CHAPITRE XXXYI
Détermination de l'antimoine et de ses oxydes. — Que l'antimoine existe, dans des dissolutions, à l'état d'oxyde antimonique, d'acide amimonieux ou d'acide antimonique, on ne peut l'en préci piter d'une manière complète qu'en faisant passer un courant de gar, sulfidc hydrique à travers la liqueur acido et étendue : il se précipite du sulfure d'antimoine d'un rouge orangé. Lorsque la dissolution contient de l'oxyde antimonique, le précipité a une teinte rouge briquetée ; si la liqueur tient on dissolution de l'acide anlimonicux ou de l'acide antimonique, la couleur du précipité tire sur le jaune -, mais ces nuances dépendent aussi du plus ou moins de dilution de la liqueur, de manière qu'en certaines circonstances un précipité de sulfure d'antimoine obtenu d'une dissolution d'acide antimonique peut être tout-à-fait rouge ; ce qui arrive surtout quand la dissolution de l'acide antimonique a été opérée par des acides organiques seulement, et non par de l'acide chlorhydrique, lequel manque entièrement dans la liqueur, auquel cas aussi l'antimoine est difficile à précipiter d'une manière
complète par le gaz sullido hydrique, et non moins difficile à laver avec tic l'eau pure.
On a prétendu que le gai sulfide hydriquo ne précipitait pas du sulfure d'antimoine de dissolutions exemples d'acide chlorhydrique , et qu'alors le précipité contenait toujours du chlorure amimonique , même lorsqu'on faisait passer assez long-temps du gaz à travers la liqueur pour qu'il y prédominât fortement. Celle assertion est inexacte quand le sulfure d'antimoine obtenu a été bien lavé, ce qui ne présente de difficulté qu'autant que sa quantité est fort peu considérable.
Comme la plupart des dissolutions acides concentrées d'ami* moine se décomposent et donnent un précipité blanc quand on les etond d'eau , il est bon , avant d'y verser de l'eau , d'y ajouter de l'acide tarlrique pur, en quantité convenable. Après celte addition , on peut les étendre d'eau autant que l'on veut , mus qu'elles deviennent laiteuse». Il est prudent de prendre autant que possible cette précaution , car il vaut toujours mieux faire passer du gaz sulfide hydrique à travers une liqueur claire qu'à travers une dissolution laiteuse, attendu qu'avec quelque circonspection qu'on procède dans ce dernier cas , il peut souvent arriver qu'une portion du précipité, surtout quand celui-ci est pesant, se soustraie à l'ac* lion dii gaz sulfide hydrique,
Après qu'on a fait arriver dans la dissolution assez do gaz suUide hydrique pour qu'elle en soit parfaitement saturée et qu'elle en exhale l'odeur avec force, on laisse la liqueur reposer, à une chaleur extrêmement douce, jusqu'à ce que l'odeur du sulfide hydrique ait disparu. Celle précaution est indispensable, parce que le liquide saturé de gaz sulfide hydrique retient en dissolution des traces assez considérables de sulfure d'antimoine , qui se précipitent en totalité lorsque la liqueur ne contient plus du tout de sulfide hydrique libre. C'est ce qui arrive surtout quand la dissolution contenait de l'acide anlimonieux ou de l'acide antimonique, moins lorsqu'elle renfermait de l'oxyde anlimonique. On recueille le sulfure d'antimoine sur un filtre exactement pesé, on le lave avec do l'eau pure, et on le fait sécher à une chaleur extrêmement douce, jusqu'à ce qu'il ne perde plus 4e son poids -, alors on le pèse.
H n'y a qu'un très-petit nombre de cas où l'on puisse calculer la quantité de l'antimoine d'après le poids du sulfure d'antimoine. Ce ne doit être que quand on sait d'une manière positive que le métal existait à l'état d'oxyde antimonique dans la dissolution. Or, ce cas n'a lieu qu'après qu'on a dissous de l'oxyde antimonique ou des sulfures d'antimoine dans de l'acide chlorhydrique concentré. Mais , môme alors, le sulfure d'antimoine contient une certaine quantité de soufre en excès, qui s'est séparé de la dissolution par l'effet de la décomposition que l'air a fait subir au sulfide hydrique libre qui s'y trouvait dissous , de sorte que, dans ce cas aussi, la détermination de l'antimoine comme sulfure devient incertaine. Quand il s'agit de dissolutions dans l'eau régale, on a toujours des mélanges de plusieurs degrés d'oxydation de l'antimoine , et , en présence de l'acide tarlriquc , on précipite alors des dissolutions d'acide antimonieux un sulfure d'antimoine qui ne correspond point à ce degré d'oxydation du métal 7 mais à l'acide antimonique.
