ACIDÉ HYDROCYANIQUE
L’acide bydrocyanique est un hydracide «à radical composé. Il résulte d’une combinaison de cyanogène (ni trure de carbone ) et d’hydrogène. Quoiqu’il fasse partie, à proprement parler, de la série des substances dites organiques, et qu’on ne puisse le produire qu’à l’aide de ces substances, cependant la haute importance du rôle qu’il joue exige que nous rapportions ici , par forme d’appendice , celles de ses propriétés à l’aide desquelles on peut aisément le reconnaître et le distinguer d’autres substances.
a r état de pureté , l’acide bydrocyanique constitue un liquide incolore , entièrement volatil , qui a une odeur particulière et très-forte. Son odeur est ordinairement comparée à celle de l’eau distillée d’amandes amères , dans laquelle il existe; mais elle n’est pas, à beaucoup près, aussi agréable que cette dernière : loin de là , elle est au contraire désagréable, et quand l’acide est pur, elle est irritante et nuisible au plus haut degré. L’acide hydrocyanique pur devient solide à un grand froid ; comme il est
35o traité d’anàlyse chimique.
déjà très-volatil à une basse température, il produit en s’évaporant un froid assez intense pour le solidifier. Il se déconu. pose même à l’abri de l’air atmosphérique : la décomposition s’accomplit tantôt rapidement , et tantôt aussi avec lenteur. L’acide se colore d’abord en rougeâtre , il finit par devenir d’un brun foncé , et il se dépose alors une matière charbonneuse*, en même temps il se forme aussi de l’ammoniaque , qui se combine avec l’acide non décomposé. L’acide pur se dissout facilement ^ et en toutes proportions, dans l’eau : la dissolution exhale une odeur semblable à la sienne, plus faible seulement , à proportion de la quantité d’eau avec laquelle l’acide s’y trouve combiné.
L’acide liydrocyanique forme, avec les oxides métalliques , des composés appelés cyanures métalliques. L’acide hydrocyanique a une forte affinité pour quelques oxides métalliques , ou plutôt le cyanogène pour quelques métaux. L’affinité pour d’autres est au contraire assez faible , demanière que les cyanures qui en résultent se décomposent avec beaucoup de facilité. Dans cette dernière catégorie se rangent les combinaisons du cyanogène avec les métaux des alcalis et des terres alcalines. Quoique ces combinaisons ne subissent point de décomposition quand on les fait rougir dans des vaisseaux clos , cependant leurs dissolutions, qui réagissent toujours à la manière des alcalis, ne tardent point à se décomposer lorsqu’on les laisse exposées à l’air, surtout en les chauffant. Dans cette décomposition, le cyanogène et l’eau se convertissent réciproquement en acide carbonique et en ammoniaque. Parmi les combinaisons de cyanogène avec les métaux proprement dits , au contraire , il y en a beaucoup qui souvent ne sont point décomposées , même par des acides forts. Dans le nombre, on distingue le cyanure argentique, le cyanure mercurique , etc. , qui résistent à l’action des acides nitrique et sulfurique. Les cyanures métalliques paraissent être décomposabîes pour la plupart , mais non pas
ACIDES
tous cependant, par l’acide liydroclilorique , qui les convertit en chlorures métalliques , et met en liberté de l’acide bydrocyanique.
Celui des cararactères de l’acide bydrocyanique qui trahit le mieux sa présence, est l’odeur qu’il exhale-, cependant on peut aussi le reconnaître au moyen des réactifs suivans.
Une dissolution de nitrate argentique produit sur-lechamp , dans une dissolution d’acide hydrocyanique pur, un précipité blanc, qui se sépare aisément lorsqu’on remue laliqueur, est insoluble dans l’acide nitrique étendu, mais se dissout dans l’ammoniaque libre. L’odeur de l’acide hydrocyanique disparaît par l’addition de la dissolution argentique. Le précipité de cyanure argentique est presque insoluble dans l’eau. Quand on précipitedu nitrate argentique par un grand excès d’acide hydrocyanique, de manière que le tout exhale fortement l’odeur de ce dernier, la liqueur séparée du cyanure argentique par la filtration ne fait plus, si l’on y verse ensuite de l’acide hydrochlorique, que prendre une teinte opaline, et ne donne point un précipitéabondant de chlorure argentique. Au contraire, le cyanure argentique n’est point insoluble dans un excès de la dissolution du nitrate argentique; mais celle-ci paraît n’en pas dissoudre la moindre parcelle lorsqu’elle est suffisamment étendue* Le cyanure argentique se dissout complètement dans une solution de cyanure potassique : cependant l’acide nitrique étendu le précipite ensuite de cette dissolution, en décomposant le cyanure potassique. L’acicle hydrocyanique contenu dans l’eau distillée d’amandes amères , est également précipité par le nitrate argentique , mais l’odeur particulière à cette eau ne disparaît point par là. La dissolution de nitrate argentique détermine un précipité de cyanure argentique dans celles des cyanures métalliques, principalement lorsqu on les a rendues acides en y ajoutant un peu d’acide nitrique étendu.
