CLASSIFICATIONS
Une classification des maladies de la peau, pour avoir quelque valeur, doit remplir deux conditions indispensables : 4° reposer sur une idée mère, un principe ou un fait quelconque ; 2° grouper dans ses cadres, sans effort, toutes les maladies qu'elle est destinée à embrasser.
Sous ce rapport, il n'existe pas encore aujourd'hui de classification qui réunisse ces deux conditions ; mais celles que nous possédons peuvent-elles, à quelques exceptions près, répondre à ces exigences ? C’est ce que nous allons examiner.
Les classifications sont de date récente. Jusqu'à Plenck , qui publia en 1776 son traité intitulé : Doctrina de morbis cutaneis, qua he in suas classes, genera et species rediguntur (Vienne, tbid., 1783, in-8”; Lovani, 1796), on avait décrit les affections cutanées sans ordre, sans méthode , ou, à l'instar de Lorry, on les avait envisagées surtout d’une manière générale.
Plenck eut le premier l’idée de rapprocher les maladies d'après les analogies qui existaient entre leurs formes élémentaires morbides ; aussi est-ce à tort que l’on attribue à Willan la classification plus particulièrement accréditée aujourd’hui, sous le nom de classification anatomique, classification qui, pour le dire en passant, n'est pas anatomique, mais bien anatomico-pathologique, puisque ce ne sont pas les éléments anatomiques connus qui forment la base des divisions de maladies, mais des éléments qui nous sont encore inconnus, ce qui donne lieu à des formes morbides d'anatomie pathologique, comme toutes les productions morbides variées que nous voyons surgir dans les maladies des divers organes. Plenck a eu le seul tort de multiplier ses classes de maladies en regardant comme élémentaires des formes d’affections qui n'étaient que secon -
daires, en sorte qu'il a reproduit dans deux classes différentes les mêmes maladies cutanées. Mais l’idée mère de la classification lui appartient tout entière, et il suffit de rapprocher ses divisions de celles de Willan qui publia sa classification en 1798, c’est-à-dire vingt-deux ans après la première et deux ans après la dernière édition de l'ouvrage de Plenck, pour voir qu'il y a identité parfaite.
Plenck admettait quatorze classes de maladies cutanées :
1° Maculæ; 2 pustulæ; 3 vesiculæ; h° bullæ; 5° papule ; 6° crustæ ; 1° squame ; 8° callositates ; 9‘ excrescentiæ cutaneæ ; 10° ulcera cutanea; 11° vulnera cutanea; 12° insecta cutanea ; 43° morbi unguinum.
Willan (Description and treatment of cutaneous diseases, in-h°, London , 4798) range les maladies de la peau en huit classes : {1° exanthèmes; 2° vésicules ; 3° bulles ; 4° pustules ; 5° papules ; 6° squames ; 7° tubercules ; 8° macules. Ces divisions se trouvent dans les classes de Plenck, à part celle des exanthèmes ; c'est donc la même idée mére, c'est la même classification, moins complète d’une part, mais plus exacte de l’autre. .
Loin de moi la pensée de chercher à porter la moindre atteinte au mérite de l'auteur anglais ; je ne veux que rendre à Plenck ce qui lui appartient. L'idée mère d’une classification est une découverte trop importante pour qu'elle ne reste pas à toujours à son auteur. Îl n’y a dans la classification de Willan qu'une perfection par suite d'observations et de recherches plus minuticeuses ; il y a dans la classification de Plenck une idée, et une observation d'autant plus difficile, qu’elle avait été faite en premier.
