ACTDE CHROMIQUE
L’acide cliromique , à l’état de pureté , forme une poudre d’un brun-rouge , ou des cristaux lanugineux rouges, qui occupent beaucoup de place. Lorsqu’on le fait chauffer sur une feuille de platine , il se décompose, en dégageant du gaz oxigène et laissant de l’oxide cliromique qui, parvenu au rouge , produit un phénomène instantané de lumière très-vive (p. i52). Quant l’acide aété obtenu par l’évaporation de sa dissolution dans l’eau, ce dégagement de lumière n’a point lieu par l’action de la chaleur sur l’oxide chromique produit. L’acidechromiquesedissoutenpe’ tite quantité dans l’eau : la dissolution a une couleur brune foncée : elle détruit le papier et autres substances organiques , comme l’acide sulfurique concentré. L’acide chromique est soluble aussi dans l’alcool, mais il se décompose facilement dans cette dissolution.
Avec les alcalis , l’acide chromique forme des sels qui sont solubles dans l’eau. Les chromâtes alcalins sont jaunes et les surchromates rouges. Les dissolutions aqueuses de ces sels ont la même couleur qu’eux. Lorsqu’on verse un acide quelconque dans les dissolutions jaunes des chromâtes , la liqueur se colore en rouge , parce qu’il se forme du surchromate alcalin : cet effet a lieu aussi , même dans le premier moment , par l’addition de l’acide hydrochlorique ; mais , au bout de quelque temps , celui-ci décompose l’acide chromique. Avec la plupart des terres et avec un trèsgrand nombre d’oxides métalliques , l’acide chromique forme des combinaisons qui sont insolubles dans l’eau et souvent aussi dans les acides étendus. Ces combinaisons ont ordinairement une couleur jaune ou rouge. Plusieurs chromâtes insolubles jaunes acquièrent , en passant à l’état cle sous-chromates , une couleur rouge
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semblable à celle des sur-chromates. C’est ce qui arrive au précipité de cbromate plombique, dont la couleur jaune passe au rouge par une addition d’ammoniaque. Comme on se sert souvent des chromâtes alcalins à titre de réactif pour plusieurs bases , la manière dont ces bases se composent avec une dissolution de cbromate potassique a déjà été indiquée précédemment.
Les dissolutions des chromâtes sont , comme celle de l’acide cbromique lui-même , décomposées par Y acide hydrochlorique. A froid , et dans une dissolution étendue, cette décomposition s’effectue lentement; mais elle a lieu d’une manière plus rapide avec le secours de la chaleur et dans une dissolution concentrée. Pendant qu’elle s’opère , du chlore se dégage , et il se forme de l’oxide chromique qui, restant dissous dans l’acide hydrochlorique excédant , donne une couleur verte à la liqueur. La décomposition n’est complète que quand la liqueur n’exhale plus l’odeur du chlore , époque à laquelle elle se comporte avec les réactifs comme une dissolution d’oxide chromique ( p. i53 ). Si le chromate contenait de l’acide sulfurique, la présence de ce dernier ne peut être constatée, à l’aide de la dissolution d’un sel barytique, qu’après la décomposition de l’acide* chromique par l’acide hydrochlorique. Quand on verse de l’alcool dans la dissolution du chromate à laquelle on a ajouté de l’acide hydrochlorique, la réduction de l’acide chromique à l’état d’oxide chromique s’effectue avec plus de rapidité ; et alors, au lieu de chlore , c’est de l’éther chloré qui se dégage.
Lorsqu’on verse de l’acide hydrochlorique concentré sur des chromâtes solubles ou insolubles , dans un tube de verre blanc soudé à l’un de ses bouts , et qu’on fait chauffer ensuite le tout, le chlore gazeux qui • se dégage peut être reconnu à sa couleur particulière.
