‹ Traité pratique d'analyse chimique, suivi de tables, servant, dans les analyses, à calculer la quantité d'une substance d'après celle qui a été trouvée d'une autre substance (volume 4)Chapitre 121 sur 122 · XII. De la marche a- suivre pour l’anàlyse des gàz · texte numérisé non relu

XII. De la marche a- suivre pour l’anàlyse des gàz

Ou exécute l’analyse qualitative d’un mélange gazeux, soit en isolant les uns des autres tous les gaz que ce mélange contient, soit en séparant ensemble plusieurs de ceux qui le constituent. Pour arriver à ce but, on emploie différons réactifs qui 11e produisent des corps liquides ou solides qu’en se combinant avec certaines espèces de gaz, tandis qu’ils n’exercent aucune 'action sur les autres. Comme 011 a souvent recours «à la meme méthode pour l’analyse quantitative des mélanges gazeux , dont il sera parlé au long dans le second volume de cet ouvrage , j’insisterai moins sur la marche à suivre dans les analyses qualitatives des gaz, que je ne l’ai fait en décrivant les analyses qualitatives d’autres substances.

Les expériences qu’on est obligé de faire pour l’analyse qualitative d'un mélange gazeux, s’exécutent la plupart du temps dans des tubes de verre qui sont soudés à l’une de leurs extrémités, et qui ont autant de largeur, mais une fois autant de longueur à peu près que les verres dont on se sert dans les analyses qualitatives par la voie liumide, et dont la fig. 5, pl. 1, donne la figure .réduite. Le diamètre de ces tabes doit cependant n’ètre pas trop considérable, afin qu’on puisse en boucher l’extrémité béante avec le pouce, lorsqu’il s’agit de secouer le gaz avec des dissolvans liquides. Le mélange gazeux qu’on se propose d’examiner est conservé, sur du mercure, dans une grande cloche, d'où l’orwen fait passer dans les éprouvettes les petites quantités nécessaires «à chaque expérience. Pour que de l’air ne puisse pas se mêler avec le gaz pendant qu’on le transvase ainsi , on emplit l’éprouvette de mercure , et on la place à côté de la cloche, l’ouverture en bas, dans une cuve à mercure. Cette cuve doit avoir assez de capacité pour que la cloche [misse y être couché dans le sens de sa longueur et cependant demeurer couverte par le mercure. On

54® traité d’analyse chimique.

penche alors la cloche , en la rapprochant de la situation horizontale, jusqu’à ce que le gaz en sorte, et l’on dispose l’éprouvette remplie de mercure de telle manière que les bulles de ce gaz puissent y monter. Souvent on est obligé, surtout en voyage, de substituer beau au mercure, pour recevoir les gaz : les résultats n’en sont pas moins suffisamment exacts dans la plupart des analyses qualitatives, mais il n’en est plus de même quand il s’agit d’analyses quantitatives. Cependant si le mélange gazeux eontenaitdes gaz susceptibles de se dissoudre dans l’eau avec une facilité extrême, on ne pourrait se dispenser alors d’employer la cure à mercure, même pour de simples analyses qualitatives.

Les gaz qui peuvent se présenter dans des analyses qualitatives sont les suivans : Gaz oxigène , gaz hydrogène , gaz carbure dihydrique, gaz carbure tétrahydrique , gaz phosphure peut ahydrique , gaz phosphore trihydrique , gaz arsenieux trihydrique , gaz oxide carbonique , gaz oxide nitrique , gaz oxide nitreux , gaz nitrogène , gaz chloride hydrique , gaz bromide hydrique, gaz iodide hydrique , gai fïuoride silicique , gaz fluoride borique , gaz cyanule hydrique , gaz ammoniaque , gaz acide carbonique, gaz acide sulfureux , gaz chlore , gns cyanogène , gaz sulfide hydrique , gaz sélénide hydrique cl gaz lelluride hydrique .

11 est assez facile de reconnaître la nature d’un gaz, quand il ne se trouve pas mêlé avec d’autres. On commence l’examen du mélange gazeux par l’agiter avec une dissolution concentrée de potasse, qui absorbe aisément certains gaz, tandis que d’autres ne sont point absorbés par elle d’une manière appréciable.

A cette dernière catégorie appartiennent le gaz oxigène , le gaz hydrogène , 1 e gaz carbure dihydrique , le gaz carbure tétrahydrique , le gaz phosphure trihydrique , le gzuz arséniure trihydrique , le gnz oxide carbonique , le gn-z oxide nitrique , le £«3 oxide nitreux , et le en 3 nitrogène . Ces gas se reconnaissent ensuite à quelques

MÉLANGES GÀZEUX.

unes des plus importantes propriétés par lesquelles chacun d’eux est distingué des autres.

Le gaz consiste en gaz oxigène lorsqu’il ne prend pas feu à l’approche d’un corps enflammé, mais entretient avec beaucoup de vivacité la combustion des corps qui brûlent, qu’une allumette simplement en ignition s’allume à l’instant même où on l’y plonge , et que des vapeurs rutilantes se forment aussitôt qu’on le mêle avec du gaz oxide nitrique incolore.

Si le gaz est de V hydrogène , il brûle avec une faible flamme bleuâtre , après qu’on y a mis le feu; il n’a point d’odeur, ou du moins n’en exhale qu'une très-légère ; quand on l’a mêlé sur l’eau avec un égal volume de chlore gazeux, l’eau de chaux l’absorbe peu à peu à la lumière du jour, sans se troubler , ni devenir laiteuse; si on l’agite avec une dissolution de nitrate argentique , il n’est point absorbé, et ne produit pas de précipité noir dans cette liqueur.

Le gaz est-il du carbure dihydrique , il brûle avec une flamme très-brillante lorsqu’on y met le feu, et, après avoir été mêlé sur l’eau avec du chlore gazeux, il est absorbé, tandis qu’on voit apparaître de petites gouttes d’huile, et que l’eau acquiert une odeur éthérée , mais que l’eau de chaux ajoutée en excès ne se trouble point. 11 n’est pas non plus absorbé par une dissolution de nitrate argentique.

Si le gaz est du carbure tétrahydrique , il brûle avec une faible flamme bleue, après qu’on y a mis le feu : lorsqu’on le mêle sur l’eau avec du chlore gazeux, il se décompose, non pas, il est vrai, dans l’obscurité, mais bien à la lumière, et l’eau de chaux qu’on ajoute ensuite en excès, l’absorbe en se troublant; une dissolution de nitrate argentique ne l’absorbe pas , et il n’est point absorbé non plus quand on le chauffe avec du potassium sur du mercure.

Le gaz phosphure penta hydrique , auquel on met le feu, brûle avec une flamme très-brillante , répandant une

fumée blanche qui rougit le papier de tournesol humide, caractère propre aie distinguer d’un grand nombre d’autres gaz*, il a en outre une odeur extrêmement désagréable et toute particulière 5 quand on l’agite avec une dissolution de nitrate argent! que , il est absorbé et donne lieu h un précipité noir, qui est de l’argent.

Le gaz pho s pliure trïhy civique prend feu de lui-même par le seul fait de son contact avec l’air atmosphérique, et il brûlé avec une flamme très-éclatante , répandant une fumée blanche qui rougit le papier de tournesol humide. Il se distingue en outre des autres gaz par son odeur désagréable et caractéristique, ainsi que par la propriété qu’il a , lorsqu’on l’agite avec une dissolution de nitrate argeutiqne, d’être absorbé , en produisant un précipité noir, qui est de l’argent. Cependant comme ce gaz contient toujours du gaz hydrogène libre, en quantité tantôt plus et tantôt moins considérable, son absorption par la dissolution de nitrate argen tique n’est point complète.

Le gaz arséniure trihydrique brûle quand on y met le feu, et produit, lorsqu’on l’enflamme dans une éprouvette renversée, un dépôt brun-noir , dont les moindres parcelles suffisent pour qu’on reconnaisse , en les chauffaut, qu’elles sont de l’arsenic. Il diffère encore des autres gaz par son odeur désagréable particulière, et par la propriété qu’il a , quand on l’agite avec une dissolution de nitrate argentique , d’être absorbé , en donnant lieu à un précipité noir , qui est de l’argent.

Le gaz oxide carbonique , auquel on met le feu , brûle avec une flamme bleue ; il n’a pas d’odeur appréciable; mêlé soit avec une dissolution de nitrate argentique, soit avec du chlore gazeux, sur l’eau, il se comporte de la même manière que le gaz carbure tétrahydrique , dont il ne diffère que parce que du potassium , avec lequel on le chauffe, sur du mercure, l’absorbe.

MELANGES GAZEUX. *>4

Le gaz oxide nitrique est incolore; cependant, mis en contact avec l’air atmosphérique ou avec du gaz oxigène , il forme des vapeurs rutilantes, ce qui le distingue d’autres gaz. Une dissolution de sulfate ferreux ou d’un autre sel ferreux l’absorbe , et par là se colore en noir. INul autre gaz ne partage avec lui cette dernière propriété.

Le gaz oxide nitreux n’est point combustible ; cependantil enflamme, comme le gaz oxigène, une allumette qui n’est qu’en ignition. On le distingue du gaz oxigène, parce qu’il ne produit pas de vapeurs rutilantes quand on le mêle avec du gaz oxide nitrique II n’est point absorbé par une dissolution de nitrate argentique.

gaz nilro gène n’est point combustible , et ne peut pas non plus entretenir la combustion des corps qui brûlent : il n’a point d’odeur, et il n’éprouve aucune action de la part ni du chlore gazeux, ni de la dissolution de nitrateargentique, ni d’aucun autre réactif ; ce qui le distingue des autres gaz.

Les gaz qu’une dissolution de potasse absorbe aisément sont les suivans ; gaz cldoride hydrique , gaz bromide hydrique, gaz iodidc hydrique, gaz fluoride silicique , gaz fl uoride borique, gaz cyanide hydrique , ammoniaque , gaz acide carbonique , gaz acide sulfureux , gaz chlore , gaz cyanogène , gaz suif de hydrique , gaz sélénide hydrique et gaz telluride hydrique. Ces gazsontplus faciles à distinguer les uns des autres que ceux dontil vient d’être question. Les sept premiers se dissolvent en très-grande quantité dans une faible proportion d’eau, et ils sont aussi solubles dans cette dernière que dans une dissolution de potasse. Comme les sept derniers , sans être absolument insolubles dans l’eau, n’y sont cependant pas à beaucoup près aussi solubles que les autres , on peut déjà les distinguer par là de ceux-ci. Lorsque les sept premiers se trouvent mêlés avec d’autres gaz, on les reconnaît aisément, après les avoir fait absorber par une petite quantité d’eau , aux propriétés dont jouit la dissolution ; mais comme il a été

546 traité d'analyse chimique.

déjà traité fort au long de ces dissolutions dans la première partie du volume , je puis me dispenser d’énumérer les caractères par lesquels les gaz qui les produisent diffèrent les uns des autres.

