DE L'ARGENT
Détermination de l'argent et de l'oxyde argentique, — On isole plus facilement l'oxyde argentique d'autres substances, et un le
détermine quantitativement d'une manière plus rigoureuse, que beaucoup d'autres oxydes. Lorsqu'il se trouve contenu dans une dissolution , on l'en précipite, par le moyen de l'acide chlorhydrique , à l'état de chlorure argenlique , qui est insoluble. En exécutant cette opération , la seule précaution qu'on ait à prendre consiste à rendre la dissolution acide avant d'en précipiter le chlorure argenlique; pour cela, on y ajoute un peu d'acide nitrique. Le chlorure argentique produit par la réaction ne se dépose pas aussi bien quand la liqueur est neutre, et il faut éviter que celle-ci soit ammoniacale, car un excès d'ammoniaque empêcherait qu'il se précipitât la moindre parcelle de chlorure argentique. Si l'on a une dissolution argentique très-concentrée, il ne faut pas la traiter par de . l'acide chlorhydrique très-fort, attendu qu'un excès de cet acide pourrait alors dissoudre un peu de chlorure argentique, qui cependant se précipite d'une manière complète lorsqu'on vient à étendre d'eau la liqueur.
Il est plus exact d'employer de l'acide chlorhydrique pour opérer la précipitation de l'oxyde argentique, et de ne point se servir des dissolutions de chlorure potassique, sodique ou ammonique, car le dernier surlout de ces trois chlorures peut dissoudre les dernières traces de chlorure argentique, principalement lorsqu'on l'ajoute en grand*! quantité. Si , en précipitant le chlorure argentique, on ne parvient point à éviter la présence d'une grande quantité de chlorure ammonique, sodique ou potassique, ce qui peut très-bien arriver, il est bon , d'après Gay-Lussac et Liebig, de commencer par évaporer presque à siccité la liqueur séparée du chlorure argentique par la filtration , et do verser sur le résidu de l'acide nitrique ; en faisant chauffer le tout, les chlorures des métaux alcalisables se convertissent en nitrates, tandis que la petite quantité de chlorure argenlique reste sans avoir éprouvé aucune altération , et ne se dissout point lorsqu'on étend la liqueur avec de l'eau.
Avant de séparer la liqueur du chlorure argentique par la filtration, il est bon de chauffer modérément le tout, parce qu'ensuite le chlorure se dépose mieux. Cependant, même lorsqu'on ne chauffe pas, le chlorure d'argent ne s'en précipite pas moins complètement au bout de quelque temps; en tout cas, néanmoins, il
fout laisser le tout tranquille pendant douze heures environ , avant de filtrer, (.'ne fois la li II ration terminée, il faut d'abord laver le précipité avec de l'eau à laquelle on a ajouté une petite quantité d'acide nitrique ou chlorhydrique ; car si l'on versait dessus de l'eau pure, il arriverait ordinairement, dans les premiers niomens, qu'un peu de chlorure argentique passerait laiteux à travers le filtre , et se répandrait comme un nuage dans la liqueur filtrée, qui ensuite traverserait le papier claire et limpide. Cependant l'eau de lavage ne devient pas toujours laiteuse; cet effet n'a surtout pas lieu quand on a chauffé fortement la liqueur avant de la filtrer; mais on peut l'éviter toujours en rendant la première eau de lavage faiblement acidulé, ou mieux en séparant la liqueur, par la filtration, du chlorure argentique , versant de l'eau chaude sur ce dernier, dans le verre où il a été précipité, remuant bien , laissant reposer , versant l'eau sur le filtre, et arrosant de nouveau le chlorure d'eau chaude jusqu'à ce qu'il soit parfaitement lavé dans le verre même. Lorsqu'ensuite on le jette sur le filtre, d'ordinaire la liqueur qui coule
n'est Doiut laiteuse.