Si , dans la dissolution d’un chromate à laquelle on a ajouté un acide , par exemple , soit de l’acide nitrique,
a56 traité d’analyse chimique.
soit de l’acide sulfurique étendu , ou dans la dissolution de l’acide chromique lui-même, on verse un excès d’une dissolution aqueuse de sulfide hydrique , ou bien si l’on y faitpasser un courant de gaz sulfide hydrique, la liqueur change de couleur , et elle finit par devenir verte , l’acide chromique se convertissant en oxide chromique. Au bout de quelque temps il commence à s’en séparer du soufre, qui lui donne un aspect laiteux. Lorsqu’on chauffe le tout quelque temps, la réduction de l’acide chromique en oxide chromique s’opère avec plus de rapidité. On conçoit qu’il faut pour cela que la liqueur ne contienne point d'oxide métallique susceptible d’être, par le gaz sulfide hydrique , précipité d’une dissolution acide à l’état de sulfure métallique. Le liquide qu’on sépare du soufre par la filtration se comporte ensuite comme une dissolution d’oxide chromique.
Lorsque l’on verse un acide , par exemple de l’acide sulfurique étendu , dans la dissolution d’un chromate, et qu’ensuite on ajoute un sulfite , si le chromate est en quantité suffisante , il ne se dégage point d’acide sulfureux , mais l’acide chromique se convertit en oxide chromique, qui colore la liqueur en vert. La réduction de l’acide chromique en oxide chromique s’opère plus facilementpar l’acide sulfureux que par l’acide hydrochlorique et par le gaz sulfide hydrique.
Une baguette de zinc métallique plongée dans la dissolution d’un chromate , et même d’un sur-chromate, n’y produit pas de changement; mais si l’on ajoute un peu d’acide sulfurique étendu à la dissolution , la liqueur prend une teinte verte , due à la transformation de l’acide chromique en oxide chromique.
Quand on triture les chromâtes solubles ou insolubles avec du sel de cuisine , qu’après avoir introduit le mélange dans un tube de verre blanc soudé à l’une de ses extrémités, on verse dessus de l’acide sulfurique concentré ,
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et qu’on chauffe le tout , il se dégage avec écume un gaz rouge qui est du chloride chromique , et qui remplit tout le vide du tube. Si au chlorure on substitue un bromure , on obtient un gaz qui a presque la meme couleur.
Au chalumeau , l’acide chromique engagé dans les chromâtes se comporte comme l’oxide chromique. (p. 1 55 ).
L’acide chromique a tant de propriétés qui lui sont particulières, qu’on ne peut le confondre avec nulle autre substance. La facilité surtout avec laquelle il se réduit en oxide chromique le fait promptement reconnaître, ce dernier corps étant facile à découvrir dans les dissolutions ( p. 1 55 ).
La plupart des substances organiques réduisent l’acide chromique en oxide chromique , avec dégagement d’acide carbonique. Cette réduction est surtout opérée d’une manière rapide, dans les dissolutions des chromâtes, par les substances organiques non volatiles, telles que l’acide tartrique et l’acide citrique, principalement lorsqu’on les fait chauffer avec ces substances ; du gaz acide carbonique se dégage alors avec effervescence. L’acide oxalique agit aussi de la meme manière. Quelques acides organiques très-volatils, comme l’acide acétique, ne réduisent pas l’acide chromique dans les dissolutions des chromâtes. ï)’autres substances organiques non acides , telles que le sucre, l’alcool, etc., ne déterminent qu’avec une lenteur extrême une réduction partielle de l’acide chromique dans les dissolutions des chromâtes. Cette réduction a lieu un peu plus rapidement, sous leur influence, dans les dissolutions des surchromates : on conçoit qu alors nul dégagement de gaz acide carbonique ne se fait remarquer. Mais si l’on ajoute quelques gouttes d’acide sulfurique étendu , la réduction s’exécute d’une manière extrême- 1. 17
258 traité d’analyse chimique.
ment rapide, surtout avec le concours de la clialeur, et du gaz acide carbonique se dégage alors avec effervescence . Les acalis ne peuvent point faire reconnaître la présence de l’oxide cliromique dans les dissolutions des chromâtes où l’acide cliromique a été converti en oxide chromique par des substances organiques non volatiles (pag. i55).
l8. A.C1DE MANGANIQUE.
