‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 40 sur 77 · EST PLUS FACILE · texte numérisé non relu

EST PLUS FACILE

Une opinion généralement accréditée parmi les médecins, c'est qu'il faut traiter les maladies de la peau au printemps; cette manière de voir est essentiellement fausse, elle est très préjudiciable aux malades : c’est ce que nous allons démontrer. Les affections de la peau se développent généralement à deux époques de l’année, au printemps et à l'automne. Celles du printemps, ayant un caractère le plus souvent aigu, se terminent par résolution beaucoup plus souvent que les maladies d'automne, qui suivent une marche plus insidieuse, affectent un caractère chronique, parce qu'elles surviennent dans une saison où les fonctions naturelles de la peau tendent à décrottre par + le refroidissement de plus en plus marqué de l'atmosphère, ce qui contribue à perpétuer ces maladies plutôt que de concourir à leur guérison, comme cela a lieu en été.

Il suit de là que si une maladie de peau se développe au printemps et qu'elle prenne la forme chronique, le médecin remet au printemps suivant pour appeler les avis d'hommes plus exercés dans la pratique de ces affections. Que si la maladie se montre en automne, le médecin n’espère pas la guérir à cette époque de l’année; il remet au printemps suivant à la traiter radicalement, et s’il échoue alors, voilà le malade renvoyé à l’année suivante. Il faut avoir comme nous des rapports journaliers avec les praticiens, pour apprécier la justesse de ces observations, et c’est ainsi que le médecin rend sa tâche plus difficile.

Pour détruire cette manière de voir si fausse, il faut chercher à faire comprendre que le malade est placé dans de bien meilleures conditions au point de vue thérapeutique en hiver qu'en

été; c'est ce que nous allons essayer de prouver.

Ahh THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE.

La grande généralité des maladies de la peau provient de ce que ce tissu accomplit imparfaitement ses fonctions, de ce qu'elle ne sécrète pas, de ce que l’on ne fait pas assez généralement usage de bains. La peau devient sèche, il s’y montre cà et là des démangeaisons, le malade se livre à des frottements, à des grattages ; les mêmes sensations, les mêmes besoins se reproduisent à des intervalles plus ou moins rapprochés, et bientôt un lichen, un eczéma se montrent, la cause prédisposante existant d’ailleurs chez l'individu qui va en être affecté. Mais si le même sujet avait observé une hygiène de la peau bien entendue, il aurait peut-être pu éviter la manifestation de l’éruption. Cela est si vrai, que bon nombre de maladies de la peau qui apparaissent en hiver se guérissent en été sous le seul bénéfice d’une transpiration développée et entretenue par la saison. C'est ce que l’on remarque pour un grand nombre de psoriasis. Le malade en est atteint en automne et en hiver; tout cesse en été.

La conséquence à déduire de ce fait, qui ne peut être révo- . qué en doute, c'est que si en hiver, la peau étant malade, on la fait fonctionner d'autant plus que la température est plus basse, et ce au moyen des bains sulfureux, des bains de vapeur, des bains russes, on produira un résultat d'autant plus puissant qu'à cette époque de l’année la peau ne sécrète pas.

Le résultat d’une grande sudation en été, c’est un excès de sensibilité de la peau. A cette époque de l’année, ce tissu est plus impressionnable, plus excitable; le moindre résolutif peut devenir stimulant pour elle. En hiver, au contraire, la peau, ferme, moins irritable, supporte une application de moyens externes bien plus variée sans s’irriter, et par conséquent le médecin trouve à sa disposition plus d’agents externes en hiver, et il peut les employer d'une manière plus soutenue qu’en été ; de là de nombreuses ressources.

Ceci s'applique non seulement à la partie malade, mais encore aux organes internes vers lesquels on a besoin de diriger une thérapeutique d'ensemble. En été, les fonctions diges-

tives s’accomplissent moins bien qu’en hiver ; nous ne pouvons pas user d'autant d'aliments, nous les digérons plus difficilement. En fait de médicaments, toutes les tisanes sont lourdes pour l'estomac, beaucoup d'agents actifs ne peuvent pas être supportés. En hiver, au contraire, l'appétit est plus complet, l'estomac supporte les spiritueux, les toniques, les amers, sans troubles fonctionnels ; cette condition du tube digestif est très favorable à l'administration de nos médicaments héroïques dans les traitements des maladies de la peau, les sulfureux, les amers, les arsenicaux, les antimoniaux.

