CAUSES ET SIÈGE DE L'ASTIGMATISME RÉGULIER
Causes et siège de l'astigmatisme régulier.
Nous serons bref sur ce sujet, parce qu'il nous éloigne un peu du point de vue pratique auquel nous nous sommes placé.
L'astigmatisme peut avoir son siège dans le cristallin. Th. Young a démontré qu'il en était ainsi pour lui. En plongeant son œil dans une petite cupule remplie d'eau tiède et dont le fond était représenté par une lentille convexe à court foyer, il constata que la réfraction était restée absolument la même. L'indice de réfraction de l'eau étant sensiblement le même que celui de la cornée, l'action réfringente de cette dernière était de la sorte à peu près complètement annulée. Comme l'astigmatisme persistait, il fut permis d'en conclure que le cristallin en était la cause et le siège.
Dix ans plus tard, Gerson, dans une thèse latine présentée à l'Université de Gœttingue, attribua l'astigmatisme à la déformation de la cornée.
Ce fut en 1839 que Kohlrauscli eut l'idée de déterminer le siège de l'astigmatisme par la mensuration comparative des images fournies par la cornée. Toutefois, il ne poussa pas bien loin cette recherche, qui depuis fut reprise d'abord par Senff en i 846, puis par Helmholtz en 1854, et en dernier lieu par Knapp et Dondcrs. Nous avons précédemment indiqué l'instrument ingénieux appelé ophthalmomètre, à l'aide duquel il fut possible de démontrer directement, parla mensuration des images catoptriques, le changement de courbure du cristallin pendant l'accommodation. Le même appareil servit avantageusement à la constatation du siège de l'astigmatisme. Si, au lieu d'être un segment d'une surface de révolution, la cornée est assimilable à une ellipsoïde à trois axes inégaux, il est clair qu'un disque lumineux fourni par un écran percé d'un petit trou et placé devant une lampe formera sur cette membrane une image plus ou moins elliptique, et qu'en mesurant les deux diamètres principaux de cette image, on aura des éléments suffisants pour déterminer la forme de la cornée. L'ophthalmomètrc permet de faire très-simplement, très-exactement, ces mensurations.
En déterminant de la sorte la forme de la cornée chez un assez grand nombre de sujets, Donders a constaté que l'astigmatisme
OPTOMÉTRIE.
déterminé par la méthode objective ne coïncidait pas exactement avec iTs indications fournies par la méthode subjeetive. Il en con- Hnt aue le cristallin produit aussi de l'astigmatisme, et comme, d'une façon générale, l'astigmatisme, déterminé subjectivement, était moindre que l'autre, déterminé objectivement, il émit 1 opinion fiue l'astigmatisme du cristallin est habituellement d'un sens opnosé à celui de la cornée. Il fit de plus la remarque, d'après les observations de son élève Middelburg, que l'astigmatisme du cristallin est souvent placé dans une situation très-variable par rapport
à celui de la cornée. , i, ^.
Toutes ces observations démontrent que la cause de 1 astigmatisme peut siéger soit dans la cornée, soit dans le cristallin, soit le plus souvent dans les deux réunis. Mais l'étude de cette question est loin d'être épuisée. 11 serait du plus haut intérêt d'avoir un grand nombre de faits dans lesquels les déterminations subjectives de l'astigmatisme total, puis de l'astigmatisme du cristallin, en neutralisant l'action de la cornée comme dans l'expérience de Young, seraient contrôlées par les mensurations opbthalmométriques. Alors seulement il sera possible de préciser le rôle du cristallin, de savoir s'il est variable ou permanent dans son degré et sa direction, s'il est modifié pendant l'accommodation pour les objets rapprochés, etc. : toutes questions fort importantes, dont la solutiofi non-seulement jettera un jour nouveau sur l'étude scientifique de l'astigmatisme, mais aussi fournira des bases plus certaines au traitement.