‹ Traité pratique d'analyse chimique suivi de tables, servant, dans les analyses, à calculer la quantité d'une substance d'après celle qui a été trouvée d'une autre substanceChapitre 46 sur 133 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Détermination du platine. — Un très-grand nombre de substances ont la propriété de précipiter le plalinc de ses dissolutions à l'étal métallique. Celle qu'il convient le mieux d'employer pour cela est le mercure ou la dissolution du nitrate mercureux. Le platine précipité contient du mercure; on le lave, et on le sèche, puis on le fait rougir fortement, et on le pèse ; mais le mieux est de traiter les dissolutions de platine, comme celles de palladium (p. l^S), par un formiulc alcalin.

188 MARcnE de l'analyse quantitative.

La meilleure méthode pour déterminer quantitativement le platine de ses dissolutions est la suivante : On concentre la dissolution acide de ce métal, on y verse ensuite une dissolution trèsconcentrée de chlorure ammonique, et on y ajoute assez d'alcool pour que le chlorure platinîco-ammoniquc qui a été produit se précipite. On lave ce sel avec de l'alcool faible, auquel on a ajouté un peu de dissolution de chlorure ammonique. Il n'est pas facile de déterminer la quantité du platine d'après le poids du précipité, parce que celui-ci peut contenir un excès de chlorure ammonique. C'est pourquoi on le fait rougir, opération après laquelle il reste du platine métallique, à l'état poreux, dont on détermine le poids.

Cependant il faut agir avec beaucoup de circonspection lorsqu'on calcine le sel dans des analyses quantitatives , parce qu'il peut arriver que les vapeurs qui se dégagent entraînent mécaniquement avec elles un peu de platine très-divisé. Le mieux, pour éviter toute perte, est de ne pas suivre la méthode généralement usitée pour les précipités qu'on doit faire rougir, et qui consiste à les faire tomber du filtre dans le creuset de platine; on enveloppe le sel dans le papier, et on le chauffe médiocrement, pendant long-temps, dans le creuset couvert de son couvercle, ce qui fait que le papier se carbonise d'abord, et que quand 1a chaleur devient un peu plus forte, il se dégage du chlore et du chlorure ammonique, sans qu'aucune portion, ou de sel non décomposé, ou de platine réduit, soit entraînée mécaniquement. Ensuite on écarte à demi le couvercle, et on brûle le charbon du filtre à la manière ordinaire, en augmentant la chaleur. De là résultent, il est vrai , quelques difficultés de plus que dans les calcinations ordinaires de précipités; mais on évite parfaitement toute perle de platine.

La réduction du sel peut aussi se faire, au moyen du gaz hydrogène, dans un appareil semblable à celui qui sert pour la réduction du chlorure rhodique (p. 473). Du chlorure ammonique et du gaz chloi ide hydrique se dégagent , et il reste du platine métallique.

Le chlorure potassique précipite le platine plus complètement encore que ne le fait le chlorure ammonique. A la dissolution concentrée de platine dans de l'eau régale, on ajoute a*sez d'alcool

M.AÎ1NË. 189

fort pour que la liqueur contienne environ soixante pour cent de son volume d'alcool ; puis on y verse une dissolution aqueuse concentrée de chlorure potassique. On lave le précipité avec de l'esprit de vin contenant à peu près soixante pour cent do son volume d'alcool , et auquel on a ajouté une petite quantité d'une dissolution aqueuse concentrée de chlorure potassique. Ce précipité, quand il est peu considérable, doit être rougi de la même manière que celui qui résulte du chlorure ammonique; il se convertit par-là en un mélange de platine métallique et de chlorure potassique. On traite la masse rougie avec de l'eau, qui extrait le chlorure potassique, en laissant le platine; on fait rougir celui-ci, et on le pèse.

Si la quantité du précipité est considérable, si elle dépasse quelques décigrammes, il vaut mieux opérer la réduction par le moyen du gaz hydrogène, dans un appareil semblable à celui dont on se sert pour opérer la réduction du chlorure rhodico-potassique (p. 173).

