‹ Traité practique sur l'usage et le mode d'application des réactifs chimiquesChapitre 40 sur 181 · DÉFINITION · texte numérisé non relu

DÉFINITION

On donné le nom âe y Réactifs chimiques , à celles des substances 9 qui, étant mises en contact avec d'autres çor])s dont la nature ou la composition est inconnue , exercent sur eux une action prompte et vive , et leur font éprouver des changemens assez sensibles 9 pour qu'on puisse en inférer quelle doit être leur constitution.

Il est évident , pour tous ceux qui sont familiarisés avec la pratique de la chimie ^ que cette classe de corps est d'une grande importance , et que son utilité est très 'étendue 9 puisqu'elle sejrt comme de boussole pour guider dans la recherche des parties constituantes de corps composés ; et , au moyen de ce que les différences , qui existent dans les affinités chimiques des corps entre eux, rendent souvent facile la séparation de ces parties par l'application' d'autres substances ; il s'en suit j que c^est sur la considération des effets de l'action de tous les réactifs employés en chimie , qu'est fondée l'analyse 5 par cette science , des corps dont on therche à connattre la nature.

On parvient rarement, cependant, à séparer les parties constituantes d^p composé, sans en opérer en même temps Tunion avec un autre corps; et, c'est en examinant cette combinaison nouvelle , qu'on est conduit à la connaissance de la constitution du corps

soumis à Tanalyse. Ainsi, lorsqu'on emploie iin. réactif , 11 arrive fréquenunent , que par son action sur le corps avec lequel il a été mis en contact , il se combine avec quelque partie constituante de ce corps ; et , qu'il eii résulte un composé , dont les caractères indiquent la nature de cette partie qui est entrée en combinaison , parce que les composés, que forment les principaux réactifs avec différentes bases, sont bien connus. Cette méthode est , en réalité , plus souvent employée dans l'examen chimique des corps , que les procédés simples de décomposition. Quelquefois le réactif déplace du corps, dont on recherche la composition , certaines parties constituantes , ou principes seulement , que , dans cet état isolé , et ainsi dégagés de Leurs comibinaiisons, on peut examiner plus facilement, et avec plus d'exactitude.

Il arrive souvent aussi , que le réactif , dont on fait usage , est lui-même décomposé. Cette circonstance rend les phénomènes et les produits plus compliqués; mais , d'après les caractères qu'on reconnaît à ces produits , et leur manière d'agir sur d'a^utres corps , il devient possible de se former un jugement sur la nature des parties composantes du corps analysé. Les anciens chimistes avaient apporté peu d'attention [à ce dernier fait , et c'est une des principales causes qui rendirent leurs travaux défectueux ; parce qu'ils rap^

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pbtiaient aux corps, soumis par eux à Tanalyse , beaucoup de phénomènes , qui étaient uniquement dus à ta décomposition des réactifs itmt ils faisaient usage dans leurs opérations.

La plupart des réactifs > auxquels on a recours dans les procédés de chimie* , font cqpnattre les parties constHuantes des corps, en donnant Ueiî^: soit À un précipité ^ à un nuage senst^bie , à un changement de couleur , à une effervescence , ou , soit enfin , en occftsionant telles autres altérations évidentes de proprié^ tés , que Texpérience a prouvé être des indications de la présence ou de Tabslence de certains corps.

Supposons , par exemple , qu'en faisant tomber une goutte d'acide hydro^cblorique sur un .minéral , ou toute autre substance quelconque , dont la nature, ou la constitution est inconnue , il se produise une effervescence : on conclura de ce phénomène ^ que. le mi»néràl est un carbonate, c'est*à-dire , qu'il contient de l'acide carbonique. Si une goutte du même acide hydro-chlorique , versée dans une dissolutiod par I'^*cide nitrique du même minéral , produit un précipité X blanc : ou en pourra alors inférer que le corps inconn^H contient de l'argent ou du plooU). Admettons que cesdeuj: métaux soient présena : U suQira* (K)ur les séparer T-vm de l'autre , de verser sur le pcécîpité due certaine quantité d'ammoniaque .liquide ; .l'argent sera dissous, et le plomb restera. £n. poussant. encoie plus loin ctitte recherche au moyen de réactifs, supposons que le sul-fate de fer donne lieu , d^s.la di/>.soUitioo. nitrique d^ .minéral soumis 4*rexamen:, à un précipité brun : cet effet annoncera la présence de l'or. Ce sera celle du

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cuivre , si Pammèinaque liquide colore octte dissolution nitrique en un beau bleu ; et, si, la teinture de noix de galle la fait passai: au noir , cette couleur indiquera le fer.

On concevrli facilement, qu'il est possible de faire -usage , comme réaptifa , d'une grande variété de sub- RtaBces , pourtu que leurs actions ebimiques soient bien établies ; et que, même , il n'est pas de composé dont un cbimiste habile ne puisse se servir avec avantage dans ses opérations analytiques. Cependant on a appris , par une longue suite de recherches etpar Pexpérîence, à faire choix de quelques corps particuliers -seulemenl, dont* les effets sont rapides, et l'applicafion facile. C'est à ces corps qu'oaest convenu de donner de nom de réactifs.'

