ANNÉE
§ MALADIES SATURNINES.
Le rapport fait connaître les mesures réglementaires adoptées en Angleterre dans les ateliers de M. Tliyvrel (ces mesures sont rapportées in extenso dans le compte rendu des travaux du conseil de salubrité de la Seine, 1840- 45, page 245), où l'on ne compte jamais de malades. Il est vrai d’ajouter qu'on emploie dans celte fabrique des procédés qui ne sont pas livrés à la publicité :
1° Tout ouvrier, en entrant dans la fabrique, doit ôter son habit, que l’on dépose dans un vestiaire; il doit mettre un tablier de travail ;
2° Cinq minutes avant la cessation du travail, l’ouvrier doit se laver et se brosser les mains dans de l’eau de savon et dans une eau claire, après s’être débarrassé de son tablier ;
5° Après avoir repris son habit, il doit sortir de la fabrique sans toucher à aucun des objets de fabrication ou fabriqués ;
4° Tout ouvrier qui enlève de ses habits de travail de la poussière, au moyen d'une baguette ou d’une brosse, est renvoyé.
5° La poignée de tous les outils de fabrication est tenue dans un grand état de propreté ;
6° L’ouvrier qui charge la presse doit porter des gants épais qui lui sont fournis par le fabricant; il en est de môme de celui qui décharge la presse;
7° L’ouvrier ne doit toucher avec les mains que l'enveloppe dans laquelle le blanc de plomb est mis sous la presse. Le blanc de plomb se retire avec des instruments destinés à cet effet ;
8° L’ouvrier qui porte le blanc de plomb dans les séchoirs, celui qui remplit les ateliers, doivent avoir sur la bouche et sur les narines un masque avec éponge humide. Il en est de même de l’ouvrier qui transporte le blanc de plomb à l’étuve ;
9° Avant d’écraser le plomb, l’ouvrier qui est chargé de le placer sur les pierres tranchantes doit d'abord avoir la bouche recouverte d'une éponge ; il doit, à l’aide d’un vase destiné à cet usage, verser de l’eau sur le plomb, et conserver le masque d’éponge au moment où il place le plomb sur les pierres ;
10° Un ouvrier ne peut travailler plus de quatre heures aux meules ;
11° En sortant le blanc de plomb de l’étuve, l’ouvrier qui transporte les formes (bassines) ne doit pas toucher le plomb, mais remettre les formes à un ouvrier qui les recevra. Cet ouvrier doit avoir les mains couvertes de gants et un masque sur la figure ;
12° L’ouvrier chargé de l’embarillage doit avoir un masque à éponge; il doit se placer sous le vent, de manière que la poussière soit lancée loin de lui ;
15* Le tonnelier doit avoir sur la bouche une éponge humide lorsqu’il
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cloue les barils de blanc de plomb; la même précaution doit être prise lors qu'il ouvre ou qu’il ferme ceux de litliarge ;
14“ Si un ouvrier ressent quelque incommodité dans les entrailles, il devra prendre aussitôt autant de soufre qu’il en peut tenir sur un schelling, et recommencer toutes les trois heures, jusqu’à ce qu’il ressente les effets de ce médicament ;
15° Tout ouvrier qui aura été deux fois malade par suite du travail de la céruse devra quitter ce genre de fabrication ;
16° Tout ouvrier tombé malade devra aussitôt prendre (rente grammes d’huile de ricin et 10 grammes de soufre; puis, toutes les heures, jusqu'à ce qu’il soit remis, autant de soufre qu’il en peut tenir sur une pièce de six pence.
L’usage des feuilles de plomb pour envelopper le tabac a donné lieu à des accidents et a été le sujet du rapport suivant, fait au conseil d’hygiène de la Seine par M. Boudet :
Monsieur le préfet,
Le sieur Colardeau, dans une lettre qu’il a eu l’honneur de vous adresser, a signalé à votre sollicitude les inconvénients et les dangers qui peuvent résulter pour la santé publique de l’usage adopté par un grand nombre de débitants de tabacs, et notamment par le sieur Gibert, directeur du bureau dit de la Civette, rue Saint-Honoré, n° 214, de livrer au public le tabac enfermé dans des sacs de plomb en feuilles. Cette pratique serait, d’après le sieur Colardeau, excessivement dangereuse, parce que l’enveloppe de plomb s’oxyde au contact du tabac et lui communique des propriétés vénéneuses. La régie, ajoute-t-il, vend les tabacs étrangers dans des enveloppes d’étain, sans augmentation de prix, les buralistes pourraient adopter ce système au grand avantage des consommateurs.