Cependant , lorsqu'on veut calculer la quantité de l'antimoine ou de l'oxyde antimonique d'après le poids d'un sulfure d'antimoine sec qui a été précipité d'une dissolution antimonique, il ne faut jamais négliger d'en traiter une petite quantité par de l'acide chlorhydrique concentré; s'il se dissout complètement dans cet acide, avec dégagement de gaz su I Ode hydrique, on peut être certain qu'il correspond a l'oxyde antimonique; mais, si l'on obtient un résidu de soufre, il faut rechercher combien un poids connu du sulfure d'antimoine contient d'antimoine , et déterminer d'après cela la quantité totale de ce dernier métal. C'est ce qui doit toujours avoir lieu quand l'antimoine existait à un degré plus élevé d'oxydation dans la dissolution de laquelle il a été précipité par le gaz sullide hydrique.
On peut choisir entre deux méthodes pour déterminer cornbien le sulfure qu'on a obtenu contient d'antimoine. L'une de ces méthodes est la suivante : Après avoir exactement pesé le sulfure sec, avec le filtre , on en retire la plus grande partie, c'est-à-dire tout ce qu'on peut enlever sans frotter le filtre, et on le met dans un matras ; puis on pèse le filtre, avec ce qui y adhère encore , pour connaître avec précision la quantité de sulfure sur laquelle
on va opérer. On fait tomber de l'acide nitrique fumant dans le matras, goutte à goulle, et avec la plus grande circonspection, en évitant toute projection qui pourrait résulter d'une action trop vive de la part de l'acide. On verse ensuite davantage d'acide nitrique, puis on ajoute autant d'acide chlorhydrique qu'il en faut pour dissoudre complètement l'antimoine. Si , au lieu d'acide nitrique fumant, on employait de l'acide nitrique plus faible, ou de l'eau régale qui ne fût pas très-forte , il pourrait arriver qu'une faible trace de gaz sulfîde bydrique se dégageât du sulfure d'antimoine réduit en particules très-déliées , ce qu'il faut éviter soigneusement. Cependant on peut aussi se scrvirtl'un acide nitrique plus faible pour opérer l'oxydation du sulfure d'antimoine; seulement on doit alors le chauffer presque jusqu'au degré de l'ébullition , avant de le verser sur le sulfure : plus tard on ajoute également de l'acide chlorhydrique, afin de dissoudre d'une manière complète l'antimoine qui s'est oxydé.
On laisse alors l'eau régale en digestion avec le sulfure jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un peu de soufre jaune, ou que même ce corps soit dissous. Ordinairement tout le soufre s'oxyde d'une manière complète , lorsqu'on a employé de l'acide nitrique fort et fumant, et, s'il en reste , la quantité en est toujours très-peu considérable. On ajoute à la dissolution une suffisante quantité d'acide tartrique, et on étend l'eau : puis on recueille sur un trèspetit filtre pesé le soufre qui a pu rosier sans se dissoudre; on lo fait sécher avec soin, à une chaleur extrêmement douce, et on en détermine le poids. On verse dans la liqueur filtrée une dissolution de chlorure barytique , jusqu'à ce qu'il cesse de s'y former un précipité; puis on chauffe le fout très-modérément, afin que le précipité de sulfate barytique se réunisse bien. On le recueille sur un filtre, et on le lave. Le lavage du sulfate barytique exige beaucoup de temps dans ce cas , à cause de la présence de l'acide nitrique ; il est bon de l'exécuter avec de l'eau chaude. Lorsque le sel est sec, on le fait rougir, et on en détermine le poids, d'après lequel on calcule la quantité de soufre qu'il contient. Quand du soufre est resté sans se dissoudre pendant le traitement du sulfure avec l'eau régale, on en ajoute la quantité à celle qui existe dans le sulfate barytique. Puis on déduit la totalité du soufre de la quantité de
sulfure sur laquelle on a opéré, cl on apprend ainsi combien ce sulfure contenait d'antimoine.