En 1810 parut la classification d’Alibert (Précis historique et pratique sur les maladies de la peau, 2 vol. in-8°). Une autre pensée avait dirigé cet admirable nosographe, c'était de grouper per catégories ou familles les maladies qui avaient entre elles quelque analogie : 1° Zeignes : faveuse, granulée, furfuracée, amiantacée, muqueuse. 2° Pliques : multiforme, solitaire, en masse. 3° Martres : furfuracée, squameuse, crustacée, ron-
CLASSIFICATIONS DES MALADIES DE LA PEAU 159 geante, pustuleuse, phlycténoïde, érythémoide. 4° Æphélides : lentiforme , hépatique , scorbutique. 5° Cancroïde ou kéloïde. 6° Lépres : squameuse, crustacée, tuberculeuse. 7° Pians : ruboïde, fongoide. 8° /chthyoses : nacrée, cornée, pellagre. 9° Syphilides : pustuleuse, végétante, ulcérée. 10° Scrofules : vulgaire, endémique. 11° Psorides : pustuleuse purulente, pustuleuse vésiculeuse, papuleuse, crustacée.
En effet, si l’on envisage les maladies de la peau sous leur point de vue le plus important {ars sanandi), on est conduit à accueillir cette idée dominante. La catégorie des teignes groupe entre elles les maladies du cuir chevelu, qui ne se muntrent guère que dans l'enfance et dans la jeunesse, et qui exigent un traitement, une conduite médicale toute spéciale. Ici il ne s’agit pas seulement de guérir, il faut guérir sans compromettre la santé générale de l'enfant. La plupart de ces teignes sont, il est vrai, des affections cutanées tout à fait semblables à celles qui peuvent se montrer sur le corps de l'adulte, et en cela Alibert diffère de Willan, puisqu'il est obligé de les décrire deux fois; mais qu'il est bien plus médical d'exposer dans un même tableau toutes les variétés de teignes ! À combien de considérations générales leur ensemble ne peut pas conduire ! Nous en dirons autant des syphilides, des scrofules, des kéloïides, où la cause première de l'affection, quelle qu’en soit la forme, duit toujours être présente au médecin durant tout le cours du traitement de la maladie. Ici variété de forme, mais analogie de cause, de nature et de traitement.
Malheureusement c’est là seulement tout ce qu'il y a de vrai dans la réalisation de la pensée d’Alibert. Chaque autre groupe de sa division ne comporte plus qu’une seule maladie avec ses variétés : tels sont les groupes pliques, éphélides, lèpres, ichthyose, psorides, et quant au groupe dartres, il a le défaut tout opposé. Sous une dénomination vulgaire, Alibert a rassemblé une foule de maladies dissemblables qui toutes peuvent reconnaître des causes différentes , se présenter sous des formes variées, se modifier en raison du tempérament et de la consti-
tution du sujet, et exiger une médication appropriée à toutes ces circonstances.
Convenons donc pendant qu’Alibert a rendu un immense service en créant cette classification imparfaite, à l’époque où il l’a publiée, et, pour apprécier ce service à sa valeur, reportons-nous à une époque où la classification de Plenck était inconnue en France, et où l'histoire des dartres était presque tout entière à faire.
C’est en vue de la même pensée qu'en 1832 (Monographie des dermatoses , in-8°), Alibert créa sa classification nouvelle : son arbre des dermatoses. Elle n'est, à proprement parler, qu’une extension de la première quant aux groupes principaux. Toutefois ces groupes sont mieux dessinés. Alibert les a multipliés en y comprenant plus de maladies, telles que les dermatoses exanthémateuses et hétéromorphes, et cependant il a fait disparaître une partie des groupes qui n'étaient que des genres, puisqu'ils ne comprenaient qu'une maladie et ses variétés. Voici au surplus ces divisions.
Dermatoses : 1° Æczémateuses, 2° exanthémateuses, 3° teigneuses, L° dartreuses, 5° cancéreuses, 6° lépreuses, 7° véroleuses, 8° strumeuses , 9° scabieuses , 10° hémateuses, 11° dyscromateuses, 12° hétéromorphes.
DERMATOSES.
1e Eczémateuses. — Érythème, érysipèle, pemphyx (pemphigus), zoster, phlyzacia (ecthyma), cnidosis (urticaire), épinyctide (sorte de lichen de nuit), olophlyctide (herpès phlycténoïde), ophlyctide (aphthes fébriles), pyrophlyctide ( pustule maligne), furoncle et charbon.
