VI
Du staphy lome de la sclérotique.
Friederich, Diss. de Staphylomate. Berol. 1821.
Wagner, Ueber die Krankheiten der Chorioidea: Horn's und Nasse's Ar-
chiv fur medic. Erfahrung. Marz, April 1821. Rau loc. cit.
v. Ammon, Ueber die Entziindung des Orbiculis ciliaris ; Rust's Magaz. Bd. XXX, St. 2.
— — Zur pathologischen Anatomie des menscblichen Auges in Bezug auf Ophthaimonialacie; Journal von Graefe und Walther. Bd. XIII, St. 1.
Zeitschrift fur Ophthalmologie. Bd. I, St. 1. — Ibid. Bd. II,
St. 2.
Lechla, Diss. de Staphylomate Scleroticae. Lips. 1830. Rosenmuller , Diss. de Staphylomate Scleroticae. Erlangen 1830. Hkrschel, Diss. de Staphylomate Scleroticae. Heidelberg 1838.
On donne le nom de staphylome de la sclérotique k toute tumeur circonscrite, molle, le plus souvent indolente, livide iou bleuâtre, formée par la sclérotique et la choroïde adhé- • rentes entr'elles et distendues par des fluides accumulés » idans l'œil. — D'après le siège et l'étendue de cette tumeur, on divise le staphylome de la sclérotique en antérieur (5/.
CUELIDi, Oplithalmologie. Vol. 11. 24
Scleroticae anikitnC) et eu postérieur (57. Scleroticae poslicum), et le premier en staphylome en grappe {St. Sel. racemosum~), en annulaire {St. Sel. annulare) et en spnérique {St. Sel. globosum S. pellucidum).
Rosenmoller (Ioc. cit., p. 15) admet aussi un staphylome total de la sclérotique et y comprend l'ophthaLmie scorbutique, la dissolution du corps vitré, et l'hydropisic de l'œil, la cataracte noire, et la melanose de l'œil.
Les symptômes caractéristiques du staphylome de la sclérotique sont: des proéminences circonscrites en un ou plusieurs points de la sclérotique (ordinairement dans le voisinage du bord de la cornée) , formées le plus souvent par des bourrelets nombreux rapprochés les uns des autres, et liés entr'eux; la sclérotique est amincie à l'endroit proéminent, et souvent à un tel point qu'on ne peut plus y reconnaître la structure fibreuse ; cette membrane conserve cependant plus ou moins sa texture normale dans les intervalles des bourrelets, sa couleur est bleuâtre, nuancée de blanc et de bleu d'acier, de bleu foncé et de teinte noirâtre. Souvent les bourrelets isolés sont plus ou moins diaphanes, leurs dimensions varient depuis celles d'une tête d'épingle juqu'au volume d'une moitié de noix. Lors même que la tumeur a un grand volume et s'étend au loin, elle se trouve néanmoins formée par de petites élévations, ce qu'on reconnaît aux dépressions existantes entre les différents bourrelets. — D'après les diverses causes qui ont occasioné le staphylome, ou observe sur le reste de la sclérotique des dispositions variables. Le staphylome s'est-il développé à la suite de plaies , la sclérotique n'est ordinairement altérée dans son tissu qu'à l'endroit de la blessure, et saine partout ailleurs; a-t-il été précédé d'inflammations entretenues par une dyscrasie, toute la sclérotique est sale, bleue grisâtre, et les vaisseaux de la conjonctive sont gorgés de sang.
Quant aux symptômes qu'on observe dans le reste du globe de l'œil, ils peuvent varier selon le degré du staphylome et selon les altérations produites dans l'intérieur de
Forgane par l'inflammation antécédente. Parfois, l'hémisphère antérieur du globe est tellement sain, qu'on ne peut reconnaître la maladie qu'en écartant fortement les paupières. Ordinairement, la pupille est dilatée ou diversement tiraillée, si elle n'est pas fermée par une exsudation. L'iris est changé dans sa couleur à sa grande et à sa petite circonférence, rarement un peu sensible à la lumière, généralement immobile. La pupille est constamment privée de son noir naturel, elle est sale, enfumée; le cristallin est le plus souvent trouble; le corps vitré quelquefois diffluent et plus volumineux; de là, la flaccidité ou dureté augmentée du globe. La cornée perd assez fréquemment son aspect brillant; elle peut être couverte de taches, de pannus, ou être aussi altérée par un staphylome, ensorte que la sclérotique ou la cornée forment une tumeur sur laquelle on ne peut plus distinguer les limites des deux membranes. Selon le degré de ces altérations, la vision est considérablement dérangée ou complètement abolie.