Les sept derniers gaz, qui jouissent d'une moindre solubilité dans l’eau, sont très-faciîesà reconnaître et à distinguer les uns des autres , quand ils se trouvent mêlés avec d’autres gaz. Parmi eux, le gaz acide carbonique, le gaz acide sulfureux etlegaz chlore ne brûlent point au contact de l’air atmosphérique : tandis que le gaz cyanogène , le gaz sulfîde hydrique, le gaz sélénide hydrique et le gaz telluride hydrique brûlent quand on les enflamme à l’air. Il suffit déjà des moindres parcelles de ces quatre derniers pour les reconnaître également à l’odeur qu’ils exhalent, en particulier le gaz cyanogène et le gaz sulfîde hydrique , qui jouissent d’une odeur très-prononcée , mais fort différente pour tous deux. Au reste, les propriétés dontiladéjà été parlé p. 554 ? p. 3i8, p. 346 etp. 348, sontsuffisantespour faire distinguer sûrement ces quatre gaz l’un de l’autre. Quant aux trois qui ne sont pas combustibles, le gaz chlore et le gaz acide sulfureux diffèrent, parleur odeur lorteetspéciale, dugazacide carbonique, qui est inodore, et qui, agité avec de l’eau de chaux , est absorbé par ce liquide, dans] lequel il fait naître un précipité blanc susceptible d’être redissous par presque tous les acides solubles.

Comme les divers gaz se reconnaissent sans peine lorsqu’ils sont exempts de gaz étrangers, de même aussi il n’est pas , dans la plupart des cas , très-difficile de les reconnaître quand il se trouvent mêlés avec d’autres gaz. Celle distinction ne présente des difficultés que dans certains cas dont je parlerai plus loin , et alors il n’est , à proprement parler, possible d’y arriver qu’au moyen d’une analyse quantitative. Un très-grand nombre de gaz ayant la propriété de se décomposer mutuellement, il n’est pas possible que tous ceux qui ont été nommés p. 54^ ? existent en même temps dans un mélange gazeux.

mélanges gazeux. 547

Après avoir recueilli sur du mercure le mélange gazeux dont 011 se propose de faire l’examen , on commence par l’agiter avec une dissolution concentrée de potasse. Si cette dernière n’absorbe rien , le mélange est composé des gaz qui ont été énumérés p. 5/^2, si, au contraire, tout est absorbé, le mélange se compose de ceux qui sont indiqués p. 5 45 ; si enfin une partie seulement se trouve absorbée , il entre dans le mélange des gaz de l’une et de l’autre espèces.

Analyse du gaz qui nest point ahs orbe par une dissolution de potasse.

On examined’abordsiunepartie dugazqui est resté après le traitement par la dissolution de potasse, brûle ou non , à l’air atmosphérique, lorsqu’on y met le feu. Dans le premier cas, il se compose de gaz combustibles, non solubles dans une dissolution dépotasse, par conséquentde gaz hydrogène, de gaz carbure hydrique, de gaz phosphure hydrique , de gaz arséniure hydrique, ou de gaz oxide carbonique ; ou bien il contient l’un de ces gaz ou quelques-uns d’entre eux au moins en quantité prédominante. Si ceci n’a pas lieu , mais que le gaz entretienne la combustion d’un corps en ignition qu’011 y plonge , il contient du gaz oxigène ou du gaz oxide nitreux. Si le gaz , quand 011 y met le feu , produit une détonation plus ou moins forte, il contient, avec du gaz oxigène, un ou quelques uns de ceux dans la composition desquels entre l’hydrogène 5 et si ce dernier est du gaz carbure dihydrique, on entend une détonation très-violente. Lorsque le mélange gazeux n’est point combustible à l’air , et qu’il n’entretient pas non plus la combustion des corps en ignition, il se compose, soit en totalité, soit principalement, de gaz nitrogène, ou aussi de gaz oxide nitrique.

Une partie du mélange gazeux qui n’a point été absorbé par la dissolution de potasse , est agitée avec une dissolution de nitrate argentique. Si cette dissolution l’absorbe

548 TRAITÉ d’aKALYSE CHIMIQUE.

en totalité ou partiellement, avec formation d’un précipité noir, le gaz absorbé était composé ou des deux gaz pbospbures hydriques , ou de gaz arséniure tri -hydrique ; il est facile, d’après ce qui a été dit précédemment (p.544) sur ce sujet, de reconnaître quel est celui de ces trois gaz qui se trouve contenu dans le mélange. En pareil cas, la portion non absorbée par la dissolution argentique ne consiste ordinairement qu’en gaz hydrogène.

Si le mélange est inflammable au contact de l’air atmosphérique , et que la dissolution de nitrate argentique ne l’absorbe point, on y ajoute du gaz chlore, tandis qu’on le tient sur l’eau. Quand il contient du gaz carbure dihydrique , celui-ci se reconnaît alors facilement aux gouttes d’huile qui apparaissent et à l’odeur éthérée que prend l’eau qui emprisonne le gaz. Si le gaz mêlé avec du chlore gazeux, après être resté exposé à la lumière, est absorbé par un excès d’eau de chaux, dans laquelle il fait naître un trouble laiteux , il peut contenir, ou du gaz carbure tétrahydrique , ou du gaz oxide carbonique : on a de la peine, dans des analyses qualitatives, à déterminer lequel de ces deux gaz il contient , ou s’il les renferme tous les deux à la fois; le seul moyen d’y parvenir consiste à chauffer le mélange gazeux sec sur du mercure, après y avoir introduit un morceau de potassium; le gaz oxide carbonique se trouve ainsi absorbé, tandis que le gaz carbure hydrique n’éprouve aucun changement (p. 543). Lorsque, indépendamment de ce gaz, il existe encore du gaz hydrogène libre, on ne peut point en constater la présence dans les analyses qualitatives.

Si le gaz susceptible de brûler à l’air se trouve bien absorbé, au bout d’un laps de temps plus ou moins long , quand on l’a mêlé sur l’eau avec du chlore gazeux , mais qu’il 11e se produise pas de précipité blanc dans l’eau de chaux qu’on ajoute en excès, ce gaz n’est autre chose que de l’hydrogène.

MÉLANGES GAZEUX

Lorsque le mélange ne brûle point au contact de Pair, niais détone quand on l’enflamme , on y fait passer du gaz oxide nitrique. Si par là il se produit des vapeurs rutilantes, et qu’une absorption ait lieu sur l’eau, c’est un signe de la présence du gaz oxigène. Celle du gaz oxide nitrique se reconnaît de même aisément, en introduisant du gaz oxigène ou de l’air atmosphérique dans le mélange. Cependant le gaz oxide nitrique peut encore être reconnu à son absorption par une dissolution ferreuse et à la couleur noire qu’il communique à cette dernière.

S’il reste quel que chose après que le mélange gazeux a été successivement traité parla dissolution de nitrate argentique , par le chlore gazeux, puis par le gaz oxigène ou par le gaz oxide nitrique , ce ne peut être que du gaz oxide nitreux ou du gaz ni trogène. Dans le premier cas, le gazentretientla combustion, et dans le second, il ne l’entretient pas. Cependant si les deux gaz existent mêlés ensemble, on peut les séparer l’un de l’autre et les reconnaître, en ajoutant au mélange le quart environ de son volume d’alcool, et agitant le tout pendant long-temps ; le gaz oxide nitreux seul est absorbé , et le gaz nitrogène reste.

Analyse du gaz absorbé par la dissolution de potasse .

L’analyse qualitative de la dissolution de ces gaz, dont l’énumération a été donnée pag. 545 , pourrait à la rigueur être faite de la manière indiquée aux chapitres septième et dixième de cette seconde Partie; car, à l’exception de l’ammoniaque, les dissolutions de ces gaz dans l’eau produisent , avec la potasse , des combinaisons dont les parties constituantes acides peuvent être trouvées d’après les méthodes qui ont été décrites dans ces deux chapitres. Cependant il y a quelques cas où l’on parvient plus aisément à reconnaître certains gaz dans le mélange gazeux lui-même en le traitant par divers réactifs.

Si, avant de mettre le mélange gazeux en contact avec la

dissolution de potasse, on le traitepar une très-petite quantité d’eau , celle-ci dissout particulièrement certains gaz en grande proportion, tandis que d’autres, énumérés, p. 545 , ne sont dissous par elle qu’en quantitémoins considérable.

Après donc avoir traité le mélange gazeux par très-peu d’eau, on prend une partie du gaz qui n’a point été absorbé, et on l’agite avec de l’eau de chaux, qui l’absorbe en totalité. Si cette eau de chaux devient trouble et laiteuse, c’est une preuve de la présence deY acide carbonique , qu’en général on reconnaît aisément à ce caractère, lorsqu’il se trouve mêlé avec d’autres gaz , y en eût-il même parmi ceux-ci qui ne fussent point absorbés par une dissolution de potasse.

On agite une portion du gaz avec une dissolution d’acétate plombique. Si celle-ci est précipitée en noir, et que le gaz soit absorbé en totalité ou en partie, on conclut de là qu’il existe du gaz suïfide hydrique , dont au reste la moindre quantité se décèle déjà par l’odeur qu’il exhale, et dont une quantité plus considérable peut se reconnaître aussi à la propriété dont jouit ce gaz de brûler au contact de l’air en donnant une flamme bleue et répandant l’odeur de l’acide sulfureux. Les gaz sélènide hydrique et tellurîde hydrique se comportent de même, mais ne partagent pas avec lui cette dernière propriété.

Quand le gaz détruit la couleur de la teinture de tournesol bleue, et en fait prendre une jaune à la liqueur, de même que quand il est absorbé en totalité ou en partie par le mercure, il contient du gaz chlore.

Si le gaz a l’odeur connue du soufre qui brûle, s’il est absorbé par le suroxide plombeux ou par le suroxide plombique , de même que par le borax , c’est du gaz acide sulfureux.

Pour reconnaître si le mélange contient du gaz cyanogène , on le fait absorber par une dissolution de potasse, et l’on ajoute ensuite à cette dissolution une dissolution

MÉLANGES GÀZETïXe 55l

de sulfate ferreux contenant en même temps une petite quantité d’oxide ferrique ; puis Pon y verse encore un peu d’acide sulfurique étendu ou d’acide hydrochlorique, de manière à la rendre acide. S’il se produit alors un précipité bleu, le mélange contient du gaz cyanogène. Il est bon, avant de faire ces expériences, d’introduire dans le gaz de l’oxide mercurique ronge, destiné, s’il s’y trouvait des vapeurs de cyanide hydrique , à les absorber, parce que cette dernière substance pourrait donner lieu dans la suite à des phénomènes ayant de l’analogie avec ceux qui sont produits par le gaz cyanogène. Le gaz cyanogène n’est point absorbé par l’oxide mercurique.

