EXUBÉRANCE DES CHEVEUX
Il est un état tout opposé qui se rencontre assez fréquemment chez les jeunes personnes , et dont les auteurs n’ont pas parlé : c'est l’exubérance des cheveux. Certes, on a signalé cette exubérance chez certains adultes très forts, très bien musclés, et quelques uns d’entre eux ont profité de cette chevelure abondante pour s'établir débitants de pommades propres à l’accroissement des cheveux ; on a encore parlé de la présence de poils
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sur des parties du corps qui n’en sont pas habituellement recouvertes. Ce ne sont pas là les conditions sur lesquelles je veux appeler l'attention des médecins.
J'ai eu l’occasion de voir bon nombre d'enfants, et notamment de jeunes filles, dont la chevelure était trop abondante , principalement en longueur, de sorte que les cheveux ramassés sur la tête, et s’accroissant avec rapidité, constituaient une chevelure compacte sous laquelle on trouvait un teint pâle, des yeux plus ou moins cernés, une figure amaigrie, des membres grêles et une poitrine réduite à l’état osseux. Chez ces enfants ; peu d'appétit; des digestions souvent difficiles; dégoût pour beaucoup d’aliments ; un sommeil plus ou moins agité et une susceptibilité nerveuse très grande, jointe à un état sinon d’indolence, au moins de fatigue sous l'influence du moindre exercice.
En vain on médicamente ces enfants ; on leur administre un régime tonique, une alimentation forte : on n’obvie pas à l’état de langueur dans lequel elles se trouvent. L'estomac répugne à une forte et abondante nourriture.
Sont-elles accidentellement prises de fièvre, tout à coup des symptômes cérébraux se manifestent: en un mot, il semble qu'il y ait sans cesse un état de congestion vers la tête, état tout prêt à amener des désordres sous l'influence de la moindre cause excitante. On dirait que les cheveux vivent aux dépens de tout le reste de l'économie.
Coupez la moitié de la chevelure et tout à coup l'harmonie va s'opérer ; vous allez voir renaître les fonctions de l'estomac et, par suite, s’opérer la nutrition générale: la maigreur cédera peu à peu ; la physionomie reprendra de l'expression et de la gaieté ; l'appétit se dessinera, et la substance nutritive mieux répartie améliorera la santé générale d’une manière remarquable.
Ine faudrait pas dans ces cas dégarnir la tête par la section des cheveux à leur racine, ce serait exposer l'enfant à des dangers. Il suffit de couper les cheveux à moitié de leur longueur, de manière à alléger le poids que Supporte la tête sans en diminuer l'abri naturel. On conçoit, d’ailleurs, qu'il s'opère en
partie ce qui arrive tous les jours à un sujet scrofuleux ou lymphatique auquel on ampute un membre ; toute l'économie ressent l'influence de cette perte d’une partie du corps dans laquelle il n’y a plus à verser des matériaux de nutrition. Mais ce qui, probablement , contribue surtout au rétablissement de la santé, c'est de faire cesser par la section des cheveux l'état fluxionnaire du cerveau et le surcroît d'activité qu'il recevait par la congestion permanente du sang vers la tête.
Quoi qu'il en soit de ces explications auxquelles nous attachons fort peu d'importance, nous livrons les observations que nous avons faites sur l'exubérance des cheveux aux méditations de nos confrères, persuadé qu'ils trouveront dans nos conseils une application utile.
TEIGNE. Porrigo, tinea l'upinosa, ficosa ; tinea vera de Lorry. Porrigo lupinosa, favosa ; favus ; teigne faveuse.
J'aborde une maladie qui, de tout temps, a été l'écueil des médecins par sa ténacité et sa résistance aux moyens thérapeutiques employés pour combattre les autres affections cutanées. Le mot feigne n’est pas pris ici dans une acception générale ; il désigne une maladie toute particulière, qui se distingue de toutes les affections cutanées par ce caractère essentiel qu’elle développe des corps organisés qui se rapprochent des productions du règne végétal.
C'est à tort qu’Alibert, et, à son exemple, un grand nombre de médecins, ont compris, sous la dénomination de teigne, toutes les maladies du cuir chevelu qui affectent l'enfance et quelquefois l'adulte, telles que la teigne amiantacée, la teigne muqueuse, l'impétigo granulé, le porrigo decalvans, etc., etc.; toutes ces affections n'ont de commun avec la teigne que le siége; aussi Alibert est-il obligé de désigner lui-même par l'expression de faveuse les variétés de teignes que nous allons décrire et auxquelles doit seulement être appliquée la qualification de teigne. C'est donc aussi avec regret que nous avons
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vu M. Bazin comprendre dans la teigne le porrigo decalvans, l'herpès tonsurant et la mentagre en se fondant sur ce fait que, dans ces maladies, il existeune production végétale analogue à celle de la teigne. Cette raison de pathogénie a sa valeur, mais il y a, sous le rapport du siége, du traitement, de la durée relative de ces maladies et des difficultés qu'elles offrent pour leur guérison, des différences si grandes que c’est jeter sans nécessité une perturbation dans la science préjudiciable à ses intérêts et par conséquent aussi à ceux de l'étude et de la pratique médicale. |
Willan et Bateman ont été encore moins exacts qu'Alibert, car sous la dénomination de porrigo, ils admettent des variétés de porrigo larvalis, furfurans, lupinosa, scutulata, decalvans et favosa, maladies qui ne sauraient supporter la description qu'ils en donnent, attendu qu’elle est tout à fait éloignée de la vérité. Il faut même rendre cette justice à Alibert, que, sans le secours du microscope et bien avant les travaux qui ont été faits sur la teigne, il a reconnu la nature toute spéciale de cette affection que tous les auteurs regardaient comme une maladie pustuleuse: cette croyance à une affection pustuleuse était tellement générale qu'elle s’est propagée jusqu'aujourd'huiet que, dans le Jraité des maladies de la peau, de M. Cazenave , on la trouve encore reproduite en 1847. Toutefois, nous voyons par le Traité des maladies de la peau, de M. Chausit, traité rédigé d'après les leçons de M. Cazenave, que ce médecin s’est enfin rendu à l'évidence des faits et qu’il n’admet plus comme autrefois la pustule élémentaire du favus; mais 1l rejette la nature végétale du produit et il admet l'existence primitive d'une sécrétion à forme plus ou moins pustuleuse qui plus tard se concrète en croûte ; tant il est vrai qu’on a généralement peine à se dessaisir d'une idée, d’une manière de voir que l'on a soutenue et que l’on tient d'un maitre, que l’on Venere avec raison, car Biett prolessait ces doctrines.
On suit que, de temps immémorial , cette malaaie a appelé l'attention des médecins et des empiriques ; aujourd’hui encore
elle est restée en partie dans les mains de ces derniers, et nous pourrions citer des villes considérables dans lesquelles l’administration municipale interdit mème aux médecins le traitement de la tcigne pour le confier exclusivement aux sœurs de charité ; Toulouse, par exemple, est dans ce cas : ce sont les sœurs de l'hôpital qui dirigent et soignent tous les enfants affectés de la teigne ; comme si cette maladie était purement locale ; comme si elle n’était pas liée le plus souvent à une constitution qu'il faut modifier en même temps qu'on la traite à l'extérieur. Ïl est vrai de dire qu’une méthode banale est employée depuis plusieurs siècles pour combattre cette affection, et qu’on a réduit ainsi à un pansement uniforme et à une opération toute manuelle la thérapeutique de cette maladie. Espérons qu'un jour viendra où l'autorité administrative, plus éclairée, comprendra qu'il n'est pas, ou qu'il existe fort peu de maladies complétement isolées du reste de l’économie ; qu’alors même que le mal est à son début tout local, il peut se relier d'un moment à l’autre à une affection d'un autre organe, et qu'ainsi il n'est pas une maladie, voire même de cause externe, qui ne nécessite les soins éclairés du médecin.