9. Exanthémateuses. — Variole, vaccine, clavelée ( petite vérole des moutons), varicelle, nirle (exanthème papuleux lenticulaire, de vingt-quatre à trente-six heures, succédant souvent à la rougeole), roséole, rougeole, scarlatine, miliaire.
3° Teigneuses. — Achor (teigne muqueuse), trichoma (plique polonaise), porrigine (pityriasis et eczéma chroniques, porrigo decalvans).
Le Dartreuses. — Ilerpès, varus (acné), mélitagre, esthiomène (lupus exedens). |
5° Cancéreuses. — Carcinome, kéloïde (excroissance cancéreuse).
6° Lépreuses. — Leuce (lèpre des Hébreux), spiloplaxie (malemort des arabistes), radezyge {lèpre du Nord), éléphantiasis.
CLASSIFICATIONS DES MALADIES DE LA PEAU. 461 7° Véroleuses. — Syphilides, mycosis (pian et frambæsia). 8° Strumeuses. — Scrofule, farcin.
9e Scabieuses. — Prurigo, gale.
10° Hémateuses. — Pétéchies, péliose (purpura).
41° Dyschromateuses. — Panne (taches de rousseur, pityriasis versicolor, nigra), achromie.
12 Hétéromorphes. — Verrues, dermatolysie (cutis lapsus), onygose (tournivle), næve (nævus maternus), tylose Gi aux pieds }), ichthyose.
Les auteurs qui ont écrit après Alibert lui ont presque tous adressé le reproche d’avoir fait une classification nouvelle inférieure à la première. Ce reproche ne nous paraît pas fondé , et nous pensons que si Alibert n’a pas été heureux dans son innovation , ce n'est que sous le rapport de la forme et non pas quant au fond.
Son premier tort c'est d’avoir mis une certaine prétention à rattacher à un arbre des branches qui n’ont pas de tronc, et de s'être ainsi rendu ridicule aux yeux de tous. Qu'est-ce, en effet, que le tronc de l'arbre des dermatoses ? C’est, dit-il, la peau. Mais la peau ne saurait faire partie d’une classification.
Un second tort c’est d’avoir été chercher des dénominations inusitées pour créer des genres, et d’avoir formé bon nombre de mots nouveaux en satisfaisant, pour ainsi dire, à cette fureur de nomenclature basée sur des étymologies grecques, qui a pris naissance dans l’école de Chaussier, et qui a fait des progrès si rapides et si funestes de nos jours. Il semble qu’on ait fait faire un pas à la science quand on a créé un nom qui exprime une idée, comme si l’on ignorait que les meilleures dénominations sont les plus insignifiantes en ce qu'elles ne peuvent jamais entrainer avec elles d'idées fausses, et qu'elles ne sont pas sujettes à changement, alors que la matière qu’elles expriment vient à être mieux connue.
Rendons plus de justice à Alibert à l'égard de sa classification, la forme à part. Alibert a suivi l’idée première qui l'avait dirigé, celle de grouper autant que possible les maladies analogues. Or l’analogie peut dériver de plusieurs sources : ou c'est une
analogie de forme , quant aux apparences morbides ; ou c'est une analogie de causes, ou une analogie d'invasion, ou une . analogie de traitement, circonstances qui peuvent conduire à des indications thérapeutiques importantes.
Ainsi, dans le groupe des eczèmes, il y a des affections disparates, quant à la forme, puisque l'érythème, simple rougeur de la peau, se trouve placé à côté de l'olophlyctide (herpès phlyèténoïde), où la maladic est entièrement vésiculeuse ; et auprès du phlyzacia (ecthyma), qui est une maladie pustuleuse, etc. Néanmoins il faut convenir que toutes les affections comprises dans ce groupe ont des conditions communes qui justifient le rapprochement de ces divers états morbides. Presque toutes, en effet, sont précédées ou accompagnées de phénomènes généraux ; elles apparaissent à l’état aigu ; elles sont accompagnées de rougeur, de chaleur et d’une sensation qui va jusqu’à la douleur ; elles parcourent leurs périodes dans un espace de temps assez court; elles passent rarement à l'état chronique ; elles se terminent le plus souvent par résolution, et le traitement antiphlogistique leur est commun.