Manière de séparer te platine de plusieurs autres métaux. — En traitant convenablement l'oxyde ou plutôt le chlorure platinique par le chlorure ammonique ou par le chlorure potassique, on parvient à le séparer d'un Irès-gand nombre de métaux dissous, particulièrement de tous ceux dont les chlorures sont solubles dans de l'alcool faible, comme, par exemple, le manganèse, le fer, le cobalt, le cuivre, le mercure, etc. Quoiqu'il se précipite bien un peu d'une autre combinaison métallique avec la combinaison de platine, cette petite quantité peut aisément être séparée du platine réduit , en faisant digérer ce dernier, après l'avoir fait rougir, avec cîe l'acide nitrique ou avec de l'acide ehlorhydriquo , acides qui ne l'attaquent ni l'un ni l'autre, quand ils ne sont pas réunis ensemble. Ainsi, par exemple, s'il s'était précipité un peu de chlorure de plomb avec la combinaison de platine, on pourrait le séparer du platine réduit, soit au moyen de l'eau seulement , soit par la digestion avec de l'acide chlorhydrique étendu, s'il y en avait déjà une partie qui se fût convertie en oxyde plombique.

Lorsque, pour séparer le platine de ces métaux, on l'a précipité par du chlorure potassique, on le lave, en suivant la méthode qui

a été iracée précédemment, jusqu'à ce que la liqueur filtrée ne précipite plus par le sulfhydrate ammonique.

Le gaz sulfide hydrique précipite le platine de ses dissolutions acides, à l'état de sulfure; mais ce dernier s'oxyde très-aisément à l'air. On pourrait cependant avoir recours à ce moyen pour séparer le platine d'oxydes métalliques qui ne sont pas susceptibles d'être précipités d'une dissolution acide par le gaz sulfide hydrique.

Lorsqu'on rend une dissolution de platine neutre ou alcaline, en y ajoutant de la soude, et qu'on y verse ensuite un excès de sulfhydrate ammonique, le sulfure de platine produit se dissout dans l'excès du réactif. On pourrait employer cette méthode pour le séparer de métaux dont les sulfures sont insolubles dans un excès de sullhydrale ammonique. Cependant il vaut mieux, dans tous les cas, précipiter le platine à l'étal de chlorure plalinico-potassique ou plalinico ammonique, et le séparer aiusi d'autres oxydes tenus en dissolution avec lui.

Au reste, quand du platine se présente combiné à l'état métallique avec quelques-uns des autres métaux dont il a déjà été parlé jusqu'ici , la méthode analytique la plus simple consisterait à traiter la combinaison par l'acide nitrique, qui oxyderait et dissoudrait tous les métaux , sans attaquer le platine. Cependant il faut remarquera cette occasion que quand le platine est combiné avec d'autres métaux , il lui arrive très-souvent de se dissoudre en même temps qu'eux dans l'acide nitrique. Ainsi, par exemple, le platine et l'argent ne peuvent être séparés l'un de l'autre par l'acid nitrique, attendu que le premier se dissout en partie dans l'acide avec l'autre.

Toutefois , l'acide sulfurique concentré peut servir à la séparalion du platine et de l'argent. Bouilli avec ces deux métaux, il ne dissout que le second, avec lequel il forme du sulfate argenlique, et laisse le platine inattaqué. La séparation des deux métaux peut aussi être obtenue en les traitant par l'eau régale, et cherchant à séparer l'argent, à l'état de chlorure , du platine dissous.

Manière de séparer te platine de l'osmium, de l'iridium, du palladium» du rhodium, du cuivre et du fer. Analyse des minerais de platine qui exhtent daus la nature. — La séparation du platine

et des métaux qui l'accompagnent dans ses minerais est hérissée de grandes difficultés, qu'il était réservé à Berzelius de lever. La méthode que ce chimiste prescrit pour analyser les minerais de platine est la suivante :

On commence par faire le triage d^s grains du minerai qui diffèrent des autres par leur aspect , et on examine ensuite si quelques-uns d'entre eux sont attirables à l'aimant. Ontre les petites paillettes de fer natif, que Osann y a découvertes, le sable platinifere contient souvent des combinaisons de fer et de platine, tous deux à l'étal métallique, qui non-seulement sont attirées par l'aimant , mais même jouissent de la polarité. Ces grains ont une autre composition que ceux qui ne sont point magnétiques. On les extrait par le moyen du barreau aimanté, et on en détermine la quantité relative.