Schœnlein, en Allemagne, a le premier fait connaître la nature végétale du favus; et Berg a le premier signalé les sporules qui caractérisent le développement du muguet; de là l’analogie entre les deux productions. M. Gruby a fait des expériences d’inoculation qui expliquent la nature contagieuse du favus, non seulement de l’homme à l’homme, mais encore de l'homme aux végétaux. Alibert avait, avant eux, cherché à combattre cette opinion de Bateman qui range la teigne dans les maladies pustuleuses. Alibert regardait les godets auxquels cette maladie donne lieu comme une production particulière. Son talent d’observateur si parfait l'avait conduit à cette découverte dont le microscope a fourni plus tard la démonstration la plus rigoureuse. Quant à nous, nous croyons aussi avoir fait quelque chose d’utile en démontrant la source de l'erreur de l’auteur anglais. En effet, si la teigne
ne donne jamais lieu à des pustules lorsqu'elle est abandonnée à elle-même, le cuir chevelu peut en développer par suite des pommades irritantes et des emplâtres que l'on applique sur le : cuir chevelu. On a donc pris pour l'origine et la forme du mal ce qui n’est qu'un accident consécutif au traitement employé, accident que l’on peut développer à volonté sur toutes les parties du corps et par les mêmes moyens. C’est ce que nous avons constaté avec le plus grand soin, après avoir vérifié par nousmême l'exactitude des descriptions données par MM. Schœnlein et Gruby sur les productions végétales de la teigne. Quoi qu'il en soit, cherchons à dépeindre cette affection et à décrire ses productions.
Le premier phénomène que l’on aperçoit au début du mal consiste dans un petit cercle linéaire et jaunâtre à la base de chaque cheveu; ce qui n’était qu’un simple liséré devient un bourrelet circulaire, traversé par conséquent par le cheveu ; ce bourrelet fait une saillie de plus en plus marquée. C’est une sorte de poche ou capsule qui le constitue; on donne à cette capsule le nom de micoderme. Ces micodermes ou capsules contiennent à l'intérieur une poussière globulaire que l’on appelle granule ; elle est adhérente à un tissu filamenteux qui sert de trame et qui, vu au microscope, représente parfaitement des arborisations , de sorte que son image offre la plus grande analogie avec un arbrisseau sans feuilles, pourvu de graines ou fruits, déposé comme des grappes de raisin. (Nous avons représenté dans nos planches ces godets depuis leur état rudimentaire, jusqu’à leur entier développement, mais tous sont isolés et tels qu’ils se reproduisent dans une poussée ou récidive de l'affection sur une ancienne teigne dont la majeure partie des cheveux a été détruite par l’affection.)
Quand les micodermes ou capsules sont par trop remplies de granules , leur poche ou sac s'ouvre et se détache du cheveu qui le traversait. En même temps, ce bord détaché semble se déprimer sur lui-même au fur età mesure que la capsule s'élargit, en sorte que l’ensemble du produit organisé prend la
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forme d’un godet, que nous compererons, pour en donner l'image, à un petit lampion, le centre restant toujours traversé par le cheveu. De deux choses l’une, ou chaque godet s’est développé à une certaine distance l’un de l’autre, et alors il s'étale, s'élargit également, et produit une espèce d’écuelle en prenant des dimensions plus ou moins grandes, de là le nom de favus scutulata donné à l’une des variétés de la teigne faveuse ; — ou bien les godets se sont développés d'une manière confluente, et avec de très petites dimensions, et alors ils se sont mutuellement gênés dans leur développement ; ils n’ont bientôt plus formé qu’une masse étalée sous forme de croûte sèche, d'une étendue plus ou moins considérable donnant seulement à su circonférence l’image de petits godets. On donne à cette seconde variété le nom de /avus lupinosa, teigne lupineuse, à cause de son analogie avec les semences du lupin; telles sont les deux seules teignes généralement admises par les auteurs. Il en est deux autres espèces dont je reconnais l'existence, et qui offrent des différences assez tranchées. Dans la première, la production granuleuse étant très considérable, elle se détache par petits fragments informes qui suivent le trajet des cheveux en adhérant à ceux-ci, de manière à les recouvrir çà et là de yranulations du volume d'un grain de millet ou de chènevis; j'appelle cette variété teigne foveuse granulée.
Dans la seconde, où la maladie est toujours très circonscrite et en plaques qui croissent d’une manière incessante, mais en s'élargissant peu à peu, la production végétale de la maladie ne s’apère que d'une manière excessivement lente pour produire une croûte informe, sèche, très adhérente, et embrassant à sa base un plus ou moins grand nombre de cheveux; j'appelle cette variété leigne faveuse squameuse, parce que la matière produite à de l’analogie, surtout à la surface, avec des squames ou écailles filamenteuses, amiantacées ; mais en les écartant on distingue parfaitement la matière du favus.
M. Bazin (Æecherches sur la nature et le traitement des ie Paris, 1853) admet l'existence de cinq espèces de teignes :
TÉIGNE. 619 de Tuiune FAvEUSE qu'il divise en trois variétés, lupineuse, scutiforme ou en cercles et en anneaux squarrheuse ; qui correspond à la varicté de teigne squameuse que nous avons décrite depuis longtemps. 2° THIGNE TONSUBANTE ou {ondante des frères Mahon qui n’est autre que l'herpès tonsurant. 3° T&iGNE MENTAGRE, COMprenant la mentagre ou sycosis et les formes composées de sycosis. 4° TEIGNE ACHROMATEUSE ou avec décoloration du cuir chevelu qu'il regarde comme synonyme du porrigo decalvans de Bateman e: du witiligo. 5° TEIGNE DÉCALVANTE Où alopécie idiopathique qui ne nous parait être autre, d’après la description qui en est donnée, qu’un porrigo decalvans plus ou moins étendu. On voit que M. Bazin a bouleversé toutes les idées reçues; qu'il comprend sous la dénomination de teigne des maladies qu'on n'a jamais rapprochées Jes unes des autres. En cela il a suivi les idées de M. Gruby qui regarde l’herpès tonsurant et le sycosis comme étant des maladies semblables à la teigne, parce que dans ces affections il a trouvé une altération des cheveux et des poils qui s’en rapproche et qui aurait pour élément une production végétale. Si cette dernière assertion est vraie, faut-il donc, sans aucun avantage réel pratique, changer les dénominations de ces affections et bouleverser des noms qui de tout temps entexprimé pour le médecin une idée plus ou moins nette ? En principe, nous n'hésitons pas à le dire, ces bouleversements dans les noms sont mauvais. Aussi toutes les nomenclatures nouvelles ne jouissent-elles d'aucune forme; mieux vaut cent fois conserver un mauvais nom que de créer un nom nouveau, si ce nom ancien est consacré par le temps. Vous rendrez l'étude de la science plus difficile et vous bouleversez sans aucun avantage les idées des praticiens du jour. Appelez teigne ce que tout le monde appelle teigne; dites que ce mot doit nécessairement entrainer avec lui l’idée d’une production morbide végétale d’une nature particulière ; c'est ce que nous ne cessons de répéter et d'imprimer depuis longtemps, et vous distinguerez ainsi la teigne des autres maladies du cuir chevelu; mais n’allez pas plus loin, et ne rangez pas sans nécessité dans les teignes
des affections qui, outre qu'elles siégent ailleurs qu’à la tête, ne nécessitent pas l'emploi des mêmes moyens de guérison, n'ont pas la même ténacité, la même durée de traitement et encore moins le niême aspect, la même physionomie morbide.