Toutes ces conditions se trouvent encore mieux dessinées dans le groupe des exanthèmes.
Si les diverses sortes de teignes ont des formes différentes , si les moyens thérapeutiques qu'elles réclament sont variés, il est quelques rapprochements à faire entre elles qui peuvent justifier leur réunion dans le groupe des dermatoses teigneuses. Elles affectent presque toujours l'enfance et la jeunesse ; elles sont souvent liées à l'etat général de la santé, et cette liaison est souvent si intime, que la santé de l'enfant s’altère du moment que l'affection teigneuse diminue d'intensité ou se supprime ; et tandis qu'on arrêtera impunément la même affection dartreuse siégeant partout ailleurs , mais à une autre époque de la vie, on pourra compromettre les jours d'un enfant en procédant ainsi pour certaines variétés de teignes : de là des préceptes généraux de traitement qui sont communs à toutes ces affections
Les mêmes analogies existent pour les groupes des dermatoses cancéreuses, véroleuses, strumeuses, hémateuses, scabieuses, dyschromateuses et lépreuses. Restent donc deux groupes auxquels on ne peut pas appliquer ces principes, les dermatoses dartreuses et hétéromarphes; mais la dernière dénomination indique déjà un assemblage de maladies de formes et d'espèce différentes qui n’ont pu étre classées, et nous ne voyons réellement que le groupe des dartres qui ait été malheureusement conservé.
Je sais bien que cette classification ne conduit pas au diagnostic comme celle de Willan, et c’est là surtout ce qui l’a fait repousser par les nosologistes modernes ; mais au moins elle conduit à la thérapeutique. Que l'esprit de l'élève soit satisfait quand il a reconnu un râle sous-crépitant ou un bruit de souffle au premier temps, cela est fort bien ; qu’un professeur voie même avec plaisir un élève établir un diagnostic, je suis le premier à en reconnaître les avantages, je dirai même la nécessité. Mais cela n’est pas tout en médecine, et tel médecin est quelquefois fort embarrassé d'appliquer un remède à un mal qu'il a parfaitement reconnu. Nous irons même plus loin, et nous dirons qu'après avoir porté un diagnostic assuré, nous en sommes souvent réduit à faire la médecine des symptômes, la médecine de l’état général du malade, et ce n’est certes souvent pas la plus mauvaise.
Concluons donc de tout ce qui précède, que si nous mettons la classification de Plenck , dite de Willan, en regard de celle d’Alibert, nous rendrons justice à l’une et à l’autre, en disant que la première est utile pour apprendre à reconnaitre les maladies, que la seconde est nécessaire pour apprendre à les traiter.
J'eusse pu, pénétrant plus avant dans la classification d’Alibert, lui adresser des reproches de détail sur chaque maladie en particulier ; mais j'ai tenu à juger l’ensemble de sa classification et à pénétrer dans la pensée qui l'avait dictée.
Depuis Alibert, MM. Cazenave et Schedel, Gibert et Rayer, se
46h THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE.
sont r:.t‘achés à la méthode de Willan que Biett avait propagée en France. M. Raver ne l'a prise toutefois que d’une manière secondaire et en tant qu'elle s'appliquait aux maladies de la peau qu'elle peut embrasser, car ce savant écrivain a adopté un cadre beaucoup plus vaste. ]1 a divisé en quatre classes les maladies de la peau : 4° Celles qui sont propres à ce tissu ; 2° celles qui appartiennent à ses dépendances ; 3° l'étude des corps étrangers qui peuvent s’y développer ; 4° les maladies primitivement étrangères à la peau, mais qui lui impriment parfois des altérations toutes spéciales.
Dans la première section se trouvent les inflammations : — À, à une seule forme élémentaire : ce sont les affections exanthémateuses, bulleuses, vésiculeuses, pustuleuses, furonculeuses, gangréneuses, papuleuses, squameuses, tuberculeuses ; — 2, à plusieurs furmes élémentaires : les brûlures, les engelures et les syphilides.