Si la quantité d'acide tarlrique ajoutée à la dissolution anlimonique est très-considérable, le sulfate barytique précipité contient un peu de larirate barytique, qu'on n'en peut point séparer, mémo par le lavage le plus soigneux. Ce tarlrate se convertit en carbonate barytique par l'action de la chaleur rouge. C'est pourquoi, dans des analyses rigoureuses , il faut, pour peu que la quantité du sulfate barytique soit considérable , avoir soin , après la calcinalion et la pesée, de le mettre en digestion avec de l'acide chlorbydrique étendu. On filtre la dissolution, et, au moyen de quelques gouttes d'acide sulfurique étendu, on en précipito la baryte dissoute, à l'étal de sulfate, dont on constate le poids, d'après lequel on détermine celui du carbonate barytique , qu'on déduit de celui du sulfate obtenu en premier lieu.
L'autre méthode , pour déterminer la quantité d'antimoine contenue dans le .sulfure d'antimoine , consiste à peser une certaine quantité de ce dernier, el à le chauffer dans une atmosphère de gaz hydrogène, ce qui procure de l'antimoine métallique, dont on détermine le poids. On emploie pour cela un appareil semblable à celui qui sert pour la réduction de l'oxyde cobaltiquc , et qui est représenté p. 99. Après que le sulfure d'antimoine a été séché sur un filtre pesé , et qu'on l'a pesé lui-même, on en prend la plus grande partie, et on l'introduit dans un appareil exactement pesé , qui consiste en une boule de verre, aux deux cotés de laquelle sont soudés des tubes de verre. On cherche à faire enlror tout dans la boule, et, avec la barbe d'une plume, on nettoie les lubesqui garnissent les deux côtés de cette boule; on pèse alors l'appareil , el l'on connaît par-lù combien de sulfure d'antimoine va être mis en expérience. Tout étant ainsi disposé, on fait passer du gaz hydrogène sec à travers l'appareil , et , quand il en est rempli , on chauffe peu à peu la boule contenant le sulfure d'antimoine. Si la composition de ce dernier csi telle qu'elle corresponde à celle de l'oxyde antimonique , tout le soufre se convertit en gaz sulfidc hydrique , et l'antimoine reste; si l'on a affaire à un degré de sulfurât ion plus élevé de l'antimoine, ou à un mélange de plusieurs degrés do sulfuration , il reste également de
l'antimoine métallique, mais il se sublime d'abord du soufre, et il se forme ensuite du gaz sulfide hydrique. Le soufre se dépose d'abord à la partie supérieure de la boule; mais, par la continuité de la chaleur et par l'effet du courant de gaz hydrogène, il se trouve continuellement repoussé vers l'extrémité du tube de verre qui est le plus éloignée du flacon dans lequel a lieu le dégagement. Au moyen d'une petite lampe à esprit do vin, on chasse ce soufre du tube, à mesure qu'il se sublime, et lorsqu'on voit qu'il ne se volatilise plus de soufre, qu'il ne se dégage également plus do gaz sulfide hydrique, on laisse refroidir l'appareil , en continuant toujours à y faire arriver le courant de gaz hydrogène. Après le refroidissement complet , on démonte l'appareil, et on le pèse. La perte de poids qu'on constate consiste en soufre; ce qui reste est l'antimoine.
Quand on veut convertir du sulfure d'antimoine en antimoine métallique, par le moyen du gaz hydrogène, on cesse de chauffer dès qu'en mettant le feu à ce gaz il ne répand plus d'odeur d'acide sulfureux, ou mieux, lorsqu'un tube de Yerre trempé dans l'ammoniaque, et tenu à quelque distance de la flamme , ne produit point de nuages blancs.