Quelle que soit la forme sous laquelle se montre la teigne, elle ne sécrète jamais, et à aucune époque de son existence pas de séroaté, pas de pus, pas de sanie, toujours elle se montre à l’état de croûte sèche. Si l’on détache cette croûte, on trouve sous le godet une lame épidermique appliquée sur la peau sans que le tissu cutané soit excorié ou ulcéré. La conséquence du mal, c'est la chute des cheveux, et les cheveux tombent parce que la petite poche à productions végétales qui se manifeste, se développe autour du collet du bulbe des cheveux, comprime ce bulbe, l’atrophie, et finit par le détruire, selon les idées de la généralité des auteurs; mais il résulte des recherches microscopiques de notre collègue M. Bazin que c’est moins à cette cause qu à ce que le bulbe du poil ou du cheveu est envahi par la production végétale que cette chute est due, de sorte qu à la longue le bulbe des cheveux en est tout à fait altéré et désorganisé de manière à ne plus pouvoir reproduire un cheveu nouveau et à plus forte raison ne plus pouvoir entretenir la croissance des cheveux existants.
Démontrons maintenant que le produit morbide est de nature végétale : déjà on a pu voir que l'inspection microscopique donnait des caractères d'organisation dont on ne saurait mettre en doute l'existence. Une expérience de M. Gruby prouve jusqu'à l'évidence, sans le secours d'instrument de grossissement, qu'il en est ainsi. F1 a pris un certain nombre de granules contenus dans ces petits sacs ou micodermes, il les a déposés sur un point de l'écorce d’un chène en pleine végétation, et, après avoir fait son expérience dans des conditions favorables, il a vu se développer une production teigneuse tout à fait semblable à celle qui nait sur la tête des enfants. Le développement de ce produit végétal a eu lieu à l’instar de celui du lichen. Cette pièce a été montrée à l’Institut. nous lavons vue nous-
même ; les caractères du développement sont tels qu'il est impossible de s’y méprendre. Cette inoculation peut d’ailleurs s'opérer tous les jours d’individu à individu. Aïnsi il doit être évidemment reconnu aujourd’hui que le produit de la teigne est un produit organique probablement de nature végétale, et la démonstration de ce fait rend parfaitement compte de la manière dont la maladie se transmet le plus souvent d'enfant à enfant. On sait que c’est l’une des maladies les plus contagieuses, et que presque toujours elle vient de ce que des bonnets portés par un enfant teigneux l'ont été par d’autres qui gagnent la teigne ; ou bien de ce que des enfants non teigneux ont couché avec d’autres enfants teigneux. La poussière dite granule ou sporule est excessivement fine ; elle adhère facilement aux vétements, elle s'échappe sous forme de poudre quand un enfant se secoue ou se frotte la tête, et l’on conçoit dès lors qu'elle puisse facilement servir de moyen d’inoculation entre deux personnes.
J'aien ce moment, dans mon service à l'hôpital, un jeune homme de quinze ans qui y est arrivé avec une teigne des plus étendues, et qui l’a gagnée en portant une casquette qui avait appartenu à une famille de teigneux ; cinq enfants et la mère avaient à la fois cette maladie qui, chez le jeune homme dont il est question, datait de quatre ans seulement.
De ce que la teigne est contagieuse et qu'elle se propage d’enfant à enfant au moyen d’une sorte de semence, il ne s'ensuit pas qu’elle ne puisse se développer spontanément ; à cet égard tous les auteurs admettent qu'elle peut naître sous des conditions de misère, de mauvaise alimentation, de malpropreté, etc.; aussi avons-nous assimilé sous ce rapport la gale et la maladie pédiculaire à la teigne pour prouver que la gale pouvait être tout aussi bien spontanée que ces deux maladies.
Le favus ou teigne est une affection de l'enfance et de l’adolescence. Elle peut cependant se montrer à tous les âges de la vie; mais il est rare qu'après vingt ans la maladie se développe autrement que par transmission, soit directe et par contact, soit indirecte et par suite d’un bonnet, casquette ou chapeau d’un
teigneux porté par un sujet sain, qui devient bientôt malade.
Cette affection peut, dans l’une de ses formes, le favus scutulata, teigne scutulée ou en écuelles, se montrer à toute la surface du corps; mais, dans la très grande généralité des cas. elle est hornée à la tête.
Notre collègue M. Bazin rattache essentiellement la teigne à l'existence des poilz, et il va si loin à cet égard qu'il déclare qu'il né peut pas se montrer de favus là où il n’y a pas de poils. Je concevrais cette opinion si la teigne avait son siége principal et son point de départ dans les bulbes des poils, mais il n’en est pas ainsi; en admettant les nouvelles recherches de M. Bazin, on conçoit que l'affection développée à l'union du bulbe avec lé cheveu puisse envahir le bulbe du poil, mais nous ne saulions considérer la présence du favus comme nécessitant celle d'un poil où d’un cheveu. Sans nous appuyer du secours du microscope nous ferons de suite ressortir la différence qu'il y à entre la guérison de la teigne scutulée qui peut atteindre la figure et les autres parties du corps, d’avec la teigne faveuse qui ne se montre jamais qu'à la tête ; Mahon a parfaitement établi cette distinction. On guérit une teigne scutulée de la face et du corps dans l’espace de quelques jours : on guérit même une teigne scutulée du cuir chevelu dans un temps très court et sans aucune avulsion de cheveux. Mais malheureusement quand ou est conduit à émettre une idée nouvelle, on est porté à tout faire plier à cette idée; c’est ce qui cst arrivé à notre honorable collègue M. Bazin.
Tantôt la teigne affecte une partie seulement du derme chevelu. tantôt la totalité. Elle peut être bornée à une surface de quelques centimètres de diamètre, et, dans d’autres cas, s'étendre partout où il y a des cheveux, de manière à former une sorte de calotte. — Elle apparait ou sur un seul point ou sur plusieurs à la fois qui, en s'élargissant peu à peu, se réunissent pour former une plaque unique. Toutes les fois que le favus se montre dans un seul point, il reste toujours plus ou moins limité; mais il peut survenir des récidives. ou bien la partie.
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après avoir été traitée, peut redevenir le siége d’une nouvelle poussée; alors il est rare que d’autres points du cuir chevelu ne deviennent pas malades. Dans tous les cas, si l’on en excepte le favus seutulata, dont le développement est souvent très rapide, on peut dire que la marche des teignes a lieu d'une manière lente et que la maladie ne fait de progrès très sensibles que dans un espace de temps très long.
Ces circonstances d’étendue et de multiplicité des plaques sont soumises à certaines données générales que nous ferons connaître : la teigne lupineuse tend presque toujours à occuper une assez grande surface. Quand elle est spontanée elle se limite en général à une seule plaque. Quand la teigne est contractée par des bonnets ou casquettes il est assez commun de la trouver en plaques multiples. La teigne squameuse est toujours très circonscrite. La teigne avec décoloration de la peau est sou- : vent à plaques multiples.
