MODE DE BLANCHISSAGE QUI Y EST PRATIQUÉ, ET BLANCHISSAGE EN GÉNÉRAL
Dans les lavoirs publics de Paris, le blanchissage s’opère en général,
aujourd'hui, de la manière suivante : chaque laveuse apporte au lavoir son linge disposé en paquets peu volumineux; chaque paquet contient soit une paire de draps, soit six ou sept pièces de linge au plus, formant un volume à peu près équivalent à une paire de draps. Ce linge est cousu ensemble, de manière que chaque pièce reste aussi séparée que faire se peut. En arrivant, chaque laveuse jette son linge dans un cuvier plein d’eau froide, faisant ce qu'on appelle l’essangeage ou échangeage de son linge elle-même. Un numéro en zinc est attaché à chaque paquet, et un numéro semblable est remis à la laveuse ; puis tous les paquets sont mis dans un même cuvier, où en général le lessivage est fait par affusion de lessive. Divers procédés plus ou moins ingénieux sont mis en usage pour entretenir le courant de la lessive à travers le linge. Dans quelques lavoirs, des courants de vapeur sont établis en sens inverse, de manière à entretenir la chaleur et à hâter l'effet de la dissolution alcaline. La force de la lessive varie de trois à six degrés.
La lessive se coule la nuit; le lendemain matin, les paquets sont remis à la laveuse, qui paye dix centimes pour chaque paquet ainsi lessivé, et opère elle-même le savonnage et le rinçage de son linge; pour cela, on lui donne dans le lavoir, à raison de cinq centimes l'heure, une place, où elle a à sa disposition deux grands cuviers, un petit baquet, une planche à laver, un chevalet pour poser son linge à égoutter, et une boite en bois pour se préserver de l’eau. Elle a l’eau froide à discrétion, mais elle se fournit elle-même de savon et elle paye cinq centimes chaque seau d’eau chaude ou de la lessive qui a servi la nuit précédente, et qu’elle va chercher elle-même à deux robinets disposés à cet effet.
Un séchoir à air libre, situé au sommet du lavoir, lui permet d’y placer son linge pour le sécher.
Le blanchissage du linge comporte en général cinq opérations distinctes que nous examinerons successivement, savoir:
1° L’essangeage nu échangeage;
2“ Le lessivage;
3° Le savonnage ;
48 Le rinçage ;
5° Enfin le séchage.
La première fie ces opérations consiste simplement à laver le linge grossièrement, pour le débarrasser des impuretés les plus grossières qui y adhèrent, dans de l’eau froide, à laquelle on ajoute cependant quelquefois un peu de savon.
Dans de certains cas, surtout quand le blanchissage se fait à la vapeur, ainsi que nous l’avons vu pratiquer à la buanderie de l’École militaire, on supprime cette opération; nous pensons que c’est à tort et qu’on devrait toujours échanger le linge, à moins qu’il ne soit très-peu souillé.
En effet, beaucoup de matières sont aussi solubles dans l’eau pure que dans les dissolutions alcalines; quelques-unes même, telles que les matières calcaires, forment avec ces dissolutions des savons insolubles. Si on soumet le linge à l’action de la lessive avant de l’avoir débarrassé de ces matières et des impuretés les plus grossières, souvent à peine adhérentes au tissu et qu’un simple barbotage aurait enlevées, elles y pénètrent, salissent la lessive, qui souille les pièces de linge voisines, et y produit des taches que l’on ne peut plus enlever ensuite qu’en usant du savon et frottant fortement le linge, ce qui en détermine l’usure.
La deuxième opération, la lessive, est la plus importante du blanchissage; elle consiste, comme on sait, à mettre en contact, dans des conditions favorables, le linge avec des dissolutions alcalines qui, en saponifiant les graisses, rendent solubles dans l'eau les matières dont l’étoffe est souillée et permettent ensuite de les enlever par le lavage.
Beaucoup de procédés sont en usage pour effectuer cette opération ; afin d’être à même de les apprécier et de les comparer, nous rappellerons sommairement les faits suivants, bien connus de tous ceux qui se sont occupés de cette question :
1° Une température de cent à cent dix degrés est nécessaire pour que la saponification puisse s'opérer complètement;
2° A une température de trois à quatre cents degrés, tous les alcalis, même en dissolution faible, exercent une action destructive sur les fibres des tissus;
5° A une température même de cent degrés, les dissolutions trop concentrées (six ou sept degrés du pèse-lessive), surtout celles de soude ou potasse caustique, attaquent les tissus ;
4" Enfin on a reconnu que tout changement trop brusque de température du linge peut crisper les fibres textiles, et que, de plus, l’action d’un liquide bouillant ou d’un jet de vapeur sur le linge froid fixe et réunit en quelque sorte les matières animales et albumineuses, qui ne peuvent ensuite être enlevées que par l’emploi du savon et un frottement long et difficile, (liemarques de MM. Herpinet Rouget, de Liste.)
Ces principes vont nous servir de guides dans l’examen que nous allons entreprendre des diverses méthodes en usage.
Ainsi que nous avons eu occasion de le dire ci-dessus, en Angleterre, en
LAVOIRS
Belgique, en Hollande et dans une partie de l’Allemagne, le lessivage se borne à faire bouillir longtemps le linge dans de l'eau de savon. Ce procédé est long, dispendieux, et exige de nombreux lavages qui fatiguent les tissus par les frottements prolongés de ses fibres. Une foule de procédés mécaniques ont été inventés pour opérer ces longs lavages d’une manière économique ; mais tous ces procédés ont le grave inconvénient de faire frotter indistinctement toutes les parties des étoffes, qu elles soient plus ou moins sales, soit les unes contre les autres, soit contre, les parois des appareils, ce qui détermine une usure rapide.
Le savon, dit Berzélius dans son Traité de chimie organique (t. I, p. 571, éd. 1851), agit de deux manières :
1° Il forme une dissolution émulsive avec les corps qui se trouvent sur l’étoffe, et qui se dissolvent ainsi dans l'eau de savon.