Le chlorure argentique doit être lavé sur un filtre aussi petit que possible. Après le lavage, il faut le faire sécher avec beaucoup de soin, puis on l'introduit dans un creuset de porcelaine taré , et on en débarrasse aussi exactement que possible le filtre, qu'on réduit en cendres sur un couvercle de platine, dont on se sert ensuite pour couvrir le creuset de porcelaine dans lequel on fond le chlorure argentique , qu'on pèse après le refroidissement. Lorsque le chlorure n'a pas été parfaitement purgé de toute humidité parla dessiccation, il s'opère pendant la fusion une projection qui peut entraîner de la perte. D'après le poids du chlorure argentique qu'on obtient, on calcule la quantité de l'oxyde argentique ou de l'argent.
[On peut encore recueillir et dessécher le chlorure argentique sur un filtre taré , puis le peser sur ce filtre ; mais comme le papier à filtrer perd souvent'de son poids par les lavages avec des liqueurs acides, par suite du carbonate de chaux qu'elles lui enlèvent, il lai h avoir soin d'employer un filtre ayant déjà subi ces lavages au moyen de l'eau légèrement acidulée par l'acide nitri-
que; en outre, afin de rendre aussi faible que possible l'erreur qui résulte des propriétés hygrométriques du papier, il convient d'employer, pour faire la tare de ce filtre , un morceau du même papier lavé à l'acide et pris au même état de dessiccation ; le chlorure étant recueilli, on fait sécher le filtre qui le contient en même temps et de la môme manière que le filtre qui sert de tare. Cette méthode n'est pas très-exacte; mais je pense que celle qui consiste à réduire le filtre en cendres, ainsi qu'il vient d'être dit , peut faire commettre une erreur plus grande, à cause de la réduction ou de la volatilisation d'une partie du chlorure argentique; elle est d'ailleurs d'une exéculion plus facile. Le meilleur procédé est le suivant, qu'on doit à M. de Marignac - On recueiUe le chlorure argentique dans un tube pesé, de deux centimètres de diamètre, effilé à son extrémité. Le précipité caillcbotté est bientôt arrêté par la pointe du tube, sans cependant que la fihration soit empêchée; le liquide passe parfaitement clair, si l'on a soin d'ajouter un peu d'acide nitrique à l'eau qui sert à laver le précipité. Le tube étant entouré de papier noir, le chlorure reste blanc pendant tout le temps nécessaire aux lavages; quand ceux-ci sont terminés, on dessèche le chlorure en introduisant le tube de verre dans un tube métallique plus grand , que l'on chauffe dans un bain d'huile; on le pèse lorsqu'il est sec. En fermant à la lampe ou au chalumeau l'extrémité effilée du tube et en fondant le chlorure ainsi desséché, son poids, s'il était bien sec, ne subit aucun changement. E. P. ]
Manière de séparer Coxyde argentique des oxyde* dautret métaux, de* terres et des alcalis. — Au moyen de l'acide chlorhydrique on peut , non-seulement précipiter complètement l'oxyde argentique d'une dissolution , mais encore le séparer de tous les oxydes dont il a été question jusqu'à présent; car tous les métaux de ces oxydes forment avec le chlore des combinaisons qui sont solubles dans l'eau. L'oxyde plombique lui-même peut très-bien être séparé de l'oxyde argentique par l'acide chlorhydrique; mais il est bon alors d'étendre la dissolution d'une très-grande quantité d'eau , avant d'y ajouter l'acide chlorhydrique, parce que le chlorure plombique est fort peu solublc dans l'eau , et d'éviter un grand excès d'acide
chlorhydrique , parce que le chlorure plombique est beaucoup moins soluble dans cet acide que dans l'eau seule.
Suivant Doebereiner, l'oxyde argentique peut aussi être séparé de l'oxyde cuivrique par le moyen d'un formiate alcalin , lorsque les deux oxydes se trouvent à l'état de nitrates, dans une dissolution convenablement étendue. On chauffe le tout jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus d'acide carbonique; l'oxyde argentique se réduit en argent métallique, qu'on met à part, et l'oxyde cuivrique reste dissous.