Les gaz solubles en grande proportion dans une petite quantité d’eau, qui ont été énumérés pag. 545, sont faciles à reconnaître, même lorsqu’ils se trouvent mêlés avec beaucoup d’autres.

Quand , au moment de son absorption par l’eau, le gaz dépose des flocons gélatineux qu’il est facile de reconnaître pour de l’acide silicique, on conclut de là qu’il contient du gaz fluoride silicique. Si l’on mêle la dissolution du gaz dans une petite quantité d’eau avec de l’alcool, etqu’après avoir mis le feu à ce dernier , on le voie brûler en donnant une flamme verte, c’est une preuve que le gaz contient du Jluoride borique. Si la dissolution du gaz dans une petite quantité d’eau, ou mieux encore sa dissolution dans une dissolution de potasse, qu’on mêle avec de l’acide nitrique et une dissolution d’amidon, colore cette dernière en bleu, ce phénomène annonce la présence du gaz iodide hydrique , qui, du reste , est décomposé par le mercure, et quesagrandesolubilité dans l’eau ne permet pas de recueil" lir sur ce liquide. Si on ajoute au gaz , ou à sa dissolution dans l’eau, du chlore gazeux ou une dissolution aqueuse de chlore, qu’il se produise ainsi une coloration en brun, et qu’ensuite la dissolution se décolore quand on l’agite

55a traité d’analyse chimique.

avec de l’éther, qui s’empare de sa couleur, c’est là un indice certain de la présence du gaz bromide hydrique. Si la dissolution du gaz dans l’eau est précipitée en blanc par une dissolution de nitrate argentique, que le précipité soit insoluble dans l’acide nitrique étendu , mais soluble dans l’ammoniaque , et qu’en outre on se soit convaincu de l’absence du gaz bromide hydrique , le gaz contient du chloride hydrique , dont l’existence est difficile à constater en présence du bromide hydrique : il faudrait alors procéder avec la dissolution aqueuse du gaz ainsi qu’il a été dit p. Si la dissolution du gaz dans une dissolution de potasse se comporte de même que celle du gaz cyanogène dans ce réactif, mais que cependant le gaz soit absorbé en totalité ou en partie par l’oxide mercurique rouge , on peut être assuré qu’il contenait du gaz cyanide hydrique . Enfin, s’il se forme des nuages blancs dans le gaz lorsqu’on y introduit soit de l’acide hydrochlorique liquide concentré , soit du gaz chloride hyd ri que , et que ce phénomène soit accompagné d’une condensation, le gaz contient de l’ ammoniaque , qui, d’ailleurs, ne saurait coexister avec les gaz acides, et dont il suffit déjà d’une petite quantité pour la reconnaître à son odeur particulière.

XIII. De LA MARCHE A SUIVRE DANS LES ESSAIS PAR LE CHA¬ LUMEAU.

Comme je l’ai déj à fait remarquer plusieurs fois, on ne saurait se passer du chalumeau , dans les analyses qualitatives , celles surtout qui s’appliquent à des substances très-composées, parce qu’avec son secours on parvient , d’une manière plus facile et plus sûre qu’il n’est possible de le faire par la voie humide , à reconnaître certains corps, et principalement plusieurs oxidesmétalliques, dont on n’a que de très-petites quantités à sa disposition. Cependant il ne serait pas prudent de s’en rapporter au clia-

ESSAIS AU CHALUMEAU

lumeau seul clans l’analyse qualitative d’une substance. C’est tout au plus ce qu’on pourrait faire si cette dernière ne renfermait que peu de principes. Lorsque les matériaux dont elle est formée sont nombreux , le chimiste qui n’aurait recours qu’au chalumeau s’exposerait à en omettre quelques uns , même des plus importans , parce que beaucoup de substances ne produisent pas de phénomènes trèssensibles lorsqu’on les traite ainsi par la voie sèche, tandis que plusieurs donnent des réactions assez fortes pour ne pas permettre d’apercevoir celles des autres.

Cependant , lorsque l’analyse qualitative par la voie humide exige de grands préparatifs , ou que même on ne saurait l’exécuter, comme il arrive par exemple lorsqu’on se trouve en voyage, c’est une précieuse ressource que de savoir manier habilement le chalumeau. Cet instrument est aussi d’une grande utilité lorsqu’en analysant certains corps , notamment ceux qui sont destinés à quelques usages techniques , on n’a d’autre but que d’y constater la présence ou l’absence de substances qu’on parvient facilement à reconnaître avec son secours. Ces divers motifs réunis me font un devoir de tracer la marche qu’on doit suivre pour découvrir dans une combinaison des principes constituans dont l’existence peut être constatée cl’une manière certaine à l’aide de ce moyen.

Je supposerai le lecteur au courant de la construction du chalumeau , de sa forme et des parties qui entrent dans sa composition, des instrumens dont on fait usage dans les essais pour lesquels on y a recours, et des précautions qu’on doit prendre soit dans l’insufflation , soit pendant tout le cours des expériences. Tous ces points ont été développés d’une manière complète dans le Traité du chalumeau , par Berzelius , ouvrage auquel je dois par conséquent renvoyer pour ce qui les concerne.

Les premiers essais auxquels on doit se livrer ne sont faits que sur des quantités très-petites de la substance

554 TRAITÉ d’âNÀLYSE CHIMIQUE

soumise à l’examen ; c’est seulement après ces essais qu’on dissout les substances dans les flux.

I. La substance est chauffée dans un petit ma tras de verre, ou dans un tube de verre soudé à l’une de ses extrémités. On n’emploie d’abord que la flamme d’une petite lampe à esprit-de-vin, pour accomplir cette opération dont le but est , comme je l’ai dit p. 4^o, de faire reconnaître si la substance contient des principes volatils , ou si, parmi les matières qui entrent dans sa composition , il s’en trouve quelques unes de celles qu’on appelle organiques. Plus tard, on augmente la chaleur en soufflant la flamme de l’esprit-de-viu avec le chalumeau. Les substances qui , dans cet essai , peuvent être volatilisées, sans subir de décomposition, ou après avoir été décomposées , sont principalement les suivantes.

Eau. Elle peut être contenue dans la substance qu’on examine, soit à titre de partie constituante essentielle, soit seulement comme eau de décrépitation. Quand on a un peu d habitude , i! est facile déjuger , d’après la quantité d’eau qui se dépose dans la partie froide du tube de verre , si elle fait partie essentielle de la substance , ou si l’on ne doit voir en elle quede beau hygroscopique. On examine aussi si le liquide ainsi obtenu se comporte comme de l’eau pure enversle papier de tournesol , ou s’il réagità la manière soit des acides , soit des alcalis. S’il exerce une réaction alcaline, celle-ci ne peut provenir quedel’ammoniaque, dont on reconnaît la présence aux nuages blancs qui apparaissent sur le liquide quand on en approche une baguette de verre qui a été trempée dans l’acide hydrochlorique.

rides volatils gazeux ou liquides. Les sursels des acides qui , à l’état de pureté ou à l’état aqueux , sont volatils , perdent , quand on les chauffe dans un petit matras de verre au chalumeau , par le moyen de la flamme de la lampe à esprit-de-vin , leur excès d’acide, qui alors rougit avec force un papier de tournesol humide préalable-

essais Au chalumeau. 555

ment introduit dans le col du inatras. Parmi les sels neutres de ces acides volatils , il n’y en a que quelques uns qui se décomposent lorsqu’on les chauffe dans le petit matras de verre. Tel est surtout le cas d’un grand nombre de nitrates neutres, qui remplissent alors le matras d’une vapeur rutilante d’acide nitreux. Cependant il est plus sûr de traiter les nitrates par le bisulfate potassique , de la manière qui sera indiquée plus loin, parce que, lorsqu’on agit ainsi sur eux , tous donnent la réaction dont il vient d’être parlé. Les acides des hyposulfates et des hyp sulfite s se décomposent aussi, quand on chauffe ces sels dans le petit matras de verre, et on peut les reconnaître «à l’acide sulfureux qui se dégage ( p. i65 et p. 17 1 ). Il y a également un petit nombre de circonstances dans lesquelles l’acide hydrofluorique peut être expulsé des combinaisons du fluor par la seule influence de la chaleur : c’est lorsque la combinaison contient en même temps un peu d’eau (P- 3i 1 ).

Soufre et quelques sulfures métalliques . Du soufre peut se sublimer de la substance qu’on examine , lorsqu’il s’en trouve à l’état de simple mélange avec cette dernière, ou quand celle-ci contient des sulfures métalliques susceptibles d’abandonner une partie de leur soufre lorsqu’on les chauffe à l’abri du contact de l’air. Dans ces cas , le soufre se sublime sous la forme de gouttes , qui , tant qu’elles sont chaudes, ont une couleur rouge-brune, mais qui prennent, en se refroidissant , la teinte jaune que chacun connaît au soufre. Les sulfures métalliques qui, traités de cette manière , se réduisent, par la perte d’une partie de leur soufre , à un degré moins élevé de sulfuration, ont été énumérés pag. 345. Mais il en est encore plusieurs autres qui peuvent perdre une certaine quantité de leur soufre, laquelle se dépose dans la portion la plus froide du tube de verre , parce qu’en les chauffant dans ce dernier , on ne saurait les garantir absolument du contact

556 traité d’analyse chimique.

de l’air , et que Foxigène atmosphérique expulse une petite quantité du soufre qu’ils contiennent. Le nombre des sulfures métalliques qui se subliment sans subir aucune décomposition est fort peu considérable ; cette série ne comprend que le sulfure de mercure , qui prend une couleur rouge quand on le broie, et les sulfures d'arsenic dont une personne inexpérimentée pourrait aisément prendre quelques uns pour du soufre $ cependant on y reconnaît la présence de l’arsenic, à l’aide des moyens qui ont été indiqués pag. 282.

Sélénium et quelques sèlèniures métalliques . Du sélénium peut se sublimer dans les memes circonstances que le soufre, soit parce qu’il y en a de mélangé avec la substance, soit parce que celle-ci renferme des séléniures métalliques qui contiennent beaucoup de sélénium. 11 se rassemble sous la forme d’un sublimé noir, qui donne une poudre d’un rouge foncé, et qu’on peut reconnaître aux caractères indiqués pag. 365. Parmi les séléniures métalliques, ceux de mercure et d’arsenic sont volatilisables*, cependant le dernier se décompose un peu dans le cours de l’opération.

