‹ Traité pratique d'ophthalmologie [electronic resource]Chapitre 22 sur 34 · SI · texte numérisé non relu

SI

Pour arriver à une appréciation juste des dégénérescences staphylomateuses de la sclérotique, il faut distinguer les transformations accidentelles de celles qui sont essentielles. Celles-ci sont, l'adhérence de la sclérotique avec la choroïde, la diminution de consistance de la sclérotique et la distension de celle-ci par les fluides accumulés (humeur aqueuse, et dans les cas de staphylome très étendu, aussi de l'humeur vitrée): l'amincissement de la sclérotique distendue est quelquefois si grand, qu'elle devient transparente comme une pétale de pavot et semblable tà la cornée; clans ces cas, la choroïde et même la rétine ont disparu a l'endroit aminci par l'effet de la pression et ont été résorbées, de même que par le fait de circonstances semblables l'iris s'efface dans le staphylome de la cornée (§. 465). Si on ouvre ces tumeurs ou si elles se rompent spontanément, il ne s'écoule pas de sang, mais du fluide aqueux. C'est par la résorption de l'humeur aqueuse survenant à la suite d'une cause quelconque, et par la cessation de sécrétion qu'on peut expliquer pourquoi le staphylome est souvent terminé par le ratatinement et l'atrophie de l'œil. Depuis le staphylome le plus petit de

la sclérotique, jusqu'à sa dégénérescence totale, il n'y a pas de différence essentielle , la transformation n'est que successive. Il n'est pas certain, connue le prétend Rosenmuller, qu'il n'y ait pas accumulation d'eau dans le staphylome annulaire; dans un cas où j'ai pratiqué plusieurs fois la ponction pour diminuer la forte douleur occasinnée dans l'œil par l'extension de la tumeur, j'ai évacué de l'humeur aqueuse. Et aussi dans l'observation rapportée par Walther, on a vu s'écouler de la chambre postérieure une grande quantité de fluide jaunâtre séreux. — Il peut exister un état variqueux de la choroïde avec un staphylome de la sclérotique, comme avec le staphylome de la cornée, mais les tumeurs ellesmêmes n'en sont pas le résultat. La couleur bleuâtre qu'on attribue aux varices de la choroïde apparentes à travers la sclérotique amincie, a été ici la cause de l'erreur; car cette couleur n'est produite que par le fond noir de l'œil vu à travers la sclérotique demi-transparente. Déjà le grand volume que peut acquérir le staphylome de la sclérotique parle contre l'admission d'un état variqueux, car les vaisseaux de la choroïde ne pourraient pas arriver facilement à un tel degré de distension. — Mackenzie dit cependant avoir vu chez Beer une préparation où les varices d'une choroïde enflammée auraient été comme des pois; mais il n'ajoute pas s'il y avait ou non des dilatations staphylomateuses. — Pourquoi les nodosités variqueuses ne s'avanceraient-elles pas en général aussi bien en dedans où la résistance est moindre, qu'au dehors à travers la sclérotique, dont le tissu est si serré? — Pourquoi dans le staphylome de la cornée, où l'iris est adhérent à la cornée, comme dans la maladie qui nous occupe la choroïde l'est à la sclérotique, n'observe-t-on pas de varices à l'iris? Tous les auteurs, même ceux qui admettent dans le staphylome de la sclérotique une accumulation des fluides augmentés, font dépendre la cirsophthalmie , qu'on ne doit envisager que comme le degré le plus avancé du staphylome, d'une varicosité de la choroïde. Mais on peut objecter à cette manière de voir toutes les raisons indiquées ci-dessus. — On ne peut pas avancer non plus comme une preuve, la forte hémorragie qui a lieu quelquefois, lorsqu'un globe de l'œil «ainsi dégénéré vient à se rompre ou à être

blessé. II en est de même des hémorragies qui s'observent lors de l'opération du staphylome total de la cornée; les vaisseaux se trouvant trop brnsquemement débarrassés de la pression habituelle à laquelle ils ont été soumis par l'accumulation des fluides, se rompent et donnent ainsi lieu à l'hémorragie , comme nous l'observons aussi lors de l'évacuation rapide des fluides amassés dans d'autres cavités. — La varicosité peut exister à différons degrés dans la dégénérescence staphylomateuse de la sclérotique; mais elle ne doit pas être regardée comme la cause des proéminences de la sclérotique, et seulement comme phénomène concomittant.

En examinant un œil dégénéré par le staphylome de la sclérotique, on trouve cette membrane adhérente a la choroïde à l'endroit de la proéminence staphylomateuse ramollie» et amincie à divers degrés ; lorsque les tumeurs sont un peu considérables, la choroïde est également amincie h l'endroit correspondant, et alors, privée de son pigment, la rétine est également amincie ou détruite par résorption , la choroïde est aussi parfois détruite l). On trouve des accumulations anormales des humeurs de l'œil; les vaisseaux de la choroïde gorgés de sang- dans le reste de leur étendue, le pigment sécrété souvent en grande, souvent en petite quantité; l'humeur vitrée décomposée, diffluante, souvent plus abondante; le cristallin plus ou moins changé dans sa densité. — Ces changemens^ morbides varient d'après le degré de la dégénérescence staphylomateuse et d'après les autres altérations de l'œil produites par l'inflammation. — De Walther 2) trouva dans un staphylome du corps ciliaire cet anneau considérablement augmenté de volume, ses duplicatures pour ainsi dire déplissées , et son adhérence avec la sclérotique si intime, qu'il ne pouvait en être séparé en aucun point, même après une macération prolongée.