On peut donc avoir à traiter une teigne très limitée comme une teigne très étendue. Ceci posé, on reconnaîtra la teigne à l'apparition, sur un point ou sur une surface plus ou moins étendue du derme chevelu, d'une sorte de croûte jaune orangé ou blanc jaunâtre, croûte dont la surface tombe en poussière, sans sécrétion aucune , et répandant une odeur plus ou moins forte, que l’on a comparée à l'odeur de souris. Jamais compa : raison ne fut plus exacte. — Pas de démangeaisons très notables ; chute plus ou moins complète des cheveux, et, ceux qui avoisinent les points malades, très amincis, très chétifs et frisés ainsi que le représente la figure que nous avons donne de cette maladie. La chute des cheveux est, en effet, une conséquence nécessaire de l'existence du favus par la pression que le micoderme exerce sur le bulbe du poil et par l’extension de la germination du favus à ces bulbes; quand on examine ces cheveux à la loupe, on voit qu'ils sont plus ou moins malades. L’altération morbide peut exister à la tige seule, sur laquelle on trouve des fragments de matière faveuse. Parfois on retrouve des tubes de mycelium et la matière faveuse qui
vont se perdre entre la souche du poil et la face interne de la capsule dont la base déchirée répond à l'extrémité supérieure de la tunique capsulaire, ayant devant elle le canal épidermique du cheveu. Le cheveu est terne, il a perdu son brillant; les deux substances, corticale et médullaire, sont confondues sans qu'on puisse les distinguer l’une de l’autre. Dans d’autres cas, il n'existe plus que des débris de capsule. Le bulbe du poil, la souche, le prolongement radiculaire sont parsemés de spores et de filaments tubuleux (Bazin, Mémoire cité). Ce fait est important pour reconnaître dans le cours du traitement les cheveux qui peuvent encore être malades. — Enfin, la croûte du favus est à surface rugueuse, inégale, plus ou moins élevée au-dessus du niveau de la peau; elle adhère fortement, et ce n’est qu'à l'aide de l'extrémité d’une spatule ou d'un couteau qu’on peut l'enlever. Si cette opération est faite avec soin, on voit au-dessous de la croûte le derme chevelu recouvert d’un épiderme lisse et très fin ; sa couleur est rosée ; il n’y existe pas d’érosion ou de plaie; or si le favus était de nature pustuleuse, ou s’il fournissait une sécrétion quelconque , la surface sécrétante serait plus ou moins érodée. Cette circonstance complète la série de faits que nous avons invoqués pour démontrer la nature du favus.
Maintenant, dans les variétés de favus lupineux, scutulé, granulé, et écailleux, il y a des différences qu'il est difficile de décrire autrement que par les caractères anatomo-pathologiques que nous avons donnés.
Le favus scutulata apparait très souvent sur le corps en même temps qu'au cuir chevelu. Il peut s’y montrer sur toutes les parties : le front, la figure, le cou et la poitrine en sont plus fréquemment le siége. Il y est ordinairement sous forme discrète : ainsi on trouve çà et là un, deux ou trois godets réunis. Ces godets prennent un accroissement très grand ; ils conservent leur forme parfaitement ronde, à bords relevés en écuelle et à centre fortement déprimé. Leur développement est plus rapide que dans les autres variétés, et ce développement semble s'arrêter lorsqu'il est arrivé à un certain état d’accroissement,
Ce serait être trop absolu que d'avancer que le favus scululata du corps affecte toujours cette forme discrète. J'ai vu plusieurs malades dont la presque totalité de la peau des membres en était couverte. Chez eux l'affection s'était montrée sous forme confluente. Tous les godets étaient réunis entre eux pour donner naissance à des plaques énormes. L'un de ces malades, âgé de trente-cinq ans, a succombé, dans mon service, aux suites d’une fièvre typhoïde contractée pendant son séjour à l’hôpital. Cet homme, atteint de favus depuis son très jeune âge, avait subi bon nombre de traitements. 1] était arrivé de la province, amaigri par une irritation chronique des intestins, qui entraînait à sa suite des garde-robes sans cesse en diarrhée. Cet état était né sous l'influence des chagrins causés par une maladie contre laquelle l’art avait échoué, et à laquelle l’âge n’avait apporté aucune amélioration. Les membres décharnés avaient pour enveloppe un favus qui en occupait toute la surface, et qui exhalait cette odeur de souris que nous avons signalée. Cet homme se faisait horreur. Il était taciturne , fuyait le contact des autres malades, restait au lit le plus souvent et s’affaiblissait de jour en jour. Le séjour à l'hôpital, dans de pareilles conditions, devait lui être funeste. Il fut pris de fièvre typhoide, et, chose remarquable, le favus se guérit complétement, ainsi que cela a lieu pour toutes les affections cutanées sécrétantes, lorsqu'une maladie aiguë vient à naître en affectant l'économie en général. Nous fûmes assez heureux pour arrêter les progrès de cette fièvre. Le malade se nourrissait alors ; il se remettait peu à peu, imbu qu'il était de la pensée qu'il allait être débarrassé de son favus général, lorsque, ainsi que cela se passe habituellement, il vit reparaître sa cruelle maladie. Cette atteinte portée à un espoir que nous n'avons pas pu heurter defronten présence d’un malade dont la santé était gravement compromise, fit bientôt reparaître les accidents du côté du ventre, et alors cet hommetomba dans un affaiblissement gradué dont il ne put sortir. II succomba. Ainsi il s'était opéré pour la teigne ce qui se passe pour la gale et les acarus. Dira-t-on‘aussi
pour ce cas, que le micoderme sommeille ainsi qu'on l'a prétendu pour l’acarus, et si celui-ci vit d’une sorte de vie végétative, de quelle vie les productions teigneuses vivent-elles durant ce sommeil soi-disant léthargique ! — Le favus squameux est beaucoup plus discret que le favus lupineux. Le favus granulé est le plus confluent et celui qui suit une marche plus rapide, mais tous les trois n'attaquent que le cuir chevelu, tandis que le favus scutulata peut affecter le corps.
Le favus n’est pas une de ces maladies qui se guérissent d’une manière spontanée, au moins c'est l'exception. Le plus souvent, il persiste jusqu'à l'adolescence, et même jusqu’à trente et quelques années. Mais lorsque le sujet a contracté cette maladie pendant le jeune âge, on la voit décroitre vers vingt ans et se guérir peu à peu, après avoir entrainé la perte presque totale des cheveux. Il est, en effet, remarquable que la teigne ne se développe que là où existent des cheveux; d’où est née préalablement la pensée de l'application de la calotte pour opérer la guérison de cette maladie.
La teigne ne parait pasnécessairement liée avec letempérament et la constitution du sujet, en ce sens que tout individu peut la contracter ; mais quand elle se développe spontanément, c’est principalement chez des enfants lymphatiques où les affections cutanées sécrétantes de la tête sont communes. Cette dernière circonstance conduit le médecin à employer un traitement général en même temps qu’un traitement local pour combattre cette maladie, et les frères Mahon eux-mêmes, tout en employant leurs pansements répétés et faits avec soin, prescrivent l'usage des dépuratifs.
Des faits que nous avons exposés dans cet article sur la teigne, nous croyons devoir tirer les corollaires suivants, comme préliminaire de l’exposition des diverses méthodes de traitement que nous allons faire connaître avec détails.
4° La teigne est une maladie tout à fait différente de la croûte de lait, de la teigne amiantacée, des variétés d’eczéma et d’im-
pétigo du derme chevelu, du porrigo decalvanrs, de l’herpès tonsurant et du pityriasis du cuir chevelu.
2° Cette maladie, dont la cause première nous est inconnue, a pour cachet essentiel le développement, autour du bulbe des poils, d’une production végétale qui circonscrit le bulbe et l'enveloppe de toutes parts, de manière à le comprimer de plus en plus en se développant, à l'atrophier, à l'envabhir, et par suite à faire tomber les cheveux.
3° Elle est essentiellement contagieuse et se transmet au moyen d’une poussière organisée à l'instar de la graine des végétaux.
4° C'est une maladie de l'enfance et de l’adolescence.
5° Non seulement elle peut se montrer à la tête, mais encore sur toute autre partie du corps, au moins pour une de ses variétés.