2° En vertu de la faculté avec laquelle les sels dissous qui constituent le savon abandonnent leur alcali, qui, mis en liberté, réagit sur les impuretés qui salissent l’étoffe, ces impuretés s'unissent avec les alcalis pour donner naissance à des sels solubles. L’emploi direct des alcalis est donc évidemment plus économique que le savon, puisque dans les dissolutions alcalines, qui coûtent moins cher, les alcalis se trouvent immédiatement en contact avec les impuretés de l’étoffe, pour se combiner avec elles. A la vérité, à la température ordinaire, les carbonates de soude et de potasse dissolvent moins bien les impuretés, le dégagement de l’acide carbonique s’opérant moins facilement que la composition de l’oléale neutre; mais, si on emploie le carbonate potassique à une température de cent degrés, l’acide carbonique est chassé par l’ébullition, et il produit le même effet que l’eau de savon.
Le seul avantage que présente l’eau de savon, c’est qu’elle n’altère pas le linge, comme le fait une dissolution alcaline, si elle est trop forte ou à une température trop élevée; mais on peut éviter ces inconvénients, et, comme nous l’avons dit, le lavage prolongé du linge, après la lessive à l'eau de savon, est une autre cause d'usure inévitable.
Nous partageons donc l’avis de l’ingénieur anglais que nous avons cité plus haut, et nous pensons que ce n’est pas en Angleterre que nous devons chercher un modèle de blanchissage.
En France, en Italie, en Espagne, on emploie généralement pour la lessive les dissolutions alcalines, soit qu’on les obtienne par le lavage des cendres, soit qu’on les compose avec les sels de commerce, sous-carbonates de soude (cristaux de soude), sous-carbonates de potasse (potasse), sels de soude ou de potasse. On doit donner la préférence aux dissolutions des sous-carbonates. Avec le lavage des cendres, on ne connaît pas bien, en général, la nature et la quantité des sels qui composent la lessive dont on se sert.
Les sels de soude et de potasse du commerce étant composés de soude ou potasse caustiques et sous-carbonatées, les lessives ne peuvent être exactement les mêmes; aussi est-il préférable d'employer les cristaux desonde (sous-carbonate de soude); ce sel, constant dans sa composition, offre le moyen certain d’obtenir des lessives au même degré, en dissolvant la même
loô
quantité dans l’eau, roui’ plus de sûreté, on apprécie encore le degré de la solution alcaline au moyen d’un pèse-sel.
Quant au mode d'opérer, celui suivi depuis longtemps, en usage encore presque partout, surtout dans les campagnes, consiste à entasser le linge immédiatement après l’échangeage, et lorsqu'il est encore mouillé, dans un cuvier élevé sur un tréteau de cinquante à soixante centimètres, et percé sur le devant d’un trou de deux à trois centimètres de diamètre, qu’on ferme par un bouchon pendant le travail préparatoire; au-dessous de ce point se trouve, placé sur le sol, un autre cuvier beaucoup plus petit, destiné à recevoir le liquide qui s’écoulera du premier cuvier *.
En plaçant avec soin le linge dans le grand cuvier, on met au fond le linge le plus fin, puis on accumule par-dessus le surplus du linge, en terminant par le plus grossier et le plus sale. Cela fait, on couvre le tout d’une toile grossière, en deux ou trois doubles, qu’on appelle, à Paris, charrier; sur ce charrier on répand une couche de cendres de bois, plus ou moins épaisse, selon la quantité de linge que contient le cuvier; cette couche se recouvre d'un aulre charrier, et l’opération du coulage commence.
On fait chauffer dans un chaudron, qu'on remplit successivement à mesure qu’il se vide, une quantité d’eau assez considérable pour noyer en plein tout le linge du cuvier, occuper une bonne partie de la capacité du petit cuvier, et aussi la plus grande partie du chaudron qui est sur le feu. Aussitôt que l’eau du chaudron est bouillante, on la verse avec une écope sur le charrier qui couvre le cuvier, et l'on ôte le bouchon qui est à la partie inférieure. On remplit alors le chaudron d’une nouvelle quantité d’eau, qui, arrivée à l’ébullition, est encore versée sur le cuvier à lessive, jusqu'à ce que l’eau, après avoir traversé le cuvier et tout le linge qu’il contient, soit tombée dans le cuvier inférieur en assez grande quantité pour qu’il soit plein.
A partir de ce dernier moment, c’est l’eau de ce dernier cuvier qu’on remet dans le chaudron, pour la reporter au degré d’ébullition et continuer à arroser le cuvier à lessive. L’opération continue ainsi pendant le temps supposé nécessaire pour obLenir un bon lavage, temps qui n’est jamais moins de douze heures et qui va souvent jusqu’à dix-huit et plus. On connaît le but de celte opération : l’eau bouillante versée sur le charrier le traverse, dissout les sels alcalins contenus dans les cendres, traverse le linge qui s’y trouve, dissout en attaquant et entraînant les matières étrangères qui le salissent.
La lessive ayant beaucoup plus de force et de mordant en sortant du charrier qu’elle n’en conserve à mesure qu’elle pénètre dans les couches inférieures du linge, on conçoit pourquoi on met au sommet du cuvier le linge le plus sale et le plus grossier, et au bas les tissus les plus délicats et les moins sales. Mais il s’ensuit, d’un autre côté, que cette lessive, ne pouvant entraîner à travers toute la masse du linge toutes les ordures qu’elle a dis—
4 Nous empruntons la description de cet ancien procédé à la notice de M. Dujardin d’Uardevilliers (Revue de l' Exposition).
I, AVOIRS
soutes et entraînées des couches supérieures, en laisse une partie dans le linge qui est au bas du cuvier; de telle sorte qu’à la fin de l’opération tout le linge est à peu près également souillé et a besoin d’ôtre également lavé et savonné. On doit remarquer, en outre, que si le linge n’a pas été arrangé avec un soin tout particulier dans le cuvier, il s’y formera des fauxfuyants dans lesquels des courants de lessive s'établiront; de telle sorte que certaines parties de la masse seront à peine atteintes par la lessive, qui coulera presque toute sur les mêmes pièces de linge, sur lesquelles elle laissera des traces qui ne s’effaceront que par un savonnage et un frottement long et difficile. 11 suffit de se reporter aux principes que nous avons énoncés plus haut pour comprendre, en outre, combien cette méthode présente d’inconvénients. La lessive, qui, au commencement de l’opération, arrivera subitement bouillante sur les premières couches du linge froid et humide, aura l’inconvénient que nous avons signalé pour toute la masse de linge contenue dans le cuvier; le lessivage ne s’opérera jamais qu’à une température bien inférieure à celle de cent degrés, puisque c’est à cette température seulement que la lessive est prise dans le chaudron et qu’elle se refroidit nécessairement lorsqu’on la verse sur le charrier en traversant toute la masse du cuvier.
