INVASION, MARCHE, TERMINAISON
santes de maladie pour les organes internes, cet ordre de cause n'a pas ou n'a que peu d'influence sur la peau elle-même : cœlle-ci est une enveloppe avec des fonctions de transsudation nécessaire à la régularité des fonctions des organes internes, mais qui n’est pas toujours indispensable à l'état sain de la peau ; le rapport entre l'entretien des fonctions de la peau et la santé des organes internes est au contraire une nécessité de tous les instants, et l'on conçoit dès lors que l'organe interne devienne malade quand la fonction de la peau vient à être brusquement interrompue. Mais, à l'égard de celle-ci, s’il y a reflet fréquent d’un organe interne souffrant sur la peau saine, cette influence ne se fait sentir que lentement et graduellement sur la peau, et elle ne la surexcite ou ne reflète son état que peu à peu ; peu à peu aussi la maladie qu'elle fait naître dans le tissu cutané se développe avec une marche plus ou moins subaigué et même chronique. Ainsi, d’une part les médecins ne sont consultés que fort tard parce que l'affection cutanée n’est pas compromettante pour la santé; d’une autre part, les maladies de la peau reflétant souvent un organe interne souffrant, le développement de la maladie est lent à se faire, comme est lente l’action qu'’exerce sur la peau la cause déterminante.
Quant à la marche ét à la terminaison de la maladie cutanée, ici se présente une question à élucider.
Une maladie de la peau a-t-elle ses périodes régulières, ‘son temps limité d'évolution et de décroissance, comme les maladies des autres organes ?
Avant de résoudre cette question je pourrais poser la suivante et dire : Si, parmi les maladies qui affectent les autres organes de l'économie ou l'économie en général, il en est un certain nombre qui parcourent des périodes régulières, n’en existe-t-il pas un nombre bien plus considérable où la durée ne saurait être limitée et où les phases de la maladie ne pourraient être précisées par des septénaires ou par un nombre de jours donnés. Il y a plus, l'observation de ces maladies à septénaires réguliers n’a-t-elle pas pris naissance dans les affections
cutanées mêmes? n’est-ce pas dans les fièvres éruptives qu'on en a fait en premier la remarque? Et Hippocrate, qui a tant insisté sur telle ou telle maladie qui sc juge dans une période donnée de temps, n’a-t-il pas appliqué aux autres maladies ce qu'il observait pour les éruptions cutanées? Mais laissons de oôté ces questions qui pourraient nous conduire trop loin, et bornons-nous à prouver ce fait, qu'il est un certain nombre de maladies de la peau qui se jugent dans une période de temps Hmité comme les autres maladies, et que s’il est un asses grand nombre d’aflections cutanées qui paraissent se soustraire à cette règle, cela ne dépend pas entièrement de ces maladies, mais bien des conditions dans lesquelles la peau se trouve placée par rapport aux autres tissus ou organes. Les maladies de peau qui se jugerit dans un temps donné sont nom breuses : nous citerons commie exemples tous les exanthémes, les érythèmes, l'urticaire, V'impétigo , l’ecthyma, le zona, le purpura aigu, le pemphiqus aigu, l’herpes phlycténoide, le lichen urticans. Ce qui ne veut pas dire que ces diverses maladies ne puissent passer à l'état chronique, mais ce qui signifie qu'abandonnées à elles-mêmes avec des conditions de repos et d’hygiène convenables, elles peuvent suivre une certaine régularité dans leur marche et guérir sous l'influence de moyens simples. Mais nous allons plus loin, et nous n’hésitons pas à déclarer que si, pour guérir une maladie de la peau, le malade se plaçait dans les conditions où il se place lorsqu'il s’agit de traiter une affection d’un autre organe, on verrait béaucoup moins de maladies chroniques, on ne rencontrerait pas si souvent de récidives, et ces affections ne feraient pas le désespoir et du malade et du médecin. Expliquons à cet égard toute notre pensée, et faisons comprendre les mauvaises conditions topographiques dans lesquelles se trouve la peau, par rapport aux autres tissus ou organes de l'économie.