Métaux volatils. Ce sont principalement Yarsenic , le mercure , le cadmium , et le tellure , qui tous ont l’éclat métallique et une couleur noire ou grise. U arsenic se sublime, tant lorsqu’il fait partie essentielle de la substance qu’on examine, que quand celle-ci se compose de quelques arséniures métalliques contenant une grande quantité d’arsenic , et susceptibles de se convertir par Faction de la chaleur en arséniures d’un degré moins élevé, ou dans lesquels l’arsenic n’est enchaîné que par de faibles affinités. Parmi les premiers se rangent les alliages de l’arsenic avec le nickel (nickel arsenical ), le cobalt ( cobalt gris) , le fer , etc. , qui contiennent la plus forte proportion d’arsenic -, parmi les autres, on compte les alliages d’arsenic avec l’antimoine. Quelques arsenites donnent aussi

ESSAIS AU CHALUMEAU. 55

de l’arsenic métallique quand on les chauffe à l’abri du contact de l’air. Il est très-facile de reconnaître d’une manière certaine les quantités meme les plus faibles d’arsenic métallique sublimé (p. 5^5). Le mercure se sublime de

la plupart de sescombinaisons, et il est plus aisédele recounaître qu’aucun autre métal. Si la quanti té en est peu considérable, il nese forme souvent qu'un sublimé gris, mais dans lequel on fait apparaître des globules mercuriels bien sensibles en y touchant avec une baguette de verre. Le cadmium peut être sublimé de quelques uns de ses alliages, et alors on le reconnaît à plusieurs de ses propriétés et surtout à ce qu’il se convertit en oxide cadmique brun-jaune, quand on le chauffe à l’air (p. 3^4 )• Le tellure est plus difficile à volatiliser : chauffé dans un petit matras en verre, il ne se sublime qu’à une forte chaleur poussée jusqu’au rouge obscur, et il se dépose dans les parties les moins chaudes du vase, sous la forme de gouttelettes métalliques, qui ressemblent à celles du mercure, mais qui sont solides.

Oxides et acides solides 'volatils. De ce nombre sont : Yoxide antimonique , qui commence par fondre en un liquide jaune, avant de se sublimer sous la forme d’aiguilles cristallines brillantes ; Yoxide tellurique , qui se comporte à peu près de même que le précédent, qui cependant est bien plus difficile que lui à volatiliser , et qui ne donne pas de sublimé cristallin (p. 107); Y acide cirsenieux , qui se sublime très-aisément ; Y acide arsènicjue , qui, à une forte chaleur, se convertit en acide arsénieux et en oxigène, et donne ensuite le même sublimé que l’acide arsénieux; Y acide osmique , qui, lorsqu’on le chauffe, se sublime sous la forme dégouttes blanches , en dégageant une odeur forte et piquante (p. 264 )•

Oxiselset sels haloïdes volatils. A la première catégorie appartiennent principalement la plupart des jc/a ammoniques , qui, tantôt se volatilisent d’une manière complète , et tantôt, lorsque leur acide est fixe, ne se volatilisent

558 TRAITÉ d’analyse CHIMIQUE.

qu’en partie (p. 1 6). On peut assez aisément reconnaître les sels ammonicrues et les distinguer d’autres sels, en les mêlant avec de la soude, ajoutant de l’eau au mélange, pour le réduire en pâte, et faisant chauffer légèrement celle-ci sur une feuille de platine; une vive odeur ammoniacale se dégage ainsi.

Parmi les sels haîoïdes on distingue particulièrement : le chlorure mercurique , qui, aune très-faible chaleur, commence par fondre, et ensuite se sublime; le chlorure mercureux , qui se sublime , sans entrer d’abord en fusion , et dont le sublimé a une teinte jaunâtre tant qu’il est chaud, mais possède une couleur blanche après le refroidissement complet. Les deux chlorures de mercure , comme en général toutes les combinaisons de ce métal , donnent un sublimé de globules mercuriels , lorsqu’on les mêle avec de la soude , et qu’on les chauffe ensuite dans un petit matras de verre. Les combinaisons du brome et de Y iode avec le mercure se comportent à peu près de même que celle du chlore ; il y a seulement cette différence que Piodure mercurique , dont la couleur est rouge, donne un sublimé jaune , qui cependant rougit quand on le raie.

Quoique l’on ne puisse pas découvrir de principes volatils dans une substance qu’on se propose d’analyser, il n’en est pas moins nécessaire fréquemment de la chauffer dans un petit matras de verre , à la flamme d’une lampe à esprit-de-vin, lorsqu’elle décrépite avec force, parce que la décrépitation pourrait troubler les opérations ultérieures auxquelles on devra soumettre cette substance.

Dans certains cas , après l’avoir ainsi chauffée, onia traite par quelques réactifs sans la retirer du petit matras de verre. C’est ce qui arrive , comme on peut en juger d’après les détails donnés précédemment, lorsqu’on soupçonne que la substance contient une combinaison de mercure. On la mêle alors avec un excès de soude bien sèche, on la chauffe d’abord â la seule flamme de la lampe

ESSAIS AU CHALUMEAU

à esprit-de-vin , et ensuite on augmente la chaleur en soufflant avec le chalumeau dans la flamme. Si la substance contient une combinaison de mercure, on voit alors se produire un enduit gris de mercure sublimé. Il arrive quelquefois que cet enduit ne peut pas être reconnu sur-le-champ pour de mercure métallique 5 on est alors obligé d’en réunir un peu les parcelles avec une baguette de verre ou de bois , ce qui fait apparaître des globules mercuriels. Lorsque la combinaison contenait de l’eau, ou quand on n’a pas employé de la soude très- sèche, en même temps que le mercure , il se volatilise aussi de l’eau, qui se condense sous la forme de gouttelettes dans la partie la moins chaude du col du matras , et qui coule ensuite sous celle de larges gouttes chaudes , pouvant souvent causer la rupture du matras. Il est donc à propos de chauffer la soude dans un petit creuset, immédiatement avant l’expérience, afin de la purger d’eau 5 on doit également tenir le matras aussi horizontalement que possible. Si la substance qu’on analyse consiste en une combinaison mercurielle très-volatile, comme par exemple en une combinaison de mercure avec du chlore ou du brome , il peut arriver, surtout quand on conduit mal la chaleur, que la plus grande partie ou la presque totalité de cette substance se volatilise avant que la soude ait eu le temps d’exercer sur elle son action décomposante, de sorte qu’on n’obtient que peu ou presque point de mercure sublimé. Dans ce cas, il vaut mieux employer une soude cpii ne soit pas tout-à-fait exempte d’eau, et 11e pas chaufferie mélange avec lenteur dans le petit matras, mais, s’il est possible , lui appliquer subitement une forte chaleur 5 cependant, même alors, il y a toujours une portion de la combinaison qui se sublime sans avoir été décomposée. On ne peut obvier à cet inconvénient qu’en humectant avec de l’eau le mélange contenu dans le petit matras, et le laissant reposer quelques instans avant de

le chauffer ; mais , en agissant ainsi , il est difficile d’éviter que le malras se brise pendant qu’on le chauffe.

Le seul réactif, autre que la soude, qu’on emploie encore dans ces expériences, est le bicarbonate potassique. On s’en sert pour reconnaître les acides contenus dans des sels, quand ils ont été séparés de leurs bases, par la fusion de ces derniers avec lui. On y a recours surtout afin de constater la présence de l’acide nitrique dans tous les nitrates. Ceux-ci ayant été mêlés avec du bicarbonate potassique, on introduit le mélange dans un petit matras de verre, cton le chauffe à la flamme d’une lampe à esprit-devin, sans le secours du chalumeau, ce qui donne lieu à un dégagement d’une épaisse vapeur rutilante d’acide nitreux. Le même moyen est employé pour chasser des combinaisons du fluor l’acide liydrofluorique , qu’on reconnaît à ce qu’il attaque et dépolît le col du matras. Les combinaisons d'iode , chauffées de même avec du bicarbonate potassique, donnent des vapeurs violettes d’iode, etunsublimé noir d’iode se dépose dans la portion la moins chaude du col, en même temps que de l’acide sulfureux se dégage. Les combinaisons du brome , traitées de la même manière, exhalent également du brome gazeux, mais presque toujours en si petite quantité, que ce n’est point là un moyen certain pour reconnaître la présence du brome dans des combinaisons.

Lorsqu’il s’agit de découvrir au chalumeau la présence del’ncû/c? suljurique dans des sulfates ayant un oxide métallique pour base, on commence par dépouiller le sel de l’eau qu’il peut contenir , on le mêle avec du charbon pulvérisé, on introduit ie mélange dans un petit matras de verre, et on le chauffe à la flamme du chalumeau, ce qui donne lieu au dégagement d’une forte odeur d’acide sulfureux (p. 16-2).

II. Après que la substance qu’on examine a été traitée dans un petit matras de verre, on la fait chauffer dans un tube de verre ouvert aux deux bouts, d’abord à la seule

ESSÀIS IC CHALUMEAU.

flamme d’une lampe à esprit-de-vin, puis à la même flamme soufflée sur le tube avec le chalumeau , ce qui donne plus de chaleur. Le but de celte opération estde voir si, en chauffant ainsi la substance sans interdire l’accès à l’air atmos phérique, il se forme des corps volatils. En l’exécutant, on est maître d’augmenter ou de diminuer le courant d’air qui traverse le tube. Si, pendant qu’on chauffe le corps , on tient ce tube dans une situation tout-à-fait horizontale, le courant d’air se réduit à peu de chose 5 mais il devient d’autant plus considérable que la direction du tube s’écarte davantage du plan de l’horizon.

Les corps volatils qui se forment tandis qu’on fait rougir les substances soumises à l’analyse en permettant le libre accès de l’air atmosphérique, tantôt s’échappent sous la forme de gaz, ejui peuvent être reconnus à leur odeur, tantôt se déposent, sous celle d’un sublimé, dans la partie froide du tube, et à une distance plus ou moins considérable de la substance, suivant leur plus ou moins de volatilité.