L’acide manganique forme des aiguilles cristallines d’un rouge-carmin foncé. Il se dissout dans l’eau. Sa dissolution a une couleur rouge-carmin foncé, qui devient rougecarmin clair par l’addition d’une grande quantité d’eau.
L’acide manganique se décompose avec une extrême facilité. Sa dissolution dans l’eau, surtout quand elle n’est point très-concentrée, subit, même par l’évaporation, une décomposition partielle dont le résultat est un dépôt d’oxide manganique.
Parmi les sels que forme l’acide manganique * les manganates alcalins sont solubles dans l’eau. Les manganates terreux et métalliques paraissent être insolubles ; mais la plupart n’ont point encore été examinés. Les manganates préparés par la voie sèche ont une couleur verte souvent si foncée, qu’ils semblent noirs; mais, à l’état cristallisé, le manganate potassique au moins est d’un pourpre foncé. On admet que les manganates verts secs sont des sous-manganates.
Les dissolutions des manganates alcalins verts dans une quantité d’eau qui ne soit pas trop considérable , sont d’un beau vert foncé ; mais avec le temps elles deviennent d’un pourpre foncé et enfin rouges. La couleur verte se conserve plus long- temps dans une dissolution plus concentrée; mais dès qu’on étend d’eau la liqueur, elle devient d’un bleu-violet, et enfin rougeâtre, ce qui
ACIDES
arrive d’autant plus rapidement que l’on ajoute davantage d’eau ou qu’on fait chauffer la liqueur. Lorsqu’on chauffe une dissolution concentrée verte de manganate alcalin , elle devient d'un pourpre foncé après le refroidissement.
La dissolution verte des manganates alcalins est rapidement colorée en rouge par tous les acides , même par les plus faibles. Lorsqu’on a versé de Y acide sulfurique étendu , de Y acide pliosphorique ou de Y acide nitrique dans la liqueur , la couleur rouge persiste, même après h ébullition. Ajoute-t-on à cette liqueur rouge une dissolution de potasse pure en excès , elle reprend sa couleur verte , si elle était très-étendue 5 mais si au contraire elle était concentrée, elle se décompose par là, et de l’hydrate manganiquese sépare. L’ammoniaque et les carbonates alcalins ne peuvent pas reproduire la couleur verte dans les dissolutions qui ont été colorées en rouge par les acides.
L’acide manganique est réduit par la plupart des autres acides. C’est ce qui arrive surtout par les hydracides. Yi acide hydrochlorique rougit bien aussi, dans le premier moment , les dissolutions vertes des manganates alcalins,, lorsqu’on l’y met en excès; mais la couleur rouge ne tarde pas à se convertir en une dissolution brune foncée d’oxide manganique dans de l’acide hydrochlorique, qui exhale l’odeur du chlore : si l’on chauffe la dissolution , elle se décolore en peu de temps, avec dégagement d’une forte odeur de chlore ( p. 54).
Lorsqu’on met un sulfite dans une dissolution verte d’un manganate alcalin, etqu’ensuite on ajoute de l’acide sulfurique étendu, la liqueur se décolore sur-le-champ, et l’acide manganique se trouve réduit en oxide manganeux , qui reste dissous dans l’acide.
Le sulfide hydrique , tant aqueux que gazeux , détruit sur-le-champ la couleur verte des dissolutions de manganates alcalins. Si l’on ne verse dans celles-ci qu’une très-
a6o TRAITÉ D’ANALYSE CHIMIQUE.
petite quantité de suliide hydrique liquide, de l’hydrate manganique brun se précipite •, un excès de sulfîde hydrique aqueux précipite bien du sulfure manganeux couleur de chair , mais sépare en même temps une si grande quantité de soufre, mis à nu par la décomposition du sulûde hydrique, que le précipité paraît presque blanc.