Notez que nous pouvons exercer fréquemment des dérivations sur Île canal intestinal en hiver, tandis qu’en été les purgations sont beaucoup plus difficilement supportées.

Ainsi, en résumé, d’une part, nous plaçons la peau dans des conditions bien plus favorables à la guérison; d’une autre part, nous pouvons user, et à l'égard de la partie malade, et à l'égard de l'économie, de tous nos moyens thérapeutiques sans restriction aucune, ce que nous ne pouvons pas faire en été. La seule ressource que nous ayons dans cette saison et que nous n'avons pas en hiver, ce sont les eaux minérales. Loin de moi la pensée d’en nier l'efficacité, je suis le premier à en conseiller l'usage; mais on verra dans le cours de cet ouvrage que les eaux minérales sont prescrites d’une manière presque banale et qu’elles sont loin de rendre les services qu'on leur attribue. C'est pour le médecin une grande ressource par rapport à une maladie vis-à-vis de laquelle il a échoué, mais pour le malade c’est souvent une déception.

Pendant longtemps la peau fut regardée comme un tissu composé de deux couches superposées , l'épiderme et le chorion. Après les travaux de Malpighi, les anatomistes s’accordèrent à reconnaître comme intermédiaires à ces deux tissus le corps muqueux et le corps papillaire.

Le derme était le canevas de la peau ; le corps papillaire s’y trouvait superposé et résultait d'un assemblage de petites éminences formées par les extrémités des nerfs et des vaisseaux, qui, après avoir passé par les trous dont était criblé le chorion, se groupaient en petits pinceaux dans un tissu spongieux érectile; organes essentiellement nerveux suivant les uns, nerveux et vasculaires suivant les autres, parce qu'ils y admettaient l'existence de vaisseaux exhalants et absorbants.

Quant au corps muqueux, c'était un produit sécrété par les papilles et destiné à les lubrifier. 1l renfermait en outre la matière colorante.

Bichat mit en doute l'existence du corps muqueux comme tissu propre, et le considéra comme une couche vasculaire chargée de la triple fonction d'exhalation, d'absorption et de production de matière colorante.

Gaultier émit sur le corps muqueux de nouvelles idées. I le regarda comme étant formé de quatre couches: la plus profonde, à bourgeons vasculaires ou sanguins ; la deuxième, a/buginée profonde ; la troisième, membrane brune; et la quatrième, albuginée superficielle. La première et la troisième seules douées d'organisation et remplissant les fonctions d’exhalation et d'absorption.

Chaussier a constamment nié l'existence de ces quatre couches.

Eufin, MM. Breschet et Roussel de Vauzème furent conduits à revenir aux idées anciennement émises en considérant la peau comme formée de deux feuillets superposés, le chorivon et l’épiderme.

Quoi qu'il en soit de ces divergences sur les tissus lamelleux de la peau, on admettait l'existence de vaisseaux exhalants et absorbants. On avait même mesuré leurs orifices dans un espace donné, et Lecuwenhoeck avait porté le nombre des vaisseaux sudoripares jusqu'à 14,400 pour une ligne carrée. Verbeyen et Stenon décrivirent des glandes sudoripares ; Bidloo les fit dessiner (Anafomie du corps humain, etc., Utrecht, 1750, in-folio, tab. 4, fig. 6). 11 les considérait comme concourant à former des papilles. Monro, Fontana, Prochaska, Cruikshank,

Albinus, Meckel, Mojon, décrivirent des tractus flexueux et spiroïdes qui se détachent de la face interne de l'épiderme , mais ils nièrent qu'ils fussent canaliculés. Henri Eichorn, de Gættingue , chercha à démontrer pourquoi tant d'auteurs en avaient nié l’existence.