1. Substances gazeuses reconnaissables à leur odeur , qui se dégagent pendant le grillage. Ici se range Yacide sulfureux , qui se forme quand la substance contient des sulfures métalliques (p. 3/[3 ). La moindre quantité qui se produit de cet acide est reconnaissable à son odeur, lorsqu’après avoir fait rougir la substance dans le tube de verre tenu presque horizontalement , on porte immédiatement ensuite l’extrémité supérieure du tube sous le nez, en ayant soin de le tenir aussi rapproché que possible de la perpendiculaire. Un papier de fernambouc humide qu’on introduit dans la partie supérieure du tube , est décoloré aussi par l’acide sulfureux. Presque tous les sulfures métalliques dégagent de l’acide sulfureux quand on les traite de cette manière. Quelques uns donnent, en outre, un sublimé de soufre -, c’est ce qui arrive surtout à ceux auxquels la chaleur fait déjà perdre une portion de

56î tràité d’analyse chimique.

leur soufre dans le petit matras de verre 5 cependant ce phénomène est dépendant aussi du plus ou moins d’inclinaison qu’on donne au tube en faisant rougir la substance. Quelques sulfures métalliques fournissent d’autres sublimés encore, dont il sera parlé plus loin. Le sulfure de zinc et le sulfure de molybdène qu’on trouve dans la nature sont ceux qui donnent le plus difficilement de l’acide sulfureux par le grillage. Quand des combinaisons de sulfures et d’arséniures métalliques ont été traitées dans le petit matras de verre , et qu’elles ont perdu par là de l’arsenic sublimé , elles peuvent encore , lorsqu’on les grille dans un tube ouvert aux deux bouts, exhaler une odeur d’acide sulfureux : c’est ce qui arrive, par exemple, à la pyrite arsénicale.

La présence du sélénium dans des séléniures métallique s peut également être reconnue à l’odeur qui se dégage pendant le grillage de ces derniers dans le tube 5 cependant on n’obtient point alors un sublimé de sélénium, surtout lorsque le tube 11’est pas tenu fort incliné.

Quelques arséniures métalliques donnent une odeur d'arsenic , quand on les grille dans le tube. Ce phénomène n’est offert néanmoins que par ceux qui , indépendamment d’un sublimé d’acide arsénieux, en donnent un aussi d’arsenic, lorsqu’on 11’incline pas trop le tube. Si, pendant qu’on grille les arséniures métalliques dans le tube , il ne se forme que de l’acide arsénieux , on n’aperçoit point l’odeur de l’arsenic.

2. Substances qui se subliment par le grillage dans le tube. Si le sublimé est blanc , il consiste ordinairement en oxides a qui , tantôt existent tout formés déjà dans la substance qu’on examine, et tantôt se forment par l’oxidation des métaux. Ici se rangent surtout les suivans :

Acide arsénieux. 11 se forme pendant le grillage des arséniures métalliques, et se dépose dans la partie la plus froide du tube, sous la forme d’un sublimé blanc, qui

ESSAIS AU chalumeau. 563

parait cristallin quand on l’examine à la loupe. La moindre parcelle de cet acide sublimé est ensuite traitée comme il a été dit p. 2^5 , pour déterminer si elle contient de l’arsenic. L’acide arsénieux se produit plus facilement par le grillage de certains arséniures métalliques, que par celui de quelques autres , et sa formation exige souvent que l’on tienne pendant long-temps la substance rouge, en dirigeant sur elle la flamme du chalumeau ; tel est , par exemple, le cas du cobalt gris. Certains arséniures métalliques, peu nombreux , donnent, quand on les grille dans un tube de verre ouvert aux deux bouts , non-seulement de l’acide arsénieux, mais encore de l’arsenic métallique. Soumis au même traitement, les sulfures d’arsenic ou les corps qui en contiennent, outre de l’acide arsénieux, fournissent ordinairement encore du sulfide byparsénieux , ou aussi du sulfide arsénieux, même quand on a soin de tenir le tube très-incliné en les faisant rougir. De l’acide arsénieux peut également être dégagé , par le grillage dans un tube ouvert, de substances qui contiennent un grand excès, soit de cet acide, soit d’acide arsénique, ou qui sont principalement composées de ces deux acides.

Oxide anlimonique . Il se sublime quand on grille de l’antimoine, des antimoniures métalliques, du sulfure d’antimoine et des combinaisons contenant du sulfure d’antimoine, demêmeaussi que quand on chauffe dans un tube ouvert de l’oxide anlimonique ou des substances qui en contiennent. Le sublimé ainsi produit est blanc ; une faible chaleur suffit pour le transporter d’un lieu à un autre , caractère au moyen duquel surtout on le reconnaît ( p. i5y). Dans beaucoup de cas cependant , la fumée à laquelle donne lieu le grillage, dans le tube, de substances qui contiennent de 1 antimoine, n’est pas uniquement due à de l’oxide antimonique, mais contient en même temps de l’acide antimonieux, qui n’est point volatil à la vérité , mais qui , lorsque la calcination a lieu au

564 TRÂÏTÉ ï/ANALYSE CHIMïdtTE.

contact de l’air , se forme aux dépens de l’oxide anlimonique, pendant la volatilisation de ce dernier, et se dépose également dans le tube , sous la forme d’un sublimé, au dessus de la substance mise en expérience. Un pareil sublimé , qui consiste en oxide anlimonique et en acide antimonieux , ne peut donc être volatilisé qu’en partie lorsqu’on le chauffe. Il se produit surtout par le grillage du sulfure d’antimoine, des substances contenant du sulfure d’antimoine , et de quelques antimoniures métalliques , principalement lorsque les métaux combinés avec l’antimoine s’oxident avec facilité. Quand les substances qui contiennent du sulfure d’antimoine renferment aussi du plomb ( cas dans lequel se trouve , par exemple, le bournonite), le grillage dans un tube de verre donne un sublimé blanc , qui est en partie volatil , en partie non volatil , et qui se compose d’oxide antimonique et d’antimonite plombique.

Oxide tellurique . Ce sublimé se forme quand on grille le tellure et lestellurures métalliques , de même que quand on chauffe dans un tube ouvert l’oxide tellurique et quelques unes de ses conbinaisons. L’oxide tellurique qui se volaliiise forme une fumée blanche , moins volatile que celle de l’oxide antimonique , dont par conséquent on parvient sans peine à le distinguer, parce qu’on ne peut pas le faire passer d’un endroit à un autre , en le chauffant , et que le chaleur le fond en gouttelettes incolores (p. 1 5 ^7 ). Lorsque les teîlurures métalliques contiennent du plomb , il se forme bien un sublimé d’oxidé tellurique cà une certaine distance du corps sur lequel on agit \ mais, plus près de ce corps, il s’en produit un autre dû à une combinaison d’oxide tellurique et d’oxide plombique, qui ne fond pas en gouttelettes.

Le chlorure plombique se volatilise à peu près de même que l’oxide tellurique , au contact de l’air, et , comme ce dernier aussi , il se résout en gouttes lorsqu’on le chauffe.

ESSAIS AU CHALUMEAU

Oxide bismuthique. îl se forme pendant l’oxidation dans le tube du sulfure de bismuth et des alliages du bismuth avec d’autres métaux ; mais on n’en obtient presque pas par oxidaîion du bismuth meme. Le sublimé , quand on le chauffe , fond en gouttes , qui ne sont point incolores, mais brunes et jaunâtres, caractère à l’aide duquel on le distingue du sublimé d’oxide tellurique. Une substance qui contient du bismuth s’entoure aussi , quand on la fait rougir dans le tube , d’oxide bismuthique fondu, ayant une couleur jaune foncée, qui devient plus claire par le refroidissement. Ce phénomène fait aisément distinguer le bismuth de plusieurs autres métaux ; mais il est plus difficile de le distinguer par là du plomb , dont les combinaisons , traitées de la meme manière dans un tube ouvert, s’enveloppent également d’un oxide fondu jaune , dont cependant la couleur, après le refroidissement, est plus pâle encore que celle de l’oxide bismuthique fondu. Au reste, une méthode qui sera décrite plus loin permet de distinguer avec facilité ces deux métaux l’un de l’autre

dans leurs combinaisons.

Des métaux autres que l’arsenic , le tellure , l’antimoine et le bismuth , donnent un sublimé blanc , lorsqu’on chauffe certaines de leurs combinaisons dans le tube ouvert. Parmi ces combinaisons métalliques , on compte : le sulfure plombique et le sèlèniure plombique , dont on obtient des sublimés blancs, de sulfate et de sélénite piombiques , qui deviennent gris quand on les chauffe , et qui peuvent être fondus ; j’ai déjà eu plusieurs fois occasion de faire observer que les combinaisons du plomb avec des métaux ou autres substances, chauffées dans le tube, donnent des sublimés, lorsque ces métaux produisent, par l’effet de l’oxidation, des acides ou des oxides métalliques volatils; le sulfure stannique , qui donne une épaisse fumée blanche d’oxide stannique, non susceptible d’être volatilisée par l’action de la chaleur ; Y acide molybdique , qui , chauffé

£>66 traité d’anAlvse chimique.

dans un lube ouvert , se volatilise en partie sous la forme d’un sublimé blanc pulvérulent , en partie sous celle de cristaux brillans et faiblement jaunâtres , tandis que du sulfure de molybdène , traité de la même manière , ne donne pas de sublimé , mais seulement de l’acide sulfureux.

Il ne se forme pas, par Toxidation dans un tube ouvert, de sublimés ayant une couleur autre que la blanclie j mais

des substances colorées qu’on peut déjà sublimer en les chauffant à l’abri du contact de l’air dans le petit matras, se volatilisent plus aisément encore dans le tube ouvert. La plupart des combinaisons du mercure donnent un sublimé de mercure , lorsqu’on les chauffe dans ce tube 5 si l’on traite ainsi le sulfure mercurique , une partie se volatilise sans avoir subi de décomposition , et une autre partie donne également du mercure métallique , qui , étant plus volatil que le sulfure , va se déposer à une plus grande distance du point sur lequel porte l’action de la chaleur. Les chlorures de mercure se subliment dans le tube ouvert sans éprouver de décomposition.

J’ai indiqué p. 009 comment on peut reconnaître les fluorures métalliques en les chauffant , clans un tube ouvert, avec ou sans sel de phosphore.

III. Après avoir essayé la substance dans le petit matras et dans un tube de verre , on en prend une autre portion , qu’on chauffe seule à la flamme du chalumeau. Le but qu’on se propose en agissant ainsi est non-seulement de reconnaître si la substance est fusible, mais encore d’observer leschangemens , de couleur que quelques unes subissent ou communiquent à la flamme , et enfin de constater ceux qu’elles éprouvent de la part tant du feu d’oxidation que du feu de réduction. Suivant l’intention qui préside à cette expérience, 011 chauffe la substance ou sur du charbon , ou entre les serres de pinces en platine , ou sur un fil de platine.

essais au chalumeau. 56j

î . Pour essayer la fusibilité des substances à la flamme du chalumeau , on les met sur du charbon, quand elles consistent soit en métaux, soit en oxides métalliques faciles à réduire , ou en général lorsqu’elles contiennent des corps susceptibles d’attaquer à chaud le platine $ ensuite on dirige sur ellesle point le plus chaud de la flamme. Cependant si la substance est composée de principes constituais qui ne puissent pas attaquer à chaud le platine , on en prend un petit fragment, lorsqu’elle forme une masse solide , et on l’expose au point le plus chaud de la flamme en le tenant entre les serres de pinces en platine. Ce dernier procédé est applicable surtout aux substances contenant de l’acide silicique, ou à d’autres minéraux qui sont formés à peu près des mêmes principes, mais en proportions relatives très-différentes , et que fort souvent alors 011 parvient surtout à distinguer les uns des autres par leurs différons degrés de fusibilité à la flamme du chalumeau. Si la substance qu’on veut essayer est sous la forme de petits grains , on en met un grain sur du charbon , et l’on dirige la flamme dessus. Quant aux substances pulvérulentes , on les pétrit avec de la salive , et on en chauffe un peu sur du charbon , à la flamme du chalumeau ; mais alors, si la substance en poudre est infusible , ou peu fusible , on a souvent de la peine à empêcher qu’elle soit eu traînée par le courant d’air que l’on établit en soufflant.

