CHAPITRE II
DK LA FACULTÉ d'aCCUMMODAïION DE l'OEIL ou
DU POUVOIR HÉmUNGENÏ FACULTATIF.
On désigne ainsi la faculté que possède l'œil de voir distinctement, mais d'une façon successive, des objets situés à des distances différentes.
Nous avons admis en principe que dans l'œil normal, la rétine se trouve placée au foyer principal du système dioptrique, et que les rayons parallèles, c'est-à-dire émanés d'objets éloignés, peuvent seuls lui fournir des images nettes; dès lors les rayons provenant d'objets plus rapprochés, qui ont, nous le savons, des directions divergentes, auront nécessairement un point de rencontre situé en arrière d'elle, et formeront une image de dilTusion, ce qui équivaudraità l'impossibilité absolue de voir distinctement autre chose que les objets éloignés. Or, l'observation de chaque jour démontre que notre œil peut percevoir avec la même netteté des objets placés à des distances très-diverses. 11 possède donc en lui la faculté de faire converger sur la rétine des rayons divergents. Cette faculté représente le pouvoir à' accommodation ou A' adaptation de l'œil.
L'accommodation aux dislances s'impose tellement, qu'il est presque superdu d'en donner la preuve. Nous nous bornerons à rappeler rex|)érience devenue classique de Porterlield. Oue l'on lixe sur
ni'S nilANGKMKNT.S OPliUÉS DANS L'ÉTAT DK \XE\\., liTC. 28!i
une règle ou sur une planchette deux épingles éloignées l'une de l'autre de 20 h 25 centimètres, et que l'on essaye de les voir simultanément dans le sens de leur alignement, on constatera de suite qu'il est impossible d'y arriver. Si l'on vise la plus rapprochée, on la voit distinctement, mais la seconde paraît grossie, diffuse. Et de même, si le regard est dirigé vers la plus éloignée, l'autre n'est perçue qu'imparfaitement. Ce qui veut dire évidemment que, quand je fixe l'une des deux épingles, les rayons émanés de l'autre se rencontrent soit en deçà, soit au delà de la rétine, et produisent sur cette membrane des cercles de diffusion, suffisants pour nuire à la netteté de l'image. Cette simple épreuve, que chacun peut varier à son gré, démontre deux choses : d'abord, que l'œil peut s'accommoder pourdes distances différentes; en second lieu, qu'il ne peut voir distinctement et simultanément deux objets inégalement éloignés.
Des changements opérés dans l'état de l'œil pendant
l'accommodation.
La solution de cette question a été cherchée par un grand nombre de physiciens et de physiologistes. Elle a donné lieu aux opinions les plus divergentes et souvent les plus contradictoires. La construction de l'appareil de réfraction, dont les différentes surfaces ne sont point de révolution ni rigoureusement symétriques autour d'un axe commun, et par conséquent ne doivent pas donner un poi7it focal, mais bien une ligne focale (Sturm, etc.), la contraction de la pupille pendant la vision rapprochée (Haller,Hill,Mill, etc.), un chan-
gementde courbure de la cornée (Albert. Home, Ramsden, etc.), la brièveté du rayon de courbure du cristallin (de Haldat), un déplacement du cristallin (Képler, etc.), ont été invoqués tour à tour pour servir de base à autant de théories spécieuses que la nature de ce travail ne nous permet pas de reproduire pour en faire la critique.
Dans ces derniers temps, des faits décisifs ont démontré que toutes ces opinions ne représentaient point la vérité, et que le changement qui s'opère pendant l'accommodation, consiste en une modification dans la forme du cristallin. Celui-ci devient plus convexe surtout du côté de sa face antérieure, et il se rapproche de la cornée. Cette opinion est loin d'être récente; on la rencontre dcja dans les .•crits de Descartes, et dès le commencement de ce siècle Thomas Young entreprit de la démontrer par des expériences qui n'ont ete
OPTOMETRIK.
innréciées à toute leur valeur qu'au moment où, tout récemment, îurent apportées les preuves directes, péremptoires, qu il importe de rappeler avec quelques détails.