Enfin, Breschet et Roussel de Vauzème , reprenant l'étude complète et microscopique de la peau tant chez l’homme que chez les cétacés, donnèrent une description qui satisfaisait plus complétement aux fonctions de ce tissu, mais qui nous parut encore bien incomplète en regard des formes variées que présentent les maladies cutanées. A leurs yeux, la peau est composée d’une trame solide, c'est le derme recouvert d'épiderme engendré lui-même par un appareil dit blennogène, qui se compose de glandes sous-dermiques et d’un canal qui va verser à la surface du derme une matière solidifiable. La sueur serait s'crétée par des glandes d’une autre espèce placées dans l’épaisseur du derme, ayant aussi leurs canaux exhalants et constituant l'appareil diapnogène. Les liquides seraient absorbés par des vaisseaux d'inhalation qui se perdraient dans l'épaisseur du derme. La matière huileuse de la peau serait fournie par les fullicules sébacés, ainsi qu’on l’admet depuis longtemps; et enfin la matière colorante serait produite par un appareil dit chromatogène formé d'un tissu parenchymateux et glanduleux avec des vaisseaux exhalants très courts.

Certes, rien de plus satisfaisant au point de vue physiologique que cette description. Elle répond à tout, elle rend compte de l’accomplissement de toutes les fonctions. Malheureusement elle ne satisfait pas à la pathologie cutanée, puisqu'elle place très profondément des organes qui donnent lieu à des maladies très superficielles ; et, pour n’en citer qu’un exemple, elle met les organes sécréteurs de l’épiderme au-dessous du derme, alors que les variétés de pityriasis, dans lesquelles l'épiderme est lé principal produit de sécrétion, sont des maladies les plus su= pérficielles de la peau. Au surplus, les anatomistes plus modernes en ont fait justice. Malheureusement s'ils ont détruit un

échafaudage qu'ils regardent comme imaginaire, ils ont mis à la place quelque chose de moins satisfaisant encore, ainsi qu'on

va le voir.

Il n’y a réellement, suivant eux, dans la peau, que deux couches, le derme et l’épiderme. Le derme contient dans son épaisseur les follicules , les glandes, les vaisseaux et les nerfs, et à sa surface les papilles. L'épiderme est composé par une substance homogène Le derme est un tissu aréolaire à mailles plus ou moins larges, suivant les diverses parties du corps; les aréoles sont remplies par un tissu cellulaire adipeux, et traversées par les vaisseaux et les nerfs de la peau. Les papilles, que l’on a mal à propos décrites comme des appendices distincts du derme, appartiennent à la face superficielle. Ce sont de très petites saillies ou éminences conoïdes parfaitement visibles à la langue; disposées en doubles lignes très distinctes à la peau des mains, à la plante des pieds et surtout à la pulpe des doigts; elles sont si ténues sur la généralité de la surface de la peau, qu'elles y ont plutôt été admises par analogie que de visu.

Là où elles sont très distinctes, elles constituent des saillies du derme, pénétrées par beaucoup de filets nerveux et de ramuscules vasculaires à tissu presque érectile. L'œil, armé du microscope, reconnait d’ailleurs dans le derme une fibre cellulaire proprement dite, une fibre de noyau, et une troisième espèce de fibre qui appartient au tissu fibreux élastique. Ces diverses fibres entrent aussi dans la composition des papilles, car au point où celles-ci se détachent du derme, on voit les fibres de ce dernier tissu se diriger en masse dans le plan horizontal et se relever dans le plan perpendiculaire pour constituer les cônes papillaires.

On trouve d’ailleurs dans le derme les follicules sébacés ; ils y existent dans toute l’étendue de la peau, excepté à la paume des mains et à la plante des pieds. Ils abondent surtout là où il y a des poils; aux environs des orifices, dans les plis de laine et de l'aisselle. Leurs orifices viennent se montrer très distinctement à la surface de la peau. De la grosseur d’un grain

de millet et souvent beaucoup plus petits (de 1/2 inillimètre à 4 millimètre), ils ont la forme d’une petite ampoule; ils sont en général simples et discrets, excepté au nez, où ils sont très rapprochés ; quelques uns sont agglomérés.

Partout où il y a des poils, les conduits des follicules sébacés s'ouvrent dans la gaîne du poil lui-même, et chaque poil reçoit souvent dans sa gaîne le produit de plusieurs follicules sébacés qui l'entourent avec symétrie.

