‹ Traité pratique d'hygiène industrielle et administrative comprenant l'étude des établissements insalubres, dangereux et incommodesChapitre 105 sur 240 · PHOSPHORE BLANC · texte numérisé non relu

PHOSPHORE BLANC

Il faut graduellement arriver presque jusqu’au rouge brun.

On remplace quelquefois celte chaudière par une plaque de fonte chauffée dans un four à réverbère. Elle présente une plus grande surface d’évaporation; un maniement plus facile, et permet de lancer les gaz directement dans la cheminée.

Distillation. — be produit sec pesant, friable, provenant de cette dessiccation est employé à remplir aux trois quarts de grandes cornues en terre à creuset, ou même en grès, qu'on lute soigneusement d'argile et de crottin de cheval. Ces cornues sont disposées sur deux rangs; un foyer placé en avant et audessous des carneaux donne une flamme qui vient sous les cornues et s’échappe au-dessus de chacune d’elles avant de se rendre sous une voûte générale et de là jusqu’à la cheminée.

Les becs des cornues s’adaptent dans des allonges en cuivre qui s’engagent dans des récipients en cuivre ou en plomb, le tout parfaitement luté. Le récipient a un couvercle qui donne issue aux gaz; il contient de l’eau qui sert à condenser le phosphore et à le préserver de l’air.

Le feu est conduit très-lentement d’abord; il se dégage de la vapeur d’eau, de l’hydrogène , de l’oxyde de carbone; ce n’est que plus tard, quand la température est très-élevée, que s’opère la décomposition et qu’il se dégage de l’hydrogène phosphore. Il ne faut pas laisser trop s’échauffer les récipients et empêcher aussi l’engorgement du bec du récipient en le débarrassant des corps qui s’y condenseraient.

Purification. — L’opération dure environ soixante heures; il faut, à la fin de l’ opération, que les cornues aient subi une température presque blanche qui les fait quelquefois s’affaisser sur elles-mêmes.

Quand la distillation est achevée, on rejette les cornues contenant du posphate neutre et un excès de charbon. On retire le phosphore brut des récipients, on le fond, on l’enveloppe dans une peau de chamois, et le place dans un haquet et dans l’eau maintenue à cinquante degrés sur une écumoire en cuivre; au moyen d’un levier, on l’exprime graduellement pendant qu’il est fondu, il passe à travers la peau et se rassemble au fond du vase.

J’IIOSrHOIlE.

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Cette opération, dangereuse à cause de la projection possible du phosphore, se fait maintenant en filtrant le phosphore brut, fondu sous l’eau, à travers une couche de noir animal en grains. C’est un vase cylindrique en cuivre chauffé par un bain-marie, muni d’un tuyau d’écoulement à sa base et par lequel vient s’écouler le phosphore filtré et décoloré. De là, ce phosphore passe à travers une peau de chamois qui forme le faux fond d’un cylindre rempli d’eau, chauffé aussi au bain-marie et muni d’un tuyau par lequel il s’écoule encore fondu. Cet écoulement est rapide, parce qu’on exerce une pression à l’aide d’une pompe qui refoule de l’eau chaude à la partie supérieure.

On le refond sous l’eau pour le remettre en baguettes au moyen de tubes en verres coniques, soit par l’aspiration par la bouche, soit à l’aide d’une cuvette à robinets, ce qui est moins dangereux.

On retire environ 8 à 9 pour 100 de phosphore des os brûlés. Le maximum possible serait 11 pour 100.

Fabrication parle phosphate de plomb. — On a proposé et mis en pratique le procédé suivant pour la préparation du phosphore. On traite les os non calcinés par de l’eau aiguisée de un dixième d’acide nitrique; après macération de quelques jours, il ne reste plus qu’un cartilage qui peut servir à l’obtention de la gélatine. La liqueur acide est traitée par l'acétate neutre de plomb; on lave et sèche le précipité de phosphate de plomb; puis on le porte dans des creusets ou des fours à une température voisine du rouge pour le condenser sous un volume moindre de moitié. On l’a ainsi pulvérulent, dense et non fondu; mêlé à un sixième de charbon et distillé à la manière ordinaire, il donne du phosphore.

Fabrication pari’ acide chlorhydrique et le phosphate des os. — On n’a pas encore appliqué en grand le procédé suivant à cause de la difficulté de se procurer des vases résistants à une forte chaleur dans de grandes dimensions.

On met dans un tube de porcelaine un mélange à parties égales de charbon et de cendre d’os; l’une des extrémités du tube est terminée par une allonge courbée à angle droit qui

FIIOSI'HOKE BLANC.

plonge dans un flacon d’eau froide faisant l’office de récipient. Un tube à gaz amène à l’autre extrémité un courant d’acide chlorhydrique gazeux bien desséché; on chauffe le tube au rouge vif avant de faire passer le courant d’acide; il se dégage par l’allonge de l 'oxyde de carbone et des vapeurs de phosphore qui se condensent. On pourrait utiliser directement l’acide chlorhydrique provenant de la fabrication du sulfate de soude.

Procédé Hugo-Fleck. — On a proposé en 1857, dans le but d’augmenter le rendement, le procédé suivant de préparation du phosphore.