Dans la deuxième section sont placées les sécrétions morbides qui comprennent les éphidroses, concrétions: cutanées, tannes et tumeurs folliculeuses.
Dans la froisièéme section , les congestions hémorrhagiques : cyanose, ecthymen, purpur, vibices, pétéchies, dermatorrhagies.
Dans la quatrième section, l'anémie de la peau.
Dans la cinquième section, les névroses.
Dans la sixième section, les vices de conformation : 4° du derme, comprenant : hypertrophie, atrophie, nævus, kéloïde ; 2° du pigment : décoloration, nævi pigmentaire, éphélides, chloasma , lentigo, méladermie, ictère , teinte du nitrate d’argent ; 3° de l'épiderme : ichthyose, appendice, cors.
La deuxième classe comprend les altérations des ongles et celles des poils.
La troisième classe : les corps étrangers inanimés et les corps étrangers animés.
Nous émettrons notre opinion sur la classification de M. Rayer avec la même franchise que nous l'avons fait pour les classifi-
cations précédentes. Ce savant médecin nous saurait mauvais gré d'agir autrement.
Cette classification est un grand cadre dont les divisions sont larges et bien dessinées ; il a permis à son auteur d’embrasser toutes les affections qui peuvent atteindre la peau ; mais dans les maladies désignées sous le nom d’in/flammations, il en est qui ne sont pas inflammatoires : le favus, par exemple, rangé dans la catégorie des pustules et qui n’est pas pustuleux. L'éléphantiasis des Grecs est-il inflammatoire ? En distinguant les inflammations en celles à une seule forme élémentaire et à plusieurs formes élémentaires, M. Rayer n’a pas pu être exact.
En effet, la gale est tantôt vésiculeuse, tantôt vésiculeuse et papuleuse , tantôt pustuleuse, et dans ces trois cas la forme étant différente, elle devait être rangée dans plusieurs divisions. Le sycosis peut être pustuleux ou tuberculeux. Le lichen n'est pas toujours à l’état de papules ; il est quelquefois papuleux et vésiculeux, comme dans le lichen eczémateux. Le lupus n’est pas toujours tuberculeux : tel est le lupus exedens. L'ictère, les éphélides, ne sauraient être considérés comme des vices de conformation du pigment de la peau; il en est de même de l’ackromie ou décoloration, qui n’est pas toujours congéniale. L'ichthyose est une maladie et non pas un vice de conformation de l’épiderme ; les pifyriasis versicolor et nigra ne sauraient, dans la plupart des cas , être considérés comme des affections squameuses. |
C'est qu'il est extrêmement difficile de créer une classification à l'abri de tout reproche. M. Rayer nous semble d’ailleurs avoir établi la sienne plutôt pour une exposition méthodique de toutes les matières de son excellent ouvrage sur les affections cutanées, et nous devons dire que ce cadre est très généralement heureux.
J'arrive maintenant à une classification de date plus récente, c'est celle qu’a adoptée M. Baumès, de Lyon, dans sa nouvelle Dermatologie publiée en 1842.
Partant de ce principe que, quelle que soit la forme sous laquelle se présente une affection dartreuse, elle résulte de l'exer-
cice irrégulier des forces de la vie, que l’on ne saurait rattacher qu'à une force ou cause première inconnue que l'on chercherait en vain, il appelle cette inconnue flurion, sans y attacher ni le sens qu'on rattache ordinairement à ce mot, ni aucune signification quelconque. C'est l’x de la dartre sous quelque forme qu'elle se présente.
Mais, dit-il, ce qu'il importe au médecin de connaître pour opérer la guérison de la dartre, c’est d'arriver à déterminer quelle est la cause externe ou interne, quelle est la condition morbide qui a pu faire naître et qui entretient cette ffuxion. Une fois connue, on l'attaque, on la détruit, ce qui (pour le dire en passant) n'empéche pas d'agir sur la maladie locale qui s'est perpétuée à la peau pendant un certain temps et qui y a fait en quelque sorte élection de domicile.