La plupart des métaux fondent à la flamme du chalumeau, et tous ensuite , si l’on excepte ceux qu’on appelle nobles , sont oxidés par la flamme extérieure. Parmi les métaux nobles , l’or et Y argent fondent au chalumeau , sans éprouver le moindre changement : le platine , 17/7dium , le palladium , le rhodium et Y osmium sont infusibles; cependant l'osmium se convertit, à la flamme extérieure, en acide osmique , qui se volatilise. Parmi les autres métaux , dont les oxides sont réductibles par la flamme

56$ TRÀirÉ d’analyse chimique.

intérieure , principalement avec le secours de la soude , le molybdène, le tungstène, le nickel, le cobalt et 1 e fer sont infusibles. Dans le nombre de ceux qui n’ont point été nommés, il s’en trouve bien encore plusieurs qui sont infusibles , mais ceux-là ne peuvent point être obtenus à l’état métallique au moyen du chalumeau.

Les sulfure s métalliques fondent pour la plupart quand on les traite au chalumeau , sur du charbon, et cet effet a souvent lieu lors même que les oxides des métaux ne sont point fusibles. Mais beaucoup d’entre eux s’oxident très-promptement dans le cours de l’opération , exhalent l’odeur de l’acicle sulfureux, de même que quand on les chauffe dans un tube ouvert, et se convertissent en oxides métalliques.

Parmi les oxides métalliques purs, la plupart sont infusibles. Cependant plusieurs passent à un plus haut degré d’oxidation dans la flamme extérieure, et à un degré moins élevé , ou même souvent h l’état métallique , dans la flamme intérieure. Les oxides infusibles sont : la baryte et la strontiane y dont les hydrates et les carbonates sont fusibles, mais se convertissent en terres pures quand on les chauffe sur du charbon, et forment ensuite des masses infusibles ; la chaux, qui devient très-lumineuse c[uand onia chauffe, la magnésie , Y alumine, la glucine, 1 yttria, la zircone , qui devient fortement lumineuse par l’action de la chaleur , Y acide siliciqae , Y acide tungstique ,

Y oxide chromique , Y acide antimonieux , qui cependant se réduit dans la flamme intérieure à l’état d’oxide antimonique volatil , Y acide tantalique , Yacide titani que , Y oxide uraneux , Y oxide uronique , que la flamme du chalumeau réduit à l’état d’oxide uraneux,

Y oxide céreux , que l’action de la chaleur convertit en oxide cériquc, Yoxide cèrique, Y oxide man ganique , qui abandonne une portion de son oxigène quand en le chauffe avec force, Yoxide zincique, qui se réduit à la flamme

ESSÀIS au chalumeau.

intérieure et devient par là volatil, Y oxide cadmique , que la flamme intérieure réduit et volatilise également ,

Y oxide ferrique , qui perd une partie de son oxigène dans la flamme intérieure, Y oxide niccoliquef oxide cobaltique, et Y oxide stannique , qui peut être réduit dans la flamme intérieure. Les oxides, peu nombreux , dont les noms suivent , sont au contraire, dans l’état de pureté, fusibles à la flamme du chalumeau: Y oxide antimonique , qui se volatilise aisément après la fusion , Y oxide bismuthique ,

Y oxide plombique , qui, ainsi que le précédent, se réduit à l’état métallique, et Y oxide cuivrique.

La recherche de la fusibilité est une chose fort importante lorsqu’il s’agit des combinaisons siliciques existantes dans la nature , et d’autres minéraux encore : car il n’y a que ce caractère, mis en évidence au moyen du chalumeau, qui uisse faire distinguer ceux précisément dans la composition desquels il entre surtout des terres, et qui ne contiennent pas de quantitésnotablesd’oxidesmétalliques proprement dits. Pour essayer la fusibilité des minéraux, le mieux est d’en saisir un fragment entre les serres de pinces en platine , et de le faire chauffer ainsi à la flamme du chalumeau. Parmi les minéraux que l’on rencontre le plus fréquemment , les suivans sont infusibles dans cette dernière : quartz , corindon , spin elle , pléonaste , gahnite , olivine , cériie , zircon , cyanite , leuciie , talc , gehlenite , anihophyllite , staurotide , allophane , cymophane , gado - Unité , qui, lorsqu’on la chauffe, brille tout à coup comme si elle prenait feu 5 rutile , /er titanique , lantalite , turquoise , chondrodite , topaze. Au nombre de ceux qui sont très-peu fusibles, ou qui ne se fondent que sur les bords , on distingue surtout les suivans : feldspath , albite , pét alite y labradorite , anorthile , spath en table , écume de mer , pierre de lard , serpentine , épi dote , qui se boursoufle à la première impression de la chaleur, dichroïte , émeraude . euclase , qui se boursoufle d’abord à

5yo

TRÀ.1TÉ d’AnALYSE CHIMIQUE.

la clialeur , tilanite 9 sodalite , schéelin calcaire , spath pesant, célestine , gypse , ap alite , spath fluor. Les suivans sont fusibles : zéolites^ dont la plupart se boursouflent à la première action de la chaleur , le spodumène , qui se boursoufle également , le mejonite , qui écume avant de fondre, Yéléolite , la nèphèline , les amphiboles , dont la plupart bouillent pendant qu’elles sont fondues , les pyroxènes , dont ceux qui contiennent beaucoup de magnésie fondent plus difficilement, l’^ocraffi, qui fond en se boursouflant*, le grenat , Y orthite , qui fond en bouillonnant , le schéelin ferruginè , le boracite , le datolite , le hotryolile , la tourmaline et Yaxinite , qui fondent en se boursouflant , Y amblygonile , le lazulite , l’/zÆüy/ze , le nosian , Y eudialyle et le pyrosmalite .

À l’égard des se/s proprement dits et des sc/s haloïdes solubles dans beau , la plupart entrent bien en fusion quand on les expose à la flamme du chalumeau , sur du charbon, mais souvent ils sont décomposés par ce dernier, sur lequel ils laissent leur base , quand celle-ci est infusible à l’état de pureté. Les sels alcalins , après avoir été fondus, sont absorbés par le charbon , ou forment des globules.

Parmi les sels insolubles, plusieurs fondent en globules, qui cristallisent par le refroidissement. Le phosphate plombique est celui de tous qui présente au plus haut degré ce phénomène , à l’aide duquel on peut aisément le reconnaître ( p. 195).

2. Les changemens de couleur que les substances subissent par V action delà chaleur tiennent, laplupart du temps, à ce que celles-ci sont décomposées et forment alors des corps autrement colorés. Cependant il est quelques subs tances qui, sans éprouver aucun changement dans leur composition , prennent à la chaleur une couleur différente de celle qu’elles ont à la température ordinaire; elles perdent ensuite peu à peu la teinte qu’elles ont acquise ainsi , et,

ESSAIS AU CHALUMEAU

b'ji

après le refroidissement complet, elles ont la même couleur qu’avant d’avoir été chauffées. C’est là un moyen certain pour reconnaître certaines substances, parmi lesquelles on distingue surtout les suivantes : Y oxide zincique et Y acide titanique , qui sont blancs à la température ordinaire , et d’un jaune citrin à une température plus élevée , phénomène qu’on observe dans un très-grand nombre d’autres substances de couleur blanche, mais qui seulement n’est dans aucune aussi prononcé que dans ces deux-là 5 le suroxide piombeux et Y oxide mercu rique , qui, à la température ordinaire, sont rouges, mais ont une couleur noire à une température plus élevée, insuffisante cependant pour les décomposer. Il est beaucoup de substances dont la couleur habituelle devient plus foncée quand on les chauffe *, tels sont Y oxide plombiquc et Y oxide bismuthique.

3. Les couleurs que certaines substances communiquent à la jlamme du chalumeau peuvent souvent servir à faire reconnaître ces corps. Il a déjà été dit p. 6 , p. c), p. 12 , et p. 4^5, combien ce caractère a de valeur pour indiquer la présence d 'alcalis dans des sels. On voit aussi la flamme du chalumeau se colorer quand on la dirige sur des substances qui contiennent de la strontiane ( p. 24 ) et de la chaux ( p.28 ) , de même que sur des phosphates imbibés d’acide sulfurique ( p. 201 ) et sur des borates traités de la manière qui a été décrite p. 210. La flamme du chalumeau se colore également lorsqu’on y a recours pour chauffer certaines substances avec des réactifs.

4. Les décompositions que quelques substances éprouvent de la part tant de la flamme extérieure que de la flamme intérieure , consistent principalement en ce qu’elles s’oxident dans la première, tandis que les corps oxides se réduisent dans la seconde. Les changemens qui sont produits par la flamme extérieure ressemblent, la plu-

part du temps, à ceux que les corps éprouvent quand on les cliauffe dans le tube de verre ouvert à ses deux extrémités. Cependant il arrive souvent qu’on oxide des substances dans la flamme extérieure sur du charbon , afin de pouvoir les trader d’une manière plus efficace par les réactifs après quelles ont subi ce genre de décomposition. Ainsi, par exemple, on grille les sulfures et les arsèniures métalliques sur du charbon, à la flamme extérieure, afin de séparer le soufre et l’arsenic , à l’état d’acides sulfureux et arsénieux , des oxides qui sont produits : phénomène qui a lieu plus complètement pour les sulfures que pour les arsèniures métalliques. La réduction que certaines substances subissent dans la flamme intérieure s’opère presque toujours mieux et plus facilement lorsqu’on mêle la substance avec de la soude, et qu’ensuite on la chauffe sur du charbon à la flamme du chalumeau. La manière dont les diverses substances se comportent dans cette expérience sera indiquée plus loin.