L'oxyde argentique peut être complètement précipité d'une dissolution acide par le gaz sulfide hydrique, et d'une dissolution ammoniacale par le sulfhydrate ammonique. Cependant on a coutume de ne recourir à cette manière de précipiter l'oxyde argentique que quand il s'agit de le séparer de substances dont nous ne parlerons que dans la suite, quoiqu'il puisse très-bien être séparé des oxydes d'urane , de nickel , de cobalt, de zinc, de fer et de manganèse, ainsi que des terres et des alcalis, par le gaz sulûde hydrique , quand la dissolution qui le contient est acide.
On peut réunir sur un filtre pesé le sulfure d'argent produit par le gaz sulfide hydrique , le sécher , le peser , et calculer ensuite d'après son poids la quantité de l'argent. Cependant si l'on croit que du soufre s'est précipité avec le chlorure d'argent, ce qui arrive quand il y avait de l'oxyde ferriquedans la dissolution, on fait digérer le chlorure, avec le filtre , dans de l'acide nitrique pur, jusqu'à ce que le soufre mis à nu ait acquis une teinte jaune ; ensuite on filtre la dissolution, et on en précipite l'argent, à l'état de chlorure argentique, par le moyen de l'acide chlorhydrique. Quant au sulfure d'argent précipité par le sulfhydrate ammonique, il faut toujours le traiter de cette manière.
Lorsqu'on veut analyser par la voie humide des alliages d'argent et d'autres métaux, on peut, ou les dissoudre complètement dans de l'acide nitrique, et précipiter l'oxyde argentique de la dissolution par l'acide chlorhydrique, ou employer de suite l'eau régale; le chlorure argentique reste alors sans se dissoudre, après qu'on a étendu d'eau la liqueur. Cependant il vaut mieux recouiir à la première des deux méthodes, c'est-à-dire dissoudre d'abord les métaux dans de l'acide nitrique , et précipiter ensuite la disso*,
lulion par l'acide chlorhydrique ; car lorsqu'on traite par l'eau régale un alliage qui contient une assez grande quantité d'argent, il se couvre sur-le-champ d'une croûte de chlorure argentique, qui s'oppose tout-à-fait à ce que l'eau régale puisse agir sur les portions d'alliage qu'elle n'a point encore attaquées. Il est vrai qu'on pourrait décanter la liqueur, dissoudre la croûte de chlorure argenlique par l'ammoniaque, et, après avoir décanté la dissolution, traiter de nouveau le reste de l'alliage par l'eau régale; mais comme l'opération aurait besoin d'être répétée plusieurs fois, ce qui entraînerait des longueurs, il convient de n'employer celte méthode que quand l'alliage contient peu d'argent.
Quand il s'agit de déterminer quantitativement l'argent contenu dans certains alliages . notamment dans ceux de ce métal avec le cuivre, le plomb et autres métaux sans valeur, on emploie en général l'opération qui est connue sous le nom decoupellalion. La coupellation a pour but essentiel d'oxyder les métaux sans valeur qui sont combinés avec l'argent, en chauffant l'alliage à l'air; on ajoute du plomb pur, qui s'oxyde également , et qui , une fois oxydé, se combine avec les oxydes des autres métaux, de manière à former une masse fusible; celle-ci s'introduit dans les pores de la coupelle, tandis que l'argent reste à l'état de régule, et peut être déterminé quantitativement après le refroidissement. Cette opération donne un résultat dont l'exactitude suftil souvent aux besoins des arts, quoiqu'un peu d'argent s'insinue, avec les oxydes des métaux sans valeur, dans les pores de la coupelle. La quantité des autres métaux contenus dans l'alliage ne peut point être appréciée de celte manière. Comme cette méthode est fort compliquée, et qu'on trouve indiquées dans beaucoup d'ouvrages de chimie et de technologie les précautions qui doivent être observées quand on la met en pratique , je puis me dispenser d'en décrire ici les détails , d'autant plus qu'on n'y a pas recours quand il s'agit de déterminations quantitatives rigoureuses, parce qu'elle est inférieure, sous le rapport de l'exactitude, à celle dont le but est de séparer l'argent par la voie humide. Toutefois, lorsqu'une substance fort complexe contient une quantité extrêmement faible d'argent, la manière la plus exacte de trouver cette dernière est de
recourir à la coupellalion , surtout quand l'argent n'entre dans la combinaison que pour une fraction d'un centième.