BAINS ET DOUCHES DE YAPEUR
fois de nombreux équipages stationnaient à la porte de l’hôpital, y conduisant les personnes les plus riches de la ville, qui venaient chercher dans ces bains le soulagement à leurs souffrances. Aujourd'hui sur plus de cent cinquante mille bains que l’on délivre seulement aux personnes du dehors, sur ce nombre cent mille peut-être sont des bains de vapeur; ajoutons que huit cents malades de l'hôpital prennent tous les jours leurs bains dans cet établissement où ils séjournent. Si à ce chiffre énorme on joint celui des bains de vapeur que l’on délivre à la Maison de santé, à l’hôpital de la Charité, à l’hopital Beaujon, tant aux malades de ces hôpitaux qu'aux personnes du dehors, puis ceux que l’on prend dans les établissements publics de la ville : Tivoli, les Néothermes, bains Sainte-Anne, bains d'Alger, etc., etc., on arrive à un chiffre considérable relativement à la population. Ces bains sont aujourd'hui si répandus, qu'ils sont préférés par beaucoup de personnes aux bains d’eau. On sort en effet d'un bain russe dans un état de bien-être que ne procure pas un bain simple ; en hiver surtout, où il fait fonctionner la peau, amène la souplesse des membres, relâche les tissus engourdis et contractés par le froid. Eh bien, en présence de cette révolution qui s’opère dans les bains, la province reste stationnaire, et ceci est tellement la faute des médecins, que nous pourrions citer deux des principales villes de France, parmi les plus commerçantes, où l’on a créé des bains de vapeur et où il ne s'en prend qu’une proportion si faible que ce bain ne coûte pas moins de 6 francs, alors que, dans quelques établissements à Paris, il revient à 60 centimes. Qu'on me permette donc d'entrer ici dans quelques détails qui fassent comprendre toute leur importance, toute leur efficacité. Heureux si je puis conduire nos confrères des départements à préconiser leur emploi, à favoriser leur fondation, car j'aurai rendu d'immenses services à la population.
Et d’abord qu'est-ce qu'un bain de vapeur ? Quelles sont ces variétés de bains de vapeur portatifs, en étuve, bains russes,
bains ottomans. Un bain de vapeur a pour but de faire naître une sudation artificielle abondante. Cette sudation, quand elle est opérée par la chaleur sèche, constitue une fumigation en boîte que l’on peut rendre aromatique, sulfureuse, cinabrée ou simple. On fait les fumigations dans des boîtes cubiques dites à la Darcet, où le malade est assis, ayant la tête seule dehors qui passe par une ouverture pratiquée à cet effet, de sorte qu'il ait la respiration libre. Ici a sudation se fait par la peau stimulée au moyen du calorique de l'atmosphère dans laquelle elle se trouve.
Dans certains établissements d'eaux minérales il existe quelque chose d’analogue, au moyen de l’eau qui s'échappe de la terre à une température élevée de 50, 60 et 70 degrés. Ainsi, à Néris, à Aix en Savoie et dans d’autres localités, on a construit autour de la source, qui est enveloppée par des murs disposés comme ceux d’un puits, une série de cabinets dans lesquels se répand un air échauffé par l’eau, air qui procure rapidement une sudation abondante. Ces étuves naturelles des eaux minérales prennent en général le nom d'enfer. Mais ici les conditions sont bien meilleures ; etavec une température beaucoup plus basse, on peut avoir une sudation plus rapide tout aussi abondante et moins fatigante que dans les boîtes. Toutefois les détails dans lesquels nous allons entrer serviront à faire comprendre la supériorité des bains de vapeur en étuve sur les bains précédents et sur ceux de vapeur dits portatifs. — Dans les boîtes à fumigation on n’obtient de sueur que par la chaleur que l’on porte à la peau : plus celle-ci est excitée, plus le malade transpire ; mais cette chaleur artificiellement répandue autour de la peau active fortement la respiration, porte le sang aux poumons et à la tête, amène des palpitations et de la céphalalgie. Quand, au con-
traire, le malade respire l'air échauffé qui doit le mettre en sueur, alors la sudation pulmonaire facilite singulièrement la sudation cutanée, et la circulation en est moins excitée. Cela es si vrai, qu'il suffit de placer la figure au-dessus d'un vase contenant de l'eau chaude pour mettre tout le corps en sueur.