Enfin, les cendres de bois contenant des quantités très-variables et trèsdiverses de sels alcalins, on ne connaît jamais exactement la composition et la force de la lessive à laquelle on soumet le linge.
Dans ces derniers temps, beaucoup de procédés ont été inventés et mis en usage pour remédier aux inconvénients de cet ancien mode de lessivage. Nous avons déjà dit que la cendre est en général remplacée par des souscarbonates de soude, et c’est là réellement un perfectionnement important.
Le cuvier inférieur a été supprimé et remplacé par le chaudron, destiné au chauffage de la lessive, et des moyens mécaniques ou la pression de la vapeur servent à élever la lessive bouillante et à la verser sur le haut du cuvier; mais ces perfectionnements, qui économisent la main-d'œuvre, ne remédient pas aux inconvénients majeurs que nous avons signalés.
Comme il est bien reconnu que, pour que le blanchissage soit complet et que le linge soit purifié de tous les miasmes morbides qu'il peut contenir, il faut absolument que la lessive soit bouillante, on a imaginé dans ces derniers temps de faire traverser toute la masse du linge, par des courants ascendants de vapeur, tandis qu'il est traversé en sens inverse par les lessives. Mais les appareils inventés dans ce but sont chers et compliqués, et il est difficile d’éviter que les vides ménagés dans le linge pour les courants de vapeur ne servent de faux-fuyant à la lessive, dont l’effet n’est plus alors général.
L’examen que nous avons fait de ce mode de lessivage, même en employant les appareils les plus perfectionnés, parmi lesquels on doit ranger en première ligne ceux de Moque et Bouillon, nous a convaincu qu'il était inférieur, sous tous les rapports, au procédé connu sous le nom de blanchissage à la vapeur, dont il nous reste à nous occuper. Avant de passer toutefois à fera-
DOCUMENTS RELATIFS A L’iNDUSTRIE DES LAVOIRS.
men de ce procédé, encore peu répandu, comparativement à celui du lessivage par affusion de lessive, encore généralement appliqué et pour lequel des appareils divers sont en usage, il nous paraît utile de résumer les conditions que doivent remplir ces appareils pour mettre à même d’apprécier le mérite de chacun d’eux cl de s’en servir convenablement. Il suffit pour cela de se rappeler les principes posés au commencement de ce chapitre.
L’appareil sera le meilleur possible : 1* si toute la masse du linge exposé à la lessive parvient à une température uniforme de cent dix degrés et ne se trouve en aucun point exposée à en subir une supérieure de cent dix ou cent quinze degrés;
2° Si tout le linge soumis à l’appareil y reçoit également la dissolution alcaline;
5“ Si cette dissolution, employée d’abord à deux ou trois degrés du péselessive, ne se concentre pas de manière à'atteindre plus de’force à la fin de l’opération.
4° Enfin, si la masse du linge s'y échauffe progressivement et si aucune partie ne s’y trouve exposée à un changement trop brusque de température. L’appareil le plus économique sera celui où, toutes ces conditions étant remplies, l'opération aura la plus courte durée. Le procédé de blanchissage à la vapeur consiste à plonger le linge que l’on veut nettoyer dans une dissolution alcaline convenablement dosée, de manière à l’en imprégner également; puis à l’exposer à un courant de vapeur qui, en élevant progressivement la température à cent degrés, détermine la saponification des matières grasses qui le salissent et les rende ainsi solubles dans l'eau; de telle sorte qu’il suffise après d’un simple rinçage pour les enlever. Ce procédé a été indiqué depuis longtemps comme le meilleur par les savants qui se sont occupés de cette matière.
Dès 1807, Chaplal, dans son Traité de chimie appliquée aux arts (t. III, page 67), disait à son égard :
« Cette manière de lessiver est sans doute la plus avantageuse; elle est en même temps la plus économique. La chaleur constante qui est imprimée à toute la masse est de quatre-vingt-cinq à quatre-vingt-dix degrés, tandis que celle des lessives ordinaires n’est jamais que de soixante-dix à soixante-douze degrés.
« Toute la masse reçoit une action uniforme, tandis que, par la manière rdinaire de couler les lessives, il se fait de faux-fuyants où s’échappe le liquide, et une grande partie du linge est soustraite à son action. »
Après Chaplal, Berthollet, Cadet de Vaux, Curandeau et autres ont également préconisé ce procédé; et cependant il n’a commencé à se répandre un peu que dans ces dernières années. On ne doit pas toutefois attribuer à la routine seule le temps que ce procédé, si simple, si rationnel en principe, a mis à se populariser. Les premiers appareils employés étaient compliqués et dispendieux; en général, on employait de la vapeur produite par des générateurs à hante pression ; et celle vapeur, arrivant subitement sur le linge froid et humecté de lessive, le brûlait ou au moins coagulait les
LAVOIRS,
matières albumineuses et laissait le linge maculé de taches difficiles à enlever. Le préjugé que la vapeur brûlait le linge se répandit dans le public et en fit rejeter l’emploi. — En 1857, M. le baron Bourgnon publia une brochure qui jeta un grand jour sur le lessivage à la vapeur et contribua à en propager l’usage. Dans ces dernières années, les appareils se sont simplifiés. MM. Charles et C'°, surtout, profitant, vers 1844, des travaux de leurs devanciers, commencèrent à, fabriquer et à livrer à l’industrie des appareils simples et commodes, et contribuèrent ainsi puissamment à étendre ce procédé. Enfin, en 1855, une commission nommée par le ministre de la guerre, pour étudier la question du blanchissage de l'armée, fit un rapport dans lequel on trouve le passage suivant :
« La commission, après diverses vérifications et expériences effectuées sur place, a constaté que le lessivage à la vapeur nettoie parfaitement le linge, ne brûle aucunement eL assure la conservation, en ce sens, que l'emploi de la brosse et du battoir devient complètement inutile pour le lavage; la lessive est faite en beaucoup moins de temps que par le coulage ordinaire (six heures au lieu de vingt-quatre). »
11 y a donc, en définitive, économie de main-d’œuvre, de combustible et de savon, amélioration notable dans la propreté du linge et prolongation de sa durée. La puissance de la routine peut seule expliquer que le procédé du lessivage à la vapeur déjà préconisé par Chaptal, Cadet de Vaux, Curandeau, ait été aussi longtemps à se répandre.