. Et d’abord, elle sert d’enveloppe : à ce titre, elle est en contact avec l'air extérieur, elle est recouverte de vêtements; elle doit se prèter à tous les mouvements d'extension, de flexion, d’ex-
INVASION, MARCHR, TRAMINAISON. EL
pension et de resserrement. En vain dirait-on que l'air ex-
téneur ; et par conséquent aussi les variations atmusphé: riques, ne sauraient avoir d'influence sut la peau parce qu'elle est habituée au contact de l'air. D'abord lu peuu n’est pas habituée au contact de l'air d’une manière absolue quand elle est saine, vette habitude n'est que relative; elle n’y est plus habituée lursqu'elle est malade : on a l'exagérätion de cette influencé de l’air par la souflrance que cause l’excoriation de la peau. Ensuite les variations atmosphériques d'humidité, de froid, de sécheresse, etc., sont très puissantes à l'égard de la peau malade, et cela est si vrai, que, dans les moments où le temps passé subitement de l’humidité au sec, nous voyons nos malades tenir le lendemain un langage tout opposé à celui qu'ils avaiént tenu la veille : tous accusent une grande atnélioration dans leur état, | suit sous le rapport de la sécrétion morbide, soit sous celui dé
la démangeaison. Le contraire a lieu dans des conditions op-
posées. Il y à plus, du moment où l’on fait tomber à l’aide
d'un bain ou d'un cataplasme la sécrétion morbide concrète
qui recouvre la surface affectée, on amène de la douleur et uné
douleur si vive, que le malade la témoigne quelquefois par des
souffrances aiguës comme dans le pemphigus.
La peau saine est un tissu souple, extensible, qui se prête sans douleur aux efforts de tension et de relèchement, d'extension et de retrait; mais aussitôt qu’elle devient malade et enflammée, même d’une manière chronique, il n’est pas possible de se refuser à admettre que son extension et son relâchement ne contribuent puissamment à entretenir et à perpétuer la maladie dont elle est atteinte par la douleur qu’ils développent. Il est des affections qui he guérissent qu'à la condition de repos absolu; les maladies du larynx en sont l'exemple par excellence. Quelques personnes n’ont échappé à la phthisie laryngée qu’en se condamnant au silence le plus absolu, c'est-à-dire à l'immobilité la plus complète de la partie malade ; les affections intestinales chroniques, et celles de tous les organes en général, marchant d'autant plus vite vers la guérison que la con-
dition de repos est mieux observée. Pourquoi donc vouloir qu'une maladie de la peau guérisse quand même, et comment ne pas tenir compte de cet usage de nos malades, de vaquer à leurs occupations habituelles, quoique l'affection cutanée existe, et d'exiger cependant du médecin une guérison que l'exercice ne fait que reculer? Mais n’accusons pas seulement le malade sous ce rapport; disons que les dermatologistes eux-mêmes n'ont pas assez tenu compte de ces conditions de vie sociale pour leurs malades, et ne soyons plus surpris de la ténacité de bon nombre d’affections, dites dartreuses, en présence de traitements faits dans de pareilles conditions et sans rompre avec ses habitudes.
Les vêtements entretiennent sur les surfaces malades une excitation continuelle, soit par les frottements qu'ils exercent, soit par la nature de leur tissu. Ainsi, on est souvent obligé de faire doubler de toile des gilets de flanelle, où même de les enlever pour guérir certaines maladies de la peau; les gants de peau sont généralement nuisibles au traitement des affections des mains. Par contre, les perruques, les faux toupets, les têtes emmaillottées de bonnets qui enferment la peau et s'opposent à l'évaporation de la sueur, ou qui la retiennent et facilitent sa fermentation, ne permettent pas de guérir les maladies du cuir chevelu ; il en est ainsi pour d’autres parties du corps.
Faut-il actuellement ajouter qu’un malade, qu’un médecin même ne comprend pas que, sous le rapport des aliments et des boissons, il faille modifier entièrement le genre de vie; qu'en un mot, toutes les conditions d'hygiène doivent être observées dans le traitement des maladies de la peau comme dans celui des autres maladies ? La peau n'est-elle pas une partie du tout comme les poumons, le foie et l'estomac ? ses fonctions ne se relient-elles donc pas avec tout l’ensemble? ne souffre-t-elle pas aussi quand l'économie est en souffrance? Et pourquoi donc alors ne pas puiser dans les règles de l'hygiène les mêmes secours thérapeutiques que pour le traitement des autres maladies ?