Le suif hydrate ammonique , quand on l’ajoute en petite quantité à une dissolution verte de manganate alcalin, détruit la couleur verte sur-le-champ , et détermine un précipité brun d’hydrate manganique \ un excès de ce réactif, au contraire , précipite du sulfure manganeux couleur de chair.
Une dissolution de sulfate ferreux détruit la couleur verte des dissolutions de manganates alcalins , et détermine en même temps un précipité d’oxide manganique et d’oxide ferrique.
Le chlorure stanneux décolore sur-le-champ la dissolution verte des manganates alcalins ; il se précipite de l’oxide stannique, mêlé avec de l’oxide manganique.
Une baguette de zinc métallique ne produit, dans la dissolution verte des manganates alcalins , aucun changement qui ne puisse arriver sans elle : elle ne fait que déterminer, au bout d’un très-long temps, un précipité d’hydrate manganique. Mais si on ajoute un peu d’acide sulfurique étendu , peu h peu la liqueur se décolore d’une manière complète , avec dégagement de gaz hydrogène, et l’acide manganique se réduit en oxide manganeux , qui reste dissous dans l’acide sulfurique.
Divers réactifs décomposent l’acide manganique dans les manganates insolubles , de la même manière qu’ils le font dans les dissolutions des manganates alcalins. Ces sels se colorent également en rouge quand on les traite par l’acide sulfurique étendu ou par l’acide nitrique 3 l’acide hydrochlorique y convertit l’acide manganique, à froid ,
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en oxide manganique 5 et , à chaud , en oxide manganeux, qui reste dissous dans l’acide.
Les manganates, tant solubles qu’insolubles, dégagent, quand 011 verse dessus de l’acide sulfurique concentré , dans un tube de verre blanc soudé à l’un de ses bouts, des vapeurs purpurines d’acide manganique, dont une partie se condense sur les parois du tube, en gouttelettes de la même couleur. Mais l’acide manganique devenu libre ne tarde pas, surtout par Faction de la chaleur, à perdre une partie de son oxigène et à se convertir en oxide manganique : aussi , lorsqu’on présente une allumette en ignition à l’orifice du tube, prend-elle feu , si toutefois l’on n’a point opéré sur une trop petite quantité de manganate.
Au chalumeau , l’acide manganique engagé dans les manganates, se comporte comme l’oxide manganeux (p. 55). La couleur verte que lasou.de acquiert quand onia fond, sur une feuille de platine , avec une substance contenant du manganèse , est due à du sous-manganate sodique qui se forme dans l’opération.
La manière dont les manganates se comportent avec les réactifs , et principalement le passage de leur couleur verte au rouge quand on y ajoute de Facide sulfurique étendu ou de l’acide nitrique, sont tellement caractéristiques , qu’il serait difficile de confondre ces sels avec d’autres substances.
Toutes les substances organiques paraissent réduire l’acide manganique dans les dissolutions des manganates alcalins. La réduction est surtout effectuée d’une manière rapide par les acides organiques ; ceux-ci commencent bien par rougir les dissolutions vertes des manganates alcalins; mais ordinairement ils ne tardent pas à réduire Facide manganique en oxide manganique et en oxide
262 traité danàlyse chimique.
manganeux , avec dégagement d’acide carbonique. Les substances organiques non acides, comme l’alcool, le sucre, etc., détruisent très-promptement la couleur verte des dissolutions de manganates alcalins, et précipitent de celles-ci de l’hydrate manganiqce. L’addition de l’acide sulfurique étendu accélère beaucoup la conversion de l’acide manganique, avec dégagement d’acide carbonique, en oxide manganeux , qui reste dissous dans l’acide.