Ensuite on traite l'échantillon avec de l'acide chlorhydrique étendu. Le but de cet essai «si d'enlever la croûte d'oxyde ferrique qui couvre souvent les grains, et de dissoudre le fer métallique. Cela fait , on détermine la quantité du fer qui a été trouvé de cette manière dans l'échantillon.

Il ne faut pas faire rougir ce dernier sans l'avoir préalablement pesé, car ordinairement il se couvre, pendant Topéralion , d'une pellicule d'oxyde ferrique qui augmente son poids. Il suffit de le sécher sur un bain de sable chaud.

\je plan de l'analyse proprement dite devrait varier suivant la quantité et la nature des principes conslituansdu minerai de platine -, mais il reslc le môme pour tous ceux qu'on connaît jusqu'à présent, tant ceux qui proviennent d'Asie que ceux qui arrivent d'Amérique, parce que tous contiennent les mêmes substances, seulement dans des proportions un peu différentes. Ces substances, rangées suivant l'ordre de leur quantité relative , sont du platine , du fer, de l'iridium, du cuivre, du rhodium, du palladium et de l'osmium. L'iridium et l'osmium existent, dans les minerais do platine, sous deux étals diflïrens, soit réellement alliés ayi;c les autres mélaux , soit seulement engagés dans leur masse sous la forme de petites particules d'osmiure d'iridium. Dans le premier cas, ils se dissolvent avec le platine ; dans le second , ils restent sans se dissoudre, sous la forme de petites paillettes blanches et briU

lantes , qui sont si délicates cl si légères qu'un peut les étaler sur] la peau. Lorsqu'il reste des grains plus gros dosmiure d'iridium, c'esl une preuve que le triage n'a pas élé bien (ait. II peut quelquefois Cire important d'en déterminer la quantité relative : le meilleur moyen d'y parvenir est de dissoudre le reste.

On ne doit pas prendre une trop grande quantité de l'échantillon ; cinq grammes sont déjà trop, cl Berzclius regarde la quantité de deux grammes comme étant celle sur laquelle on opère avec le plus de commodité. Cependant , lorsqu'il s'agit de déterminer avec toute l'exactitude passible la proportion d'une substance qui n'existe qu'en très-petite quantité dans le minerai , il faut dissoudre davantage de ce dernier, et alors négliger toutes les substances autres que celle à laquelle on attache un intérêt particulier.

Bcrzelius opère la dissolution du minerai pesé au moyen de l'eau régale, dans une petite cornue de verre munie d'un récipient qu'on a soin de rafraîchir. L'acide qui distille pendant la dissolution est jaune. Celte couleur ne provient pas seulement du chlore ; elle tient aussi à des parties constituantes de la dissolution qui , pendant reiTervcseence , ont élé soulevées sous la forme d'un nuage peu épais, et que le dégagement de gaz oxyde nitrique empêche de retomber dans la cornue. On trouve jusqu'à des paillettes d'osmiure d'iridium qui ont passé de cette manière dans le récipient. On distille l'acide jusqu'à ce que la liqueur ail acquis la consistance d'un sirop, et qu'elle se fige par le refroidissement. On dissout la masse saline dans la plus petite quantité d'eau possible , et on décante la dissolution avec beaucoup de précaution. On reverse l'acide qui a passé à la distillation sur le résidu non dissous, et on distille de nouveau. Ce qui n'avait pas été dissous la première fois se dissout ordinairement celle-ci. On concentre également la liqueur jusqu'en consistance sirupeuse. Lorsque le produit de la distillation n'est pas incolore, il faut le soumeitreà une nouvelle distillation. 11 contient ordinairement de l'acide osmique, dont un peu se perd en redistillant; mais celte quantité est en général trèsfa ibîe.