Le développement et les progrès du staphylome de la sclérotique, varient selon la nature de l'inflammation qui l'a produit. Souvent il se forme rapidement, d'autres fois il n'arrive à de grandes dimensions qu'au bout de plusieurs années, ou parvenu à un certain degré de développement, il reste stationnaire. Aussi long-temps que le staphylome est petit, il n'occasione d'autre incommodité que la diminution plus ou moins grande ou l'abolition de la vue. A mesure qu'il prend plus de dimension, les mouvemens des paupières et du globe sont gênés, il survient un tiraillement pénible par l'effet de la distension augmentée, souvent une douleur qui s'étend au front et à toute la tête. Le globe s'enflamme, et la tumeur se rompt ordinairement avec des élancemens subits et très violents, s'il a été exposé à quelque influence extérieure nuisible. Une grande quantité de fluide aqueux s'écoule alors, l'œil s'affaisse et se fronce en un moignon informe, comme le fait le staphylome de la cornée en pareilles circonstances (§. 405), ou bien la plaie se referme et la proéminence de la sclérotique se reproduit de nouveau, ainsi que je l'ai observé deux fois sur le même œil. Dans plusieurs cas, l'oeil
apflès avoir augmenté de volume, revient sur lui-même et s'atrophie. Il peut arriver que sous les influences fâcheuses d'une constitution détériorée, et par l'effet d'un traitement stimulant et inopportun, le globe dégénéré en cancer, ce que Radius révoque en doute, mais à tort.
Scion les divers sièges, la forme et l'étendue des proéminences staphyloinateuscs de la sclérotique, on leur a donné les différentes dénominations indiquées ci-dessus. — On donne, d'après Rosj:inmïjlx.er, le nom de staphylome en grappe (st. racemosum sclerolicae) [St. chorioïdeae d'après Benedict, — Hernia chorioïdeae d'après d'Ammon, — Atonie de la sclérotique d'après Rosas, — Varicosité partielle d'après Jaeger], à la forme la plus fréquente de cette maladie, dans laquelle, à un endroit quelconque de la sclérotique , tout près du bord de la cornée, rarement à son côté interne, il se montre des élévations bleuâtres de la grandeur d'une tête d'épingle jusqu'à celle d'un pois. — Le staphylome annulaire (st. annulare) [staphylome du corps ciliaire d'après de Waether, — Prolapsus seu staphyloma clioroïdeae d'après Rosas, — Inflammatio clironica orbiculi ciliaris d'après d'Ammon] fait à l'endroit où la sclérotique recouvre le corps ciliaire une saillie en forme d'anneau nettement circonscrite en avant et en arrière. — Le staphylome de la sclérotique est dit sphérique (st. globosum seu pellucidum) lorsqu'il se présente sous forme d'une tumeur arrondie et s'amincit peu à peu au point de paraître diaphane comme la cornée. (Staphyloma chorioïdeae d'après Travers, — Hernia scleroticae d'après Rosas, — Comparez Rosenmïiixer, loc. cit. p. 16.)
Ces diverses formes de staphylomes de la sclérotique ne diffèrent que d'après leur siège et leur étendue, et nullement d'après leur cause prochaine, ainsi que nous le ferons voir plus tard; et tout ce que nous avons dit sur sa marche, sa terminaison et les altérations de tissus dans l'œil, qui accompagnent cette, maladie en général, s'applique a chaque espèce en particulier.
Lorsque la dégénérescence staphylomateuse de la sclérotique parvient à son plus haut degré et s'étend à toute la sclérotique, le bulbe considérablement augmenté de volume prend une forme conique, et les paupières ne peuvent souvent plus la recouvrir, le blanc de l'œil est d'un bleu sale presque plombé; la conjonctive oculaire sillonnée de vaisseaux très distendus par du sang- de couleur foncée. La sclérotique est couverte de saillies bleuâtres, ayant l'aspect que nous avons déjà décrit plus haut; elles se trouvent, en partie tout près de la cornée, et en partie surtout, à l'endroit où les
muscles droits de l'œil s'insèrent sur la sclérotique et où celle-ci est le plus mince. L<a cornée est opaque ou convertie en staphylome,, ou encore diaphane, mais «rate; la pupille est dilatée, anguleuse et terne, si elle n'est pas fermée par des exsudations, suite d'inflammation antécédente; l'iris est complètement immobile, la vision est tout à fait abolie; il n'y a pas la moindre sensation de lumière, quoiqu'il y ait assez souvent vue d'étincelles et de couleurs éblouissantes. L'œil abandonné à lui-même peut rester long-temps au même degré de dégénérescence; assez souvent il s'atrophie par résorption des fluides qui avaient été sécrétés en excès, et par oblitération des vaisseaux qui se rendaient dans les organes de sécrétion, ce qui, d'après Beer, a surtout lieu lorsque l'œil est affecté d'inflammations arthritiques. Mais si, par une circonstance quelconque, l'œil vient à être fortement irrité, surtout pendant un traitement local peu convenable, le globe se distend de plus en plus, du sang s'épanche dans ses chambres, et l'organe se rompt en causant les plus vives douleurs. L'écoulement des humeurs est ordinairement accompagnée de forte hémorragie; le globe vidé se retire dans le fond de l'orbite, ou si le malade est affecté de dyscrasie, l'œil peut devenir cancéreux. — Si un œil complètement staphilomateux vient à être blessé profondément, on voit survenir à peu près les mêmes phénomènes que ceux que nous avons indiqués en parlant de l'excision du staphylome conique de la cornée. *)
'r') Beer Lehre von cl en Augenkrankheiten. Vol. II, p. 247. Rosenmïiller (loc. cit. p. 26) regarde la mélanose du globe de l'œil comme le degré le plus élevé du staphylome et comme la suite d'une inflammation chronique passive, veineuse, et une excrétion surabondante du pigment noir. Mais cette manière de voir est inexacte sous plusieurs rapports, car la dégénérescence melanée d'un tissu quelconque doit être souvent regardée comme une simple modification accidentelle d'une autre altération morbide, et voici pourquoi on l'observe dans les maladies organiques les plus diverses. (Comparez mon manuel de chirurgie. Vol. II, §. 2065.)