Ceci posé, M. Baumès établit des catégories :
1° Fluxion par cause externe.
2 Fluxion réfléchie : ou répétition au dehors d’un travail morbide qui existe déjà sur une organe interne.
3° Fluxion déplacée : ou transport à la peau d’une maladie d'un organe interne, ou fluxion critique.
&° Fluzion excentrique : ou succédant à une cause ou à une série de causes qui portent leur influence sur l'économie en général, et qui introduisent par les fonctions respiratoires et digestives des principes qui amènent une perturbation dans les fonctions régulières de tous nos organes.
5° Fluxion par diathèse : ou consécutive aux diathèses scrofuleuse, cancéreuse, syphilitique, scorbutique.
6° Fluxion idiopathique : ou développée dans le tissu de la peau sans cause connue et par suite d’un principe né de l’hérédité, et par cela même de la condition organique de la peau.
2° Fluxion complexe : ou résultant de la combinaison de plusieurs causes réunies.
Il applique maintenant ces divers modes de maladies cutanées à chaque maladie en particulier , et pour exposer ces maladies il adopte, à peu de chose près, la classification ger-
manico-anglaise : ainsi il décrit successivement les éruptions érythémateuses, vésiculeuses ou puro-vésiculeuses, papuleuses, tuberculeuses, squameuses.
Puis viennent les éruptions se rapportant à la fois à plusieurs des ordres précédents.
Puis les macules, les excroissances, les maladies des dépendances de la peau; enfin les maladies cutanées par flurions diathésiques.
On voit, en résumé, que M. Baumès a emprunté aux classifications de Willan, d’Alibert et de M. Rayer, ses principales divisions qui sont au nombre de douze, et qu'il a envisagé les maladies sous un point de vue médical pouvant conduire à des applications thérapeutiques plus positives. Ce qu'il a fait de plus spécial, c’est d'appeler l'attention des médecins sur la nécessité de s'attacher à la recherche de l’origine des affections dartreuses pour les mieux traiter ensuite. Malheureusement l'application n'a pas souvent des résultats aussi satisfaisants que pourrait le donner à penser une exposition aussi simple en apparence ; et trop souvent le médecin suivra en vain les préceptes de M. Baumès. Ceci soit dit sans que nous en inférions qu’il ne faut pas les adopter. Tout médecin éclairé recherche avec soin la cause du mal, et de tout temps il l’a fait et le fait journellement ; mais lorsque le médecin voudra appliquer au lit du malade les divisions tracées par M. Baumès ; quand il recherchera surtout la cause première, la flurion, l'inconnue, l'x de la maladie cutanée, le malade, ou plutôt la cause première du mal lui fera défaut, et la classification lui deviendra inutile.
Telles sont les principales classifications adoptées jusqu à ce jour par les dermatologistes en tant qu’elles offrent réellement les caractères qui peuvent leur faire donner le nom de classification. Si nous nous résumons à cet égard, nous verrons qu'elles ont été faites soit en vue du diagnostic, soit en vue de la thérapeutique des maladies de la peau. Elles ont toutes leur côté avantageux et utile. Aux personnes qui veulent apprendre
à reconnaitre une maladie de peau, je leur dirai : Attachezvous à la classification germanico-anglaise de Plenck et de Willan, adoptée avec quelques légères modifications par MM. Baumès, Cazenave et Schedel , Gibert et Rayer ; à celles qui voudraient grouper entre elles les maladies cutanées dans le but d'applications thérapeutiques générales pour chaque groupe : Adoptez la dernière classification d’Alibert.
Toutes ces classifications pèchent par les deux conditions exigibles à] toute classification : 1° l’idée mère à laquelle viennent se rattacher toutes les divisions, genres, espèces et variétés ; 2° l'impossibilité de rapporter à chacun de ces groupes bon nombre de maladies.