Aujourd’hui, un assez grand nombre d’établissements hospitaliers et de bienfaisance sont pourvus d’appareils à vapeur de systèmes différents et en obtiennent de bons résultats.
Sur le rapport, un décret fut rendu le. 10 décembre de la même année pour l’institution de buanderies militaires, et des appareils à vapeur ont été établis dans la plupart de ces buanderies, notamment à l’École militaire de Paris.
Nous avons visité cette dernière buanderie, et nous y avons vu fonctionner les appareils de la maison Charles et Cie, à l’aide desquels on blanchit, avec une grande économie, neuf cents kilogrammes de linge par jour. Ce qui précède nous parait établir d’une manière incontestable la supériorité du procédé du blanchissage à la vapeur sur l’ancien mode de coulage. Il nous reste donc seulement à indiquer les précautions à prendre pour obtenir les meilleurs résultats de l’emploi de ce procédé.
Le linge doit, en général, être immergé à sec dans une dissolution de sous-carbonate de soude à deux et demi ou trois degrés au plus du pèselessive. On peut d’ailleurs, ici, proportionner la force de la dissolution alcaline à la nature et à l’état de saleté du linge, avantage que n’a pas l’ancien procédé.
Lorsque le linge est très-sale, on doit commencer par l’essanger,en ayant soin de le tordre pour enlever l’eau en excès, et il faut alors le plonger dans une dissolution un peu plus concentrée de sous-carbonate, afin qu’ après son immersion le liquide accuse encore deux degrés et demi, ou trois degrés, au pèse-lessive
DOCUMENTS RELATIFS A l'iNDUSTRIE DES LAVOIRS. 157
En général, comme nous venons de le dire, et pour le linge qui ne contient pas d’impuretés trop grossières, on se dispense de l’essangeage, et on plonge le linge bien sec dans un cuvier dans lequel on a préalablement mis autant de litres de la dissolution de sous-carbonate que l'on a de kilogrammes de linge sec à blanchir. On doit avoir soin de tremper le linge le moins sale et le plus fin le premier ; à mesure qu’une pièce a été bien imbibée de lessive on la place à égoutter, soit sur des barres de bois, soit sur une planche percée de trous au-dessus de la cuve à lessive; de telle sorte que le linge le plus sale et le plus grossier, qui a été immergé le dernier, se trouve audessus, et soit par conséquent repris le premier pour être placé au fond de l’appareil à vapeur.
Tout le linge imprégné est alors placé l’un sur l’autre dans ces appareils, en ayant soin de ménager des vides pour la circulation de la vapeur ; dans les appareils de la maison Charles et Cia, ces vides sont conservés au moyen de bâtons verticaux espacés de vingt-cinq centimètres à trente-cinq centimètres, entre lesquels on entasse le linge, et que l’on enlève quand le cuvier est rempli. Le haut de ces conduits de vapeur est fermé par une pièce de linge, et on fait arriver la vapeur, en ayant grand soin qu’elle n’arrive d’abord que modérément et à une température qui ne doit jamais dépasser cent à cent dix degrés. Dans les appareils de la maison Charles et Cic, la vapeur est produite peu à peu par un foyer allumé au-dessous du cuvier même, au fond duquel se trouve, sous un double fond qui supporte le linge, une chaudière contenant de l’eau pure; quelque soit l’appareil qu’on emploie, il est très-important de veiller à ce que la vapeur s’introduise, d’abord lentement, et sans être surchauffée, dans toute la masse du linge : cette vapeur, en se condensant, cède sa chaleur latente au linge et à la lessive qu’il contient et l’échauffe peu à peu.
Dès que toute la masse a atteint cent degrés, la condensation de la vapeur n’a plus lieu, et elle s’échappe autour du couvercle du cuvier, couvercle qui ne doit pas fermer hermétiquement et êtrè trop pesant, afin que la vapeur 11e s’élève pas dans l’appareil à une pression supérieure à celle de l’atmosphère. Lorsque la vapeur s’échappe ainsi, l’opération est terminée, il faut éteindre le feu, ou fermer les conduits qui introduisent la vapeur; selon l’appareil dont on fait usage, le linge pourrait être retiré tout de suite et rincé, car la saponification des matières grasses doit être opérée, mais il est plus convenable d’attendre quelques heures pour retirer le linge du cuvier.
Ainsi que nous venons de le dire, lorsqu’on emploie le procédé du lessivage à la vapeur, le savonnage n’est pas indispensable, et, si l’opération a été bien conduite, il suffit de rincer le linge à l'eau pure pour qu’il soit parfaitement et complètement blanchi ; mais l'ancien mode de coulage laisse presque toujours sur le linge des taches qui n’ont pas été atteintes par la lessive ou des traces jaunes provenant des faux-fuyants qui se sont produits dans le cuvier, et qu’il faut enlever en frottant souvent pendant longtemps ces parties de tissus avec du savon.
La meilleure manière de faire cette opération est certainement de se
LWülllS.
borner à froisser entre ses mains el avec du savon les parties du linge où on aperçoit ces traces, jusqu'à ce qu'elles disparaissent; mais, comme cette main-d’œuvre est longue et pénible et consomme beaucoup de savon, on a cherché des moyens plus économiques et plus prompts de l'effectuer. Pour faciliter et hâter l'opération, on se sert, suivant les divers usages locaux, de brosses, de battoirs, ou de planches cannelées.