') d'Amiyion (Zeitschr. f. Ophthalmol. Bd. II, S. 2, St. 248), trouva dans un staphylome compliqué d'hydropisie du corps vitré, qu'à l'hémisphère postérieur de l'œil , la sclérotique était au moins de deux tiers plus mince qu'à l'état normal surtout à son centre, où la rétine et la choroïde manquèrent sur une aire aussi large que la cornée. -) Journal fur Ophthalmologie und Augenheilkundc, Vol. 111, p. 42.

Le traitement du staphylome de la sclérotique doit varier d'après les différents degrés de son développement et d'après la nature des causes qui l'ont produit. — On préviendra cette maladie, on l'arrêtera souvent dans sa marche et on pourra même quelquefois la faire rétrograder par un traitement convenable de l'inflammation ou de la congestion de l'œil, en ayant égard aux dérangements de la menstruation et des hémorrhoides , aux engorgements dans le bas ventre, au caractère impétigineux , goutteux, cachectique ou autre de l'inflammation. A cet effet, on emploiera des émissions sanguines, des dérivatifs sur le canal intestinal et la peau, surtout le séton à la nuque et une diète sévère ; par là on préviendra toutes les congestions vers la tête et on entretiendra convenablement toutes les sécrétions et excrétions. Tous les moyens locaux, surtout les irritants, sont nuisibles. — Si l'œil s'enflamme de temps en temps et d'une manière périodique, comme c'est souvent le cas, il faut combattre l'inflammation avec des sangsues et à l'aide de moyens appropriés à son caractère ; si l'on ne prend pas cette précaution, le staphylome empirera sensiblement après chaque accès de pareille inflammation périodique. On évitera tous les topiques dans les staphylomes entièrement développés, lorsqu'ils restent stationnaires et on se bornera à un traitement général, dirigé d'après les règles indiquées ci- dessus, et aux soins hygiéniques. Mais si les tumeurs augmentent, s'il survient de la tension , une pression gênante ou de la douleur dans l'œil, le moyen le plus simple et le plus sûr, consiste dans la ponction et l'évacuation de l'humeur accumulée. Les tumeurs diminueront alors et autant de fois qu'elles reprendront de l'accroissement, on répétera l'opération. Je n'ai jamais vu survenir d'accidents fcàcheux à la suite de la ponction de ces tumeurs, et quant à ses avantages, je partage l'opinion de Martland, d'Ammon , Lechla. et Rosenmùller. Dans le plus grand nombre de cas on parviendra par ce moyen à éviter l'excision de ces tumeurs, opération qui a été indiquée pour les staphylomes volumineux de la sclérotique comme pour le staphylome total de

la cornée. À cet effet on divise la tumeur en bas avec un couteau à cataracte par une incision en demi-lune , on saisit le lambeau avec une pince et on l'enlève par une seconde incision dirigée en baut. Peu à peu la plaie se ferme et le globe de l'œil reprend sa forme et sa dimension normale. *) Ou bien on enlève dans le stapbylome du corps ciliaire le seo-raent antérieur du globe de l'œil derrière la proéminence en anneau. Lorsque la plaie est cicatrisée, il ne reste qu'un petit moignon. 2) Mais si tout le gl.obe de l'œil est dégénéré et qu'on ait à craindre quil ne devienne douloureux ou caucéreux, son extirpation est indiquée.

') Jïïis'gken, Augenkraiikheitcn , p. 724. ") De Walther loc. cit., p. 4L.

Les différents moyens topiques recommandés contre le staphylome de la sclérotique, tels que les collyres astringents, la teinture d'opium, l'onguent de précipité rouge, les caustiques, les acides sulfurique et nitrique, la pierre à cautère, le beurre d'antimoine, doivent absolument être rejetés. Si par ces moyens et surtout pas les caustiques on a réellement obtenu quelque succès, il faut l'attribuer aux mêmes circonstances que nous avons indiquées lors du staphylome de la cornée (§. 470).

Le stapbylome postérieur de la sclérotique QSt. Scleroiicae ■pnsiieum) ne peut guères être reconnu pendant la vie. Jusqu'àprèsent cette maladie n'a été observée qu'accidentellement sur des yeux dont on a fait l'autopsie, et les symptômes diagnostiques indiqués par Demours, qui croit qu'on peut présumer l'existence du stapbylome postérieur lorsque le globe de l'œil proémine fortement et se trouve dirigé plus ou moins vers l'angle interne de l'œil (la vue étant diminuée ou abolie), sont très incertains. — A la dissection de l'œil on a trouvé: une saillie en forme de tumeur allongée, du i volume d'une petite noix (Scarpa) et de couleur bleuâtre . (Demours), au côté externe de l'insertion du nerf optique ou i un peu plus en debors (Scarpa), ou un peu plus bas (Demours), „ Comme les humeurs de l'œil étaient restées transparentes, , on vit à travers la pupille au fond de l'œil une excavation j. extraordinaire, formée par la sclérotique amincie. — En ouvrant le bulbe, on trouva le corps vitré diffluant, converti

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