‹ Traité pratique d'hygiène industrielle et administrative comprenant l'étude des établissements insalubres, dangereux et incommodesChapitre 109 sur 240 · ALLUMETTES INFLAMMABLES SANS BRUIT · texte numérisé non relu

ALLUMETTES INFLAMMABLES SANS BRUIT

sur le marbre, qu’on maintient à cette température au moyen d’un bain-marie.

Les allumettes imprégnées de pâte sont laissées à l’air pendant trois heures pour les faire dessécher, puis on les met dans une étuve; en une heure ou deux, les allumettes à la colle sont desséchées, tandis qu’il faut vingt-quatre heures pour celles à la gomme. Au sortir de l’étuve on les assemble en hottes, et on les met en boites. Ce procédé dit à la mécanique , à cause de la rapidité avec laquelle les allumettes sont fabriquées, est fort défectueux, laisse se répandre dans l'atelier beaucoup de vapeur de soufre et de phosphore, et offre plus de chances d’incendie.

(Voir, dans les prescriptions, les détails des opérations.)

C’est pendant ces diverses manipulations que les ouvriers, ceux surtout qui ont de mauvaises dents, deviennent malades. MM. Boussingault et Chevallier n’ont jamais observé de cas de nécroses des maxillaires chez les ouvriers attachés aux fabriques de phosphore, où règne cependant une atmosphère chargée notablement de vapeurs phosphorées : il ne faut pas en être trop surpris. En effet, les conditions sont là bien différentes de ce qui se passe dans les ateliers de fabrication des allumettes phosphoriques. Dans le premier cas, dans la production du phosphore et dans les usines bien tenues, c’est à peine si l’on voit quelques vapeurs : elles sont disséminées dans un espace d’air considérable; car presque toutes les opérations se font suas l'eau , môme dans l’épuration du phosphore. L’industriel a intérêt à ce qu’il en soit ainsi. Dans les fabriques d’allumettes, toutes les manipulations (fabrique delà pâte, imprégnation des allumettes, mise en boite), tout se fuit à l'air, et il y a un nuage constant de vapeurs phosphorées répandues dans la très-petite quantité d’air qui circule dans des ateliers d’une minime dimension. L’action du phosphore doit donc être bien plus constante. Il faudrait rechercher si l’air ozone auquel donne lieu le phosphore ne serait pas la cause, ou une des principales causes des accidents.

PHOSPHOItB.

Allumettes sans soufre.

Les bois préparés et fixés dans leurs cadres sont chauffés de manière à acquérir vers le bout une teinte légèrement rousse, puis plongés dans une couche de trois millimètres d’acide stéarique fondu au bain-marie dans une bassine piale,. On recouvre ces allumettes d’une pâte très-inflammable contenant un corps très-oxydé pour augmenter l’inflammation.

Phosphore blanc 5,0

Gomme adragant 0,5

Eau 3,0

Sable fin 2,0

Bioxyde de plomb 2,0

Ces allumettes prennent feu plus rapidement sur leur longueur, parce que la matière grasse propage plus facilement la flamme, en brûlant elle-même.

Allumettes bougies.

Les allumettes bougies sont garnies à leur extrémité avec la pâte qui vient d’être décrite; le bois y est remplacé par une bougie formée d’une mèche, dont les fils de coton qui la composent n’ont subi pour ainsi dire aucune torsion : on les lient fixées et écartées sur un grand cylindre sur lequel elles se déroulent en passant dans un bain de cire fondue. Quand ces mèches sont refroidies, on les étire dans une filière pour les rendre cylindriques, on les coupe de la longueur voulue, on écarte un de leurs bouts et on le garnit de pâte phosphorèe au moyen des dispositions déjà décrites; ces allumettes ont pour avantage de donner une lumière très-vive pendant un temps beaucoup plus long que les autres, et de ne point dégager la détestable odeur d’acide sulfureux.

Allumettes au phosphore rouge ou amorphe.

Dans soixante grammes d’une solution de gomme, contenant la moitié de son poids de gomme, on délaye quarante grammes de chlorate de potasse pulvérisé, puis quarante grammes de phosphore rouge en poudre, enfin vingt-cinq grammes de verre

ALLUMETTES AU THOSPIIORE ROUGE OU AMORPHE. ‘i07

pilé ; le mélange intime île ces matières est étendu sur une table de marbre, selon une épaisseur de deux ou trois millimètres; il sert à imprégner les allumettes soufrées. Quand on fait usage de la gélatine, on la dissout dans beau à cinquante degrés, et pour soixante-quinze parties de colle visqueuse, on ajoute quarante grammes de chlorate pulvérisé, quarante grammes de phosphore amorphe et quinze à vingt grammes de verre pilé ; le mélange est étendu sur un marbre chauffé à trente-cinq ou quarante degrés, au moyen de la vapeur d’eau d’un vase inférieur. Les allumettes sont séchées comme à l’ordinaire.