Ilàtons-nous de dire que, si par ces auxiliaires on économise le savon el le temps, on accélère considérablement l’usure du linge : le frottage du linge entre deux plateaux cannelés, ou avec les mains contre une planche cannelée en forme de persienne, comme on le pratique dans le Jura et dans une partie de l'est de la France, est certainement le moyen le plus destructif et celui qui doit être le plus prohibé. La brosse de chiendent employée, à Paris, par presque toutes les blanchisseuses a le même inconvénient, mais au moins n’agit-elle que sur les endroits tachés, tandis que les planches cannelées et le battoir agissent sur toute la pièce de linge soumise à leur action. Le battoir, dont on se sert presque partout en France, n’a pas un effet trèsfuneste, s’il est employé avec intelligence et manié par une main exercée, mais son emploi demande beaucoup d’adresse et d’habitude; si les coups sont frappés obliquement, si le linge mouillé contienl de l’air ou est mal disposé sur la planche ou la pierre à laver, un seul coup de battoir peut y causer de graves déchirures.
Dans ces derniers temps on a inventé beaucoup de machines à laver pour remplacer l’emploi des brosses et des battoirs; chacun de ces appareils a été beaucoup préconisé par son inventeur.
Comme nous l'avons déjà dit, ces machines, 'plus ou moins ingénieuses, ont toutes le très-grave inconvénient de soumettre indifféremment toutes les pièces de linge et toutes les parties de ces pièces, aussi bien celles sorties propres du cuvier à lessive que celles qui sont le plus tachées, à une égale friction ou compression, et, partant, une égale usure.
On parvient, il est vrai, à l’aide de ces machines, à nettoyer les tissus les moins résistants sans les déchirer, mais non sans les user et sans diminuer encore leur résistance; de sorte qu’on les rend sans trous à leurs propriétaires, mais, ils cèdent au premier effort et se déchirent entre leurs mains avec une désolante facilité.
La commission instituée en 1 850 pour étudier les établissements de bains et lavoirs publics a donné, planche XIV de son rapport imprimé, le dessin d’un appareil dû à M. R. W. Jearrard, breveté en France et en Angleterre. Cette machine, qui a paru à la commission remplir le mieux le but qu’on se proposé, consiste en une espèce de coffre présentant à l'intérieur l'aspect d’une auge ou cuve prismatique dont l’axe serait horizontal. Ce coffre est fait de manière à tenir l’eau; c’est dans cette pièce que l'on place, avec l’eau de savon, les objets à laver. Dans l’axe de cette auge, formant à peu près un demi-cylindre, se trouve une pièce dite oscillateur, portant sur deux tourillons et se manœuvrant au moyen d’une manivelle. Cet oscillateur se compose d'un encadrement et de barreaux parallèles en bois posés à
DOCUMENTS KELATIFS A l’iNDUSTUIE DES LAYOUIS. i.')9
claire-voie comme un râtelier. Sur chaque rive 'de l'auge, vers la partie supérieure, sontdeux pièces de bois solidement fixées au coffre, qui forment deux joues ou saillies contre lesquelles l’oscillateur vient battre dans le mouvement alternatif qu’on lui imprime et qui limitent sa course quand il n’y a pas de linge dans l’appareil.
Deux râteliers mobiles, semblables à l’oscillateur, se fixent contre ces joues quand le linge est placé dans l’appareil, et on comprime alternativement contre ces deux pièces les deux paquets de linge placés de chaque côté de l’oscillateur, en imprimant, au moyen d'une manivelle, un mouvement alternatif à cet oscillateur. Quand l’eau de savon est trop sale, on la laisse écouler par un tuyau placé au fond de l'auge, et on la renouvelle.
Cet appareil doit, en effet, nettoyer très-bien le linge sans y déterminer une trop grande usure.
Nous avons vu nous-même fonctionner, à la grande buanderie de Saint- Denis, des machines dites lessiveuses, qui nettoient parfaitement le linge après sa sortie du cuvier de lessive, même avec l’eau pure et sans emploi de savon; mais, dans ces machines, comme la friction du linge contre luimème et contre les parois de l'appareil remplace la compression alternative de l'appareil que nous venons de décrire, cela doit beaucoup plus user et détériorer les tissus. Pendant vingt minutes au moins, le linge est placé dans une roue ayant la forme d’un tambour, de deux mètres de diamètre et d'un mètre environ d’épaisseur, divisé en quatre compartiments par deux cloisons rectangulaires passant par le centre de la roue, qui, mue par une machine à vapeur, fait environ soixante tours par minute ou un tour par seconde.
Le linge est introduit par une porte placée pour chaque compartiment sur la tranche de la roue, et un courant d’eau chaude à quarante degrés environ est amené par un tuyau dont l'orifice correspond au sommet de la roue et pénètre dans chaque compartiment par une fente placée sur le côté, près de la circonférence. L'eau entre donc dans chaque compartiment et le remplit quand il se trouve au sommet de la roue ; elle en ressort quand il passe au point bas, de telle sorte que, pendant vingt minutes, le linge est malaxé dans un courant continu d’eau chaude.
Les deux appareils que nous venons de décrire suffisent pour donner une idée de tous ceux qui ont été inventés dans le même but, et il ne nous reste plus, pour compléter ce qui se rapporte au savonnage, qu’à parler des deux agents de celte opération, à savoir l’eau et le savon.
Tout le monde sait que l’eau de pluie est, à peu près, la seule complètement pure que l'on rencontre dans la nature ; aussi est-elle la plus propre au savonnage.
Les eaux des sources, surtout celles qui n’ont pas coulé à l’air libre, qui sont recueillies dans des puits, contiennent plus ou moins de sels terreux, qui, en se combinant avec le savon, en précipitent une partie, perdue ainsi en pure perte, et rendent d’ailleurs son action plus lente et plus difficile. Le choix de l’eau dont on doit se servir pour savonner a donc beaucoup
LAVOIltS.
d'importance. A Paris, les eaux mises en distribution par la ville et livrées aux concessionnaires peuvent se classer ainsi qu'il suit par ordre de priorité, savoir :
1° L'eau du puits artésien de Grenelle;
! i ° L’eau de la Seine;
5° L’eau de l'Ourcq ;
4° L’eau d’Arcueil ;
5° L’eau des sources du nord.
Les matières séléniteuses contenues dans les eaux des sources, et qui forment avec les savons des précipités insolubles, sont également précipitées par les sels de soude ; et, comme ces sels ont dans le commerce une valeur très-inférieure aux savons, il y a grande économie, lorsqu’on est obligé de se servir d’eaux plus ou moins chargées de ces sels, à y projeter, avant de s’en servir pour savonner, une petite quantité de sel de soude, ou, ce qui est plus convenable encore, d’y verser peu à peu une dissolution concentrée de ce sel, jusqu’à ce qu’on observe que cette dissolution ne se trouble plus1 II.