Le produit incolore est étend u'd'eau, et saturé, soit avec de l'ammoniaque, soit avec de l'hydrate calciquc, si l'on trouve l'alcali volatil trop dispendieux : cependant il faut que l'acide teste un peu

PLÀ.TINE. 193

en excès. Cette satumtidn a pour but d'empêcher le gaz sulfide hydrique, avec lequel on précipite ensuite la liqueur, d'être décomposé par l'influence des acides. La précipitation doit être opérée dans un flacon qu'on puisse boucher et que la liqueur remplisse presque entièrement. Dès que celle-ci contient du gaz su 1 Ode hydrique libre, on bouche le flacon, et on la laisse reposer afin qu'elle s'éclaircisse, ce qui exige quelquefois un ou deux jours. On enlève la partie claire avec une pipette , on réunit le sulfure d'osmium sur un filtre pesé, on le lave, on le fait sécher et on le pèse. D'après la théorie, le sulfure d'osmium ainsi obtenu devrait contenir 60,6 pour cent de métal ; mais on ne l'obtient point exempt de soufre ni d'humidité , et il s'oxyde aussi un peu en séchant. Après quelques essais sur des quantités pesées, Berzelius a trouvé que le sulfure provenant de l'expérience qui vient d'être rapportée contient 50 à 52 pour cent d'osmium , p. 178. Mais les quantités d'osmium sont ordinairement si faibles qu'il importe peu pour l'analyse qu'on commette une erreur de quelques centièmes en calculant ce que la préparation contient de ce métal.

Relativement à la dissolution métallique, il arrive quelquefois qu'après qu'on a dissous la masse saline dans l'eau , la liqueur exhale l'odeur du chlore : cet effet tient à la décomposition du chlorure palladique. H faut alors faire digérer la dissolution jusqu'à ce que toute odeur de chlore ait disparu. S'il apparaissait un trouble, il serait dû à de l'oxyde palladique, qu'il faudrait alors dissoudre. On passe la dissolution à travers un filtre pesé , sur lequel restent les parties qui n'ont point été dissoutes. Ce résidu consiste en grains d'osmiure d'iridium , en paillettes de la même combinaison dont il a déjà été parlé plus haut , en grains de sable , etc. , qu'il a été impossible de trier avant l'analyse. Quelquefois on obtient en outre une poudre noire , semblable à du charbon , qui tend à traverser le papier du filtre pendant le lavage : c'est de l'oxyde iridique. On l'observe principalement lorsquel'eau régale contient trop d'acide nitrique ; car alors , quand la dissolulion saline se concentre, l'iridium s'oxyde aux dépens de ce dernier acide, et du chlore se dégage. De là résulte un inconvénient auquel il est difficile do parer, c'est qu'on ne peut pas séparer l'iridium 11, 13

très-foncée, due à de l'oxyde d'iridium qu'elle tient en suspension ; mais lorsqu'elle s'est éclaircie, elle a une couleur jaune pure. On la décanle alors ; puis on verse sur le résidu de l'eau régale concentrée à laquelle on a ajoulédu chlorure sodique, et on évapore la liqueur jusqu'à siccité. L'addition du chlorure sodique a pour but d'empêcher qu'il ne se produise du chlorure platineux. Un peu d'iridium se dissout dans cet acide plus concentré ; mais si on n'employait pas ce dernier, une quantité notable de platine resterait dans l'iridium. En dissolvant la masse desséchée , l'oxyde d'iridium reste. Lorsqu'on le lave avec de l'eau pure, celle-ci l'entraîne presque toujours avec elle à travers le filtre ; c'est pourquoi on doit, pour le séparer de la dissolution de platine, le laver avec une faible solution de chlorure sodique, et ensuite enlever celte dernière avec une faible solution de chlorure ammo— nique, dont on dissipe ce qui peut y rester adhérent, en le faisant rougir. Le résidu lavé est brûlé avec le filtre, réduit par le gaz hydrogène, et pesé. La dissolution de sel sodique contenant de l'iridium est mêlée avec du carbonate sodique , desséchée et rougie. On obtient ainsi un mélange de platine et d'oxyde indique, qu'on débarrasse du sel en le lavant , et qu'on traite ensuite par de l'eau régale, après l'action de laquelle l'oxyde indique reste. L'ammoniaque précipite encore de la dissolution une trace d'oxyde indique brun, qui n'est cependant pas parfaitement exempt de platine. On réduit l'oxyde indique, et l'on additionne la quantité du mêlai avec celle qu'on a déjà obtenue. Pour avoir maintenant le poids du platine , il faut , du poids commun du platine et des oxydes de rhodium et d'iridium, déduire celui de l'oxyde rhodique. Ensuite on ajoute, à l'iridium métallique qu'on a obtenu 12 pour cent de son poids, atin d'avoir le poids de l'oxyde indique, que l'on défalque alors du poids encore restant du platine. Réduire le platine de ses dissolutions , et en déterminer le poids , ne ferait qu'allonger les opérations , sans rendre le résultat plus exact.