IV. Après qu’on a traité les substances dans le petit matras et le tube de verre ouvert aux deux bouts, après qu’on les a exposées seules à l’action de la chaleur, on les traite par les réactifs. Cette nouvelle opération s’exécute la plupart du temps sur du charbon; cependant elle a lieu quelquefois aussi sur un fil de platine, et dans un très-petit nombre de cas on l’accomplit sur une feuille de platine. Les trois principaux réactifs par lesquels on traite les substances qu’il s’agit d’essayer , sont la soude ( carbonate sodique dépouillé d’eau) , le sel de phosphore (phosphate ammonico-magnésique ) , et le borax. Il y a un petit nombre de circonstances dans lesquelles on emploie d’autres réactifs encore.

i. Traitement des substances par la soude . Quelques substances donnent un globule quand on les fond avec de la soude sur du charbon , et c'est là un phénomène qui les caractérise fort bien. D’autres ne peuvent être fondues

ESSAIS AU CHALUMEAU

avec delà sonde, dan la flamme extérieure, que sur un fil de platine, et c’est là particulièrement le cas de celles qui jouent le rôle d’acide envers la soude. Beaucoup d’oxides qu’on traite avec de la soude , par la flamme intérieure, sur du cliarbon, se réduisent bien plus aisément que lorsqu’on les chauffe seuls à la flamme intérieure, et on les reconnaît aisément par là lorsqu’ils se convertissent de cette manière en métaux. Enfin il est plusieurs substances sur lesquelles la soude n’exerce pas la moindre action , qu’elle ne réduit pas sur le charbon, et avec lesquelles elle ne fond point non plus sur un fil de platine : ce sont principalement les terres et quelques oxides métalliques proprement dits, en petit nombre.

a ). Il n’y a que très-peu de substances qui puissent être fondues en un globule avec de la soude , sur le charbon. , La seule qui donne un globule limpide et incolore par la soude est V acide silicique , pour qui cette circonstance est très-caractéristique , ainsi que j’en ai déjà fait la remarque p. 11 arrive souvent aussi aux combinaisons siliciques de fondre avec la soude en un globule , mais celui-ci est rarement limpide. Plus la proportion d’acide silicique est considérable et celle des bases faible dans une combinaison , moins aussi on ajoute de soude , et plus la fusion de la substance s’opère avec facilité. Outre l’acide silicique , V acide titanique possède également d’une manière spéciale la propriété de pouvoir être fondu avec la soude sur du charbon \ mais le verre est opaque et d’un blanc gris ( p. 234). Les autres substances , ou ne sont point attaquées par la soucie , et restent sur le charbon, tandis que la soude est absorbée par ce dernier, ou passent avec la soude clans le charbon et sont réduites.

b ). Les substances qu on peut fondre avec de la soude , sur un fil de platine , à la flamme extérieure du chalumeau , sont : Y acide silicique, V acide nioiybdiqne , Y acide lungsiique , Y acide antimoniaux , X oxide chromique ,

5^4 TI1ÀXTÊ UANALYSE CHIMIQUE.

Y oxide tellurique , Y acide titanique et les oxides du manganèse. Ces derniers ne se dissolvent, il est vrai, qu’en faible proportion dans la soude, mais il n’en faut non plus que la moindre parcelle pour communiquer à ce réactif une couleur verte, à l’aide de laquelle on peut aisément reconnaître le manganèse ( p. 54); cependant la coloration s’aperçoit mieux sur la feuille que sur le fil de platine. A cette même catégorie appartiennent encore Yoxide cobaliique , qui néanmoins ne se dissout non plus qu’en petite quantité , Yoxide plombique , et Yoxide cuivrique.

c. ) Substances que la soude réduit sur le charbon ci la flamme intérieure du chalumeau. Quelques uns de ces oxides se réduisent ainsi en métal , qui peut être volatilisé en partie ou en totalité , quand on continue à le chauffer avec la flamme intérieure, s’oxide de nouveau pendant la volatilisation , et produit une couche d’oxide sur le charbon , à une plus ou moins grande distance de l’endroit où l’on chauffe la substance mêlée avec de la soude. D’autres oxides réductibles , dont les métaux ne sont pas volatilisables, se réduisent sans qu’il se forme d’enduit semblable; on peut ensuite obtenir le métal réduit , en pulvérisant la portion du charbon sur laquelle s’est opérée la réduction et en enlevant le charbon par la lévigation ; ce métal est alors facile à reconnaître. Il arrive souvent , comme j’en ai déjà fait la remarque, que des oxides se réduisent à l’état métallique , sur du charbon , par faction seule de la flamme intérieure du chalumeau ; mais , même dans ce cas, la réduction s’ opère d’une manière plus facile et plus sûre lorsqu’on a joute de la soude à l’oxide. Du reste , la plupart des oxides réductibles ne se réduisent qu’avec le secours de la soude. Presque toutes les combinaisons des oxides réductibles peuvent également être réduites au chalumeau. quand on les a mêlées avec de la soude : effet qui a lieu rarement par faction de la flamme intérieure seule,

ESSAIS AU CHALUMEAU

même lorsque l’oxide contenu dans la combinaison est très-facile à réduire par cette dernière toutes les fois qu’il se trouve à l’état de pureté. Les combinaisons des métaux des oxides réductibles avec du soufre, du sélénium, du chlore , du brome et de l’iode , se réduisent aussi à l’état métallique quand on les traite avec de la soude sur du charbon , ce qui n’a pas lieu sans soude et par la seule action de la flamme du chalumeau. Cependant il est bon quelquefois de griller les sulfures et séléniures métalliques sur du charbon , à la flamme extérieure , avant de les réduire par le mo3'en de la soude. Les arséniures métalliques surtout exigent qu’on les grille avec soin , afin que leurs métaux, débarrassés de l’arsenic et oxidés, puissent être ensuite réduits par la soude.

Oxides ou combinaisons d'oxides qui peuvent être réduits , au moyen de la soude , sur du charbon , par la flamme intérieure du chalumeau , mais dont les métaux sont volatils , et déposent par cela même un enduit sur le charbon. Ici se rangent les oxides suivans : les oxides de Y antimoine ; le métal réduit est cassant, il fume beaucoup après qu’on l’a chauffé long-temps , et donne un enduit blanc; Y oxide tellurique , qui donne un enduit blanc, et colore en bleu la flamme du chalumeau ; Y oxide zincique , qui, sans qu’il se forme de zinc métallique, donne un enduit dont la teinte est jaunâtre tant qu’il conserve de la chaleur, mais devient blanche par le refroidissement : la pointe de la flamme extérieure , dirigée sur cet enduit , n’y produit aucun changement, mais celle de la flamme intérieure lefait disparaître; Y oxide cadjnique, qui, sans fournir de métal, donne un enduit brun rouge , de la couleur duquel on ne peut bien juger qu’après le refroidissement;

Y oxide bismuthique , que l’on réduit aisément en grains métalliques, qui sont cassans en se brisent en éclats sous le marteau ; si l’on continue à souffler , il se forme un enduit jaune foncé sur le charbon; l’ oxide plombiqiie , qu’il

5^6 TRAITÉ d’âNÀLYSE CHIMIQUE.

est également facile de réduire en grains métalliques, et qui, lorsque Ton continue à souffler, couvre le charbon d’un enduit ayant de 3a ressemblance avec celui du bismuth : cependant le plomb réduit peut être distingué du bismuth, par la propriété qu’ont les grains de s’aplatir sous le marteau et de n être pas cassans.

Oxides et combinaisons d? oxides qui peuvent être réduits au moyen de la soude , sur du charbon , par la flamme intérieure du chalumeau , mais dont les métaux ne sont point 'volatils , et ne déposent par conséquent pas d'enduit sur le charbon. Ici se rangent Y acide molybdique , Y acide tungslique ; les oxides du fer , Y oxide cobaltîque , Y oxide niccolique , Y oxide stannique , Y oxide cuivrique , Y oxide argentique et les oxides des métaux appelés nobles, qui cependant sont déjà réductibles par l’action de la chaleur seule.

Lorsque plusieurs oxides réductibles sont contenus dans une substance qu’on veut analyser, on obtient souvent des alliages; cependant quelquefois aussi les métaux réduits s’obtiennent isolés les uns des autres. C’est ce qui a lieu particulièrement lorsque de l’oxicle cuivrique et de l’oxide ferrique sont contenus dans une substance.

Le traitement au moyen de la soude , sur du charbon , peut aussi faire découvrir sans nulle équivocjue les moindres traces même à1 arsenic dans des arsènites et des arséniates , qui sont réduits par là à l’état d’arsenic métallique, dont les plus petites quantités se reconnaissent à l’odeur qu’elles exhalent (p. 269 et 276). O11 peut aussi, par le même procédé , découvrir le soufre dans des sulfures métalliques et des sulfates, et le sélénium dans des séléniures métalliques , des séléniates et des sélénites, non pas il est vrai à l’aide de la soude seule , mais en se servant d’un verre de soude et d’acide silicique (p. 162, 174,545,547).

à. ) Substances qui ne sont attaquées par la soude ni sur un fil cle platine f ni sur du charbon. Ce sont princi-

essais au chalumeau. 577

paiement les suivantes : les oxides de ïurane et du cérium , Y acide tantalique , la zircone , la thorine , Y yttria , la glucine? Y alumine, la magnésie , la chaux, la slrontiane , la baryte et les alcalis ; ces derniers sont absorbés par le cbarbon sur lequel on les chauffe. On peut, à l’aide de la soude, distinguer les sels alcalins des sels terreux, en les fon« dant sur du cbarbon avec ce réactif; les sels terreux restent sur le charbon , tandis que les sels alcalins sont absorbés par celui-ci.

2. Traitement des substances par le sel de phosphore • Le sel de phosphore se convertit par la fusion en bipliosphate sodique , qui , au moyen de son excès d’acide , dissout presque toutes les substances. 11 n’y a guère que Yacide silicique seul qui soit insoluble , par la fusion , dans 3e sel de phosphore , ou qui du moins ne s’y dissolve qu’en très-petite quantité: caractère auquel , comme je Tai déjà dit p. 225, on peut très-bien le reconnaître dans ses combinaisons. C’est ordinairement sur du charbon qu’on traite les substances par le sel de phosphore ; on se sert plus rarement pour cela d’un fil de platine, et l’on fait agir sur elles tant la flamme extérieure que la flamme intérieure. Dans beaucoup de cas , les deux flammes produisent des phénomènes différons , surtout lorsqu’on soumet à l’action du chalumeau des oxides métalliques qui peuvent être aisément convertis en des degrés supérieurs ou inférieurs d’oxidalion. La flamme extérieure oxide les substances , et fait passer les oxides inférieurs à un degré d’oxidation plus élevé : la flamme intérieure, au contraire, convertit les degrés supérieurs d’oxidation en degrés inférieurs, ou les réduit à l’état métallique. Lorsqu’on traite les substances avec du sel de phosphore dans la flamme intérieure, et qu’on cesse de souffler , il faut que le globule soit refroidi avec beaucoup de promptitude. La meilleure manière d’y parvenir est de diriger un courant d’air froid sur lui, au moyen du chalumeau. Quand le refroidissement a lieu peu

tràité d’analyse chimique.