Les anatomistes modernes admettent encore l'appareil sudoripare découvert par Breschet et Roussel de Vauzème, appareil glanduleux formé par un enroulement vasculaire dont le canal excréteur vient s'ouvrir en traversant les papilles du derme et l’épiderme jusqu’à la surface de la peau. Ces appareils glanduleux existent partout, aussi bien à la paume des mains qu’à la plante des pieds, et tel est leur nombre, qu'Eichorn compte cinquante ouvertures de canaux sur une surface d’une ligne carrée, ou douze ouvertures sur 1 millimètre carré.

On nie l'existence de l'appareil blennogène ou sécréteur de l'épiderme, ainsi que celle de l'appareil chromatogène.

Suivant les anatomistes modernes, l’épiderme est un produit exhalé à l'état liquide par les capillaires sanguins à la surface du derme. Cette exhalation n’est pas amorphe, elle est formée par une multitude de vésicules ou cellules accolées les unes aux autres et d'autant plus déformées qu'on les observe plus près de la surface extérieure de la peau, où elles donnent lieu à l'épiderme solide, consistant, espacé d'épithélium pavimenteux stratifié. Chaque cellule contient un noyau qui s’efface de plus en plus au fur et à mesure que les vésicules se rapprochent de la surface libre de l’épiderme, en même temps que les parois des cellules s’accolent, se déforment pour devenir lamelleuses et presque rhomboïdales, de rondes ou de polygonales qu'elles étaient. L'analyse démontre qu'elles sont composées par une substance cornée analogue à la composition des poils, de la laine et des plumes.

C'est à la portion encore molle de la partie profonde de

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l'épiderme que Malpighi a donné le nom de corps muqueur. Celui-ci n’existerait donc pas réellement comme tissu, puisqu'il ñe serait formé que du produit d’exhalation des vaisseaux capillaires sanguins chargés d’exhaler la matière albumineuse qui doit former plus tard l’épiderine solide.

Quant à la matière colorante, ou pigment, ce serait, comme l’épiderme, un produit du plasma du sang exhalé des vaisseaux sanguins. Le pigment ne serait pas seulement infiltré dans les couches profondes de l’épiderme, mais il serait renfermé dans des cellules auxquelles on donnerait le nom de cellules pigmentaires. Henle pense que la matière colorante des cellules pigmentaires est groupée en molécules très fines sur le noyau de ces cellules. Gunther affirme, au contraire, que cette disposition, vraie pour la choroïde, est fausse pour la peau. Suivant lui, les cellules pigmentaires ne sont que des cellules de la couche profonde de l’épiderme qui manquent de noyau et qui contiennent un liquide uniformément coloré en brun foncé chez le nègre ; à mesure que ces cellules se développent, en même temps qu'elles se déforment pour constituer l'épiderme, et se porter à la surface, elles deviennent de moins en moins colorées par la disparition progressive de leur liquide intérieur ; parvenues à la surface, elles ne forment plus que des lamelles ou écailles semblables aux autres.

Lorsque le pigment est persistant comme dans le nègre, t'est qu'à mesure que les cellules pigmentaires se décolorent et se détachent à la surface de l’épiderme, il s’en forme sans cesse de nouvelles. Lorsque le pigment est temporaire, c'est que le développement des cellules pigmentaires disparaît avec la cause occasionnelle qui leur a donné naissance.

C'est à la production des cellules pigmentaires dans les couches profondes de l’épiderme que seraient dues les taches de rousseurs et les éphélides.

Voilà donc les données actuelles de l’anatomie sur la peau ; et chacun conviendra avec nous qu'elles laissent beaucoup à désirer. Il ÿ.a plus : pour tout médecin qui aura fait une cer-

taine étude des affections cutanées, cette anatomie est à refaire, ou au moins à modifier. Et d’abord n'est-il pas extraordinaire de voir les vaisseaux sanguins de la peau produire des corps organisés par exhalation, c’est-à-dire des cellules épidermiques avec ou sans pigment ; puis les uns, comme Henle, admettant des cellules pigmentaires d'une nature différente de celles de l’épiderme, ce qui fait pour les vaisseaux sanguins deux éléments organisés de diverse nature, qui sont exhalés par les mêmes vaisseaux. Gunther, il est vrai, ne croit pas à l'existence de ces deux espèces de cellules ; mais il vous dit: Il y à des cellules épidermiques à noyau sans pigment , et des cellules à noyau avec pigment, et suivant qu'elles se trouvent dans des rapports relatifs plus ou moins inverses, on a des peaux plus ou moins colorées dans les diverses races. Et il n'hésite pas à ajouter : C'est cet excès de cellules colorées qui forme les éphélides ou taches.