Vous avez, monsieur le préfet, demandé l’opinion du conseil d'hygiène publique et de salubrité sur cette consommation officieuse, et j’ai été chargé d’étudier la question qu’elle soulève.
Une enveloppe de plomb peut-elle, par le contact plus ou moins prolongé avec le tabac en poudre, lui communiquer des propriétés vénéneuses ? Tel était le point à examiner.
Pour apprécier l’action du tabac sur le plomb, j’ai institué les trois expériences suivantes :
1° J’ai renfermé une certaine quantité de tabac dans un sac de plomb;
2° J’ai renfermé dans un bocal un certain nombre de disques en papier de plomb, les uns sur les autres, mais séparés par autant de couches de tabac en poudre;
3° Enfin, j’ai suspendu une feuille de plomb dans une cloche, sous laquelle j’avais placé une large capsule remplie de tabac, de telle sorte que la vapeur seule du tabac pût agir sur le plomb. Je n’ai pas tardé à observer que, dalis
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ces trois expériences, le plomb était rapidement et fortement attaqué. Le plomb en contact avec le tabac se ternissait bientôt, présentait une surface chagrinée et sur laquelle on pouvait facilement observera la loupe de petites plaques blanchâtres. L'action produite par la vapeur du tabac était beaucoup moindre, mais très-évidente cependant, et la surface métallique exposée directement à cette vapeur se couvrait d’une espèce de duvet blanchâtre, qui en ternissait l'éclat. Ayant versé doucement sur un papier ce tabac contenu dans le sac de plomb, j’ai remarqué que les portions de poudre détachées des surfaces métalliques renfermaient une certaine quantité de parcelles blanchâtres.
Une partie du sac de plomb, nettoyée avec soin et décrassée des parcelles de tabac qui y adhéraient, a été lessivée à froid, avec de l’eau distillée, la liqueur, filtrée, a donné les réactions d'eau sans sel de plomb avec l’iodure de potassium, et l’examen plus approfondi de la substance blanche formée à la surface du métal m'a démontré qu’elle était composée de sous-acétate de plomb.
Il résulte de ces observations que dans les sacs de plomb dans lesquels on enferme le tabac en poudre, il se forme du sous-acétate de plomb en petites plaques très-friables, qui se détachent facilement du métal et se mêlent au tabac ; que ce mélange du tabac et d’une substance aussi vénéneuse que l’acétate de plomb, étant introduit dans les narines des consommateurs, peut donner lieu à une intoxication plombique et causer de graves accidents; les faits, d’ailleurs, ont déjà par avance justifié cette conclusion.
On trouve en effet dans la Gazette hebdomadaire de médecine, publiée le 31 juillet 1857, des observations du docteur Maurice Meyes, de Berlin, qui constatent cinq cas d'intoxication et paralysie saturnine produits par du tabac à priser, qui avait été, suivant l’usage répandu en Allemagne, livré aux consommateurs dans des sacs de plomb.
Ainsi, monsieur le préfet, les accidents produits par l’usage du tabac enfermé dans des enveloppes de plomb, l'existence démontrée par l'analyse chimique d’un sel de plomb à la surface des feuilles de métal en contact avec le tabac lui-même, démontre que l’emploi des enveloppes de plomb pour le débit de tabac offre de très-graves dangers, et qu'il y a lieu de le proscrire.
En conséquence, monsieur le préfet, le délégué du conseil, soussigné, a l'honneur de vous proposer d’ordonner que l’usage des enveloppes de plomb soit interdit dans tous les débits de tabac, et qu’elles y soient remplacées par des enveloppes de papier d’étain parfaitement pur.
Signé F. Boudet.
Lu et approuvé dans la séance du 9 juillet 1858.
Le vice-président, signé : A. Chevalier; le secrétaire, signé : A. Trébuchet.
(Voir Tabac.)
PLOMBIERS ET FONTAINIERS. Voir, pour les précautions à prendre dans la manipulation du plomb et la confection des objets laits avec ce métal, l'article Plomb, t. 11, p. 52 I .
veuxois, nro. i p. II