B. Traitement de la liqueur alcoolique, — On verse cette liqueur dans un flacen bouché à I emeri , et on y fait passer du gaz sulfido hydrique, jus ju'à ce qu'elle en soit saturée. On bouche alors le flacon, et on le laisse tranquille pen»lant douze heures, dans en

endroit chaud; ce laps de temps écoulé, tous les sulfures métalliques sont précipités. Quelquefois alors la liqueur a une couleur rouge, due soit à du rhodium, soit à du chlorure susiridique. On la filtre et on évapore l'alcool , opération pendant laquelle il se dépose encore du sulfure métallique, qu'on ajoute à celui qui a déjà été obtenu. Ce mélange de sulfures contient des sulfures d'iridium , de rhodium , de palladium et de cuivre, tandis qu'il y a dans la liqueur filtrée du fer, un peu d'iridium et de rhodium , avec une trace de manganèse. Pendant l'évaporation de l'alcool , il se dépose dans le vase un sulfure métallique en quelque sorte gras et de mauvaise odeur, qu'on ne peut point entraîner par le lavage. Après avoir bien égoutté la dissolution , on verse dans la capsule un peu d'ammoniaque, qui le dissout. La dissolution est mise alors dans un creuset de platine et évaporée jusqu'à siccité; puis on pose les sulfures métalliques humides sur le résidu, et l'on grille le tout dans le creuset, jusqu'à ce qu'il ne se produise plus d'acide sulfureux. Quand le grillage est terminé , on verse sur la masse de l'acide chlorhydrique concentré, qui se colore en vert , ou en vert jaunâtre, parce qu'il dissout du soussulfate cuivrique et du sous-sulfate palladique. De l'oxyde rhodique et de J'oxyde indique, avec un peu de platine, restent sans se dissoudre.

La dissolution dans l'acide chlorhydrique est mêlée avec du chlorure potassique et de l'acide nitrique , puis évaporée jusqu'à siccité : on obtient par-là une masse saline , de couleur foncée , qui contient du chlorure potassique , du chlorure cuivrico- potassique et du chlorure palladico-potassique. Les deux premiers de ces sels , qui se dissolvent dans l'alcool à 0,833 , sont extraits par le moyen de ce mcnstrue ; quant au sel palladique , que l'alcool à 0,833 ne dissout pas, on le réunit sur un filtre pesé et on le lave avec de l'alcool. Il contient 28,84 pour cent de palladium. On peut aussi dissoudre la masse saline dans de l'eau bouillante, précipiter la dissolution par le cyanure mercurique et déterminer ainsi le palladium qu'elle contient : mais cette méthode est plus compliquée. Elle mérite cependant la préférence lorsqu'on a trop de chlorure potassique à extraire par l'alcool.

1a dissolution spiritueuse du sel cuivrique contient une trace

de palladium , qu'on peut cependant négliger tout-à-fait. Oh évapore cette dissolution pour dissiper l'alcool, et l'on précipite le cuivre, soit par la solution de potasse pure, soit, après avoir ajouté de l'acide sulfurique, par du fer. Si l'on veut extraire le palladium de ce cuivre , on le dissout dans de l'acide nitrique, on neutralise la dissolution , et on la mêle avec du cyanure m^rcurique , ce qui fait naître quelquefois un précipité extrêmement faible de cyanure de palladium, contenant du cuivre, qu'un recueille sur un filtre, qu'on brûle avec ce filtre, et dont on détermine ainsi le poids. Ordinairement la quantité en est si peu considérable qu'on ne peut point le peser.