En 1823 Purkinge appela l'attention sur les images qui se forment sur la cornée, et sur les deux faces de la cristalloïde, faisant office de miroir. Ces images, produites par réflexion, devinrent entre les mains de Sanson, un excellent signe pour reconnaître les opacités du cristallin ; mais ce moyen, devenu rapidement classique, perdit toute son importance pratique dès que les procédés d'éclairage artificiel de l'œil permirent d'atteindre le même but avec plus de facilité et de certitude. Maximilien Langenbeck eut le premier l'idée de recourir de nouveau aux images de Purkinge pour s'assurer directement si, pendant l'accommodation, le cristallin subissait un changement soit dans sa forme, soit dans son siège. Maximilien Langenbeck fit usage d'une méthode défectueuse : néanmoms il constata ce fait capital, que dans l'adaptation pour les objets rapprochés, la face antérieure du cristallin devient plus convexe.
Frappé de l'importance etde la rigueurde ce moyen de démonstration Donders en fit de nouveau l'application : en raison des moyens imparfaits mis en œuvre, il n'obtint rien de satisfaisant. Cependant il n'en conclut pas moins, tant la méthode lui paraissait sûre, que les images réfléchies permettraient de voir avec certitude si, pendant l'accommodation, il se produit un changement de courbure et de situation dans les deux surfaces du cristallin. On sait, en eSet, que les miroirs, tant convexes que concaves, donnent par réflexion des images, situées, pour les premiers en arrière,et pour les seconds en avant de la surface réfléchissante, et que les grandeurs de ces images sont en raison directe du rayon de courbure du miroir. La cornée et la surface antérieure du cristallin représentent des miroirs convexes ; la surface postérieure du cristallin ou plutôt la surface antérieure du corps vitré qui y correspond représente un miroir concave. Un corps lumineux placé devant l'œil, doit donc provoquer la formation de trois images, deux droites, fournies par les surfaces réfléchissantes convexes, et une renversée, fournie par la surface réfléchissante concave. Ces images sont peu éclairées, parce que la difi'érence entre la réfringence des milieux de l'œil et celle de leurs surfaces de séparation est faible et, par suite, les effets de réflexion, peu considérables. On peut cependant les distinguer nettement ; il suffit pour cela de choisir un milieu obscur et d'exposer devant l'œil, suivant la direction d'une ligne formant avec
Fig. 40. — Images de Purkinge pendant la vision éloignée.
DES CHAiNGEMENTS OPÉKÉS DANS l.'ÉTAT DE L'OEIL, ETC. 287 l'axe visuel un anglede 30"à45", une petite flamme brillante ou même la tlamme d'une bougie. En se plaçant sur le trajet de la ligne de réflexion, on reconnaît aisément trois petites images, situées l'une à côté de l'autre dans le plan de la pupille et dans l'ordre indiqué par la figure suivante {/iff. 40).
a représente l'image fournie par la cornée ; elle est droite, virtuelle et la plus lumineuse; b, celle de la surface antérieure du cristallin; elle est aussi droite et virtuelle, plus grande que la précédente, mais beaucoup moins brillante et moins nette dans ses contours ; c représente l'image fournie par la surface postérieure du cristallin : elle est renversée et réelle; elle est la plus petite, assez brillante et bien nette.
Nous avons supposé l'œil adapté pour une grande distance. Si, sans changer les conditions de l'expérience, on fait viser un objet situé à 15 ou 20 centimètres, on voit brusquement l'image b diminuer d'étendue, se rapprocher de l'image a et s'éloigner de l'image c, comme l'indique la figure suivante {^g. 41).
C'est sur ces données que Cramer, en 18S1, imagina un instrument destiné à rendre l'observation de ces changements plus facile et plus rigoureuse. Son appareil avait surtout pour but de produire z.^^. 4,. - images de Purkinge un grossissement de dix à vingt diamè- pendant la vision rapprochée.
très. Il put de la sorte évaluer la diminution de volume de l'image b pendant la vision rapprochée et conclure avec certitude, que, pendant l'accommodation, la convexité de la face antérieure du cristallin augmente, et que son rayon de courbure diminue.
De son côté, Helmholtz, peu de temps après, sans avoir connaissance des travaux deMaximilicn Langenbeck etde Cramer, qum avaient été signalés que dans de courtes notices et avaient passe inaperçus, découvrit à son tour la véritable cause de l'accommodation. Il établit en outre que la petite image c diminue un peu de grandeur réelle pendant l'accommodation, ce qui ne peut être attribué qu'a
OPTOMÉTHIE.
