SANGS II! S
L'inspection ne doit, du reste, s'exercer que sur les sangsues mises en vente pour être appliquées à l’usage médical ; on n’aura donc pas, en général, à s'occuper de celles qui se trouvent en entrepôt, soit pour être expédiées en pays étranger, soit pour être employées au peuplement de nos marais; mais s’il y avait lieu de soupçonner que, dans les entrepôts, on livrât au commerce de détail des sangsues gorgées, l’état des sangsues destinées à la vente devrait être soigneusement vérifié, pour qu’il fût procédé à la répression de ce fait, comme à l’égard des débitants.
Cette disposition est particulièrement applicable aux départements producteurs de sangsues et aux départements frontières par lesquels il en est importé.
Les instructions qui précèdent, monsieur le préfet, ont été concertées entre mon département et celui de la justice ; j’ai donc la certitude qu’en se pénétrant de leur esprit les personnes préposées à l’exercice de la police médicale obtiendront le concours des autorités judiciaires. Il serait d’ailleurs superflu de leur recommander d’apporter à leurs opérations tous les soins nécessaires pour qu’elles offrent la double garantie d’efficacité et d'impartialité que le public et le commerce doivent désirer.
Signé : E. Rocher.
\ II. COMITÉ CONSULTATIF D’HYGIÈNE PUBLIQUE. — INSTRUCTION SCR LES MOYENS DE RECONNAÎTRE LE GORGEMENT DES SANGSUES. (Conseil du Nord, t. IV, 1857.)
Pour s’assurer que la proportion de 15 pour 100 du poids de l'animal n'est pas dépassée, les personnes chargées de l’inspection prendront au hasard quelques sangsues de chaque provenance et de chaque sorte dans les boutiques et magasins dont elles feront la visite. Ces sangsues, après avoir été essuyées avec du papier Joseph ou un linge usé, seront pesées, puis immergées pendant deux minutes dans une dissolution saline tiède ; on fera ensuite sortir tout le sang qu'elles contiennent en les pressant longitudinalement, suivant la méthode ordinaire; elles seront pesées de nouveau, et la différence des pesées donnera la proportion de sang qu’elles n’avaient pas encore digéré.
Il est bien entendu qu’une sangsue ne doit pas être reconnue bonne par cela seul qu’elle ne céderait pas à la pression une proportion de sang supérieure à celle qui vient d’être indiquée. Tous les médecins, tous les pharmaciens connaissent les caractères extérieurs qui permettent de distinguer une sangsue propre à l’usage médical de celle qui doit être rejetée. 11 n’esl pas besoin de les leur rappeler ici, et ceux qui seront chargés de l’inspection ne manqueront pas de faire saisir les sangsues qu’ils trouveraient dans un étal maladif ou de mauvaise qualité, lcrs meme qu’elles ne contiendraient pas un atome de sang étranger.
SAVONNERIES
VIII. ARRÊTE DE M. LE TRÉFET I>E LA GIRONDE POUR L’EXIl UMATION DES ANIMAUX ENFOUIS PAR LES ÉLEVEURS DE SANGSUES.
Le préfet de la Gironde, etc.,
Vu une lettre, en date du 22 février dernier, par laquelle M. le maire de Parempuyre expose que quelques personnes déterrent, pour en exploiter les os, les chevaux enfouis dans les palus et les marais par les éleveurs de sangsues ;
Vu les avis et les propositions de MM. les ingénieurs du service hydraulique, en date des 14-16 mars courant ;
Vu la loi des 16-24 août 1790 ;
Considérant que l’exhumation des animaux qui ne seraient pas enfouis depuis dix ans présente de graves dangers pour la salubrité publique,
Arrête :
Article 1er. Les cadavres des animaux enfouis par les éleveurs de sangsues ne pourront être exhumés qu’après dix ans et en vertu d’une autorisation du maire de la commune.
Fait à Bordeaux, le 19 mars 1 857 .
Le préfet de la Gironde, De Mentque.
SAPONIFICATION DES RÉSIDUS DE L’ÉPURATION DES HUILES. Voir Huiles ( Industrie des), t. II, p. G9. SARDINES. Voir Conserves alimentaires, t. I, p. 480.
SAURAGE DES HARENGS ET DES POISSONS. Voir Conserves alimentaires, 1. 1, p. 471 et 477.
SAVONS (Industrie des).
Savonneries (5' classe). — 15 octobre 1810. — 11 janvier 1815.
Détail des opérations. — Un savon est une combinaison d’un acide gras avec un oxyde métallique ; il ne sera ici question que des savons à bases de soude et de potasse.
Les savons durs sont à base de soude, les savons mous à base de polasse. Le Nord fabrique ses savons avec les huiles de coco, de palme et le suif; le Midi avec les huiles de sésame et d’olives, cette dernière provenant de l’expression à chaud des marcs déjà épuisés à froid.
Saponifier un corps gras, c’est le décomposer en glycérine et acides gras, lesquels s’unissent à l’alcali employé; c’est une opération semblable qui a été décrite pour saponifier le suif par la chaux dans la fabrication des bougies.
SAVONS
Lessive en barille. — La lessive caustique employée à la saponification se fait dans des barquieux ou cuviers à double fond en bois ou en fonte. On éteint une certaine quantité de chaux, on l’amène à l’état pâteux par une nouvelle addition d’eau : on la mélange avec de la potasse ou de la soude pulvérisée, et même avec des cendres de végétaux, pour donner de la porosité à la masse, et on jette le tout sur le double fond du cuvier, préalablement recouvert de paille. On verse de l’eau jusqu’à ce que la chaux en soit recouverte de dix centimètres environ, on abandonne au repos pendant douze heures, et, à l’aide d’un robinet placé au bas de la cuve, on soutire la liqueur pour la faire repasser sur la chaux : on arrive ainsi à décarbonaler presque complètement l’alcali. On verse une nouvelle quantité d'eau à plusieurs reprises, afin d’obtenir une deuxième dissolution alcaline plus étendue, marquant quatre à six degrés ; les dernières liqueurs servent à de nouveaux lavages.