Nous avons déjà eu occasion d’examiner, d’après Berzélius, le rôle que joue le savon dans le blanchissage du linge. On comprend, d’après ce que nous avons dit, que le savon n’étant pas en général un oléat neutre, mais contenant presque toujours l’alcali en excès, le plus caustique doit être celui qui agit le plus énergiquement. Mais ces savons sont mous et très-solubles ; or la qualité la plus recherchée par les blanchisseuses dans le savon qu’elles emploient est la dureté, car cette dureté leur permet de frotter sur les taches mêmes du linge, et, par conséquent, de ménager le savon en ne l'employant que sur les parties de l’étoffe où son action est utile.
Pour les torchons et les linges grossiers et très-sales, on emploie avec économie le savon noir ; mais son emploi laisse au linge une odeur désagréable qu’on n’a pas encore trouvé moyen d’enlever.
Quand le linge a été bien lessivé et bien savonné, toutes les saletés et toutes les matières grasses étant dissoutes, il n'y a plus qu'à les enlever par un lavage à l’eau pure : c’est celte opération qu’on appelle le rinçage. La seule condition à remplir pour rendre cette opération parfaite est de pouvoir agiter le linge dans une eau claire et abondante; malheureusement, dans beaucoup de localités, et surtout dans la plupart des lavoirs de Paris qui ne sont pas situés sur la Seine, cette condition est difficile à remplir : le linge est rincé dans des bassins de petite capacité dans lesquels l’eau ne
I L’eau de puits est chargée de sels de chaux qui décomposent le savon au lieu de le dissoudre comme l’eau pure.
La chaux avec l’huile forme un savon calcaire qui, en grande partie, se fixe aux tissus. Une partie du savon calcaire et les autres matières grasses non saturées montent à la surface du liquide et fait croire à tort à une dissolution.
II est possible de rendre économiquement l’eau de puils propre au savonnage, et ce, en ajoutant trente ü trenle-cinq grammes de sous-carbonate de soude (cristaux de soude) par hectolitre d’eau, lequel décompose les sels de chaux, qui, la plupart, se précipitent.
Il sufllt de couler, l’eau limpide sera propre au savonnage.
se renouvelle pas suffisamment ; aussi conserve-t-il très-souvent une odeur de lessive ou de savon très-désagréable, et reste-t-il dans ses libres des matières étrangères qui peuvent dégager des miasmes nuisibles.
On conçoit combien il importe à l’hygiène publique, surtout pour les classes laborieuses, que le linge de plusieurs familles ne soit pas, ainsi que cela n’a que trop souvent lieu à Paris, rincé dans un même bassin où l’eau est stagnante ou ne se renouvelle qu’imparfaitement, de sorte que les impuretés ne soient souvent détachées, par la lessive et le savon, de certaines pièces d’étoffe, que pour être reportées sur d’autres.
Ne doit-on pas craindre que du linge ainsi blanchi, quoique plus propre en apparence, n’apporte dans les familles saines des germes morbides transmis dans le cuvier commun ?
Nous croyons devoir appeler sur ce point toute l'attention de ceux qu ont à examiner l’installation et l’économie des lavoirs publics.
Bien que l’opération du rinçage soit la plus simple de celles qui constituent le blanchissage, c’est sur elle, pensons- nous, que doit se fixer leur examen.
Il est extrêmement à désirer que, dans tous les lavoirs, on puisse faire sécher le linge promptement et à peu de frais ; aussi est-ce un des points qui ont le plus occupé la commission instituée en 1850.
11 est très-important, dit M. Darey dans son deuxième rapport, imprimé avec ceux des autres membres de la commission, que les laveuses puissent, sans augmentation sensible de frais, faire sécher promptement leur linge dans le lavoir, et ne soient pas condamnées à étendre sur des cordes, dans l’intérieur de la chambre unique dont elles disposent en général, le linge mouillé qu’elles rapportent péniblement à leur domicile.
Dans le premier rapport, MM. Trélat et Gilbert font remarquer, de leur côté, que « cette habitude qu’ont les femmes, de charger sur leurs épaules des masses humides quand elles viennent de s’échauffer à un rude travail doit causer de nombreuses maladies, et la nécessité où elles se trouvent d’étendre leur linge chez elles, dans des localités étroites, dépourvues d’air, ne présente que de nouvelles conditions d’insalubrité, ajoutées à celles qui existent déjà dans tant de logements d’ouvriers nécessiteux. »
La commission a étudié avec soin les moyens employés, tant en France qu’en Angleterre, pour obtenir un séchage prompt et économique.
Elle a fait à ce sujet plusieurs expériences, et, comme on trouvera dans les rapports de cette commission imprimés par ordre du gouvernement tous les détails possibles sur les séchoirs établis en France et en Angleterre, nous nous étendrons peu sur ce sujet.
La plus grande quantité de l’eau contenue dans le linge après le rinçage est ordinairement expulsée en le tordant; mais cette opération a le grave inconvénient d'allonger, de déplacer et de desagréger les filaments du tissu. Elle a moins d’inconvénients quand elle s’exécute dans un filet; mais on doit encore l'éviter autant que faire se peut, et la remplacer par l’essorage, qui consiste à substituer à la torsion du linge à la main une dessiccation
VEIINOIS, 11YG. 1NÜ. II. Il
LAVOIIIS .
partielle résultant d'un mouvement de rotation très-accéléré auquel on soumet les pièces, dans un espace annulaire, grillagé, mis en mouvement par un homme ou tout autre moteur. Cette petite machine, dont la vitesse à la circonférence extérieure est d’environ vingt mètres par seconde, produit d’excellents effets, et permet en dix minutes d’enlever à quarante ou quarante-cinq kilogrammes de linge tout l’excès d’eau qu’il renferme, de manière que le doigt ne soit pas sensiblement mouillé par son contact.
Lorsque le linge a été ainsi ramené, soit par la torsion, soit par l’essoreuse, soit par la presse, que quelques personnes préfèrent à l’essorage, à ce degré d’humidité, on achève la dessiccation, soit en l’étendant à l’air libre, soit dans des étuves chauffées à la vapeur ou à l’air chaud.