Le staphylome de la sclérotique peut être la suite de toute espèce d'inflammation intense et prolongée de la sclérotique et des tissus vasculeux de l'œil , qui donne lieu à des
adhérences entre la choroïde et la sclérotique, au boursouflement et an ramollissement de cette dernière membrane et à la proéminence de la partie ramollie poussée en avant par les fluides accumulés. Sous ce rapport, l'étiologie du staphylome de la sclérotique ressemble à celle du staphyloine de la cornée, et de là aussi l'analogie si fréquente dans les symptômes et dans la marche de ces deux maladies. La sclérotique devient staphylomatense , le plus souvent à la suite d'inflammations rhumatismales violentes et prolongées, surtout chez des sujets scrophuleux et torpides; à la suite d'inflammations arthritiques de la sclérotique et des membranes vasculaires de l'œil, surtout lorsque ces inflammations sont liées à des anomalies hémorroïdales , à des dérangemens dans la menstruation, à des métastases et des dyscrasies en général, et aussi à la suite de plaies pénétrantes de l'œil, d'amincissemens de la sclérotique par des ulcères à sa superficie.
On a émis les opinions les plus diverses sur la nature du staphylome de la sclérotique. On l'a regardé comme une procidence de l'iris ou de la choroïde à travers la sclérotique perforée (Maître Jean, St. Yves, Mauchart, Wagner), comme une proéminence et une saillie de la sclérotique amincie par accumulation de fluide (Taylor , Heister, G'cnz, Mauchart, Wooi.house, Janin, Schmalz, Tissolt, Demours); — comme hernie de la sclérotique (Richter, Heinj.ein, Heister, Schmalz); — comme un épaississement (Schmalz); -■— comme une dégénérescence fongueuse (Arnemann, Wagner), comme une angiectasic (de Graefe); — comme une varicosité de la choroïde et une saillie des varices à travers la scérotique peu à peu amincie (Beer, Weixer, de Walther, Friedrich, Beck, Heït- Den, Benedict); — comme une accumulation de fluide plastique (Moi.inari): — comme un ramollissement de la sclérotique (d'Ammon); — comme une varicosité de la choroïde adhérente à la sclérotique amincie (Rau), avec accumulation simultanée de fluides <Xeciu.a). — Rosas dislingue une atonie on staphylome de la sclérotique produite par un affaiblissement général de la vie végétative, avec disposition à la phthisie ou à l'hydropisie ou pouvant être envisagée comme une affection consécutive de flux chronique avec amincissement de la sclérotique; — une hernie de la sclérotique, lorsque les lamelles externes de la conjonctive et de la sclérotique ont été détruites dans une grande étendue par des ulcères impétigineux. scrophuleux et même arthritiques et que, par l'effet de la résistance diminuée, les lamelles internes viennent à faire saillie au dehors: — des varices de la choroide qui amincissent la sclérotique par pression et la poussent eu avant. — Jïingken (Augenkrankheiteu p. 70) regarde le Staphylome de la sclérotique comme une distension de cette membrane adhérente à la choroide par l'effet de l'accumulation de l'humeur aqueuse; il pourrait y
avoir aussi dos ulcères do la sclérotique par suite de distension des vaisseaux. — RosKNiYiiïLJ.KK çroît que le plus grand nombre des observateurs avaient envisagé le Staphylome d'une manière trop spéciale et auraient regardé les différents degrés de cette maladie, ainsi que les symptômes qui raccompagnent, tels que la variensité par exemple, comme des affections essentielles. Il admet des altérations diverses du même mal, selon ses différents degrés: 1) dans le Stapbylome en grappe antérieur et total, la sclérotique serait ramollie et amincie par des inflammations antécédentes, elle adhérerait à la choroïde, et entre les deux membranes il y aurait des (épanchoments de sérosité et de pigment (sang coagulé): 2) dans le .staphylome annulaire, la sclérotique serait adhérente dans toute sa circonférence avec le corps ciliaire, ramollie et épaissie par l'inflammation et par conséquent presque sans accumulation de fluide; 3) dans le Stapbylome sphénique (et postérieur) il y aurait surabondance de fluides qui occasionerait une tumeur arrondie entre la eboroide et la sclérotique, d'où cette dernière pourrait devenir si mince qu'elle ressemblerait à la cornée: 4) dans la maladie arrivée a un haut degré, il y aurait sécrétion anormale de pigment dans la sclérotique, la eboroide, lo corps ciliaire et le cristallin; de là, cirsophthalmie. , opbthalmie scorbutique, mélanose et cataracte noire.