Mais, en pathologie cutanée, il existe des maladies de l'épiderme, ce sont plusieurs variétés de pityriasis. On connait diverses espèces de taches que l'on a nommées de noms différents, taches de rousseur, éphélides, pityriasis versicolor, pityriasis nigra , et ces taches sont nettement circonscrites, à bords arrêtés , faisant contraste avec la peau saine. Il y a plus : il existe une maladie de la matière colorante de la peau que l’on nomme vitiligo, et dans laquelle on trouve des décolorations complètes, parfaites de la peau, entourées d'un cercle plus ou moins large d’un brun grisâätre et verdâtre , de sorte qu'il semble que dans cette maladie la matière colorante ait été chassée d’un centre vers la circonférence, pour, en s'ajoutant à la matière colorante de la circonférence, rendre la peau beaucoup plus foncée, comme s’il s'était fait un transport de la matière colorante de la partie décolorée à celle qui l’est le plus. C'est ainsi qu'on voit la moitié inférieure de la surface de la peau de la verge d’un blanc mat, tandis que tout le dos de la verge est d’un gris verdâtre foncé; de même pour les doigts; même disposition très arrétée pour la surface du dos. Comment les anatomistes mo-

dernes expliquent-ils ces faits, avec l’origine qu'ils donnent à la matière colorante ? Où sont donc les vaisseaux malades ? La peau est parfaitement saine; d’ailleurs, les malades n'éprouvent aucune sensation, pas de démangeaison. L'épiderme est doux et lisse, etc. Évidemment les anatomistes ont détruit l'appareil chromatogène, mais ils ne l'ont pas remplacé.

Quant à l’épiderme, si c’est un produit d’exhalation, comnrent d'abord est-ce un produit organisé ? Comment, si c'est un produit d’exhalation sans organes spéciaux exhalants, devient-il malade isolément et indépendamment du tissu de la peau ? Expliquez, s'il vous plaît, ces plaques farineuses de la peau (pityriasis) chez les jeunes gens, à l’époque du printemps, sans sécrétion aucune ? Pourquoi ces maladies de la peau dans lesquelles il n’y a que sécrétion d’épiderme : psoriasis, lepra vulgaris, ichthyose? Ce sont cependant les capillaires sanguins de la peau qui devraient alors être malades, et pourquoi, comme dans l’ichthyose blanche, brune, cornée, letissu de la peau est-il parfaitement sain, alors que tous les vaisseaux capillaires sanguins seraient malades ?

Une anatomie de la peau réelle, vraie, doit pouvoir rendre compte des formes variées des affections cutanées, lorsque ces formes sont constantes, quand elles se reproduisent toujours les mêmes; or voyez les lacunes sous ce rapport. Il existe une maladie de la peau qui se caractérise par l'exhalation d’une odeur tellement fétide, que le sujet ne peut pas demeurer dans une pièce sans l’infecter ; c’est en plus ce que l'on observe en moins chez beaucoup de personnes qui, aussitôt qu'elles se déshabillent, répandent une odeur désagréable. Après les preuves données par M. Collard de Martigny, il a bien fallu admettre l'absorption gazeuse cutanée. Quelques physiologistes doutent encore aujourd'hui de l’exhalation gazeuse. Si l'odeur n’est là qu’une émanation odorante, où sont les organes de cette sécrétion odorante? C’est la sueur, pourra-t-on dire, qui porte cette odeur. La plupart de ces personnes ne transpirent pas, elles ont la peau plus ou moins brune, plus ou moins sèche