> . .np-mcnlaliondansla convexité de lasurlaceposlérieure unelej^er aug.Wa^^ physiologiste a démontré par le
' 1 ";1: '4^a so cLpensat^^^^ accidentelles l'inlluence du 'f ^m nt de courbure de la surface postérieure du cristallin est ::ie' oTtout a^lins peut être négligée. On est donc autonsé a conclure d'une façon sufEsamment rigoureuse que hmage c ne varie pas pendant l'accommodation. ... .
e changement de place des images, mentionne ci-dessus. est occasionné par un changement dans la situation réciproque du ' stamn et^de la cornée. De ce que l'image b se rapproche de l'image a pendant la vision rapprochée, Cramer en conclut que la surface antérieure du cristallin, en même temps qu elle devient plus convexe, se rapproche de la cornée. Notons cependant que ce déplacement, en raison de l'asymétrie de l'œil, ne devient probant qu'autant qu'on s'est assuré, par une série d'expériences faciles a exécuter,qu'ilesttoujourslemêmepourunemêmedistanceet quelle
42. — Figure schématique destinée i\ démontrer les relations des images dn Purkingc entre elles.
que soit la position de l'œil. Sauf cette restriction, tout changement de rapport des images démontre un changement dans la situation réciproque des surfaces du cristallin et de la cornée. Cette relation est rendue évidente dans la figure schématique suivante imaginée par Donders [fig. A'a est l'axe de la cornée que l'on suppose confondu
DKS CIIA.NC.KMKNIS OlM-.lil'.S DANS I.'KTAT 1)K IMML, RTC. 289
avec Taxe du cristallin L; celui-ci a été représenté sous deux formes : le trait plein le représente pendant la fixation d'un objet éloigné ; le trait ponctué, pendant la fixation d'un objet rapproché. Au point /est une lumière ; au point 0, l'œil de l'observateur : ces deux points sont disposés de telle sorte que les lignes qui en partent coupent l'axe sous des angles semblables. Il en résulte que les rayons, renvoyés par les surfaces réfléchissantes de l'œil observé au niveau des points oii ces surfaces sont traversées par l'axe, arrivent à l'œil de l'observateur.
De la sorte l'image réfléchie de la cornée est vue dans la direction 0-1 ; celle de la face antérieure du cristallin, dans la direction 0-3, et celle de la surface postérieure, dans la direction 0-4(en négligeantla réfraction opérée à travers les surfaces situées en avant). Projetées sur le plan 11^ elles se placent l'une à côté l'autre aux points a, ô, c.
Si la surface antérieure du cristallin est déplacée jusqu'au niveau de la ligne ponctuée, la seconde image se voit dans la direction 0-2' et se projette sur le plan en //, c'est-à-dire en un point plus rapproché de l'image a de la cornée.
Il est donc démontré d'une façon certaine que, pendant l'accommodation de l'œil pour les objets rapprochés, la purface antérieure du cristallin devient plus convexe et se rapproche de la cornée ; que ces deux changements sont nets et très-apparents ; que la surface postérieure du cristallin devient aussi un peu plus convexe, mais d'une façon assez peu sensible pour être négligée.
Dans ces changements réside le principe et Ja raison optique de l'adaptation.
On a contesté cette relation, on a cité des cas dans lesquels l'œil aurait conservé la faculté d'accommoder après l'extraction de la cataracte. Szokalski en particulier prétend avoir observé un malade qui, privé de cristallin, pouvait à volonté, avec les mêmes lunettes, voir soit nettement, soit confusément un objet situé à une distance quelconque. Selon toute raison, ces faits ont été peu rigoureusement observés. Pour échapper à toute méprise, il importe de ne pas perdre de vue que l'on distingue nombre d'objets malgré la diffusion, pourvu qu'ils soient suffisammentgros et surtout vivement éclairés. De ce qu'un opéré de cataracte avec les mêmes lunettes, maintenues à la même distance de l'œil, lit un texte ordinaire et reconnaît à distance une statue, un arbre, etc., il ne faudrait pas conclure qu'il possède la faculté d'accommodation. Chacun î.out se convaincre qu'en fixant un objet situé à la dislance
oi»TOMÉriui;.
d'un pied par exemple, on eu voit d'une façon satisfaisante une foule d'autres qui sont éloignés
On peut accepter comme démontre que 1 ablation du cristallin entraîne la perte de l'accommodation . Le fait a été constaté et signalé bien des fois, mais il a été surtout démontré avec une grande précision dans les observations suivantes dues à Donders. L'ingénieux ophthalmologiste choisit pour sujet de recherches un jeune homme atteint de cataracte congénitale et qui avait été opéré avec un plein succès. L'acuité de la vision n'était point altérée ; avec des verres de 3 pouces de foyer, placés à S lignes (O-.Oll) en avant des veux, cet opéré voyait très-distinctement et sous une forme ronde un petit point lumineux situé à une grande distance.