6° Elle ne fournit jamais aucun produit de sécrétion lorsqu'elle est abandonnée à elle-même et qu’elle n’est pas modifiée par des applications de pommades ou d’agents irritants.
7° Elle peut guérir spontanément , mais cette guérison ne s'obtient qu'à un âge déjà assez avancé de la vie. Quoique guérie, la maladie laisse des traces de son existence par l’atrophie et la chute des cheveux.
8° Enfin, c’est une des affections cutanées les plus rebelles aux traitements. |
Traitement. — La ténacité de cette affection a, de tout temps, appelé sur elle l'attention du médecin. Aussi signale-t-on, dès l'époque la plus reculée, des moyens plus ou moins efficaces pour atteindre ce but. L'énumération rapide que nous allons en faire donnera la preuve de la difficulté que l’on éprouve, dans bon nombre de cas, à guérir la teigne : car on peut dire que la presque totalité des agents connus a été tentée, et souvent en vain. |
Après des essais nombreux, on est arrivé à ce résultat que la guérison du favus est d'autant plus prompte et plus assurée, que l’on opère au préalable la chute des cheveux. Aussi, pour
atteindre ce but, on s’est arrêté à un moyen violent, la calotte, qui présente l'avantage d’arracher à la fois un grand nombre de cheveux, mais qui offre l’inconvénient grave de faire souffrir les enfants et de leur arracher des cris si violents que quelques uns ne peuvent supporter cette méthode. MM. Mahon ont même cité un exemple de décès survenu chez un enfant, le second jour de l’enlèvement de la calotte, et à la suite de la perturbation que l’avulsion avait portée sur tout le système nerveux.
Or, la calotte est encore employée aujourd’hui, dans beaucoup de départements, contre la teigne ; non pas, il est vrai, par des médecins, mais par des religieuses, auxquelles on confie le soin de cette maladie. Nous croyons donc utile d'en rappeler et la composition et l'emploi méthodique.
On délaye dans une bassine 125 grammes de farine de seigle avec un litre de vinaigre blanc: on agite continuellement le mélange lorsqu'il est sur le feu, on y ajoute, aussitôt la cuisson de la farine, 15 grammes de carbonate de cuivre en poudre ; on fait bouillir doucement pendant une heure, après quoi on met 125 grammes de poix noire, 125 grammes de résine et 190 grammes de poix de Bourgogne Lorsque le tout est mélé et parfaitement fondu, on jette dans l’emplâtre 190 grammes d’éthiops antimonial en poudre fine ; on agite le mélange jusqu'à ce qu’il ait pris une consistance convenable. C’est cet emplâtre que l’on étale sur une toile résistante, capable en un mot de supporter des tractions assez fortes.
Pour appliquer la calotte, on commence par couper lés cheveux aussi près que possible de la peau, on ramollit les croûtes à l’aide de cataplasmes et on les fait tomber en les lavant avec de l’eau de savon, ce qui a lieu en trois ou quatre jours ; alors on étale la toile emplastique sur la surface de la tête en prenant la précaution de couper l'emplâtre de sa circonférence à son centre pour pouvoir l'enlever par portion et aussi pour qu'il ne fasse pas de plicatures. Au quatrième ou au cinquième jour, on enlève brusquement chaque portion de l’emplâtre, et
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avec lui une certaine quantité de cheveux qui, en poussant, se sont enchàässés dans sa substance. Cet arrachement se fait à coutre-poil, afin d'opérer une ablation plus efficace des cheveux. On applique un nouvel emplâtre que l’on enlève et que l'on réapplique tous les deux jours, en ayant soin de couper les cheveux restants lorsqu'ils ont poussé.
Ce traitement est ainsi continué pendant deux ou trois mois. Quelques enfants s’habituent peu à peu à ces tractions, qui deviennent en général de moins en moins douloureuses au fur et à mesure qu'une plus grande quantité de cheveux est arrachée ; mais beaucoup d'entre eux ne peuvent pas supporter ces souffrances et abandonnent ce traitement.
Il est certain que cette méthode compte des succès assez nombreux, mais quel moyen! aussi a-t-il été abandonné par les médecins. J'ai vu nombre d'enfants auxquels il avait été appliqué sans succès et qui ont venus réclamer nos soins à l'hôpital Saint-Louis. Ces exemples se reproduisent journellement.
Cependant quelques praticiens adoptent aujourd’hui cette méthode que suit, par exemple, M. Baumès, de Lyon. Ce praticien a même préconisé un emplâtre moins agglutinatif que le précédent; causant, par conséquent, moins de douleurs, et propre d’ailleurs à conduire au même résultat. La formule de cet emplâtre et son mode d'emploi se trouvent dans l'ouvrage d’Alibert, et Desault en avait vanté les avantages dans ses leçons. Il consiste à faire dissoudre de la gomme ammoniaque dans du vinaigre, jusqu’à consistance d’emplâtre; on l’étendl sur de la toile et on l'applique par bandelettes. Ces bandelettes sont successivement enlevées après un séjour variable depuis quelques jours jusqu’à quelques semaines.
J'ai essayé ce moyen à l'hôpital Saint-Louis et à la prison des Madelonnettes sur plusieurs teigneux et sans obtenir des succès plus nombreux que par des moyens plus simples et moins douloureux ; en sorte que, s’il est préférable à la calotte, en ce sens qu'il a moins d'inconvénients qu'elle, il en présente encore, et ses avantages ne les compensent pas.
Samuel Plumbe, en vue de l'épilation comme moyen de guérison, à proposé d'arracher les cheveux un à un; on a reculé devant un moyen aussi long ; et c’est ici le lieu de nous demander si l'épilation est une condition indispensable du traitement de la teigne, et si seule elle suffit pour amener la guérison de cette maladie. À cet égard, on peut considérer l'épilation comme étant un des moyens les plus propres à opérer la guérison de la teigne ou au moins à en favoriser la guérisun. Je dis favoriser, car on observe assez souvent de vieux teigneux chez lesquels la généralité des cheveux est tombée et où cependant il existe sur le cuir chevelu des plaques très larges de favus. On peut, d’une autre part, guérir la teigne sans amener l'épilation. Les frères Mahon, par exemple, n’épilent pas et leur poudre dite épilatoire ne fait pas tomber les cheveux. Le point de vue réellement curatif qui doit diriger le médecin, c’est de recourir à un agent qui puisse désorganiser assez complétement la production végétale à son origine, sans attaquer les cheveux. L'avulsion préalable des cheveux favorise singulièrement cet effet, puisque la calotte seule guérit. Mais faisons remarquer à ce sujet que, dans l'emplâtre destiné à la préparation de la calotte, il entre une certaine proportion d’un sel cuivreux et d’un sel antimonial qui doivent agir, ainsi qu'on le verra plus loin, sur les productions faveuses.
« En juillet 1853 est entré au pavillon Saint-Matthieu, à l’h6pital Saint-Louis (service de M. Bazin), un paysan faisant métier dans son village de guérir la teigne, et probablement il la guérissait mieux et plus vite qu'on ne le fait dans les hôpitaux de Paris ; il pratiquait surtout l'épilation avec une incroyable habileté. » Bazin, Mémoire cité.
Ce fut pour notre collègue l’origine d’un travail raisonné sur la teigne; il se livra à des expériences microscopiques pour vérifier les faits déjà connus sur la nature végétale de la teigne, il rechercha quels étaient les agents chimiques les plus propres à attaquer le micoderme et faisant procéder l'emploi de ces agents de l'épilation, il est parvenu à guérir la teigne en six semaines
ou deux mois; il hésitait d’abord à opérer l’avulsion des cheveux, dans la crainte qu'ils ne pussent repousser, mais contre son attente, il les vit renaitre plus forts et plus beaux qu’aupara vant. Quant à l'épilation, il a la patience d'enlever deux à trois cheveux seulement à la fois, ce qui exige, dit-il, environ six heures pour épiler totalement une tête, et ce que l'on peut faire d’ailleurs en plusieurs séances.