Versé dans une dissolution de nitrate mercureux , 1 ’aeide hydrocyanique opère sur-îe-cliamp la réduction de l’oxide mercureux*, du mercure métallique se précipite, tandis que du cyanure mercurique reste en dissolution. L’eau distillée d’amandes amères détermine également cette réduction de l’oxide mercureux.
Quand on verse de l’acide liydrocyanique dans une dissolution de sulfate cuivrique , aucun changement n’arrive *, mais si l’on ajoute ensuite une dissolution de potasse, puis de l’acide hydrochlorique étendu , cet acide dissout le précipité déterminé par la potasse, et ne laisse subsister qu’un trouble laiteux. Ce trouble, en se réunissant au bout d’un certain laps de temps, constitue un précipité blanc peu considérable , qui est composé de cyanure cuivrique.
Une dissolution cl 'oxide ferreux ou d'oxide ferrique n’éprouve aucun changement de la part de l’acide hydrocyanique. Cependant, si l’on ajoute un peu d’alcali à ce dernier acide , alors constamment il détermine un précipité dans les dissolutions de fer. Si l’on opère sur une dissolution ferrique, il s’en produit un d’une couleur rouge-brune franche , qui ne consiste qu’en oxide ferrique , et qui se dissout complètement dans l’acidehydroçhlorique étendu \ si l’on agit sur une dissolution ferreuse , contenant aussi de l’oxide ferrique , le précipité qui prend naissance est ordinairement d’un vert bleu. Quand on verse de l’acide hydrochlorique étendu sur ceprécipité vert , l’excès d’oxide ferreux etl’oxide ferrique se dissolvent, etil reste un précipité bleu (bleu de Prusse ) , qui souvent n’est rassemblé complètement qu’au bout d'un assez long espace de temps , et qui a quelquefois une teinte verdâtre. Pour découvrir de cette manière l’acide hydrocyanique, ce qu’il y a de mieux à faire, c’est d’employer une dissolution de sulfate ferreux ordinaire, qu’on a laissée pendant un court espace de temps exposée à l’action de l’air , afin qu’il s’y forme une
ACIDES
suffisante quantité d’oxide ferrique. C’est là la méthode à laquelle on a recours le plus ordinairement pour trouver l’acide hydrocyanique sans craindre de commettre d’erreur. Les dissolutions des cyanures métalliques alcalins sont également converties en bleu de Prusse par une dissolution de fer contenant à la fois de l’oxide ferreux et de Foxide ferrique : cependant comme ces dissolutions contiennent ordinairement un excès d’alcali , il est bon aussi , dans ce cas, après qu’on a versé la dissolution de fer, d’ajouter un peu d’acide hydrochlorique étendu. Les dissolutions d’autres cyanures métalliques , par exemple, celle du cyanure mercurique , ne sont point précipitées par les dissolutions de fer. L’acide hydrocyanique dissous dans l’eau obtenue par la distillation de plusieurs végétaux qui contiennent une certaine quantité de cet acide, comme, par exemple , celle d’amandes amères , peut également produire du bleu de Prusse par le procédé qui vient d’être indiqué: cependant, l’odeur caractéristique de ces eaux ne s’efface point à l’apparition du précipité.
Les dissolutions des sels mercuriques , plombiques et barytiques ne produisent pas de précipité dans celle d’acide hydrocyanique.