Sous ce rapport , le reproche peut être généralement appliqué. Ainsi, tous les auteurs ont négligé les formes mixtes sous lesquelles peuvent se présenter les maladies de la peau. Ces formes mixtes sont tout aussi primitives que les vésiculeuses, bulleuses, squameuses, etc. C'est une lacune que nous devons signaler, parce qu'elle est réelle, et nous nous hâtons d'appeler sur elle l'attention, parce que l’on trouvera dans le cours de cet ouvrage un très grand nombre de formes nouvelles de maladies de la peau qui n'ont pas été décrites et qui reposent sur cette donnée.
11 n’est pas de forme simple qui ne puisse s’allier à une autre forme simple pour donner naissance à une maladie composée. Ïl ne faut pas croire que ce soit une complication dans le cours de la maladie, c'est au début même que les deux formes anatomico-pathologiques se montrent, et la maladie parcourt toutes ses périodes avec cette forme composée jusqu’à sa guérison. Alibert avait déjà entrevu l'une de ces compositions de forme, et tous les auteurs après lui n’ont pas hésité à décrire cette maladie: je veux parler de l’eczéma impétigineux, maladie à la fois eczémateuse et pustuleuse. Or l'eczéma peut aussi dès l’abord revêtir la forme eczémateuse et papuleuse, de là l'eczéema lichénoïde : vésiculeuse et squameuse, le psoriasis eczémateux, etc. Deux affections vésiculeuses peuvent se produire
immédiatement et à la fois, comme dans l’herpés eczématcux. Il en est de même de deux affections pustuleuses, l'impétigo sycosiforme , etc. Cette union de deux formes primitives entre elles donne lieu à des maladies composées qui constituent à nos yeux des divisions d’une importance bien autre que celles admises jusqu’à présent et qui sont basées sur des conditions de furme ou de localité : psoriasis quttata, gyrata, diffusa, etc. ; car ces formes complexes conduisent à une thérapeutique différente, selon la prédominance de la forme élémentaire. On ne sera donc pas surpris de voir introduire dans cet ouvrage des formes variées dont les auteurs n’ont pas parlé, car nous avons le premier fait mention de ces formes morbides.
Quant à présent, ces notions s'adressant à des personnes pour la plupart étrangères à l'étude des maladies de la peau, il nous suffit de cet examen critique et consciencieux. Certes, il est facile de porter atteinte à un édifice sans mettre un autre édifice à la place de celui dont on fait connaître les défauts ; aussi nous n'attachons pas à cet examen plus d'importance qu'il n'en mérite. Mais c’est, suivant nous, rendre un service à la science et aux élèves que de montrer le côté faible d’une question aussi importante ; car en fait d'enseignement et de pratique médicale, ce qu’il faut en premier lieu, ce sont des jalons bien assis, des idées nettes, précises, sur la matière morbide, afin d'imprimer à l'esprit une bonne direction et de bonnes vues thérapeutiques ; et c’est arrêter le progrès dans les sciences que de présenter sans contrôle ce qui a été fait ct sanctionné par quelques praticiens.
Nous ne terminerons pas cet aperçu général sans parler des efforts que nous avons faits nous-mêmes, non pas dans un but de classification, mais dans un but de diagnostic. Nous avons cherché à tracer une méthode qui permette au médecin peu exercé de reconnaître à priori chacune des affections cutanées. Par cette méthode on n'arrive peut-être pas à des résultats aussi précis, aussi rigoureux que ceux que donne la classification de Willan; mais le praticien est souvent conduit à reconnaître la
maladie sans l'avoir jamais observée, et s’il se trompe, il désigne une affection qui s'en rapproche par sa nature et par son traitement. Ce n’est donc pas une classification, mais c'est une méthode de diagnostic qui a pour point de départ des vueÿ thérapeutiques. (Voyez l'exposition de cette méthode, page 43.) Nous donnons de plus ici le tableau de la classification de Willan que nous avons étendue et complétée par l'addition de maladies et de groupes de maladies, car la méthode de Willan a ses lacunes même au ‘point de vue des maladies
communes.