On comprend tout de suite le travail de patience qu’exige le préliminaire de sa méthode de traitement, aussi trouvons-nous ce paragraphe dans son avant-propos : « d'autres, mieux intentionnés, répéteront nos expériences, je doute qu'ils réussissent. La patience leur fera défaut, et la moindre inobservation des règles thérapeutiques que nous avons posées sera suivie de déceptions. Il y aura des récidives et ce qui aurait dû être mis sur le compte de l'opérateur, sera mis sur le compte du procédé. »
Je conçois la première idée de cette phrase, celle qui a trait à la patience nécessaire pour exécuter l'épilation ; je ne comprends pas la seconde. L’épilation est longue, mais simple; et une fois pratiquée, la méthode de traitement est plus simple encore, comme on le verra plus loin. Que signifie donc cet insuccès à craindre? pourquoi le procédé ne réussirait-il que dans les mains de M. Bazin ? Nous pensons qu’à cet égard il a trop préjugé du bon vouloir de ses confrères, tout disposés à accepter ce qu'il y a de bon dans une méthode de quelque source qu’elle vienne, et à plus forte raison lorsqu'elle a pour auteur un de nos collègues de l'hôpital Saint-Louis. Serait-ce à cause de son origine qui remonte à son malade, ce brave paysan guérissant la teigne par l'épilation ? A cet égard, M. Bazin a eu raison de s'emparer de ce fait, et de démontrer par l'observation, la pratique et des recherches microscopiques comment il pouvait être utile. Le succès justifie tout; pour nous, nous n'avons qu’un regret, c'est de n'avoir pu que commencer les expériences de M. Bazin sans être pour le moment en état de les confirmer.
Jl est une méthode qui compte des succès nombreux et dont l'expérience a sanctionné l'efficacité, c'est celle desfrères Mahon ;
mais les moyens nous sont sinon inconnus, au moins assez incomplétement connus pour que l’on puisse la formuler d'une manière certaine.
Dans cette méthode de traitement, les frères Mahon emploient deux pommades et une poudre épilatoire. Les ppmmades sont à deux degrés différents de force. On pense généralement que les pommades et la poudre ont pour base du carbonate de potasse ou de soude, et l'on trouve dans plusieurs formulaires la recette de ces trois agents; mais nous doutons que ces formules soient parfaitement exactes.
Quoi qu’il en soit, ce sont les frères Mahon qui pansent euxmêmes les enfants pendant un laps de temps assez long, et voici comment en général ils procèdent : Ils s’attachent d’abord à faire tomber les croûtes à l’aide de cataplasmes et de lotions d’eau de savon, puis ils appliquent tous les deux jours sur la tête une pommade au premier degré de force. La tête est peignée les jours où la pommade n'est pas appliquée. Quinze jours écoulés, ils disséminent à la surface du cuir chevelu quelques pincées de leur poudre dite épilatoire, tout en continuant l’emploi de la première pommade; après six semaines de traitement, ils arrivent à la pommade au deuxième degré de force, tout en poursuivant l’usage de la poudre.
La durée du traitement, auquel sont joints les soins de propreté la plus minutieuse , varie entre six et dix-huit mois; le plus souvent, elle dépasse le premier terme, et parfois aussi le second. Îls prescrivent aussi pour quelques enfants l'usage de sirops dépuratifs, et parfois l'application d’un exutoire.
L'administration des hôpitaux de Paris confie à MM. Malon le traitement des teigneux qui ne sont pas admis à l'hôpital, et le nombre en est considérable. Des médecins sont chargées de constater l’espèce de favus et l'état de l'enfant avant le traitement, ainsi que la guérison après le traitement. Pour notre compte , nous apportons le plus grand soin à cet examen, et
nous avons constaté un grand nombre de guérisons opérées de cette manière.
Nous devons à la vérité de dire qu'il est des cas qui résistent à ces soins bien dirigés, qu'il en est d’autres où il y a récidive, mais ces cas sont l'exception.
Il est peu de médecins qui, chargés d’un service de maladies cutanées, n'aient fait des essais dans le but de trouver un moyen
propre à combattre la teigne avec efficacité : sous ce rapport, j'ai employé moi-même un grand nombre de médications.
Et d'abord, il faut établir une distinction entre les espèces de favus , ainsi que dans l'époque de leur développement. Le favus scutulata, celui qui affecte à la fois le cuir chevelu et la peau, soit de la face, soit des membres ou de toute autre partie du corps, est très facilement curable. Quand il est récent, il suffit de quelques bains, d’applications émollientes et de lotions sulfureuses employées à la fin du traitement pour en opérer la guérison. Si quelques points résistent, on cautérise la surface malade avec un pinceau imprégné d’une solution de nitrate d'argent au dixième , et il est rare de ne pas voir céder le mal.
Cette espèce de favus est-elle ancienne, elle devient beaucoup plus rebelle. Le favus lupinosa est plus difficile à guérir encore; et le plus tenace de tous, c'est le favus squameux. Voici au surplus les préceptes généraux que nous croyons devoir formuler relativement à la thérapeutique des favus.
Nous considérons cette maladie développée spontanément comme étant liée à la constitution du sujet. Tous ces enfants sont généralement lymphatiques ; leur intelligence est obtuse ; leurs facultés morales en général peu développées. Est-ce le fait de la constitution et du tempérament des sujets ? l’état d’isolement dans lequel ils se trouvent placés, l'éloignement et l’espèce de répulsion qu'on leur témoigne entrent-ils pour quelque chose dans cet état général d'apathie et d’indolence qui fait le cachet de ces enfants ? c'est possible ; mais toujours est-il que le tempérament et la constitution qui leur est propre, réunis à des conditions de misère et de malpropreté, en ont été le point de départ.
D'où la conséquence qu'il ne faut pas seulement voir dans la teigne une maladie locale, mais bien une forme morbide derrière laquelle se cachent des conditions de vitalité et d’organisation qu'il faut chercher à modifier avantageusement par les médications toniques, ‘excitantes, soit que l’on ait recours au fer, soit que l'on ait recours au soufre sous des formes diverses, tant en boissons qu’en bains, moyens liés d'ailleurs à une alimentation substantielle. C'est là le point de départ de tout traitement.
Une seconde circonstance très importante, c’est que la teigne exige des soins de tous les jours ; aussi les cheveux seront d’abord coupés aussi courts que possible. Des cataplasmes de farine de graine de lin seront appliqués tièdes pour faire tomber toutes les croûtes : ils seront mis la nuit; le jour, la tête sera graissée avec du saindoux très frais et mis en abondance. Le matin, des lotions d’eau de savon seront faites afin de tenir très propre le cuir chevelu.
Lorsque la peau sera parfaitement nette et qu’elle sera devenue lisse et au même niveau, on commencera le traitement. On s'adressera d’abord à des pommades douces et légèrement résolutives, celles à l'oxyde de zinc camphré ou celles au tannin. Tous les deux ou trois jours on fera prendre à l'enfant un bain de Baréges légèrement sulfureux pour établir une dérivation sur la surface de la peau et la faire fonctionner.
