‹ Traité pratique d'hygiène industrielle et administrative comprenant l'étude des établissements insalubres, dangereux et incommodesChapitre 152 sur 240 · SAVONS DURS · texte numérisé non relu

SAVONS DURS

Savons durs»

Savon blanc. — Quand les matières huileuses sont pures, on opère comme pour le savon bleu de Marseille, mais on ne fait pas usage de lessive salée. Le relargage se fait avec des recuits, comme à l’ordinaire, après quoi on épine. On opère la coction ou cuite avec des lessives fortes pendant douze heures, on épine et ramène le savon à l’état de liquide en le brassant avec de la lessive douce ; on décante le savon liquide, et, pendant quarante heures environ, on le chauffe avec des lessives faibles, en agitant de temps à autre. On abandonne la liqueur au repos pour laisser déposer le savon alumino-ferrugineux et les impuretés, on sépare l’écume et on coule dans des vases en bois munis de deux anses, nommés servidons , pour porter ensuite le savon liquide dans des sables qui servent de mises.

Suvon de suif. — Le suif est employé souvent à la fabrication du savon; on le mêle généralement à 15 à 20 pour 100 d’huile de graines qui rendent le savon moins dur et plus soluble. Les meilleurs suifs sont ceux qui sont les plus riches en stéarine; tel est celui du mouton ; il faut en tous cas un suif bien débarrassé de ses membranes pour éviter l'odeur qu’elles communiqueraient ; on arrive encore à un meilleur résultat en jetant les premières liqueurs provenant du relargage.

On porte à l’ébullition un mélange à proportions voulues de suif et de lessive caustique, en agitant avec un râble. On ajoute de temps en temps de la lessive alcaline de plus en plus forte à mesure que la combinaison s’effectue, et, quand l’empotage est terminé, on augmente le feu et procède au relargage. On n’emploie jamais de lessive salée ; on opère le relargage et la coction comme pour le savon blanc de Marseille. On peut aussi donner au savon de suif une madrure par l’addition du sulfate de fer.

Quand on ajoute de l’huile d'œillette au suif, il faut avoir recours à l’emploi de lessives salées. La potasse est souvent substituée à la soude; mais, comme elle donnerait un savon trop peu résistant, on fait intervenir une certaine quantité de sel marin qui fournit de la soude aux acides gras, tandis que la

SAVONS

potasse produit du chlorure de potassium. Ces lessives mères, provenant del’épinage, sont calcinées et donnent un salin trèsblanc qu’on vend sous le nom de Potasse des Savonniers.

Le savon de Palmier s’obtient d une manière à peu près semblable ; il est fort beau et possède une odeur agréable qui le fait employer en parfumerie.

Savons mous.

Les savons mous sont faits avec les huiles de graines et avec la potasse ; ils contiennent de l’eau en plus grande quantité que les savons durs, ils sont aussi plus solubles qu’eux. Ils sont fortement alcalins, parce qu’on ne pourrait les séparer de la lessive qu’avec une dose excessive de lessive salée qui les changerait en savon de soude beaucoup plus dur. Ils sont surtout appliqués au dégraissage des laines et des substances grossières.

La lessive de potasse se fait comme celle de soude ; on la fait bouillir plusieurs heures dans une grande chaudière avec une quantité convenable d’eau et d’huile ; le mélange s’épaissit, devient transparent et finit par prendre un degré de consistance suffisant pour qu’on y reconnaisse la fin de l’opération. On verse, à l’aide de poches en cuivre jaune, le savon liquide dans des réservoirs en pierre calcaire d’où on le tire pour le mettre dans des tonneaux; ce savon retient tous les produits de saponification, même la glycérine.

Si l’on s’est servi d’huile de chènevis, le savon est naturellement verdâtre ; de là vient le nom de savon vert ; quand on s’est servi d’autres huiles, il est jaunâtre, on le ramène au vert avec un peu de sulfate d’indigo.

Le savon fait avec l’acide oléique des fabriques de bougies est mou, on l’emploie au graissage des laines ; on peut le rendre plus dur, en y ajoutant, pendant la saponification, un à deux dixièmes d’huile de palme.

Savon de résine. — Le savon de résine ou savon jaune est un savon très-consistant, très-soluble, qu’on obtient en saponifiant la résine avec une certaine quantité de suif pour donner au savon la dureté qu’on désire. La fabrication de ce savon repose sur

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