Avant que Berzelius connût le chlorure palladico-polassique , il avait essayé de précipiter le palladium par le cyanure mercurique ; mais il trouva qu'en procédant de cette manière, une dissolution de palladium contenant du cuivre donnait un précipité verdâtre, qui prenait une teinte foncée par la dessiccation, et qui contenait du cuivre. Il ne put trouver d'autre moyen , pour sortir d'embarras, que de combiner les métaux avec de l'acide sulfurique , de dessécher la dissolution , et de faire rougir doucement le résidu pendant quelques inslans , ce qui convertit le sel palladique en sous-sel insoluble dans l'eau. Mais cette opération exige beaucoup de circonspection , tant parce qu'une trop forte chaleur décomposerait le sel cuivre que parce qu'une chaleur trop faible laisserait le sel palladique sans le décomposer,

Les sulfures métalliques grillés , que l'acide chlorhydrique n'a point dissous , sont fondus avec du bisulfate potassique , jusqu'à ce que le flux cesse de se colorer. Ils contiennent beaucoup plus de rhodium que le chlorure platinico-polassique précipité au commencement de l'analyse, et on procède à leur égard ainsi qu'il a été prescrit en parlant de ce dernier, même en ce qui concerne un petit résidu de palladium qu'il est ordinaire de rencontrer dans ce cas. La masse épuisée par le bisulfate potassique est traitée par l'eau régale, qui dissout un peu de platine et laisse de l'oxyde indique.

La liqueur bouillie , de laquelle les sulfures métalliques ont été précipites , ne contient que du fer à l'étal de chlorure ferreux, une petite quantité d'iridium et de rhodium , et une trace de man-

ganèse. On verse dessus une suffisante quantité d'acide nitrique, et on fait bouillir le tout jusqu'à complète oxydât ionMu fer; après quoi on précipite l'oxyde ferrique par l'ammoniaque , on le lave, on le fait rougir et on le pèse. Cet oxyde ferrique contient de l'iridium et du rhodium, tous deux dans un état qui leur permet de se dissoudre avec l'oxyde ferrique dans l'acide chorhydrique. En opérant celte dissolution, on obtient un faible résidu d'acide siliciquc , provenant de la décomposition d'un minéral silicifere dont le minerai de platine contient quelques grains ; mais cet acide est ordinairement en trop petite quantité pour qu'on doive le faire entrer en ligne de compte. L'oxyde ferrique est réduit par le gaz hydrogène , et le métal dissous dans de l'acide chlorhydrique, qu'on fait chauffer sur la Ûn. 11 reste alors une faible quantité d'une poudre noire insoluble. Cette poudre contient les métaux dans un état que Ton ne connaît pas bien encore, parce qu'il suffît d'une chaleur extrêmement peu élevée pour que la masse décrépite avec dégagement de lumière. Dans un vase clos , elle donne beaucoup d'eau , mais sans produire aucun phénomène d'ignition. Après l'avoir rougie à l'air libre, on la pèse, et elle se trouve alors au môme degré d'oxydation que dans l'oxyde ferrique. On déduit son poids de celui de l'oxyde ferrique, et, d'après le poids définitif de ce dernier, on calcule celui du fer.

La liqueur précipitée par l'ammoniaque contient encore de l'iridium et du rhodium. Après y avoir ajouté une suffisante quantité de carbonate sodique pour décomposer les sels ammoniques, on l'évaporé jusqu'à sircité et l'on chauffe le résidu jusqu'à ce qu'il rougisse légèrement ; puis on dissout le sel dans de l'eau, qui laisse les oxydes métalliques. Si l'on chauffe le résidu avec trop de force , la liqueur saline devient jaune, et elle tient alors en dissolution une petite quantité des oxydes. Cependant on peut parer à cet inconvénient en n'employant qu'une chaleur modérée. La quantité de manganèse qui existe dans les oxydes métalliques s'élève à peine au-dessus de ce qu'il en faut pour faire reconnaître ce métal, et, lorsqu'on opère sur un échantillon de deux grammes , elle est tout-à-fait impondérable. On l'extrait des oxydes lavés en les traitant par l'acide chlorhydrique.