Après quinze jours de ce traitement, on arrivera à des agents plus actifs. Ainsi que beaucoup de praticiens, j'ai passé en revue et j'ai expérimenté les nombreux liniments et pommades qui ont été préconisés à cet effet. Mais avant de faire connaître ceux qui m'ont donné les meilleurs résultats, il nous faut parler de l'épilation, qui forme à elle seule la base d’une méthode de traitement. L’épilation peut être complète ou incomplète ; complète, elle consiste alors dans l’avulsion des cheveux, et comme celleci ne saurait être opérée à l’aide de la calotte, moyen barbare, il faut avoir la patience de la faire, cheveu à cheveu, à l’aide d’une pince. Ainsi pratiquée, elle est peu douloureuse. On re-
“connaît à l’aide de la loupe les cheveux qui sont malades et on en opère l'avulsion.
L'épilation incomplète peut se pratiquer à l'aide du sulfhydrate de sulfure de chaux, proposé par MM. Baœttger et Martens. Les cheveux, par l'application d’une couche de quelques millimètres d'épaisseur, sont coupés à leur sortie du cuir chevelu en quelques minutes, cinq à dix au plus, mais ils ne sont pas avulsés ; en sorte que le favus qui tapisse le bulbe n’est pas attaqué. Les cheveux repoussent et il faut renouveler l'opération quelques jours après ; les autres dépilatoires ont le même inconvénient, et celui que nous indiquons, à part son odeur, est pré- ‘férable. |
Quant aux liniments, c’est celui de Jadelot qui nous a donné les meilleurs résultats (voy. Formulaire}. L'huile de cade emplovée tous les jours a notablement amélioré les favus. Mais la pommade que nous regardons comme étant la plus propre à opérer la guérison de cette affection, c’est celle que nous formulons avec le carbonate de cuivre, depuis 5 décigrammes, jusqu’à 2 grammes de carbonate pour 30 grammes d’axonge. J'ai guéri par ce moyen des favus fort anciens; j'ai pu l’employer comparativement à d’autres agents, et voici dans quels circonstances. Le docteur Huet, alors médecin de la prison des Madelonnettes, vint me prier de venir voir seize enfants détenus, qui avaient séjourné durant des années dans diverses prisons, sur lesquels il avait mis en usage tous les traitements préconisés contre la teigne et toujours sans succès. C'était en majeure partie des teignes squameuses, c'est-à-dire des plus rebelles. On n'avait pas négligé l'emploi du traitement dit des frères Mahon.
Ces seize enfants furent divisés en quatre catégories et nous mimes en regard quatre traitements différents. Une pommadeau sulfhydrate de sulfure de chaux, 10 grammes pour 60 d’axonge, de la pommade au 60° de carbonate de cuivre. Les bandelettes de gomme ammoniaque suivant le procédé de M. Evens (du Hanovre); et le liniment de Jadelot. À part la pommade au carbonate de cuivre, il fallut abandonner les autres traitements ;
les bandelettes d'emplâtre à la gomme ammoniaque étaient trop douloureuses dans leur avulsion , la pommade au sulfure de chaux et le liniment de Jadelot amenaient une irritation trop vive du cuir chevelu. De sorte que M. Huet s’en tint à celle au carbonate de cuivre, qui lui parut le mieux réussir. Malheureusement la majeure partie de ces enfants fut transférée dans d'autres prisons ou bien ils terminèrent leur temps de détention, mais la guérison fut complète ct ultérieurement bien constatée chez trois d’entre eux. Plusieurs autres quittèrent la prison sans qu'il y eût apparence de teigne, mais on n’a pas pu les revoir plusieurs mois après, afin de vérifier leur curation complète.
L'expérimentation sur la tête des teigneux nous a donc conduit, comme on va le voir, à l'emploi de l’agent qui modifie le plus la structure des sporules ou granules végétatives, c'est-àdire une préparation cuivreuse, car M. Bazin, en opérant des réactions chimiques sous le microscope, a reconnu que le sublimé et l’acétate de cuivre étaient les deux agents modificateurs les plus puissants sous ce rapport. Voici maintenant sa méthode de traitement dans son ensemble. Après avoir parfaitement nettoyé la tête de ses godets, on procède à l'épilation avec des pinces à mors de 3 à 10 millimètres. On fait cette épilation complète à une certaine distance du favus. Elle a dù être précédée de plusieurs lotions de sublimé après la chute préalable des godets par des cataplasmes et du saindoux, afin de détruire les productions végétales qui peuvent être atteintes avant l'épilation. Celle-ci doit être assez complète pour ne pas même laisser sur la peau les poils follets; alors on fait sur la tête une lotion savonneuse, puis une lotion de sublimé, et ce pendant trois ou quatre jours matin ct soir, puis les jours suivants une onction avec une pommade contenant 4 gramme d'acétate de cuivre pour 30 grammes de graisse.
Aussitôt que les cheveux commencent à repousser, il faut les avulser de nouveau par l'épilation une seconde fois et reprendre la lotion de sublimé, puis l'usage de la pommade. Enfin l'opération de l'épilation peut être répétée une troisième fois si les
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cheveux ne repoussent pas lisses, brillants, avec leur couleur naturelle et primitive. Je dois ajouter que M. Bazin conseille des onctions de la peau pendant plusieurs jours avec de l'huile de cade comme préparant et favorisant singulièrement l’épilation. Suivant lui, cette huile atténue la sensibilité de la peau et permet une épilation plus facile. Nous terminerons cette histoire de la teigne en disant qu'il n’y a pas de guérison de la teigne si la peau n’a pas repris {a teinte blanche qui est propre au cuir chevelu; lorsqu'elle reste rosée ou rouge, c’est que la guérison n'est pas complète.
HERPÈS TONSURANT.
Cette maladie est encore mal définie et mal décrite par quelques auteurs modernes qui la confondent avec le porrigo decalvans. Quant aux auteurs qui ont précédé ces derniers, tels que Willan et Bateman, Alibert et Biett, ils sont encore moins précis.
On doit entendre sous la dénomination d’herpès tonsurantf, une affection qui se caractérise par la manifestation d’une sorte de tonsure dans un ou plusieurs points du cuir chevelu, non pas de la tonsure qui vient d’être opérée immédiatement par le rasoir, mais de celle qui a été faite depuis plusieurs jours et dans laquelle on voit renaître les cheveux à une longueur de 2 à 3 millimètres.
Toutefois le mot herpes est ici mal appliqué; tout kerpés suppose un bourrelet à la circonférence du mal par où progresse la maladie. Dans l’herpès tonsurant il n’y a rien de cela, parce que c'est moins à une maladie de la peau qu’à une production végétale accidentelle de la surface extérieure des cheveux ou de l'intérieur même des cheveux qu’il faut attribuer cette affection. La maladie n'a été réellement bien connue que depuis les recherches microscopiques de M. Gruby qui y a démontré l'existence de sporules semblables à ceux de la teigne. Ce sont ces sporules qui altèrent les poils et les cassent à 2 ou 3 millimètres de leur sortie, à la surface de Ja peau. Ces restes de
cheveux sont atrophiés, et les productions végétales qui s’y développent exercent à leur sortie du bulbe probablement la même influence que les sporules du micoderme de la teigne, par rapport au bulbe des cheveux. Quand on les examine à leur surface, on les vuit hérissés de cette poussière organique; leur canal central a disparu dans plusieurs points de leur longueur, soit que la production végétale occupe seulement la circonférence du cheveu, soit qu’elle se soit développée à son intérieur. | C'est ce que j'ai souvent reconnu moi-même au microscope. Cette production végétale rend aussi parfaitement compte de la contagion de cette maladie qui, suivant M. Cazenave, pourrait se développer presque épidémiquement dans une pension, ainsi qu'ilen a vu un exemple. Îl en est donc de même ici que pour la teigne, avec cette différence que l'affection siége en dehors de la peau.