Cette méthode ne donne un résultat exact que quand on agit avec la circonspection convenable. On ne saurait éviter qu'il se sublime une pr tite quantité d'antimoine , qui so dépose à la partie supérieure de la boulo , et qui pénètre môme jusque dans le tube , loisque la chaleur est ferte pendant l'opération ; si , au contraire, on emploie une chaleur plus faible, le soufre n'est pas expulsé en totalité du sulfure d'antimoine. En outre, le gaz hydrogène entraîne réellement aussi une quantité extrêmement faible d'antimoine, ce qui fait que, sur la fin , il brûle avec une flamme qui répand une . fumée presque imperceptible d'antimoine et qui dépose des (races très-légères d'oxyde antimonique à l'oriOce du tube où l'on enflamme le gaz. 11 résulte de cette circonstance que, dans la plupart des analyses , on obtient un peu moins d'antimoine et plus de soufre qu'on n'en devrait réellement obtenir, parce que la quantité du soufre se déduit de la perte en poids qu'on constate. Cependant, la quantité d'antimoine qui est perdue de cette manière s'élève ordinairement à un quart do centième tout au plus, lorsqu'on
a agi avec la circonspection convenable; avec moins de soin, elle peut aller à un demi et môme à un pour cent. Plus on chauffe lentement le sulfure d'anlimoine dans les premiers momens, moins il se volatilise d'antimoine. C'est sur la fin seulement qu'on doit donner une chaleur plus forte pendant quelques insians. L'antimoine réduit ne se réunit point en un seul culot, mais reste sous la forme de plusieurs petits grains métalliques. Si , pendant l'aflluence du courant de gaz hydrogène , on a chauffé très-longtemps le sulfure d'une manière douce , on obtient l'antimoine réduit offrant des surfaces cristallines, qui, par leur éclat, lui donnent une couleur plus noire que celle du métal dont la réduction a été opérée sous l'influence d'une chaleur plus forte.
On pourrait bien , en les chauffant à l'abri de l'air , réduire les degrés élevés de sulfuration de l'antimoine à l'état du plus bas sulfure de ce métal, et calculer d'après cela la quantité de l'antimoine; mais ce procédé ne donne point un résultat exact , tant parce que le plus bas degré de sulfuration de l'antimoine n'est pas lui-même parfaitement fixe au feu , que parce que l'air atmosphérique contenu dans la petite cornue ou dans le malras qu'on serait obligé d'employer pour faire l'opération donnerait naissance à un peu d'oxyde antimonique, qui, en s'unissant au soufre sublimé dans le col de la cornue, formerait une combinaison de sulfure d'antimoine et d'oxyde antimonique. On pourrait néanmoins éviter cet inconvénient en chauffant la substance dans une atmosphère de gaz acide carbonique.
Manière de séparer l'antimoine tfaulres métaux. — Quant à ce qui concerne la manière de séparer l'antimoine d'autres métaux , on emploie souvent, lorsqu'il s'agit d'alliages, l'acide nitrique, qui oxyde l'antimoine , et laisse l'oxyde antimonique sans le dissoudre, tandis que les oxydes des autres métaux sont dissous par lui. Cependant, l'acide nitrique ne donne pas, quand on l'emploie pour analyser les alliages d'antimoine, un résultat aussi exact que celui qu'on obtient lorsqu'on s'en sert pour séparer l'étain d'autres métaux. L'oxyde antimonique n'est pas aussi insoluble que l'oxyde stannique dans l'acide nitrique, ce qui fait que la liqueur qu'on sépare par la filtrai ion, outre les oxydes dissous, contient encore des traces assez considérables d'oxyde antimonique. L'analyse des
combinaisons d'antimoine par l'acide nitrique donne un résultat suffisamment exact, lorsqu'on ne l'entreprend que dans des vues technologiques; mais il ne faut pas l'employer dans des opérations ayant un but scientifique. La meilleure , pour isoler l'antimoine des autres métaux» consiste à dissoudre la combinaison dans de l'eau régale, et à séparer l'antimoine dissous des autres métaux , tant par le gaz sulfide hydrique que par le sulfhydrate ammo nique.
Manière de séparer l'antimoine de l'étain. — L'antimoine peut être séparé des métaux dont il a été question précédemment , ou ses oxydes de leurs oxydes, par des méthodes qui seront exposées plus loin ; mas la chose n'est point praticable pour l'étain et ses oxydes : car l'étain et l'antimoine , de même que l'oxyde stannique et l'oxyde antimonique, se ressemblent beaucoup eu égard à leur manière de se comporter avec les réactifs qui dissolvent ou précipitent l'un et l'autre.