Nous ne pouvons que renvoyer aux rapports précités de la commission de 1850, pour la description des systèmes adoptés pour ces séchoirs, et nous citerons, comme spécimen, ceux établis au lavoir Napoléon et à la buanderie de l’École Militaire à Paris.
La nécessité d’étendre le linge pour le faire sécher exige beaucoup de place, de soins, et entraîne toujours une grande déperdition de chaleur; aussi plusieurs membres de la commission de 1850 ont-ils cherché s’il ne serait pas possible de faire sécher le linge en le plaçant en paquets dans des appareils chauffés à cent degrés et plus. Les expériences intéressantes qu’ils ont faites avec beaucoup de soin, et dont ils rendent compte, ont prouvé qu’à une température même très-élevée l’eau contenue dans l’intérieur des paquets ne se vaporise pas, tant le linge de la surface du paquet oppose d’obstacles au dégagement de la vapeur. Jusqu’à présent donc on n’a pu trouver encore le moyen d’opérer promptement le séchage du linge sans l’étendre.
En résumant à un point de vue pratique ce qui a été dit dans ce rapport, on voit que l’administration, qui s’est vivement préoccupée depuis quelques années de la nécessité des lavoirs publics, pour l’amélioration du sort de la classe ouvrière, devrait, pour rendre ces établissements aussi utiles que possible, y introduire des procédés plus perfectionnés que ceux qui y sont généralement suivis, et qui ont malheureusement trop souvent pour résultat la prompte détérioration du linge, si précieux à la classe laborieuse.
1° Avant tout, il faudrait s’opposer, autant que faire se pourrait, à ce que l’on employât des lessives corrosives, et pour cela les dissolutions devraient être faites toujours avec des cristaux ou carbonates de soude, et non avec la potasse ou la soude caustique, et jamais ces dissolutions ne devraient dépasser trois degrés ou trois degrés et demi du pèse-lessive.
2° Il faudrait encourager les lessives en commun préférablement aux petits ouvriers.
3° Le mode de lessivage à la vapeur, étant incontestablement, dans l’état actuel de l’industrie, le meilleur procédé, tant sous le rapport de l’économie que sous celui de la conservation du linge, devrait être efficacement encouragé.
4° Il faudrait proscrire, autant qu’on pourrait, les machines à laver, qui
ont toutes, plus ou moins, l’inconvénient d’user uniformément les tissus qui leur sont soumis.
5° L’administration pourrait veiller et elle pourrait même contribuer, en accordant l'eau nécessaire, à ce que le rinçage puisse se faire dans une eau claire, abondante et souvent renouvelée.
6° Enfin, il faudrait encourager et favoriser les établissements où des essoreuses, où des presses et des séchoirs à air chaud seraient convenablement installés, afin que les ménagères qui usent du lavoir puissent emporter leur linge sec sans une grande perte de temps. 11 ne nous appartient pas de déterminer comment et dans quelles limites l’administration peut et doit prévenir les abus que nous avons signalés et obtenir les améliorations qu'il était de notre mission d'indiquer.
Il nous paraîtrait dificile que dans les lois et les nombreux décrets qui, depuis 1789 jusqu’à nos jours, ont eu pour but de confier à l’administration municipale le droit de veiller à la police, à la salubrité, à l’hygiène et à la fidélité du débit des denrées, l’autorité ne se trouvât pas le droit de s’opposer efficacement et directement au mal, et d’interdire dans des établissements publics l’emploi de lessives corrosives et de procédés nuisibles. Lors même qu’il n'en serait pas ainsi, nous pensons que l’administration, de laquelle aujourd'hui plus que jamais on attend l’initiative de toute mesure qui tend au progrès profitable à la classe laborieuse, pourrait toujours, sans sortir de ses attributions actuelles, exercer sur l’industrie du blanchissage une salutaire influence.
Aux termes du décret du 11 octobre 1850, aucun lavoir public ne peut être ouvert sans une autorisation spéciale de l’administration; de plus, tout établissement de ce genre a besoin de recourir à l’administration municipale pour obtenir des concessions d’eau et de gaz, sans lesquelles il ne peut exister. Il serait donc facile, ce nous semble, de n’accorder l'autorisation d’ouvrir de nouveaux lavoirs qu a la condition que dans ces établissements on n’emploierait ni lessives corrosives ni procédés reconnus nuisibles, et qu’ils resteraient soumis à une inspection spéciale pour toute infraction à ces conditions.
Enfin, pour ces nouveaux établissements comme pour ceux existants déjà, l'administration pourrait favoriser et encourager l’emploi des procédés reconnus les meilleurs, en accordant à ceux qui les mettraient en pratique des réductions plus larges sur les prix de l’eau et du gaz qui s’y consomment1.
L’administration, qui se préoccupe tant depuis quelques années du bienêtre de la classe laborieuse, ne laissera pas subsister plus longtemps, nous l'espérons, un mal réel que nous avons signalé avec d'autant plus de confiance que nous avons entrevu que le remède était possible.
1 I,c chiffre de ces réductions est toujours proposé, dans le département de la Seine, par le conseil d'hygiène, d’après le rapport spécial d’un de ses membres. La délibération municipale de Paris qui autorise ce mode de dégrèvement est du 28 novembre 1851.
LAVOIRS
II. CONSEIL CENTRAL d'iIYGIÈNE PUBLIQUE ET I)E SALUBRITÉ (SEINE-INFÉRIEURE),
année 1855. (Extrait.)
La propreté, le lavage de la surface de la peau, peuvent prévenir
l’aggravation de certaines maladies qui font le désespoir de la médecine et encombrent les salles de nos hôpitaux.
11 existe d’ailleurs une foule de maladies de la peau qui n’ont pour cause que l'absence de bains et le contact permanent de poussières végétales ou minérales que soulèvent de nombreuses industries.
Le lavoir gratuit et à prix réduit, en favorisant le lavage plus fréquent des vêtements et du linge qui s’imbibe de la sueur, concourt évidemment au même but. La propreté du linge fera disparaître ainsi les fâcheux effets qu’exerce sur la santé la respiration des émanations fétides qu'exhale le linge sale, la peau étant un auxiliaire puissant des voies respiratoires.