À son développement, ce n’est d’abord qu'un petit point de la peau où les cheveux sont malades et où ils tombent, mais dans l'espace de quelques semaines ce point s’élargit de plus en plus, pour former une plaque qui tantôt est unique, tantôt est multiple et indistinctement à quelque place que ce soit de la tête, de manière à figurer une série de tonsures ou une seule plaque tonsurée. Cette surface est alors grisâtre, rude au toucher, parce qu'elle est hérissée de petits cheveux excessivement courts, atrophiés, durs et qui sont les restes de cheveux cassés à quelques millimètres de leur naissance ; d’ailleurs aucune sécrétion et pas de démangeaison bien notable.
L’affection, comme la teigne, est très tenace, persistante, elle dure plusieurs mois ; elle exige l'emploi des moyens propres à la guérison de la teigne. Mais ce qui tend à en hâter les progrès, ce sont les cautérisations, à trois à quatre jours d'intervalle, avec la solution denitrate d'argent au 5° ou au 40° (voy. Formulaire), M. Bazin a encore préconisé ici l'épilation. Elle nous parait tout à fait inutile, car ce ne sont pas les bulbes des poils qui sont malades, ce sont les cheveux ; il suffit donc de l'usage d’une substance capable d'attaquer au dehors les productions végétales.
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PORRIGO DECALVANS.
Il faut clairement rattacher cette dénomination à une maladie de la peau, qui a pour caractères : 1° d'amener immédiatement la chute des cheveux, de manière à en faire disparaître toute trace et à laisser une peau aussi lisse, aussi douce que la peau la plus fine ; 2° de produire une turgescence de la peau en vertu de laquelle elle paraît comme légèrement œdématiée ; 3° d'amener dans les premiers temps de son développement une teinte rosée très légèrement inflammatoire. Premier phénomène. C'est une chose remarquable que de voir tomber, dans un ou plusieurs points du cuir chevelu à la fois, la totalité des cheveux qui recouvrent une surface donnée, d'une manière assez rapide, et de trouver la peau absolument dénudée, lisse, sans pellicule, furfures, sécrétion, et à peine avec le sentiment d’une légère démangeaison, ou plutôt d’une légère chaleur ou tension. Cette épilation va en augmentant, en se multipliant par plaques qui s’élargissent, se confondent bientôt au point d'amener des dénudations de 8, 10, 12 centimètres en surface, toujours arrondies, et plus tard au point de produire la chute totale non seulement des cheveux, mais encore des sourcils, des cils et des poils de tout le corps. Ce dernier cas est beaucoup plus rare, mais nous en avions un exemple dans nos salles il y a quelques mois. Aussi la plupart des auteurs ont-ils pris cette maladie pour le vétiligo. Mais il existe à cet égard des différences très grandes ; le vitiligo est une simple décoloration de la peau capable, ilest vrai, quand il se montre à la tête, defaire blanchir les cheveux ou d'amener la canitie, mais le vitiligo n’amène que très secondairement la chute des cheveux et des poils. D'ailleurs, dans le vitiligo la peau est décolorée : ans être malade, en apparence au moins, et nous allons démontrer que dans le porrigo decalvans la peau est évidemment malade. C’est d’ailleurs ce qui constitue le second phénomène sur lequel nous appelons l'attention. — Le cuir chevelu sain n’a pas dans la
généralité des cas, les couleurs de la peau du reste du corps. Il est ferme, dur, consistant, adhérant aux os par un tissu cellulaire très serré et d’une couleur tirant un peu sur le gris. Dans le porrigo decalvans la peau prend une teinte d’un blanc très légèrement rosé; on peut comparer sa couleur, alors, à la peau du reste du corps au lieu de la comparer à celle du cuir chevelu avoisinant, et c'est ainsi que l’on ne s'aperçoit pas du changement qui s’est opéré. Il y a plus et c’est donner lieu au troisième phénomène qui est propre au porrigo. Si l’on touche cette peau avec l'extrémité des doigts, au lieu d’avoir un tissu serré adhérent aux os, on a une sensation d’un tissu empâté, comme infiltré, comme œdémateux, qui est tellement prononcé que ce tissu cutané semble avoir dans quelques cas 12 à 15 millimètres d'épaisseur y compris le tissu cellulaire qui participe certainement à l'état de la peau. Ces divers phénomènes qui distinguent cette maladie de toute autre affection, ont pour la plupart été méconnus. Or, ils apparaissent tous les trois au début de l'affection et ils persistent tant que la maladie fait des progrès. Ceux-ci sont tels que, dans certaines circonstances, il ne reste plus trace de cheveux sur la tête. Lorsque la maladie s’arrête, la peau commence à pâlir pour devenir ensuite d’un blanc mat; mais elle reste molle, empâtée, pendant longtemps encore; puis elle reprend de la consistance et s'accole aux os; puis elle perd de sa pileur en même temps qu'il y repousse un duvet qui se transforme peu à peu en cheveux tout aussi consistants qu'auparavant. Mais disons-le tout de suite, il faut du temps et beaucoup de temps. Il faut surtout prendre la maladie à son début, car lorsque plusieurs mois ou des années se sont écoulés depuis son invasion, l'affection devient incurable, en ce sens que ces cheveux ne repoussent jamais, quoi qu’on fasse.
Il y a donc, d’après cette description, une différence essentielle entre le porrigo decalvans et le vitiligo : dans cette dernière maladie, la peau a perdu sa couleur, mais elle est restée saine ; dans le porrigo decalvans, la peau est malade, ainsi que le tissu cellulaire sous-cutané qui n’est affecté qne d'une manière secon-
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daire, il est vrai, pour ce dernier. Le porrigo decalvans ne peut se montrer que là où il y a des cheveux et des poils; le vitiligo se produit sur un point quelconque de la surface du corps. En dehors de ces caractères d’aspect, de forme et d’état morbide local, M. Gruby a signalé l'existence d’une production de nature végétale du genre de celle de la teigne dans cette affection. M. Bazin en a vérifié les traces tout récemment au microscope et a décrit cette maladie comme une teigne.
Envisagé au point de vue du pronostic, le porrigo decalvans est une maladie de peau, sinon grave, au moins compromettante pour les cheveux. On la considère, d’ailleurs, comme étant contagieuse, et, en effet, il n’est pas rare de la voir se propager d'enfant à enfant, ou d'enfants à adultes dans la même maison.
Traitement. — Lorsque le porrigo decalvans est lié à un tempérament lymphatique , à une constitution molle, il y a toujours grand avantage à prescrire un traitement antiscrofuleux. Mais cette maladie est souvent indépendante de toute lésion générale ou locale. Je me suis toujours bien trouvé, au début du traitement, de l’usage de bains de vapeurs tous les trois jours ; je fais appliquer des cataplasmes de fécule de pomme de terre tous les soirs sur les surfaces malades, et un corps gras dans le jour. Je poursuis l’emploi de ces moyens jusqu'à ce que l’état aigu soit tombé et que la peau ait perdu sa teinte rosée et son état semi-œdémateux; alors je mets en usage les pommades résolutives au tannin, à l’oxyde de zinc, j'emploie l'huile de cade tous les deux jours ; je termine la maladie par la pommade au carbonate de cuivre et par des applications successives d’une solution de nitrate d'argent (voy. Formulaire). Ce qu'il faut surtout recommander, ce sont des soins de propreté très grands, des lotions savonneuses tous les jours dans la période de résolution. Ce n'est guère que dans l’espace de plusieurs mois que l’on peut espérer une guérison. On entretient la poussée des cheveux par l'emploi de liqueurs alcooliques ou de pommades et de poudres toniques. M. Bazin propose, comme pour la teigne, l'épilation; nous la concevons dans le but d'empêcher
peut-être l'extension de la maladie, car pour la maladie ellemême il n'y existe pas vestige de duvet.