Pour éviter de multiplier les petites opérations, Berzelius met en réserve les oxydes de rhodium et d'iridium qu'on obtient de l'oxyde ferrique et de la masse saline, jusqu'au moment de traiter les sulfures métalliques par le bisulfate potassique, les ajoute alors à ces sulfures, et les analyse avec eux.

Une autre méthode d'analyser les minerais de platine a été indiquée par Doebereiner. Elle se fonde sur ce que l'iridium , le rhodium , le cuivre, le fer , et en grande partie aussi le palladium , sont précipités de leurs dissolutions, en l'absence de la lumière, par le lait de chaux ou par l'eau de chaux, tandis que cet effet n'a lieu pour le platine que quand la liqueur est exposée à la lumière solaire.

Pour dissoudre le minerai de platine, Doebereiner procède à la manière ordinaire , avec cette seule différence qu'il fait agir de suite sur le minerai toute la quantité en apparence nécessaire d'acide nitrique , et n'ajoute ensuite que peu à peu la quantité convenable d'acide chlorbydrique. Lorsque ce dernier acide est complètement décomposé, c'est-à-dire que tout son chlore a passé au métal , le contenu chauffé de la cornue commence à éclabousser ; et chaque fois que cet effet a lieu , c'est une preuve qu'il manque de l'acide chlorhydrique. Le produit de la distillation, après qu'on l'a rectiûé, est saturé presque complètement avec du lait de chaux ou avec un alcali , puis traité à la chaleur de lebullilion par du formiate alcalin, d'où résulte qu'au milieu d'un dégagement de gaz acide carbonique se dépose une poudre bleue, qui est de l'osmium métallique, p. 179.

On filtre la dissolution du minerai de platine, et on lave aussi sur le Oltre le résidu qui se trouve dans la cornue. La matière qui reste sur le filtre, après le lavage et la dessiccation, est essayée par l'ammoniaque, afin de voir si elle contient du chlorure argentique. Dans le cas où elle en contiendrait , on extrairait ce chlorure au moyen de l'ammoniaque, puis on ferait rougir le résidu, avec le filtre, et on le pèserait.

La dissolution filtrée du minerai avec l'eau de lavage est mêlée, dans un lieu obscur, avec du lait de chaux très-clair, jusqu'à ce que la liqueur soit presque neutre; alors on ajoute à celle-ci un grand excès d'eau de chaux , on filtre aussi rapidement que possible dans

un endroit obscur, et on lave encore avec de l'eau de chaux froide le précipité recueilli sur le filtre. La liqueur filtrée contient tout le chlorure platinique qui s'est produit , un peu de chlorure palladeux , et tant de chaux dissoute qu'exposée à la lumière solaire elle se résout en un liquide contenant du chlorure calcique, et en une combinaison blanc-jaunâtre de chlorure calcique et de platinate calcique. On l'acidifie légèrement avec de l'acide chlorhydrique (ce qui fait disparaître le trouble , s'il s'en était produit un) , et on la met en contact , dans un endroit chaud, avec du zinc métallique. Après la séparation complète du platine , ce qu'on reconnaît au défaut de coloration du liquide surnageant , on débarrasse le zinc, au moyen d'une plume et de l'acide chlorhydrique étendu , du platine qui y adhère, puis on lave ce dernier, également avec de l'acide chlorhydrique, pour le débarrasser du zinc qui pourrait y être attaché ; ensuite, sans jeter le platine sur un filtre, ce qui pourrait entraîner un peu de perte, on le lave dans le vase môme avec de l'eau bouillante, puis on le traite par de l'acide nitrique, qui doit être parfaitement exempt d'acide chlorhydrique : le palladium se dissout. Le platine, débarrassé de la liqueur nitrique et bien lavé, ressemble presque entièrement, quant à ses propriétés, à celui qu'on obtient en réduisant une dissolution de platine au moyen de substances organiques. Comme il absorbe de l'oxygène, à l'instar de toute éponge de platine, mais moins cependant, il faut le faire rougir, opération qui convertit aussi en acide carbonique le charbon, provenant du zinc, qu'il contenait. La calcination doit avoir lieu dans un creuset de platine couvert , parce qu'autrement la déflagration qui s'effectue pourrait projeter une certaine quantité de substance hors du vase.

