Acides du sélénium
i°. Acide sélénique.
L’acide sélénique est un liquide incolore , qu’on peut chauffer jusqu’à 280 degrés C., sans qu’il se décompose. Lorsqu’on le soumet à une température plus élevée , il se convertit en oxigène et en acide sélénieux. Quand il est concentré, et qu’on le mêle avec de l’eau, il s’échauffe, comme fait l’acide sulfurique en pareil cas.
La dissolution de l’acide sélénique dans l’eau n’est point décomposée par le gaz sulfide hydrique . Mais lorsqu’on fait bouillir de l’acide sélénique aqueux avec de Y acide hydrochlorique , il se décompose *, de l’acide sélénieux est formé , tandis qu’il se dégage du chlore gazeux, qu’on peut aisément reconnaître à son odeur et à l’action décolorante qu’il exerce sur un papier de tournesol humide suspendu au dessus de la liqueur. Voilà pourquoi un mélange d’acide hydrochlorique et d’acide sélénique dissout l’or et le platine comme fait l’eau régale.
L’acide sélénique aqueux , de même que la plupart des acides aqueux, dissout le zinc et le fer, avec dégagement de gaz hydrogène : il a aussi la propriété de dissoudre l’or 5 mais le platine ne s’y dissout point.
Avec les bases, l’acide sélénique forme des sels qui ont la plus grande analogie avec les sulfates correspondans. Les surséléniates et les séléniates neutres sont solubles dans l’eau, à l’exception des combinaisons de l’acide sélénique avec la baryte , la strontiane, la chaux et l’oxide plombique , qui sont les unes très-peu solubles , les autres insolubles dans ce liquide, et qui , de même que les sulfates correspondans, ne se dissolvent pas non plus à froid dans un acide libre. C’est pourquoi la dissolution d’un sel barylique peut tout aussi bien servir à constater la présence de l’acide sélénique dans sa dissolution aqueuse
ACIDES. Ïh5
on dans les dissolutions de ses sels , que celle de l’acide sulfurique-, seulement, pour se convaincre de l’insolubilité du précipité dans les acides libres, il faut ajouter à la liqueur , non de l’acide hydrochlorique , mais de l’acide nitrique.
Quand on fait bouillir long-temps les dissolutions des séléniates avec de Y acide hydrochlorique , ils dégagent du chlore gazeux , comme le fait l’acide sélénique lui-même, et l’acide sélénique qu’elles contiennent se transforme en acide sélénieux.
Les dissolutions des séléniates , non plus que l’acide sélénique aqueux, ne sont précipités ni par celle du suifide hydrique , ni par un courant de gaz suifide hydrique, à moins quelles ne contiennent un oxide métallique susceptible d’être précipité par ce dernier à l’état de sulfure métallique. Cependant, lorsque, avant de traiter la dissolution du sel par le gaz suifide hydrique, onl’a fait bouillir pendant long-temps avec de l’acide bydrochlorique, le gaz suifide hydrique lui fait ensuite éprouver le même genre de décomposition qu’à l’acide sélénieux (p. 175).
Les dissolutions des séléniates ne sont pas plus décomposées que ne l’est l’acide sélénique étendu lui-même, par une dissolution d'acide sulfureux dansl’eau. La décomposition alieu néanmoins lorsque préalablement on lesafaitbouillir pendant long-temps avec de l’acide hydrochlorique; l’acide sélénique est alors converti en acide sélénieux, et il subit le même genre de décomposition cpie ce dernier (p. iyô).
La présence de l’acide sélénique dans les séléniates non susceptibles d’être dissous par l’eau et par les acides , peut être constatée de la même manière que celle de l’acide suMtriquedans les sulfates correspondans (p. 161); mais comme, en faisant bouillir les séléniates insolubles avec de l’acide hydrochlorique , on peut convertir leur acide sélénique en acide sélénieux, l’existence du premier de ees deux acides est plus facile alors à reconnaître que celle de Faeide
1^4 traité d’anàï.yse chimique.
sulfurique. Les sélénites étant presque tous solubles dans les acides, la réduction a eu lieu d’une manière complète , lorsque la combinaison s’est dissoute dans de l’acide liydrochlorique. Cependant si l’acide sélénique se trouvait combiné avec de l’oxide plombique, comme alors il se produit du chlorure plombique , la dissolution ne peut point être complète.
Quand on mêle les séléniates sous forme solide avec du chlorure ammonique , et qu’on fait chauffer le mélange, il se sublime de sélénium.
Au chalumeau , les séléniates se comportent comme les sulfates, soit avec un globule de soude et de silice, soit avec une feuille d’argent sur laquelle on les projette après les avoir traités avec de la soude, sur du charbon, à la flamme intérieure ( p. 162). Quand on fait fondre ces sels sur du charbon avec de la soude, à la flamme intérieure , ils exhalent l’odeur de raifort qui caractérise le sélénium.
L’acide sélénique, soit libre , soit contenu dans les dissolutions des séléniates, ne peut être confondu qu’avec Tacide sulfurique , à cause de la manière dont il se comporte avec la dissolution d’un sel barytique*, mais il s’en distingue par son action sur l’acide hydrochlorique , que l’acide sulfurique ne peut point décomposer.