L’emplacement choisi passage Dupont, à Saint-Sever, parut favorable : au milieu d'une population ouvrière considérable, ouvert le dimanche, il avait l’avantage de favoriser l’usage des bains le jour précisément où tous les travaux sont suspendus.
Huit cabinets de bains pour les femmes se trouvaient dans le bâtiment principal, au premier étage, avec les appartements et chambres du personnel de l’établissement; le rez-de-chaussée contenait un lavoir, avec la buanderie et ses accessoires.
Un bâtiment annexe contenait dix-huit cabinets de bains pour les hommes. L’eau des bains, amassée dans trois grands réservoirs, était chauffée dans l'un d’eux par une serpentine où circulait la vapeur d’échappement de la machine, et par celle qu’on pouvait emprunter au besoin dans la chaudière.
D’après les calculs de M. l’ingénieur des mines, cent mètres cubes d'eau, quantité nécessaire pour cent bains journaliers et le lavage de douze cents kilogrammes de linge par jour, peuvent facilement être obtenus d'un puits profond de huit mètres qui devait alimenter l'établissement ; au besoin, ce puits devait être en état de fournir trois cents mètres cubes d’eau.
L’eau de ce quartier ne dissout que difficilement le savon, au dire des propriétaires voisins ; c’était là une mauvaise condition pour l'action favorable des bains : l'ouvrier, dont le travail excite la transpiration, a la peau couverte d’un enduit gras qui demande des lotions alcalines, et ne rencontre pas ces avantages dans les lavages à l’eau calcaire.
Cet inconvénient, résultant de la qualité de l’eau, pouvait disparaître d’ailleurs par l’addition au bain d’une faible quantité de la lessive alcaline destinée au lavoir.
Les baignoires devaient être en cuivre étamé, choix que le conseil approuva.
La distribution des eaux devait se faire au moyen de robinets dont la manœuvre restait à la disposition des baigneurs.
Le chauffage des cabinels se pratiquait au moyen de bouches de chaleur. C’était là une excellente mesure pour éviter le passage brusque de la tempe-
rature du bain à celle de l’air extérieur, précaution d’autant plus sage que l'ouvrier n’est pas pourvu abondamment de linge chaud.
L’aération des bains de femmes devait se faire par de nombreuses fenêtres ; celle des bains de l’annexe pour les hommes par des ouvertures pratiquées à la toiture ; le conseil pensa qu'il était opportun de placer des évents communiquant avec l’air extérieur et s'ouvrant dans le sol de la galerie centrale.
Dans le lavoir, garni de vingt-quatre planches pour les laveuses, le conseil ne put que donner son approbation aux procédés employés, réunis avec une remarquable intelligence.
Le système adopté est celui proposé par Chaptal il y a cinquante ans.
Plus d’essangeage ni de savonnage; le lessivage n’avait plus besoin de coulages répétés; le linge, trempé dans une dissolution alcaline marquant deux degrés à l’aréomètre de Reaumé, puis soumis à l’action de la vapeur d’eau à cent degrés jusqu’à ce qu’il eût atteint cette température, était retiré du cuvier pour être rincé et ensuite séché.
Le lessivage étant fait en commun, le linge sale apporté dans la journée était pesé, divisé en deux lots, suivant son état de propreté, chaque lot trempé, macéré, et excuvé en commun. Ce linge, blanchi la nuit par les ouvriers de l’établissement, était remis le lendemain lessivé aux femmes à qui il appartenait, et qui allaient le rincer dans un grand lavoir où chacune avait sa place.
Le ministre de la guerre, qui a rendu obligatoire dans l'armée ce système pour les effets de troupe, n’évalue pas à moins de deux millions par an l’économie qui devait résulter de son adoption au profit de l’armée.
Peu à peu, il faut l’espérer, le raisonnement et l’expérience en populariseront l'usage dans les établissements particuliers ; car, aux avantages qu'il présente, il joint encore celui de prolonger la durée du linge, évaluée au tiers de la consommation ordinaire.
Le linge devait être séché par paquets et non par pièces; si c’était un inconvénient, il était de peu d’importance.
Préoccupé de l’écoulement des eaux chargées d’impuretés, le conseil appela l'attention de l’autorité sur l'insuffisance des béthunes et sur les inconvénients résultant de la faible pente des ruisseaux du quartier Saint-Sever ; si elles devaient être conduites dans des égouts, la nécessité se faisait sentir d’un curage hebdomadaire par un service d’égoutiers valides.
11 insista en outre sur l’opportunité d’établir une ventilation continue dans le local où serait momentanément le linge sale avant la mise en œuvre du blanchissage.
On avait organisé dans l’établissement une salle dite de garde, spécialement destinée aux enfants accompagnant leurs mères; mais le conseil ne crut pas à l’utilité réellede celte création, en présence des crèches et des salles d’asile dont le quartier Saint-Sever est doté; le conseil vous en propose la suppression comme une dépense inutile.
T, AVOIRS
Quelques détails accessoires ne nous paraissent pas ici sans importance ,
le prix d’abord :
Lessivage du linge gros et moyen, par kilogramme pesé. . 1 0 centimes.
— pour le linge fin 15 —
Séchage du linge lessivé dans l'établissement, par kilogr. 2 c. 1/2
Bain chaud sans linge 20 centimes.
Bain froid sans linge ..10 —
Bain chaud avec linge 25 —
Bain froid avec linge 15 —
Le lundi, jour complètement gratuit, était réservé aux indigents.
III, CONGRÈS GÉNÉRAL D’iirGlÈNE DE RRUXELLES 1852. (Extrait.)
Quelles sont les règles à suivre pour l’établissement de bains et lavoirs publics dans les principaux centres de population et dans les petites villes?
La création des bains et lavoirs publics rentre spécialement dans le domaine de l'action des communes, des administrations de bienfaisance et des associations particulières, et mérite d’être encouragée par le gouvernement.
Les bains et lavoirs doivent, autant que|possible, être réunis dans le même local, afin d’économiser la dépense, d’utiliser le même appareil de distribution d’eau pour alimenter les deux sections, et de simplifier le service de direction et de surveillance.
Le choix de l’emplacement doit être déterminé par les conditions suivantes :
A. Situation centrale;
B. Accès facile;