Voici comment on s'y prend, d'après Gay-Lussac, pour en exécuter la séparation et la détermination quantitative. Si les deux métaux sont contenus dans une dissolution chlorhydrique, et que l'on connaisse leur poids collectif, on commence par ajouter un excès d'acide chlorhydrique à la liqueur, quand elle n'en contenait pas déjà un , et l'on y plonge une lame d'étain pur, qui précipite l'antimoine , sous la forme d'une poudre noire. La précipitation ne s'opère pas complètement à froid , ou du moins elle exigerait alors un laps de temps considérable; mais, quand on chaude très-doucement le tout sur un bain de sable , elle a lieu d'une manière complète , pourvu qu'on veille à entretenir un excès d'acide dans la liqueur. L'antimoine est ensuite réuni sur un filtre pesé : on le lave, et on le fait sécher à une douce chaleur , jusqu'à ce qu'on puisse en déterminer le poids. La perte indique la quantité d'étain.
Lorsqu'il s'agit d'analyser un alliage d'étain et d'antimoine, après en avoir déterminé le poids , on le dissout dans de l'acide chlorhydrique, auquel on ajoute peu à peu de petites quantités d'acide nitrique. Si les deux métaux sont contenus dans une dissolution , et qu'on n'en connaisse pas la quantité collective , on peut prendre une portion déterminée de la dissolution, en préci-
238 iiAncim i>e t/analysr quantitative .
piler les deux métaux à la fois, par le moyen du zinc; cl, obérant ensuite sur une aulre portion, y déterminer la quantité de l'aniimoine à l'aide de 1 clam.
Manière de sépara' l'antimoine du mercure , de l'argent , du cuivre , du bismuth , du plomb , du cadmium» du cobalt, du zinc, dufer, du manganèse, de l'or et du platine, — Les oxydes préci pi tables de dissolutions acides par le gaz sulfide hydrique peuvent en grande partie cire séparés de l'antimoine par le traitement avec le sulfhydralc ammonique , puisque tous les degrés de sulfuration de l'antimoine sont solublcs dans ce réactif. On peut aussi employer le même moyen pour séparer des oxydes de l'antimoine des oxydes métalliques que le sulfhydrate ammonique précipite seulement de dissolutions neutres ou alcalines, à l'étal de sulfures métalliques. Voici comment on s'y prend pour cela : La combinaison oxydée ou métallique est mise dans un petit matras , cl dissoute dans de l'acide chlorliydrique concentré; si elle n'y est pas solublcen totalilé, ce qui arrive presque toujours, au lieu d'acide chlorhydrique , on emploie de l'eau régale. La dissolution concentrée est sursaturée, dans le matras, avec de l'ammoniaque, qui donne ordinairement lieu à un précipite fort abondant, parce que presque (oui se précipite. On ajoute ensuite une suffisante quantité de sulfhydrate ammonique , et on bouche le matras. En général, il se forme par-là , à froid , un volumineux précipité brun-noir, parce que, dans tes premiers momens, une grande partie du sulfure d'antimoine qui a été produit se'sépare avec les autres sulfures métalliques insolubles; mais, par l'effet de la digestion à une douce chaleur, le précipité devient de moins en moins volumineux et prend une couleur noire.
Plus le sulfhydralc ammonique contient de soufre libre, mieux la séparation s'effectue, parce que , dans ce cas , le sulfure d'antimoine est dissous avec plus de facilité. M esl donc bon de dissoudre préalablement une petite quantité de soufre en poudre dans le sulfhydralc ammonique. Lorsqu'il n'y a pas de manganèse, de zinc ou de cadmium , et que le précipité est devenu tout-à-fait noir, on peut laisser refroidir complètement le tout , et ensuite filtrer; mais il fa ni avoir soin auparavant d'ajouter encore de l'eau. La filiration et le lavage doivent se succéder sans interruption ; on doit aussi se
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servir, pour exécuter lo lavage, non pas d'eau pure, mais seulement d'eau avec laquelle on a mêlé du sulfhydrate ammonique. La liqueur filtrée lient en dissolution tout l'antimoine , à l'état de sulfure; on la précipite par l'acide chlorhydrique étendu , ou par l'acide acétique , en ayant soin de la rendre avec circonspection légàrement acide.