Une mire fut alors placée entre l'un des yeux et ce point lumineux. En dirigeant le regard vers elle avec des lignes visuelles convergentes, le point lumineux ne variait pas ou devenait seulement plus petit et plus distinct sans changer de forme. Mais dès qu'on éloignait ou qu'on rapprochait la lentille de quelques millimètres, le point lumineux cessait d'être rond ; il s'allongeait dans une direction pour prendre la forme d'une ligne; dès lors, même avec le plus puissant effort et la plus puissante convergence vers la mire, la ligne lumineuse devenait seulement un peu plus courte, ce qui tenait au resserrement de la pupille qu'il était aisé de constater directement. Le même essai appliqué successivement aux deux yeux donna un résultat identique.
Chez un autre sujet privé également de cristallin, l'absence totale d'accommodation fut démontrée de la même façon. Donders constata en outre qu'après avoir armé l'œil d'un verre sphérique convenable pour voir nettement un point lumineux situé à une grande distance, il suffisait d'ajouter à cette lentille un verre sphérique trèsfaible, convexe ou concave, obtenu par combinaison soit de 5^ avec — , soit de — ^ avec :^ , pour détruire la netteté de la vision. Le verre convexe donnait au point lumineux la forme d'une petite ligne verticale, et l'autre, d'une ligne horizontale. 11 n'en est pas ainsi pour l'œil doué de la faculté d'accommoder. L'interposition d'un verre sphérique faible ne trouble pas la netteté des
images.
DU MtCANlSMl-: 1:T DKS agents de L'ACCOMMODATION.
Du mécanisme et des agents de Taccommodation.
Nous avons posé en principe que, dans l'œil normal, l'accomniodation est à l'état d'indifférence ou de repos pendant l'exercice de la vision éloignée ou, en d'autres termes, que l'œil normal possède un pouvoir réfringent fixe tel que les faisceaux lumineux qui y pénètrent suivant des directions parallèles, ont leur point de rencontre sur la rétine. L'accommodation n'interviendrait plus ou moins activement qu'autant que les rayons lumineux deviendraient assez divergents pour déplacer sensiblement le foyer. Plus la divergence augmente, plus l'accommodation est active et son maximum d'effet correspond au point le plus rapproché de la vision distincte. Rien ne prouve absolument qu'il en soit ainsi ; de bons observateurs admettent même que l'état d'indifférence ou de repos ne correspond, ni à la vision la plus éloignée, ni à la vision la plus rapprochée, mais bien à une distance intermédiaire. De cette façon l'accommodation interviendrait pour voir de loin aussi bien que pour voir de près.
Une semblable opinion complique inutilement la question ; elle a d'ailleurs contre elle des arguments très-sérieux. Nous nous bornerons à citer les principaux d'entre eux.
La plupart des personnes ont conscience de l'effort exercé pendant la vision rapprochée.
La fixation longtemps soutenue d'un objet rapproché est suivie d'un sentiment de fatigue que ne provoque jamais l'exercice de
la vision éloignée.
Une instillation d'atropine a poureffet de reculer progressivement le point le plus rapproché de la vision distincte, et, après une heure environ, de ne plus permettre de voir nettement que les objets éloignés. Ce ne peut être qu'en vertu d'une action paralysante, laquelle devrait se faire sentir sur la vision éloignée comme sur la vision rapprochée, si le point de repos était intermédiaire. On pourrait admettre, il est vrai, que l'accommodation emprunte son innervation a deux sources distinctes et que l'atropine, en paralysant l'agent de l'accommodation pour la vision rapprochée, respecte et même excite Vii^ent de l'accommodalion pour les objets éloignes : on sait qu'il en est ainsi pour l'iris dont les fibres circulaires sont paralysées
oproMÉTUii:.
' - la l.oll'idono tandis que les fibres radiées sont au contraire exlilées Admettre des actions similaires pour l'accommodation ne serait donc pas inadmissible, si l'on n'en était éloigné par l'observation suivante. ♦ « i i
La paralysie du nerf moteur oculaire commun entraîne le plus souvent la perte de l'accommodation. Dans ces cas la vision des objets éloignés persiste seule; et, en instillant de l'atropine, on ne change pas les conditions de la vision. L'adaption pour les objets éloignés correspond donc à la paralysie totale, et il n'existe pas un seul exemple dans lequel la vision des. objets rapprochés aitété conservée, ce qui arriverait nécessairement si l'accommodation à grande distance était active. Il n'est pas rare cependant de rencontrer des sujets myopes qui assurent posséder une accommodation active pour des distances supérieures aux limites de leur vision distincte; ils voient mieux et ils ont conscience de l'effort qu'ils font pour y arriver. Mais si l'on observe rigoureusement le lait en mesurant à l'échelle typographique, on s'assure que cet effort ne leur donne pas une vision nette comme l'accommodation. L'amélioration est due au resserrement de la pupille qui amène une diminution des cercles de diffusion.