Les cyanures métalliques des alcalis et des terres alcalines ne se décomposent point, comme il a déjà été dit précédemment, lorsqu’on les fait rougir. Les combinaisons du cyanogène avec les métaux proprement dits se décomposent de diverses manières à une température élevée. Quelquesunes, lorsqu’on les chauffe à l’abri du contact de l’air, se convertissent en carbures métalliques, tandis que du gaz nitrogène se dégage, et si la chaleur n’a pas été trop forte, ces carbures sont pyrophoriques 5 c’est ce qui arrive aux cyanures plombique et zincique. D’autres cyanures métalliques dégagent du gaz cyanogène, quand on les chauffe , et laissent du métal pur; ce cas est celui du cyanure argentique sec, du cyanure mercurique, etc.
354 tràité d’analyse chimique.
La plupart, au contraire, donnent du gaz cyanogène et du gaz nitrogène , et laissent un mélange de métal à l’état régulin et de carbure métallique.
Le cyanogène qui se dégage dans ces opérations, est un gaz incolore, qui a une odeur piquante, particulière et différente de celle de l’acide hydrocyanique. On peut, parla pression ,1 condenser en un liquide incolore. Lorsqu’on y met le feu, il brûle avec une flamme bleuâtre, qui a une teinte de rouge. L’eau le dissout , mais en quantité peu considérable : la dissolution a la meme odeur que le gaz. Le mercure n’absorbe pas le gaz cyanogène; mais ce gaz est absorbé par les dissolutions des alcalis, avec lesquelles il forme des liqueurs brunes.
Les cyanures métalliques, de meme que les sulfures et fluorures métalliques, produisent des combinaisons doubles en s’unissant les uns avec les autres. Ces composés ne se forment point directement par la combinaison des cyanures de métaux dont les oxides jouent le rôle d’acides puissans avec ceux des métaux dont les oxides constituent des bases ; mais ce sont principalement les cyanures ferreux et ferrique qui se combinent avec d’autres cyanures métalliques; cependant les combinaisons du cyanogène avec le zinc , le manganèse, le cobalt, le nickel , le cuivre (cyanure cuivreux et cyanure cuivrique ) , le mercure, l’argent, l’or, le platine et le palladium, produisent également des cyanures doubles avec d’autres cyanures métalliques , principalement avec les cyanures alcalins. Le cyanure ferreux est une masse blanche, qui absorbe rapidement l’oxigène atmosphérique, et devient en peu de temps bleue à l’air, par la formation de bleu de Prusse. Le cyanure ferrique n’est point connu à l’état de pureté ; mais les cyanures doubles que lui et le cyanure ferreux forment avec d’autres cyanures métalliques, sont les plus importantes et les plus connues de toutes ces combinaisons.
Parmi les cyanures jerro s o-métalliqiie s -, ceux qui doivent
ACIDES
naissance aux cyanures des métaux des alcalis et des terres alcalines, sont solubies dans l’eau. Ceux que forment les cyanures des métaux de terres et des métaux proprement dits, sont pour la plupart insolubles dans ce liquide, et ne se dissolvent ordinairement pas non plus dans les acides libres. La dissolution du cyanure ferroso-potassique , au moyen de laquelle on détermine la production de ces cyanures doubles , en la versant dans les dissolutions des terres et des oxides métalliques proprement dits, n’est donc point un réactif à dédaigner pour la recherche de ces oxides. Voilà pourquoi , dans ce qui précède, lorsque j’ai parlé de la manière dont les réactifs se comportent avec les bases , j’ai décrit aussi en détail les réactions qu’une dissolution de cyanure ferroso-potassique détermine dans celles des différens oxides métalliques. Les cyanures ferroso-métalliques ayant pour base les métaux des alcalis et des terres alcalines, ont tous une couleur jaune claire quand ils sont cristallisés. Ils ne se décomposent que lentement lorsqu’on les fait rougir à l’abri du contact de l’air; Le cyanure ferreux se convertit en carbure de fer, tandis que du gaz nitrogène se dégage 5 le cyanure du métal alcalin, au contraire, ne se décompose point. Les cyanures ferroso-métaîliques qui ont pour base les cyanures des métaux proprement dits éprouvent , quand on les chauffe à l’abri du contact de l’air, une décomposition dont le résultat est tantôt que le cyanure métallique se résout en métal , qui reste avec le carbure de fer formé aux dépens du cyanure ferreux, et en cyanogène, qui se dégage, en même temps que du gaz nitrogène*, tantôt qu’il reste un carbure métallique double, et que du gaz nitrogène seul se dégage. La présence du cyanure ferreux n’est point indiquée, dans les dissolutions des cyanures ferroso-métalliques ayant pour bases les métaux des alcalis et des terres alcalines , par les réactifs dont on se sert communément pour constater celle du fer. On serait tenté de croire que,
356 traité d’analyse chimique.