Les os, nettoyés, broyés et dégraissés autant que possible, sont mis en macération avec de l’acide chlorhydrique jusqu’à ce qu’on ait dissous toute la partie minérale et qu’il ne reste plus qu’un cartilage qu’on transforme en gélatine. La liqueur contient du chlorure de calcium et du biphosphate de chaux; on l’évapore dans des vases de terre vernie chauffés par le feu du four à phosphore, et l’évaporation est poussée jusqu’à trentehuit degrés Baumé; on retire alors les vases du feu pour les laisser refroidir, on obtient par refroidissement des cristaux de biphosphate de chaux; les eaux mères en fournissent une nouvelle quantité par évaporation. (L’acide phosphorique qui reste dans les dernières eaux mères est obtenu en saturant celles-ci par la chaux ; on obtient du phosphate de chaux qu’on décompose avec le résidu des cornues par l’acide chlorhydrique, qui fournit une nouvelle quantité de biphosphate de chaux.)

Le biphosphate de chaux ne pouvant, à cause de sa grande solubilité, être lavé pour en séparer le chlorure de calcium, on le presse entre des toiles, ou mieux, on l’essore sur des plaques poreuses au-dessous desquelles on raréfie l’air; on le mélange ensuite avec un quart de son poids de charbon et on passe au tamis ce mélange avant de l’introduire dans les cornues. L’auteur recommande de subtiluer aux cornues ordinaires les cylindres en argile appelés cornues à gaz, de les disposer comme celles-ci, au nombre de cinq dans un même foyer, enfin de faire arriver les tubes de dégagement dans un récipient

phosphore.

commun, analogue au barillet des usines à gaz, dans lequel circule constamment un courant d’eau froide.

Causes d’insalubrité. — Danger d’incendie par l’inflammation des produits à l’air libre, et par son extension à l’usine.

Danger de brûlures pour les ouvriers.

Danger d’empoisonnement.

Causes d’incommodité. — Odeurs mauvaises.

Dégagement de vapeurs formées d’hydrogène, d’oxyde de carbone, d’hydrogène phosphore, de sulfure de carbone, pendant la distillation.

Projection possible du phosphore pendant les manœuvres de la purification, par la rupture des cornues (ancien procédé).

Fumée pendant la calcination.

Prescriptions. — Opérer le mélange de la poudre d’os et de charbon avec l’acide sulfurique sous le manteau d’une cheminée haute de quinze à vingt mètres et d’un bon tirage.

Aérer énergiquement l’atelier de travail.

Ne pratiquer l’aspiration dans les tubes de verre qu’à l’aide d’un siphon contenant de l’eau chaude alcoolisée, dans une ampoule ou renflement, que traverseront nécessairement les vapeurs de phosphore, et qu’on renouvellera souvent.

Conserver le phosphore dans des vases en fer pleins d’eau, et les emmagasiner dans un lieu sec.

En cas de brûlure par le phosphore, avoir toujours de l’huile dans les ateliers, et y faire tremper les doigts ou les parties blessées.

Phosphore rouge.

Détail des opérations. — On a remarqué depuis longtemps que le phosphore prenait une couleur rouge sous l’influence de la lumière solaire, et que celte couleur se manifestait aussi dans les gaz azote, hydrogène et autres, comme dans l’air. Aussi ne peut-on croire à la formation d’un oxyde, mais bien à un changement. d’état moléculaire.

Le phosphore amorphe ou phosphore rouge est le corps qui donne au phosphore ordinaire exposé à la lumière la couleur

l'HOSrilOIiK liOl'GE.

qu’il y prend. 11 est rouge brun, dur, au point de rayer facilement le spath d’Islande, il ne fond pas à deux cent cinquante degrés : au delà de cette température il redevient phosphore blanc. Sa densité est plus forte que celle du phosphore ordinaire; elle est de 2.10 environ. 11 est insoluble dans les dissolvants ordinaires du phosphore, même dans le sulfure de carbone; il ne brûle pas à l’air, si ce n’est à deux cent soixante degrés, quand il repasse à l’état de phosphore; ordinairement, il ne s’enflamme pas par broyage avec le sucre et les matières organiques analogues; il ri est point vénéneux. Il paraît ne pouvoir s’enflammer à l’air par frottement, qu’en présence du chlorate de potasse.

Il faut, pour l’obtenir, maintenir pendant huit à douze jours le phosphore ordinaire en vase clos à une température de cent soixante-huit à cent soixante-douze degrés; la plupart des auteurs disent de deux cent trente à deux cent cinquante degrés, et Schrolter lui-même qui l’a découvert.

Fabrication industrielle. — L’appareil se compose de trois vases concentriques en fonte en forme de creusets. Le plus externe forme le bain-marie métallique, composé d’un alliage de parties égales de plomb et d’étain; le plus interne contient le phosphore; on place entre ces deux vases un troisième vase contenant du grès pilé pour servir de bain intermédiaire et faciliter le maintien d’une chaleur constante.

On met quelquefois un quatrième vase en porcelaine, moins bien ajusté dans le dernier vase de fonte, mais moins haut et dans lequel on introduit le phosphore; ce vase de porcelaine n’est pas absolument nécessaire.

Un couvercle en fonte, maintenu par une vis de pression munie d’un étrier à trois branches, sert à fermer le vase intérieur en fonte. Ce couvercle porte un pas de vis dans lequel vient s’enrayer un tube ou siphon plongeant dans le phosphore par une de ses extrémités et dans un bain de mercure par l’autre. Ce tube est muni d’un robinet pour intercepter la communication au moment où le refroidissement s'opérant le mercure tend à passer dans l’appareil; il a pour objet de servir de

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