En raison de son mode de fonctionnement le pouvoir accommodatif devait être attribué à une action musculaire. Aussi est-ce dans celte voie qu'ont été dirigées les recherches des physiologistes pour en trouver la source.
Descartes, dans sa Dioptrique, suppose que le cristallin change de forme, par l'effet de la contraction de ses propres fibres, qu'il jugeait être par cela même de nature musculaire.
Yonng reproduisit plus tard la même hypothèse, mais l'anatomie démontre que le cristallin ne renferme aucune fibre musculaire. D'ailleurs on s'est assuré expérimentalement qu'il n'est pas doue de contractilité. Un courant électrique puissant fut dirigé par Cramer sur un cristallin isolé de toute connexion ; il ne se produisit aucun changement de forme. Il n'en fut plus de même sur un œil -muni de son cristallin et séparé de son appareil moteur. Sur un jeune phoque récemment tué, le même observateur constata dans les images de Purkinge des modifications identiques à celles que l'on observe dans l'œil vivant pendant l'accommodation à courte dislance. Ces deux épreuves contradictoires démontrent, que le cristallin ne possède pas en lui la force qui modifie sa forme; que celle force réside en dehors de lui, mais dans l'intérieur du globe
DU MliCAXISMIC DES AGENTS DE L'ACCOMMODATION. 203 oculaire; enfui, qu'elle peut être mise en jeu par rélectricilé.
Les rapports anatomiques du cristallin avec le ligament ciliaire, devaient naturellement conduire à attribuer ce rôle à ce dernier. Et, chose singulière, on trouve déjà cette opinion émise dans une autre partie des œuvres de Descartes. Dans le Traité de l'homme 1 eminent philosophe invoque déjà, pour expliquer l'accommodation, des changements de forme du cristallin qu'il attribue aux filets noirs venant de la choroïde, qui embrassent l'humeur cristalline. Rien ne s'oppose à comprendre sous cette dénomination non-seulement les procès ciliaires, mais encore le corps ciliaire luimême. Pendant la vision rapprochée, le ligament ciliaire déprimerait le cristallin sur ses bords et le renflerait au centre. Cette opinion, née de l'induction, ne pouvait être confirmée que par la constatation dans ce ligament de l'élément contractile mis en évidence par l'expérience de Cramer, précédemment citée.
La question des agents de l'accommodation, resserrée dans des limites aussi étroites et aussi précises, provoqua de nouvelles recherches sur la structure vraie du ligament ciliaire. Elles furent couronnées d'un plein succès; à peu près à la même époque Brûcke et Bowman découvrirent que ce prétendu ligament était en réalité un muscle représenté par une lame épaisse de fibres lisses et radiées, qui s'étend du bord antérieur de la sclérotique au corps ciliaire. Son insertion antérieure se fait sur la sclérotique en cet endroit, qui est creusé d'un petit sillon et qui concourt à la formation du canal veineux de Schleem. Les fibres naissent là d'un ruban particulier dense et uni(Kôlliker) qui forme la paroi interne de ce canal et qui prend naissance à la fois dans le tissu même de la sclérotique etdansle réseau fibreux fourni parle prolongement de la membrane de Descemet. De ce point de départ antérieur le faisceau musculaire se dirige en arrière, et se termine par des fibres qui affectent trois directions différentes: les plus externes, qui sont aussi les plus longues, se rendent dans la choroïde jusqu'à l'ora-serrata, d'autres se confondent avec l'insertion de l'iris, d'autres enfin, les plus internes, se portent dans la partie fixe des procès ciliaires, mais non dans ces corps eux-mêmes. Ces éléments musculaires, d'après Kôlliker, sont un peu plus courts (0'",002) et plus larges (0'", 003 à 0"',004), que les cellules fibreuses ordinaires ; leur tissu est finement granulé et trèsdélicat; ils sont si fragiles qu'ils ne peuvent êlr.c aisément isolés chez l'homme.
Ce muscle,- qui porte le nom de muscle de IJriicke, acte décou-