dans ces dissolutions, le fer devrait se comporter delà même manière que dans une dissolution ferreuse; mais tous les réactifs qui ont été cités p. 67 et 68, ne produisent aucun changement dans les dissolutions des cyanures ferroso-métalliques, et il n’y a même point d’exception à faire, sous ce rapport, pour lesulfhydrate ammonique. Les seuls acides libres, principalement concentrés, font naître dans ces dissolutions, surtout quand on les chaude avec elles , des précipités, qui d’abord sont blancs et composés de cyanure ferreux, mais qui, par le contact de l’air, ne tardent point à bleuir et à se convertir en bleu de Prusse. Dans cette opération, le cyanure métallique combiné avec le cyanure ferreux se décompose, et de l’acide hydrocyanique se dégage. Les acides même très-étendus donnent lieu à cette réaction; seulement, avec eux, elle est moins prononcée, et exige un laps de temps pius long, que quand les acides sont concentrés. Ordinairement alors, quand la dilution est portée à un haut degré, on ne voit point paraître le précipité blanc, et presque toujours il s’en dépose , avec le temps , un bleu et peu considérable. Voilà pourquoi la dissolution du cyanure ferroso-potassique 11’est réellement pas un réactif bien recommandable pour les dissolutions des oxides métalliques , surtout lorsque celles-ci sont un peu acides ; car la teinte des précipités diversement colorés est toujours plus ou moins modifiée par le bleu qui s’y mêle en vertu de la cause dont il vient d’être parlé. L’acide nitrique ne produit point avec le temps de coloration bleue dans ces dissolutions, mais il leur communique lentement une couleur brune , parce que le cyanogène se décompose.
Lorsqu’on veut constater d’une manière précise la présence du fer dans les cyanures ferroso-métalliques, il faut ou les fait rougir pendant long-temps à l’air, ce qui convertit le fer en oxide ferrique, qu’on peut aisément reconnaître au moyen des réactifs ordinaires , après l’avoir dissous dans
ACIDES. 35
un acide (p. 70), ou traiter ces sels à chaud par l’acide nitrique fumant, et ajouter ensuite de l’acide hydrochlorique, procédé à l’aide duquel on obtient également une dissolution d’oxide ferrique. On peut aussi reconnaître la dissolution du cyanure fer roso-métallique par les précipités qu’elle donne avec les dissolutions des différens oxides métallique et surtout avec celles de l’oxide ferrique (p. 71 ).
Parmi les cyanures ferrico-mèlalliques , dont on doit la découverte à L. Gmelin, il n’y a non plus de solubles dans l’eau que ceux qui contiennent un cyanure d’un métal d'alcali ou de terre alcaline. Ceux-Là ont une couleur rouge. Ceux qui contiennent des métaux proprement dits , sont presque tous insolubles, et chacun a sa couleur caractéristique. Tel est le motif qui m’a déterminé , en faisant connaître précédemment la manière dont les bases se comportent avec les réactifs, à exposer en détail les réactions produites par le cyanure ferrico-potassique dans les dissolutions des divers oxides métalliques. On pourrait croire que le fer se comporte comme oxide ferrique dans les dissolutions des cyanures ferrico-métalliques ; mais les réactifs ordinaires n’y peuvent pas plus démontrer la présence de ce métal que dans les dissolutions ferroso-métalliques. Pour parvenir à la mettre en évidence, il faut faire rougir fortement ces combinaisons à l’air, ou les traiter par l’acide nitrique fumant et l’acide hydroclilorique. Traitées par les acides , les dissolutions des cyanure s ferrico-métalliques prennent une couleur verte , et il se dépose avec le temps une petite quanti lé d’un précipité bleu. \ oilà pourquoi le cyanure ferrico-potassique est , dans certains cas , un réactif peu recommandable, surtout lorsque les dissolutions d’oxides métalliques qu’on se propose d’essayer avec son secours sont légèrement acides. Quand on chauffe ces combinaisons à l’abri du contact de l’air, elles paraissent se convertir, par la première action de la chaleur , en cyanures ferroso-métalli-
368 tkAité d’analyse chimique.
ques correspondons, dont la production est accompagnée d’un dégagement de gaz cyanogène et de gaz nitrogèna , avec résidu d’une petite quantité de carbure de fer ; une chaleur plus forte fait ensuite éprouver à ces nouveaux cyanures le genre de décomposition dont il a été parlé précédemment.