Jl existe une maladie de la peau qu’Alibert a désignée sous le nom de prurign sans papules, et dans laquelle les grattages sont incessants et horribles ; cependant on ne voit rien à la peau, pas même une excoriation. C'est là, dira-t-on, une névralgie ! Ces sujets sont les moins nerveux du monde ; ils ont une peau épaisse, brune, sèche, que rien n’écorche. Ce ne sont pas les papilles qui sont malades, car la peau est parfaitement lisse. Mais voici venir le lichen, affection dite papuleuse , parce que la forme de l’éruption morbide ressemble assez bien à la disposition conique des papilles de la peau. Dire que dans cette maladie, ainsi que dans le prurigo, autre forme d'affection papuleuse, les papilles soient malades, c'est commettre une erreur grave, et nous allons chercher à le prouver : 4° Les papilles de la peau siégent principalement à la surface interne des membres ; si c’est le siége du lichen en général, ce n’est pas celui du prurigo, qui est toujours placé en dehors. 2° Les papilles de la peau sont disposées par paires sur des lignes courbes et régulières ; rien de plus diffus que le lichen, qui se montre par des élevures papuleuses disséminées , sans aucune régularité, sans aucune harmonie. Affecte-t-il la forme de plaque, mème état diffus des élevures papuleuses du lichen dans la plaque elle-même, et de plus la maladie présente toujours la forme parfaitement nummulaire ; elle siége sur le dos de la main, à la partie externe des membres. Enfin, c’est surtout à la pulpe des doigts que l'on trouve le plus de papilles, et l'on ne voit jamais de lichen à la face palmaire des doigts; on en trouve fréquemment à la face dorsale. Je ne demanderai pas quel est l'élément anatomique de la forme tuberculeuse ; je me contente d'avoir démontré le peu d’analogie qu’il y a entre les papilles et les papules du lichen.

Quel est le siége de l’herpès à vésicules miliaires et de l'eczéma dans les diverses couches de la peau? Du temps où l’on admettait l'existence du corps muqueux , on disait ce dernier malade à cause de l’état si superficiel de ces maladies et de leurs vésicules si ténues ; aujourd’hui nous sommes en

préseuce de cinq maladies qui toutes ont la forme vésiculeuse. L'herpès, l’eczéma , l’herpès phlycténoide, le pemphigus, affections dans lesquelles les éléments morbides sont les mêmes (épiderme soulevé par de la sérosité de même nature), mais où la vésicule, à peine perceptible dans l'herpès, devient plus sensible dans l’eczéma, très visible dans l’herpès phlycténoïde et acquiert des dimensions considérables dans le pemphigus. À part le diamètre de la vésicule, ces maladies semblent pareilles; toutes sont superficielles, toutes paraissent siéger dans le corps muqueux sans que le dérme soit affecté. Avec les mêmes apparences la maladie a un siège plus profond dans le zona, où sous la vésicule existe une fausse membrane dont la chute donne lieu à un ulcère qui laisse une cicatrice. Certes, avec de pareilles analogies morbides, comment ne pas admettre qu'il est un élément commun particulier de la peau qui soit affecté dans toutes ces maladies.

Que si, en regard de ces affections vésiculeuses, nous plaçons les maladies pustuleuses, nous observerons des phénomènes qui peuvent donner lieu à la mème observation. La vésicule purulente de l’eczéma impétigineux, la pustule de l'impétigo, celle de l’ecthyma, offrent entre elles la plus grande analogie, à différence d'intensité et de volume près; seulement celle de l'ecthyma est plus profonde que celle de l’impétigo. Ce sont là des affections pustuleuses identiques, quant à l'aspect et quant à la proportion de la vésicule par rapport à l'engorgement de la pustule. Si c'étaient les seules pustules de la peau, on pourrait les considérer comme étant le résultat d'une inflammation du derme, et encore aurait-on à se demander pourquoi la même inflammation n’amène-t-elle jamais le pus dans l'eczéma, l'herpès et le pemphigus ? Mais il est d'autres maladies pustuleuses de la peau qui n’ont aucune analogie avec les précédentes: ce sont l’acné, l’impétigo sycosiforme, le sycosis pustuleux. Dans ces variétés l'engorgement constitue les 9/410* du volume de la pustule, condition tout opposée aux premières dont les 9/40* sont formés par les vésicules. Objectera-

t-on que le siége de l'acné est dans les follicules sébacés? Mais le furoncle, mais le sycosis n’ont plus le mème siége. Ainsi, l’inflammation pustuleuse de la peau doit avoir aussi son siége tout particulier, ce ne saurait être le mème tissu affecté que dans l’inflammation vésiculeuse non suppurante. Ce ne sont pas seulement les affections de la peau dites dartreuses que nous aurions pu citer; les éruptions exanthémateuses nous en auraient encore fourni de nombreux exemples.