Le sulfure d'antimoine ainsi obtenu se trouve môle avec du soufre, qui résulte de la décomposition du su Ifhydrate ammonique excédant. On laisse la liqueur en repos sur le précipité , à une chaleur extrêmement douce, jusqu'à ce qu'elle n'exhale plus l'odeur du sulfide hydrique; alors, on réunit le sulfure d'antimoine sur un filtre pesé, et on le fait sécher. Après qu'il est sec, on le pèse , et on l'analyse par l'une des méthodes qui ont été décrites précédemment. Quant aux sulfures métalliques que le su Ifhydrate ammonique a précipités , on les dissout , et on les sépare les uns des autres à l'aide des méthodes que j'ai fait connaître plus haut.
Je dois faire remarquer qu'il est absolument nécessaire, avant de traiter la combinaison qu'on veut analyser par le sulfhydr.uc ammonique, delà dissoudre dans des acides et de sursaturer la dissolution avec de l'ammoniaque : cette précaution est de rigueur , môme quand la combinaison est oxydée. Dans les cas même où la substance a été réduite en poudre très-fine, il ne fout pas verser immédiatement dessus le sulfhydrate ammonique, parce que ce réactif ne convertit pas complètement en sulfures métalliques les oxydes qui sont lout-à-fait secs.
Les métaux qu'on peut ainsi séparer de l'antimoine sont le manganèse, le fer, le zinc , le cobalt , le cadmium , le plomb, le bismuth , le cuivre , l'argent et le mercure. Quand du mercure est combiné avec l'antimoine, il faut laisser refroidir le tout complètement , après y avoir ajouté du sulfhydrate ammonique, et lui permettre de reposer pendant long-temps avant de filtrer. Ce qui est dit ici des métaux en général s'applique également à leurs oxydes. Quant à l'or et au platine, on ne peut point les séparer ainsi de l'antimoine, parce que leurs sulfures sont, comme celui d'antimoine, solubles dans le sulfhydrate ammonique.
Une autre méthode pour séparer l'antimoine de la plupart des autres métaux est la suivante : Après avoir pesé une certaine quan-
240 MAnCÎIE de l'analysr quantitative.
thé de Falliagc, on fait passer dessus un courant de clilorc, en se servant pour cela d'un appareil semblable à celui qui est représenté p. 4 66. Si Palliage est pulvérisablc, on l'emploie à l'étal de poudre; sinon , il faut le réduire en morceaux aussi petits que possible. La boule de verre e , aux deux côtés de laquelle sont soudés des tubes de verre, est pesée , d'abord à vide , puis avec l'alliage qu'on veut examiner. Ensuite, on courbe l'un des deux tubes à angle droit, on monte l'appareil, et on introduit le tube recourbé dans le flacon k. Ce flacon est rempli jusqu'à moitié ou aux deux tiers de son volume d'une faible dissolution d'acide taiirique, à laquelle on a ajouté de l'acide chlorhydrique. Le lube de verre plonge de quelques lignes au-dessous du niveau du liquide. Lorsque l'appareil est plein de gaz chlore , on cliauffe la boule de verre avec beaucoup de ménagement. Les métaux se convertissent ainsi en chlorures métalliques ; le chlorure d'antimoine, qui est volatil, passe à la distillation et se décompose dans l'eau du flacon. L'acide taririque et l'acide chlorhydrique , quand ils sont tous deux en quantité suffisante , empêchent la liqueur de devenir laiteuse. Lorsqu'il ne se dégage plus rien de volatil , on laisse refroidir la boule.
Dans les recherches de ce genre , il y a une circonstance qui rend souvent l'analyse fuit inexacte. A froid , la plupart des alliages d'antimoine ne sont pas sensiblement attaqués. Mais , des que la combinaison commence à s'éehaufler, elle absorbe à la fois tant de chlore gazeux , qu'elle se met à rougir, et que la liqueur du récipient peut très-aisément monter dans la boule e. Il Wt donc nécessaire que, quand on veut commencer à chaufler l'alliage, on retire d'abord le tube du liquide , afin que son orifice soit situé à quelques lignes au-dessus de la surface de celui-ci. Des qu'on remarque une manifestation de lumière dans une partie de l'alliage, on cesse aussitôt de chaufler.
Après l'expérience , on coupe la plus grande partie du tube de verre courbé à angle droit, et on le lave complètement avec de l'eau , que l'on verse encore dans le flacon A\ On étend dVau la liqueur contenue dans ce flacon, cl l'on en précipite l'antimoine , à l'état de sulfure, par le moyen du gaz sulfide hydrique. On ih.sc les chlorures métalliques qui se trouvent dans la boule de verre, afin d'en