La combinaison du cyanogène et du soufre produit, avec l’hydrogène, Y acide hy drosulfocy unique , qui se présente sous la forme d’un liquide incolore , fortement acide, et ayant une odeur piquante , mais sans nulle analogie avec celle de l’acide hydrocyanique. Cet acide bout à peu près à la température de l’eau bouillante. Lorsqu’on le fait bouillir à l’air, il se décompose en partie, et dépose une poudre jaunâtre qui, d’après Woehler, est de l’acide hydrosulfocyanique contenant une plus grande proportion de soufre. ( Acide hydrohypersulfocyanique.')
L’acide hydrosulfocyanique donne avec les oxides métalliques des sulfocyanuves métalliques , parmi lesquels ceux qui contiennent un métal alcalin sont solubles dans l’eau. Les dissolutions sont incolores. Elles se distinguent principalement en ce que , quand on y verse une dissolution d’oxide ferrique, il ne se produit pas de précipité, mais la liqueur prend une teinte rouge de sang si foncée , même lorsque l’oxide ferrique est en aussi petite quantité que possible , qu’on peut à juste titre considérer la dissolution du sulfocyanure potassique comme le réactif le plus sensible pour faire découvrir les moindres traces d’oxide ferrique. La dissolution du sulfocyanure potassique produit encore une couleur de sang bien manifeste avec celle d’oxide ferrique 5 alors même que le sulfhydrate ammonique ne teint point cette dernière en noir. La dissolution du sulfocyanure potassique ne produit point de couleur rouge avec les sels ferreux , quand on peut Ses obtenir parfaitement exempts d’oxide ferrique : cependant cette couleur ne tarde pas à s’y manifester si on laisse la li-
Acides.
queur à Fair. C’est pourquoi la teinte rouge de la liqueur disparaît quand on met de la limaille de fer dans cette dernière , et qu’on la laisse en contact avec elle pendant quelque temps. L’addition d’une petite quantité d’acides libres 11e change point la couleur rouge de sang du liquide. Celle d’une plus grande quanti té d’acide la rend unpeuplus claire; une quantité suffisante d’acide nitrique la fait disparaître en totalité , mais seulement au bout de quelque temps. La dissolution du chlorure stanneux l’efface d’une manière rapide, ainsi que celle du sulfide hydrique; mais l’acide sulfureux ne la détruit point à froid, quoiqu’il la fasse disparaître avec le secours de la chaleur. L’ammoniaque décolore sur-le-champ la liqueur rouge , en y déterminant un précipité d’oxide ferrique. Le sulfhydrate ammonique y fait naître un précipité de sulfure de fer noir.
La dissolution du sulfocyanure potassique donne, avec une dissolution d 'oxide cuivrique , lorsque les deux liqueurs ne sont point trop étendues, un précipité noir, qui est insoluble dans l’acide hydrochlorique. Quand les deux dissolutions sont étendues , leur mélange ne fait que produire une coloration verte de la liqueur. Si l’on ajoute à cette liqueur verte un peu d’une dissolution de chlorure stanneux dans de l’acide hydrochlorique étendu , il se forme sur-le-champ un précipité blanc de sulfocyanure cuivreux. Comme ce précipité a lieu même dans des liqueurs étendues , le sulfocyanure potassique est un réactif utile pour découvrir l’oxide cuivrique et l’oxide cuivreux ; naturellement ce dernier se précipite sans addition de chlorure stanneux. Le précipité noir est également converti de suite en un blanc par la dissolution du chlorure stanneux.
La dissolution du sulfocyanure potassique donne , avec une dissolution de nitrate argentique , un précipité blanc , qui est insoluble non-seulement dans l’acide nitrique étendu , mais encore dans l’ammoniaque.
36o traité d’analyse chimique.
Une dissolution de nitrate mercureux est réduite par une dissolution de suîfocyanure potassique , comme par l’acide hydrocyanique.