La liqueur nitrique, qui contient dur palladium , est presque neutralisée avec du carbonate sodique, et précipitée par le cyanure mercurique : on lave le précipité, et on le conserve humide sur le filtre jusqu'à ce qu'on puisse y joindre le cyanure de palladium et celui de cuivre qu'on obtiendra plus tard.

Si le mélange de platine et de palladium, réduit par le zinc, n'a pas élé bien lavé lorsqu'on le traite par l'acide nitrique, la présence de l'acide chlorhydrique fait qu'il se dissout un peu de platine qui , sous l'influence d'un sel de zinc, est précipité par le cyanure mer-

202 MARCHE DE l'aNALYSE QUANTITATIVE.

curique quand on chaude la liqueur , circonstance à laquelle on doit veiller.

Le précipité que l'hydrate calcique et l'eau de chaux ont fait naître dans la dissolution du minerai de platine, et qu'on a lavé avec de l'eau de chaux , est dissous, encore humide, dans de l'acida chlorhydrique; après quoi, par le moyen du cyanure mercurique, on précipite le palladium et un peu de cuivre qu'il contient : si la dissolution est acide, on le neutralise préalablement avec du carbonate sodique. Le précipité dû au cyanure mercurique est joint au cyanure pallailique précédemment obtenu : on lave bien le tout, on le fait sécher, et on le bride, avec le filtre. La masse rougie, qui consiste en palladium et en cuivre, est dissoute dans de l'acide nitrique, qui laisse ordinairement un peu de charbon ; on sature presque la dissolution acide avec du carbonate sodique , et on la chauffe , dans un vase spacieux , avec un formiate alcalin et un peu d'acide acétique libre, ce qui réduit le palladium, au milieu d'un dégagement très-tumultueux de gaz acide carbonique. Lorsque le dégagement de gaz a cessé, et qu'une nouvelle addition de formiate alcalin ne détermine plus d'effervescence , le sel palladique est complètement réduit. On lave bien le palladium , on le fait sécher et on le pèse. Quant au cuivre contenu dans la liqueur séparée du palladium par le formiate alcalin, on peut le déterminer en le précipitant au moyen de l'hydrate potassique.

La liqueur filtrée, après la précipitation par le cyanure mercurique, réunie à l'eau de lavage du précipité, est évaporée jusqu'à sic cilé, après qu'on y a ajouté du chlorure ammonique. On traite le résidu par l'alcool à 0,833, dans lequel les chlorures iridicoammoniquect rhodico-arnmoniquesonl insolubles, quand il existe encore du chlorure ferrique. Déjà, pendant l'évaporation de la dissolution aqueuse, il se dépose des cristaux de chlorure rhodicoammonique, mêlés avec très-peu de chlorure iridico-ammonique, qu'on peut mettre à part et qu'il faut laver avec de l'alcool. Les sels insolubles dans l'alcool sont desséchés et rougis : si l'on présume que le résidu contient encore du fer, on l'en débarrasse par l'acide chloihydriquc et l'on mêle la liqueur chlorhydrique avec h dissolution alcoolique.

or. 203

Pour séparer l'iridium du rhodium , on emploie la méthode indiquée par Berzelius, au moyen du bisulfate potassique, p. 471.

La liqueur alcoolique contient, outre du chlorure ferrique, le chlorure mercurique produit par la décomposition du cyanure mercurique : il peut s'y trouver aussi des traces de cuivre. Pour isoler ces corps, on débarrasse la liqueur de l'alcool; on la traite par le gaz sulfide hydrique, et l'on réunit sur un filtre les sulfures de mercure et de cuivre qui se forment. On fait rougir le précipité , on dissout le résidu contenant du cuivre dans de l'acide nitrique, et Ton précipite l'oxyde cuivrique de la dissolution par le moyen de l'hydrate potassique : l'ammoniaque sert à précipiter le fer de la liqueur, qu'on a fait chauffer pour en dégager le sulfide hydrique.

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