à peu, il arrive souvent que la substance s’oxide un peu de nouveau. Les réactions qui sont déterminées par le feu de réduction peuvent très-souvent être produites d’une manière plus facile que par une longue insufflation avec la flamme intérieure du chalumeau, en ajoutant au globule fondu encore chaud un très-petit morceau d’étain métallique, et chauffant ensuite le globule pendant un court instant. Les oxides difficiles à réduire, et qui ne peuvent point être convertis en un autre degré d’oxidation , donnent ordinairement lieu aux mêmes phénomènes dans les deux flammes.

La plupart des oxides donnent, avec le sel dephosphore, des globules incolores lorsqu’ils se dissolvent dans ce réactif. Mais lorsqu’on en emploie une grande quantité, il arrive souvent que le globule est d’un blanc d’émail après le refroidissement. Cependant beaucoup d’oxides métalliques donnent un globule coloré, même après avoir été fondus avec le sel de phosphore , qui , pour ceux-là surtout, est un réactif excellent. La couleur du globule varie fort souvent, selon qu’il a été traité dans la flamme extérieure ou dans la flamme intérieure. Lorsqu’une grande quantité d’une substance semblable a été dissoute par le sel de phosphore, la couleur du globule est fréquemment si foncée qu’on a beaucoup de peine à en juger-, il faut alors, avec l’une des branches des pinces, aplatir le globule tandis qu’il est encore chaud et avant qu’il se soit figé.

Il est extrêmement difficile d’imposer des dénominations exactes aux couleurs des globules teints par un oxide métallique. Ces couleurs dépendent souvent du plus ou moins de substance qui est tenue en dissolution , et trèsfréquemment aussi elles varient suivant que le globule est encore chaud ou déjà tout-à-fait refroidi.

ci . ) Couleurs des globules de sel de phosphore qui ont été traités dans la flamme extérieure du chalumeau.

Des verres incolores sont fournis par la baryte , la

ESSAIS AU CHALUMEAU. 5^9

strontiane , la chaux , la magnésie , la glucine , Y yttria , la thorine , la zircone , qui toutes cependant , lorsqu’on en a mis une trop grande quantité, donnent une teinte laiteuse au verre , après le refroidissement \ par Y alumine et par Y acide molybdique , dont cependant le globule tire souvent sur le verdâtre , et n’est parfaitement incolore que quand il a été fondu sur un fil de platine , et après son refroidissement; par Y acide tungstique et Y acide an timonieux , qui donnent cependant un verre tirant sur le jaunâtre \ par Y oxide tellurique , Y acide tantalique , I’æcide titanique , Y oxide zinciqae , Y oxide cadmique et Yoxide plomhique , dont les trois derniers , quand ils ont été mis en grande quantité , donnent des globules qui sont d’un blanc laiteux après le refroidissement 5 enfin par Yoxide stannique .

Des verres verts sont donnés par Yoxide ckromique , Yoxide uronique et Y oxide cuivrique.

Des verres jaunes , par Yoxide argentique et Yoxide bismuthique ; le verre produit par ce dernier est presque incolore après le refroidissement.

Des verres rouges , par Yoxide cérique , Y oxide ferrie que et Yoxide niccolique y mais la couleur diminue beaucoup par le refroidissement.

Des verres bleus , par Yoxide cobaltique.

Des verres violets , par Yoxide manganique .

b. ) Couleurs des globules de sel de phosphore qui ont été traités dans la flamme intérieure du chalumeau.

Des verres incolores sont fournis par la baryte , la strontiane, la chaux, la magnésie, la glucine , Y yttria , la thorine , la zircone, Y alumine , Y acide tantalique , Yoxide zincique , Yoxide cadmique , Yoxide stannique (qui tous en donnent de pareils dans la flamme extérieure ) , Yoxide cérique et Yoxide manganique.

Des verres verts , par Y acide molybdique , Yoxide chromique, Yoxide ur unique et Yoxide ferrique.

58o traité d’analyse chimiquè.

Des verres rouges , par Y acide i u ngs l iq uefe rrifère , Y aeide antimonieux fer ri fer e , Y acide tit unique ferrifère et Yoxide nie colique \ ce dernier fournit un verre dont la couleur s’affaiblit par le refroidissement.

Des verres bruns ou d'un brun rouge , par Yoxide cuivrique.

Des verres bleus , ^rY acide tungsiique et Y oxide cobaltique.

Des verres violets , par Y acide titanique.

Des verres gris , par Yoxide tellurique , Yoxide bismuthique , Yoxide plombiqiie et Yoxide argentique , tous parce que le métal a été réduit.

3. Traitement des substances par le borax. Presque toutes les substances sont dissoutes par la fusion avec du borax : quelques unes cependant sont plus solubles que d’autres dans ce réactif. La meilleure manière de traiter les substances par le borax consiste à se servir d’un fil de platine , surtout si l’on veut bien juger de la couleur des verres. Du moins n’est-il pas possible, sur le charbon , d’obtenir un globule bien formé, en aussi peu de temps que quand on opère avec du sel de phosphore, parce que le borax commence par s’étaler sur le charbon, et qu’il a besoin d’une fusion prolongée pour produire un globule avec la substance qu’on essaie. Les oxides métalliques se dissolvent bien la plupart du temps dans le borax , avec les mêmes couleurs que dans le sel de phosphore } cependant il y a plusieurs exceptions, qui précisément servent à faire reconnaître certaines substances. Lorsqu’on traite les corps par le borax , la flamme extérieure et la flamme intérieure donnent lieu aux mêmes différences que quand on opère avec du sel de phosphore. Les dissolutions de quelques substances dans le borax ont la propriété de donner des verres qui sont limpides avant comme après 1 e r e fr o i d i ssem en t , me me 1 o r s qu’ i 1 s c o n ti e un en t une g r an de quantité de ces substances \ niais, au flamber, c’est-à-dire

ESSAIS AU CHALUMEAU. 58 1

en dirigeant dessus la flamme extérieure du chalumeau d’une manière inégale et intermittente, ils deviennent opaques et semblables à des émaux. Ce phénomène est caractéristique pour quelques substances. Il a lieu beaucoup plus rarement pour les dissolutions de ces mêmes substances dans le sel de phosphore. La plupart des oxides donnent des globules incolores avec le borax, comme avec le sel de phosphore.

a. j Couleurs des globules de borax qui ont été traités dans la flamme extérieure du chalumeau.

Des verres incolores sont donnés par la baryte , la strontiane , la chaux , la magnésie , la glucine , Y yttria , la zircone , Y acide tantalique , Y acide tit unique , Y oxide zïncique , Y oxide cadmique , Y oxide argentique ( dont les dissolutions dans le borax, lorsqu’elles contiennent beaucoup d’oxide , deviennent troubles au flamber ) , Y alumine, la thorine , Y acide silicique , Y oxide tellurique , Y oxide bismuthique, Y acide antimoniaux, Y acide tungstique , Y acide molybdique et Y oxide stannique.

Des verres verts , par Y oxide çhromique et Y oxide cui¬

vrique.

Des verres jaunes , par Y oxide uranique et Y oxide plomhiqite , dont le verre devient presque incolore en se refroidissant.

Des verres rouges , par Y oxide cérique , dont le verre peut être rendu trouble par le flamber; Y oxide ferrique et Y oxide niccolique , dont les verres deviennent tous plus clairs et souvent même incolores par le refroidissement.

Des verres bleus , par Y oxide cohaltique .

Des verres violets , par Y oxide manganique.

b .) Couleurs des globules de borax qui ont été traités dans la flamme intérieure du chalumeau.

Des verres incolores sont fournis par la baryte , la strontiane, la chaux , la magnésie , la glucine , Y yttria , la zircone , Y acide tantalique , Y oxide zincique , Tari Je

58l TRAITÉ ÏKANÀLYSK CHIMIQUE.

cadmique , X alumine , la thorine , Y acide silicique , Yoxide stannique ( qui tous eu donnent de semblables dans là flamme extérieure), X oxide cérique et X oxide manganique ,

Des verres verts , par X oxide chromique , X oxide ur unique et X oxide ferrique .

Des verres jaunes , par l’aci Je tungstique.

Des verres bruns oii d'un brun rouge, par X acide mofybdique et Xoxide cuivrique.

Des verres bleus , par Yoxide cobaltique.

Des verres violets , par X acide titanique , dont le verre peut être rendu trouble par le flamber.

Des verres gris, par X acide antimonieux , Xoxide tellurique, Xoxide niccolique , Xoxide bismuthique et l 'oxide argentique , tous parce que le métal a été réduit.

De cet aperçu il résulte que les oxides qui forment des verres colorés avec le sel de phosphore et avec le borax ne peuvent point être confondus les uns avec les autres ; car il n’y en a pas deux qui donnent les mêmes couleurs avec ces deux réactifs , et à la flamme tant extérieure qu’intérieure du chalumeau. Lorsqu’il existe deux ou même plusieurs de ces oxides dans la substance dont on veut faire l’analyse, leur présence peut être reconnue la plupart du temps en soumettant celle-ci, par le moyen des deux réactifs, le sel de phosphore et le borax , aux quatre épreuves dont il vient d’être fait mention.

4. Il n’y a qu’un petit nombre de cas dans lesquels on emploie d’autres réactifs que ceux dont il a été parié précédemment , et ceux-là ne servent que pour aller à la recherche de certaines substances. Tels sont X acide borique et le fil de fer , pour découvrir X acide phosphorique (p. 200) } la dissolution de nitrate cobaltique , pour reconnaître la magnésie ( p. 55 ), X alumine ( p. 57 ) , et aussi Xoxide zincique ( p. 5g ) ; Xoxide niccolique , pour trouyer la potasse ( p. 5 ) j Xoxide cuivrique, pour dé-

essais au chalumeau. 583

couvrir les comhinaisojis de chlore , de brome et d'iode ( p. 294 , p. 298 , et p. 5o4 ) \ enfin le spath y7nor pulvérisé , qui est très'convenable pour faire distinguer le sulfate bary tique , le sulfate slrontianique et le sulfate calcique d'autres substances : en effet ces trois sels sont les seuls corps avec lesquels il fonde en un globule incolore ? qui devient d’un blanc laiteux par le refroidissement. Le gypse peut également très-bien servir pour faire découvrir le spath fluor .

fin du premier volume.

TABLE ALPHABÉTIQUE

Page 1