Le mélange du phosphore rouge avec le chlorate de potasse, pour former la pâte à allumettes, offre des dangers sérieux d’inflammation , d'explosion même. Un Suédois a imaginé d’isoler les deux éléments qui constituent ces allumettes : de fixer le phosphore rouge en poudre sur une carte spéciale et le chlorate à l’extrémité de l’allumette ; de la sorte on n’a pas à courir les risques d’une inflammation accidentelle; il suffit de frictionner 1 ’ allumette au chlorate de potasse sur la carte phosphorée, pour déterminer l’inflammation immédiate.

Les allumettes au phosphore amorphe des frères Coignet, de Lyon, sont faites par ce procédé. Il comprend deux méthodes : dans l’une, le mélange appliqué à l’allumette renferme le phosphore et le chlorate. — Dans l’autre, et qui est bien supérieure, la pâte adhérente à l’allumette ne contient que le phosphore rouge, et le chlorate est fixé sur une plaque isolée. Dans ce cas les incendies sont bien moins à redouter, car on a isolé l'un de l’autre l’agent d’oxydation (chlorate), et le corps à enflammer (phosphore).

Mais comme la préparation du phosphore rouge n’est pas tout à fait exempte de danger (déflagration), il serait à désirer qu’on ne fabriquât plus quelles allumettes sans phosphore. Le fait est possible et déjà réalisé (avec un mélange de sulfure d'antimoine, de bioxyde de plomb et un peu de chlorate de potasse.)

Il existe un grand nombre de formules pour la préparation des allumettes fulminantes ou non. (Voir le mémoire de M . Tardieu, Arch. d’hyg. 1856.)

PHOSPHORE

La substitution du phosphore rouye au pliosphorc blanc a opéré une révolution complète dans la fabrication des allumettes ; seulement, il est à regretter qu’on ait été obligé de revenir à l’emploi du chlorate de potasse. Avec ces allumettes, cependant, chances d’incendie presque nulles. — Maladies des ouvriers annulées. — Empoisonnements volontaires ou accidentels rendus impossibles.

Ce qui va être décrit comme causes d’insalubrité et d’incommodité et indiqué comme mesures , n’a trait qu’aux allumettes préparées avec le phosphore blanc.

On fabrique depuis quelque temps des allumettes sans phosphore (blanc ou rouge), au moyen du chlorate de potasse additionné d’une petite quantité de bioxyde, d’oxysulfure de plomb... Ces allumettes ne sont point vénéneuses, et l’auteur, M. Canouille, assure que son procédé le met à l’abri des explosions que le chlorate mêlé à ces matières a toujours produites.

On a fabriqué depuis plus de vingt ans des allumettes dites lucifères , qui prenaient feu par simple frottement. Elles étaient faites avec un mélange de chlorate de potasse et de sulfure d’antimoine, mis en pâte avec de l’eau gommée, et dont une petite quantité était fixée à l’extrémité d'une allumette soufrée.

Au lieu de gomme, on a employé une dissolution de phosphore dans l’huile d’amandes douces, mais le moindre frottement, un rayon de soleil suffisaient pour déterminer l'inflammation de ces allumettes, aussi y a-t-on renon cé.

Causes d’insalubrité. — Dangers d’incendie; — d’empoisonnement.

Nécrose des os maxillaires pour les ouvriers qui manipulent la pâte phosphorée. Avortements chez les femmes (ce fait a besoin d’être vérifié).

Explosions instantanées.

Accidents par les vapeurs d’acide arsénieux.

Causes d’incommodité — Odeur souvent mauvaise quand il y a collection d’un grand nombre de paquets d’allumettes.

ALLUMETTES AU PHOSPHORE llOUGE OU AMORPHE.

Odeur forte dans les ateliers.

Vapeurs d’acide sulfureux dans la fusion du soufre.

Prescriptions. — Presque toutes sont indiquées dans les avis du Conseil de la Seine, relatés ci-après. Elles s’adressent à la fois au détail de la confection, au dépôt, à l’emmagasinement et au transport des produits. Je mentionnerai seulement les suivantes :

1° Pour les allumettes fulminantes .

Défendre l’emploi du phosphure de soufre.

Interdire dans la fabrication de la pâle l’addition de l’acide arsénieux.

N’autoriser la fabrication que dans un lieu isolé.

Permettre l’application de la pâte au centre des habitations.

— Mais reléguer le mélange dans un atelier éloigné de toute demeure.

Défendre l’accumulation des matières fabriquées.

Conserver les allumettes dans des boîtes en cuir ou en bois.

— Y introduire du son.

Lors du transport, déclarer la nature du produit.

Ventiler activement les ateliers.

2° Pour les allumettes chimiques ordinaires.

Défendre l'emploi du chlorate de potasse ou de tout autre sel rendant les mélanges explosibles.

Broyer à sec et séparément les matières premières.