Dans cette opération, le carbonate alcalin s’est transformé en potasse ou en soude caustique, nommée barille , tandis que la chaux est passée à l'état de carbonate.
La saponification s’exécute dans des chaudières qui ont la forme d’un tronc de cône renversé, terminé par un fond hémisphérique à la partie inférieure; ce fond est en cuivre et même en tôle forte, il est seul exposé au feu direct ; la partie conique tantôt en cuivre, tantôt en douves de bois mêlées et enclavées dans une maçonnerie. Les chaudières des États-Unis sont en fonte; deux pièces forment la partie conique, le fond constitue la troisième ; ces pièces sont reliées par du ciment de fonte et encastrées dans la maçonnerie. On remplit cette chaudière au quart de lessive faible, on y verse l’huile à saponifier et l’on fait bouillir le mélange; il se fait une sorte d’émulsion par suspension de la matière grasse en excès, au moyen d’une partie de la masse saponifiée ; c’est la production de ce mélange qu'on nomme Yemjiâtaye. On ajoute successivement de la lessive faible et de l’huile, en tenant toujours un feu modéré, et la masse bien empâtée et homogène, de manière à n'avoir ni huile, ni lessive séparée. On remue constamment avec un râble : ce
SAVONNERIES
brassage , très-fatigant à la main, sc fait maintenant à lamépanique. La masse passe à l’ébullition tranquille, elle a un aspect péteux et non liquide; ce dernier état indiquerait un excès de l’un des corps en présence. 11 se sépare souvent, sous forme d'huile surnageante, une certaine quantité de savon, ce qui provient d'une proportion trop forte de sel marin dans la soude employée; on y remédie par une addition de soude douce qui ramène à la consistance convenable.
Quand l’empâtage est terminé, on procède au relargage: cette opération a pour but d’enlever l’excès d’eau dans lequel nage le savon, et l’alcali caustique en excès. Pour cela, tandis qu’un ouvrier remue constamment la pâte avec un râble, un autre projette peu à peu à sa surface une lessive alcaline, riche en sel marin, qui porte le nom de recuit.
Par l’agitation, la lessive salée se répand dans toute la masse savonneuse, et on fait exsuder l’excès d’eau ; on l'abandonne alors au repos pendant deux ou trois heures, on procède ensuite au soutirage ou épinuge au moyen d’une ouverture placée dans le fond de la chaudière; on retire deux fois plus de liquide qu’on avait ajouté d’alcali salé si l’opération a été bien faite.
Après le premier épinage, on procède à la cuite ou coction du savon; on le porte à l'ébullition, on procède à un deuxième épinage, puis on ajoute une nouvelle lessive alcaline salée ; on maintient une ébullition modérée, le savon prend de plus en plus de la consistance ; quand la lessive alcaline a cessé d’être caustique, on procède à un troisième épinage, et on ajoute une troisième quantité de lessive.
Cette troisième ébullition, avec une quantité considérable de lessive forte, donne une solidité plus grande à la pâte ; quand la lessive s’est épuisée, ce qui arrive au bout de quelques heures, on procède à un quatrième épinage, à une quatrième addition de lessive, et ce jusqu’à six et même sept fois. 11 faut une grande habitude pour ne pas dépasser le point de cuite convenable, ce qui changerait notablement l’aspect et la résistance du savon. Quand le travail est bien fait, les derniers produits de Y épinage f
SAVONS
qui pendant longtemps ont été considérés comme impropres à la saponification, peuvent être utilisés.
Après la cuite on exécute le madragë ; la pâle, qui se durcit de plus en plus à mesure que le refroidissement s’accomplit, a une couleur d’un gris bleuâtre assez foncé, due au sulfure de fer mêlé au savon alnmino-ferrugineux. Outre l'alumine et l’oxyde de fer provenant des soudes brutes employées à la fabrication de la soude caustique, la pâle contient du sulfate de fer qu’on a ajouté sur la fin de l’empâtage, afin d’obtenir une madrure plus vive. Ce sulfate est précipité par la soude, il se dépose un oxyde hydraté vert bleuâtre qui se transforme en sulfure noirâtre sous l’influence du sulfure de sodium contenu dans la soude brute ; il y a élimination du sulfate de soude en quantité correspondante à celle de l’oxyde. Pour obtenir une madrure verte ou bleue, selon la proportion du fer, on laisse partiellement refroidir le savon, il tend à se séparer en deux couches, l’une supérieure, incolore, l’autre contenant le savon aluminoferrugineux ; c’est donc en troublant la masse à un certain moment du refroidissement qu’on arrive à produire les veines colorées qui sont presque les signes distinctifs du savon de Marseille.
La madrure se fait d’une manière bien plus simple en Angleterre qu’en France, où elle demande un grand travail et une certaine adresse. Voici le procédé anglais : Quand le savon est presque terminé, on se contente de verser dans la chaudière une dissolution concentrée de soude brute, qu’on répand uniformément au moyen d’un arrosoir; cette lessive dense et contenant des sulfures détermine la madrure en passant au travers de la masse pâteuse du savon.
Le savon, ainsi préparé, est coulé dans des mises, on l’expose ensuite à l’air, ce qui modifie sa madrure ; arrivé à un certain étal de dureté, on le coupe en prismes rectangulaires.
Les lessives qu’on retire sont employées, comme je 1 ai dit, au relargage de la pâte.