Les combinaisons du cyanogène avec l’oxigène forment des acides, dont les deux qui contiennent le moins d’oxigène jouissent de propriétés fort differentes, malgré l’identité de leur composition. L’ acide cyaneux est, à l’état de pureté, d’après ^Woehler , qui l’a découvert, un liquide incolore et tenu, qui, à la température ordinaire , se décompose avec explosion, et se convertit en une substance sèche et blanche. lia une odeur forte, qui ressemble à celle de l’acide acétique mêlé avec de l’acide sulfureux, et qui excite le larmoyement. La moindre goutte de cet acide fait sur-le-champ naître une ampoule blanche sur la peau, en occasionant des douleurs violentes. L’eau le décompose à l’instant même , avec dégagement de chaleur et effervescence. Les combinaisons de l’acide cyaneux avec les bases, notamment avec les alcalis, peuvent être rougies au feu, dans des vaisseaux clos, sans qu’elles se décomposent 5 mais quand on en décompose les dissolutions à l’aide d’un acide, l’acide cyaneux est transformé sur-le-champ par l’eau en bicarbonate ammoniacal. La dissolution pure des cyanites alcalins dans l’eau se convertit également, quand on la laisse tranquille pendant long-temps, en bicarbonate alcalin, tandis que de l’ammoniaque est mise en liberté. Les dissolutions des cyanites alcalins donnent avec les dissolutions argentiques et plein biques neutres des précipités blancs, qui ne sont cependant pas tout-à-fait insolubles dans l’eau : le précipité qu’ell es produisent dans les dissolutions plombiques devient avec le temps cristallin. Le cyanite argentique se décompose, même à l’abri du contact de l’air, en prenant feu et produisant un bruit qui n’est, à la vérité, pas trèsfort. La combinaison de l’acide cyaneux avec l’ammoniaque n’est point décomposée à froid par la potasse pure et par
les acides : la décomposition ne s’effectue qu’autant qu’on chauffe la combinaison pour l’évaporer. C’est alors , d’après les recbercbes de Woebler, la même substance qui se trouve dans l’urine, et qu’on connaît déjà depuis longtemps sous le nom d'urée. A une température de 120 degrés , l’urée se convertit en acide cyanique , qui reste , en carbonate ammoniacal , qui se volatilise, et en d’autres produits qui n’ont point encore été bien examinés.
D’après Gay*Lussac et Liebig, 1 ' acide f ulminique a la même composition que l’acide cyaneux. Cet acide n’a point encore été obtenu à l’état de liberté ; mais il produit avec les bases des combinaisons d’une tout autre nature que celles auxquelles l’acide cyaneux donne naissance. En effet, les fulminates se décomposent, quand on élève la température, avec une explosion très-violente et ordinairement fort dangereuse. Quelques uns d’entre eux , mais plus particulièrement le fulminate argentique ( argent fulminant de Brugnatelli ), et le fulminate mercureux (mercure fulminant de Howard), détonent pour peu seulement qu’on y touche avec un corps dur. Ceux qui contiennent un oxide métallique proprement dit, forment, avec les fulminates alcalins et ceux des terres alcalines , des sels doubles, qui sont peu solubles dans l’eau. Ils détonent aussi, et ordinairement avec violence, lorsqu’on les chauffe , ce qui n’arrive cependant pas à quelques uns d entre eux, et, quand on les décompose par l’acide nitrique, ils donnent des sursels peu solubles que l’acide cyaneux de TV oehler paraît ne point produire.
D’après les dernières recherches de Liebig et de Woehler, l’acide cyanique de Serullas ne diffère de l’acide cyaneux de Woebler, relativement à la composition, que par une certaine quantité d’eau qui manque à ce dernier. Cette eau n’en est point séparée par les bases. Voilà pourquoi Liebig et Woehler donnent à l’ancien acide cyaneux
36s traité d’analyse chimique.
de Woehler le nom à' acide cyanique , et à l’acide cyâ^i que de Serullas celui d’ acide cyanurique.
L’ acide cyanique , que Serullas ale premier obtenu en décomposant le chloride cyanique par l’eau , et que Woehler s’est procuré depuis en décomposant l’urée à la chaleur, cristallise et se dissout avec peine dans l’eau*, la dissolution rougit le papier de tournesol. L’acide sulfurique le dissout sans le décomposer , et l’eau le précipite de cette dissolution. Aune température de 120% il 11e subit pas de décomposition 5 mais si la température est portée plus haut, il se résout en acide cyaneux volatil, qui passe à la distillation , et en produits qui n’ont point encore été examinés avec soin.
ni. CORPS SIMPLES.