Ne jamais préparer à la fois au delà de un kilogramme de matières mélangées de phosphore.

Conserver les matières à la cave, dans un vase plongé dans l’eau.

Construire l’atelier très-légèrement. — Le plafonner. — Sabler le sol. — L’isoler de toutes constructions. — Recouvrir de plâtre tous les bois apparents.

Limiter l’autorisation à cinq ans.

Séparer le soufroir de l’atelier du bollelage et de l’atelier de dessiccation des allumettes.

Fabriquer la pâte phosphorée dans un matras de cuivre au

PHOSPHORE

bain-marie, à une température de soixante-quinze à quatrevingts degrés.

Apporter les allumettes sèches à l’atelier du botlelage dans des caisses en métal ayant un couvercle en métal. Les enfermer dans des boîtes en bois ou en carton. — Les transporter dans des caisses en métal.

N’admettre dans les ateliers de trempe et de mise en boite, que les ouvriers et ouvrières ayant de bonnes dents et les gencives très-saines.

Maintenir toujours un ou plusieurs tonneaux pleins d’eau dans les ateliers, — en cas d’incendie.

N’y laisser séjourner aucun débris d’allumettes de rebut.

3° Pour les allumettes au phosphore rouge ou amorphe.

Observer les mêmes précautions générales et spéciales pour la préparation de la pâte phosphorée, — et la conservation et l’usage du chlorate de potasse.

Transporter isolément les plaques et les allumettes chargées du chlorate.

Enfin, tant qu’on tolérera l’emploi du phosphore blanc , on a conseillé, dans le but de rendre presque impossibles les empoisonnements accidentels ou volontaires, d’ajouter à la pâle phosphorée soit un corps amer (coloquinte ou aloès), soit un émétique (tartre stibié). MM. Causse d’Albi et Chevallier ont fait de curieuses recherches à ce sujet. L’enduit aloétique de la pâle phosphorée ne l’expose pas à l’action de l'humidité.

En outre, il faudra toujours émettre le vœu de la suppression des fabriques d’allumettes au phosphore blanc, de leur remplacement par la fabrication avec le phosphore rouge , et enfin, par des allumettes qui ne contiendront plus de phosphore. Ces deux dernières préparations devront surtout être encouragées par l’autorité. Par arrêté du 27 avril 1858, le ministre de la guerre a recommandé l’emploi des allumettes au phosphore amorphe dans tous les établissements placés sous sa dépendance.

Il faudrait être très-réservé sur les nouvelles autorisations à accorder pour le procédé ancien , peut-être même refuser d’une manière absolue, s’il s’agit de fonder de nouveaux établisse-

DOCUMENTS RELATIFS A l’iKDUSTUIE DES ALLUMETTES. 301

menls où l’on se servirait du phosphore blanc. Je dois rappeler ici, qu’en Russie, par suite d’un arrêté du conseiller d’Etat Boutovvski, les allumettes préparées au phosphore blanc sont imposées de manière à en rendre la vente plus onéreuse et plus difficile. C’est une mesure générale appliquée au débit de tous les mauvais produits, remplacés dans l’industrie par des méthodes perfectionnées et exemptes de tout danger. L’administration de notre pays devrait-elle imiter cet exemple?... Ce serait une prohibition détournée.

Documents relatifs à l’industrie des allumettes.

I. PRESCRIPTIONS DU CONSEIL DE SALUBRITÉ DE PARIS EN 1841. § ALLUMETTES CHIMIQUES.

Le conseil a pensé que la fabrication des allumettes dites chimiques devait être soumise aux conditions suivantes :

1° Ne permettre les établissements de ce genre que dans les localités éloignées de constructions en matériaux très-combustibles, ou de magasins contenant des matériaux de ce genre, tels que chantiers de bois, menuiseries, magasins de fourrages, etc.;

2“ Ne mêler le phosphore à la gomme que dans un local isolé de tous les autres ateliers ;

5“ Ne faire sécher les allumettes que dans des étuves convenablement construites et dont les étagères soient en fer, ou en bois enduit d’une couche de matières non combustibles, telles que le plâtre ;

4° Ne conserver les allumettes qu'en boites et non en paquets ; les boites doivent être placées dans une pièce séparée des autres parties de l'atelier;

5* Ne faire entrer, sous aucun prétexte que ce soit, de l’arsenic blanc, ou acide arsénieux, dans la pâte phosphorée ;

6° N’expédier les allumettes préparées qu’après avoir pris toutes les précautions déjà indiquées par le conseil, et qui sont relatées dans l’ordonnance de police du 21 mai 1838, concernant le transport des allumettes chimiques et amorces fulminantes.

A la fin de ce rapport, le conseil insista pour qu'une défense expresse fut renouvelée à tous les fabricants, relativement à l’emploi de l’arsenic, car plusieurs exemples d’empoisonnements avaient été la conséquence de cette pratique.

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