‹ Traité pratique d'analyse chimique, suivi de tables, servant, dans les analyses, à calculer la quantité d'une substance d'après celle qui a été trouvée d'une autre substance (volume 4)Chapitre 106 sur 122 · QUALITATIVES · texte numérisé non relu

QUALITATIVES

Un commençant éprouve de la difficulté à déterminer les quantités sur lesquelles il doit agir dans les analyses qualitatives 11 n’est pas à conseiller , même lorsque la substance qu’on veut examiner est cabondante, d’opérer sur des quantités trop considérables, quoiqu’aîors l’opération soit singulièrement facilitée par la faculté qu’on a de prendre des parties différentes de cette substance pour déterminer les divers principes constituais, ce qui n’est point praticable quand on n’en a que peu à sa disposition. Dans tous les cas, il ne faut jamais mettre en expérience la totalité de la substance sur laquelle on veut agir , et l’on doit toujours en réserver une partie, à moins d’impossibilité absolue. Il importe de ne point négliger cette précaution , même lorsque la quantité de la substance qu’on va examiner est tres-faible.

Qu’on ait en son pouvoir des quantités fortes ou faibles de la substance qu’il s’agit d’examiner, il faut toujours débuter par en consacrer une très-petite portion à reconnaître si elle ne contient que des matières inorganiques, ou s’il s’y trouve aussi des matières organiques. A cet effet , quand la substance est à l’état de poudre , on en prend ce qu’il est possible d’enlever à plusieurs reprises successives avec la pointe d’un couteau , ou , si elle est en morceaux , on en met à part quelques petits grains, qu’on introduit dans un tube eu verre blanc, soudé à Tune de ses extrémités , et ayant deux pouces environ de longueur, sur un diamètre de quelques lignes. L’extrémité soudée de ce tube peut être légèrement soufflée, mais il faut qu’elle le soit fort peu, afin que le verre n’offre pas des parois trop minces en cet endroit. Le bout soudé , contenant la substance qu’on veut essayer , est alors cliauilé à la flamme d’une petite lampe à esprit de vin , opération pendant laquelle le tube ne doit être tenu ni perpendiculaire, ni horizontal , mais très-légèrement incliné. Les substances organiques se colorent presque toutes fortement en noir par l’action du feu, lorsque l’air n'a point librement accès jusqu’à elles ; en même temps aussi se forment, sinon toujours , du moins dans la plupart des cas, les produits ordinaires de la distillation des substances organiques, de l’huile et de l’eau empyreumatiques.

Lorsqu’il n’y a point de substances organiques , on examine encore , dans cette expérience, si la substance qu’on veut essayer contient de l’eau ou d’autres matières volatiles. En effet , quand il y a de l’eau , elle se rassemble, pendant qu’on chauffe le tube, sur les points les plus froids. Au moyen d’une étroite bandelette de papier de tournesol qu’on introduit dans ce tube, de manière qu’elle soit mouillée par l’eau condensée, on peut alors s’assurer si cette dernière réagit à la manière des acides ou des alcalis. Une réaction alcaline de l’eau indique, dans certains

REGLES GÉnÉRÀLEDE l’aNALYSE QUALITATIVE. ï

cas, la présence de l’ammoniaque, à moins qu’une petite quantité de la substance elle-même qu’on examine et qui est susceptible de réagir à la manière des alcalis sur le papier de tournesol, ne soit parvenue mécaniquement dans la partie supérieure du tube.

Les substances inorganiques subissent fort, souvent , à la vérité, des cliangemens essentiels par l’action de la chaleur; et il peut même arriver quelquefois qu’elles noircissent, soit parce qu’elles contiennent accidentellement des matières organiques, soit en raison d’autres causes encore. Mais lorsque, par contr’épreuve , ou chauffe de cette manière line petite quantité d’une substance organique , les phénomènes sont si manifestement différens , dans la plupart des cas, qu’il est fort rare qu’on puisse encore, après l’expérience, conserver des doutes sur la présence ou l’ab~ sence de substances organiques faisant partie essentielle de celle qu’on essaie. Cependant, si ce cas arrive, on fait fondre un peu de nitrate potassique dans un petit creuset en porcelaine, et l’on projette ensuite dans le sel fondu une petite quantité de la substance qu’il s’agit d’examiner. Toutes les matières organiques , sans presque aucune exception , produisent de cette manière une détonation ; ce qui néanmoins a lieu également pour les substances inorganiques combustibles, par exemple pour le soufre, les sulfures métalliques , quelques métaux , et certains corps métalloïdes à l’état d’extrême division. Quoi qu’il en soit, la propriété de noircir fortement par la chaleur et de détonner parle nitrate potassique , n’appartient guère qu’aux substances organiques.

Il n’entre pas dans mon plan de montrer comment on doit s’y prendre pour déterminer la substance organique quand l’expérience qui vient d’être rapportée a constaté qu’il en existe réellement une. La chimie analytique des substances organiques n’est point non plus assez avancée pour que la détermination de toutes ces matières puisse

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être traitée, dans un manuel d’analyse chimique, d’une manière aussi complète que celle des substances inorganiques. Mais lorsque la combinaison qu’on examine contient des matières inorganiques avec des substances organiques, et que surtout les premières sont fixes, on peut les déterminer malgré la présence des dernières.

Comme la présence de substances organiques, surtout de celles qui, à l’état de pureté, ne peuvent point être volatilisées par la chaleur sans éprouver une décomposition totale , modifie diversement la manière dont un grand nombre de substances inorganiques se comportent avec les réactifs, ainsi que je l’ai fait voir dans la première Partie, en traitant de chacun de ces dernières, ce qu’il y a de mieux à faire est de détruire , par la combustion , les matières organiques dans la substance qu’on se propose d’analyser. La meilleure manière d’y procéder consiste à chauffer une faible quantité de cette substance dans un petit creuset en platine , au moyen de la flamme d’une lampe à esprit-de-vin à double courant d’air. On dispose le creuset obliquement, et l’on pose le couvercle dessus , de manière qu’il ne couvre qu’à peu près les trois quarts de l’ouverture. Pendant que la substance rougit, on favorise l’accès de l’air atmosphérique, en plaçant une mince languette de tôle non étamée dans la partie découverte du creuset. Cependant si la substance qu’on examine contient des oxides métalliques qui soient faciles à réduire par le charbon, la combustion des matières organiques ne doit point avoir lieu dans un creuset de platine, qui s’en trouverait totalement gâté. Il faut alors faire l’opération dans un creuset de porcelaine *, ce qui entraine souvent des difficultés , parce qu’on ne peut point donner à un pareil vase, sur une lampe à esprit-de-vin, le degré de chaleur qui est nécessaire pour la combustion de la substance organique. Cependant, comme la présence delà plupart des oxides métalliques peut être reconnue à l’aide de la

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