorsqu'on récolte de bonne heure, et que le temps est au beau, c’est presqu’une nécessité de laisser mûrir le grain sur la javelle. Les avoines qui n’ont pas été javelées ne se battent pas bien et leur grain est moins lourd que celui des avoines javelées.
Il ne faut pas cependant pousser le javelage à à l’extrême et attendre, comme le font beaucoup de cultivateurs, pour rentrer le grain, qu’il ait reçu une ondée. A la suite d’un javelage prolongé, le grain est trop gouvent germé, avarié, et la paille noircie et rancie est rebutée par les animaux.
On retourne les javelles trois ou quatre jours après la coupe, afin de présenter leur surface inférieure à l’action de la rosée. On omet cette opération si les javelles ne sont pas trop épaisses.
Après huit à dix jours de javelage pour l’avoine, trois ou quatre jours pour les autres grains, on met le
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grain en gerbes, pourvu qu’il soit suffisamment sec, et on l’entre.
Quelle que soit la diligence d’un cultivateur qui a une forte récolte, il y a toujours une partie de sa moisson qui n’est récoltée qu’en pleine maturité, et quelquefois passé ce terme.
Dans ces circonstances, on lie immédiatement les grains, dès le lendemain de leur coupe, on les charge dans les voitures et on les rente de suite.
Le javelage est également nécessaire pour que les plantes nuisibles mêlées aux tiges des céréales aïent le temps de se dessécher, sans quoi il y auraït fermentation dans les gerbes.
Dans les temps pluvieux, on est souvent obligé de retourner fréquemment les javelles. Cette opération s'exécute ordinairement aussitôt que le dessus des javelles est desséché.
Chaque fois aussi que, par un mauvais temps, les javelles sont restées pendant deux jours dans une même position, après chaque forte averse qui les foule et les tasse, il faut de toute nécessité les retourner.
Les épis, en effet, sont alors pressés contre le sol, quelquefois même recouverts de terre que la pluie fait jaillir ; ils se trouvent donc dans les circonstances qui favorisent le plus puissamment la germination de
leurs grains.
Dans de telles circonstances, on n’est plus qu’auto-
risé à retourner les javelles, sans attendre que leur partie supérieure soit desséchée. |
On retourne les javelles avec une fourche spéciale, très large, ayant une courbe suffisante.
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20 EN VEILLOTTES.
Si le temps est incertain, si la saison est pluvieuse, si l’on a enfin à redouter pour la récolte la funeste influence des pluies, il est bon, après deux ou trois jours de javelage, de mettre le grain en veillottes.
Quelquefois même on lie le grain aussitôt qu’il a été coupé, mais il faut pour cela que la récolte contienne peu d’herbe, que sa maturité soit avancée, qu’on opère par un temps sec.
On fait de petites gerbes qu’on attache avec des liens confectionnés par deux poignées de tiges qu’on réunit bout à bout.
Ces gerbes sèchent d’autant plus vite qu’elles sont moins volumineuses et qu’elles ont été liées par un temps plus sec.
La disposition des gerbes que l’on veut faire sécher est loin d’être partout la même.
Dans certaines localités, on les place en croix, les unes sur les autres; ailleurs, on les dresse en cônes, présentant l’aspect d’une toiture à deux pans; dans certains endroits, on prend une première gerbe qu’on place debout et autour de ce point central on dispose un certain nombre d’autres gerbes, inclinées légèrement à leur partie supérieure; on recouvre le tout d’un chapeau formé par une gerbe fortement liée et placée de manière à ce que les épis regardent le sol ; enfin, et c’est le système le plus généralement employé par nos cultivateurs, on plante deux gerbes, l’épi en haut, on les appuïe l’une sur l’autre, en écartant les deux bases et en aplatissant les épis de façon qu’ils forment nne arète aiguë. À côté de ces deux premières, on en place deux autres, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on ait formé
une réunion de trois, quatre et même cinq paires de gerbes.
Deux fortes gerbes, que l’on ouvre, enveloppent comme d’un manteau la partie supérieure de la veillotte ; ces gerbes ont l’épi tourné vers la terre.
On oriente les veillottes parallèlement au vent régnant, afin qu’elles opposent une plus grande résistance à son action.
Grâce à l’emploi des veillottes, on peut couper le grain avant sa complète maturité, puisque la direction presque verticale des tiges laisse à la sève dont elles peuvent être encore imprégnées la facilité de terminer, par sa marche ascendante, la maturation du grain.
La récolte est également mise à l’abri du mauvais temps, puisque la pluie, suivant la paille de la surface, descend jusqu’au pied sans pénétrer la gerbe, et que les épis, serrés vers le haut, forment un faîte impénétrable. La récolte, d’ailleurs, étant immédiatement liée, est prête à être portée dans la grange aussitôt qu’elle aura acquis le degré suffisant de sécheresse.
En revanche, ce procédé exige que la récolte séjourne plus longtemps sur le champ. En effet, les tiges réunies en gerbes sèchent moins rapidement que si elles étaient libres et espacées vers leur base ; aussi l’on doit laisser subsister les veillottes dix, quinze et même vingt jours, suivant l’état du grain lors de sa coupe, la plus ou moins grande quantité d'herbe qu’il contient et l'humidité plus ou moins forte de l’atmosphère.
Si une petite pluie survient pendant que l’on coupe le grain, les javelles coupées avant l’averse peuvent être liées et mises en veillottes sans inconvénient ; mais les tiges coupées pendant la pluie ou peu de temps après qu’elle a cessé de tomber, ne peuvent être liées quequand le soleil a fait disparaître cette eau adventice pour ne leur laisser que leur humidité de végétation.
Ifaut donc arrêter les moissonneurs, car la dessiccation s’opère beaucoup plus vite sur le grain encore debout que sur la javelle.
Quand on travaille le matin avant que la rosée n'ait disparu, il est prudent de laisser javeler jusqu’au midi avant de procéder au liage.
Quand on doit définitivement rentrer le grain, le matin de ce jour, toutes les veillottes sont renversées, afin que les gerbes éparses sur le champ puissent recevoir plus amplement une dernière fois l'influence des rayons solaires.