Ilest, néanmoins ^deùx cîrconstanees dans lesquellet IL devient nécessaire que l'emploi des substances , éotnnie réactifs, soit fait avec «oin et circonspection ; 'Vùtte de ces circonstances', est celle, où^ même réac- -tif produit souvent un effet apparent semblable sur ^deux , trois, ou xin plus grand nombre de matières différentes , contenues dans le composé auquel 41 est préisenté ; dans l'autre cii'cc^^anee , le réactif peut ^nnier^lietià plusieurs de ces: effets, avec Une seule et même substatMie. Maison est* passible de 'remédier à l'un et à raut»e>dë'ce$ iiTCOilvéïiiéns, en employant di« vers réactifs , ea*x)omparant leurs . effets , et en ' aidant -leur action par d'jauttes-opérations , caleulëes de ma^ nière à rendre lés résultats non éqoiv^uosv

Celte méthode étant la seule par laquelle l'emploi •des-féaotife tbimiques est beaucoup plusp sûr et plus

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avantageux > nous n'indiquerons pas d'une manièce.pré* cise certains réactifs spécifiques pour certaines substances particulières seulement ,' sous toutes les circonstances ; nous recueillerons tes faits 9 en les reohercltant dans la réunion des effets produits par Taction de divers réactifs^ appliqués dans des circonstances différentes. Il est donc évident, que certains corps ont la propriété de dénoter la présence d'autres corps dans des composés , et de les séparer de ces composés dont ils font partie. Il s'ensuit y que le grand objet de toute recherche analy*^ tique 9 est celui de trouver un corps ai capable desépaaret un corps a d'un autre corps 6 ; et celui-là. sera le chi<* miste le plus habile dans l'art de l'analyse , qui pourra résoudre ce problème dans la plus grande variété de circonstances.

Ce fut l'illustre Boyle , qui le premier fit connaître f en i(i03 9 l'application et l'importance des substances employées comme réactifs. On savait 9 à. la vérité , longtemps avant lui 9 que la couleur bleue de la fleur de la violette était rendue rouge par l'acide sulfurique 9 le suc de citron et le vinaigre ; mais ce philosophe prouva, que la propriété de cette coloration en rouge appartient à tous les acides , et qu'ellie est un des principaux caractères, de cette classe de corps. Boyle observa aussi le premier 9 que les alcalis changeaient en vert la couleur bleue des végétaux. Il fait mention de Feffet de l'alcali volatil ( ammoniaque ) 9 qui produit 9 avec les dissolutions de cuivre 9 un liquide bleu 9 transparent ; et il remarque 9 que la couleur des feuilles de rose est détruite par les vapeurs du soufre brûlant ( acide sulfureux ) 9 mais qu'elle est avivée par l'acide sulfurique.

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Enfin f ce savant donne rénumération des faits suivant savoir : Tinfusion rouge du bois de Brésil devient jaune par Taction des acides , et les alcalis rétablissent la couleur originale de la teinture ; l'argent est précipité de ses dissolutions par le sel commun ( hydro-chlorate de soude ) , et par Tacide suifurique; et, en exposant ce précipité aux rayons du soleil, ou à la simple lumière du jour , il noircit ; le sulfate de mercure, acquiert une couleur jaune par Taffusion d^eau bouillante; les alcalis fixes occasionent un précipité orangé dans les dissolutions du mercure par Tacide nitrique ; tous les sulfates quelconques teignent en noir les métaux et dissolu* tions métalliques.

Boyle signale aussi les effets de Peau de chaux , de l'acétate de plomb , comme réactifs , appliqués à des corps divers ; e^ il décrit les composés , à la formation desquels remploi de ces réactifs donne lieu.

Bientôt après, en i665, Dominique Duclos employa la teinture de noix de galle , le sulfate de fer , et la teinture de tournesol , comme réactifs , dans l'analyse de quelques-unes des eaux minéi^les de France ; et il lit des remarques critiques utiles , sur la couleur dorée , que les eaux sulfureuses donnent à l'argent , ainsi que sur d'autres réactifs , qui avaient été em'^ployés d^abord par Boyle , et dont il avait recommandé l'usage.

Il parut , en i685 , quelques instructions nouvelles de Boyle , sur les réactifs , dont il avait indiqué vingtHleux ans auparavant remploi; et, il y insistait fortement sur celui de sa liqueur fumante (sous-hydro* sulfate sulfuré f ou sulfure hydrogéné d'ammoniaque] i

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«omme un moyen avantageux dans Tanalyse des eaux minérales. Il y indique aussi conoime tels 5 les dissolutions de sel commun (hydro-chlorate de soude) 9 de sel ammoniac ( hydro - chlorate d'ammoniaque ) , d'acide» nitrique , et hydro - chtorique 9 et d'ammoniaque. It préconise ces substances , comme des réactifs qui méritent d'être pris en considération par le chimiste* /

En 1726, Boulduc indiqua l'alcool, comme un réactif dont on pouvait se servir avec avantage dans l'ana*lyse des eaux minérales. Depuis cette époque 9 on fit emploi des réactifs chimiques ; mais les conséquences qu'on déduisit de leurs effets, furent pendant long*temps inexactes et erronées.

Cependant, les travaux des chimistes modernes ont considérablement ajouté à la liste de ces corps ; et c'est principalement à Bergman, Scheele, Kirwan et Westrumb , que nous devons la connaissance des actions particulières d'un grand nombre de réactifs , ainsi que des moyens de les employer avec succès dans les recherches variées de la chimie.

Les réactifs les plus essentiels de ceux dont on fait actuellement usage en chimie , sont les suivans.

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