Ce sont ces considérations qui nous font dire que Breschet et Roussel de Vauzème avaient pris dans leurs recherches anatomiques une voie meilleure que ceux qui les ont suivis, en adoptant pour point de départ les fonctions de la peau, et en recherchant les éléments ou organes qui les accomplissent ; ils ont pu se tromper, mais leurs successeurs ont préféré fournir une anatomie qui ne rend pas compte ni de la physiologie ni de la pathologie de la peau.

L'inflammation du tissu doit être, suivant nous, le contrôle de l’anat mie de la peau, aussi bien et mieux peut-être encore que la physiologie; car les formes inflammatoires variées ne peuvent être que le résultat d'éléments anatomiques différents enflammés. Ainsi se trouvent justifiés, à notre point de vue, les détails dans lesquels nous venons d'entrer. Puissent-ils appeler l'attention et donner ouverture à des recherches nouvelles.

Terminons par quelques considérations sur l'influence des qualités physiques et vitales de la peau ; nous serons conduit à quelques remarques qui viendront justifier ce que nous avons dit de l'existence de certaines maladies qui dépendent de la structure spéciale de ce tissu chez les divers individus. Et d'abord son épaisseur. La considération de l'épaisseur de la peau conduit à une remarque assez importante, à savoir, qu'à moins d’'hérédité, une peau fine ne sera jamais affectée d’une maladie squameuse du genre du psoriasis , de la lèpre vulgaire et de l'ichthyose. Il y a plus, le siége de ces maladies est toujours en dehors des membres, parce que l’épiderme et la peau ont plus d’épaisseur dans ce point. De là aussi la fréquence du psoriasis

palmaire et du psoriasis plantaire. Cette circonstance si frappante ne détruit-elle pas à elle seule l'hypothèse des anatomistes modernes qui considèrent l’épiderme comme un corps mort, comme une matière coagulable, inerte et rien de plus.

Par contre, toute peau fine sera le siége des lichens, et ceux-ci se développeront sur les parties du corps où la peau a moins d'épaisseur, où elle jouit de plus de sensibilité.

Coloration. — Plus la peau est blanche, moins elle est disposée aux maladies cutanées qui se dessinent par des anomalies dans la matière colorante : ainsi les pityriasis versicolor et nigra qui sont l'attribut de la peau colorée.

Une peau blafarde, opaline, est une peau essentiellement sécrétante de sa nature, en même temps qu'elle est plus chargée de follicules sébacés ou qu'elle est le siége du plus grand développement de ces follicules. C’est aussi sur cette sorte de peau que se montrent les acne rosacea, indurata, punctata, sebacea.

Sécrétion. — Toute peau dont la sécrétion huileuse est abondante ne saurait jamais étre atteinte d’une affection squameuse.

Si la sécrétion de la sueur agueuse est considérable, alors se maintiennent fréquemment les affections vésiculeuses , eczéma, herpès de toute sorte, ainsi que les intertrigo qui proviennent presque toujours de la sueur devenue alcaline, et par cela même irritante, puisque la sueur est naturellement acide.

Un excès de sensibilité de la peau prédispose aux maladies lichénoïdes ou avec démangeaison.

Enfin, les plicatures de la peau ont une grande influence, soit sur la durée, soit sur la forme de certaines affections cutanées. Elles engendrent les crevasses dans les psoriasis palmaires et vlantaires ; elles changent l'aspect des ichthyoses brunes qui ont généralement leur siége aux articulations ; elles s'opposent à la guérison des énfertrigo, et particulièrement de ceux qui ont pour élément la scrofule ou au moins le tempérament lymphatique.

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