CHAPITRE XII
ARTICLE PREMIER Anatomie.
La rétine est une membrane parfaitement transparente sur le vivant, mais qui devient blanchâtre et opaline après la mort. Elle est la plus interne des membranes intra-oculaires. Etalée entre la choroïde et le corps vitré, elle s'étend de la papille optique avec laquelle elle se continue par l'une de ses couches jusqu'à l'origine de la zonule de Zinn. Là, les éléments nerveux se terminent par un bord onduleux, uni intimement à la choroïde d'un côté et à la capsule hyaloïde de l'autre : au delà elle n'est plus représentée que par une couche celluleuse spéciale qui se prolonge en avant sur la portion ciliaire de l'hyaloïde.
Cette membrane est extrêmement mince. Son maximum d'épaisseur, qui se trouve au niveau du nerf optique, ne dépasse pas 2 à 4 dixièmes de millimètre. A partir de ce point, elle s'amincit progressivement, et de façon à être réduite à un dixième de millimètre d'épaisseur environ au niveau de son bord antérieur.
La rétine se compose de deux éléments fondamentaux, le tissu nerveux et le tissu cellulaire dans lequel il faut comprendre les tuniques vasculaires. La combinaison de ces deux tissus est tellement intime que, malgré les recherches les plus minutieuses, entreprises dans ces dix dernières années, tant chez l'homme que chez les animaux, il n'est pas encore possible d'en
déterminer la structure et d'en fixer les limites. Toutefois, en étudiant la rétine suffisamment durcie et sur des coupes verticales, les anatomistes sont d'accord pour lui reconnaître plusieurs couches, parallèles entre elles, superposées et comme stratifiées
Fig. 31. — Coupe verticale de la rétine humaine, pratiquée à 0m,015 en avant de l'entrée du nerf optique. Grossissement de 350 diamètres.
1, couche des bâtonnets; 2, couche granuleuse externe; 3, couche intermédiaire; 4, couche granuleuse interne; K, couche grise finement granulée ; fi, couche de cellules nerveuses; 7, fibres du nerf optique; 8, fibres de Millier ; 9, extrémités de ces fibres; 10, membrane limitante.
Cet arrangement résulte de la disposition affectée par le tissu nerveux. Sa structure est telle que les éléments de même nature y forment entre eux un plan parallèle à la surface externe de la rétine, avec cette particularité bien intéressante qu'une série de ces éléments superposés représente le mode de terminaison d'une fibre nerveuse.
On admet dans toute l'étendue de la rétine cinq plans ou couches distinctes qui sont de dehors en dedans : 1° la couche des bâtonnets ; 2° la couche granuleuse ; 3° la couche de substance nerveuse grise, ou la couche ganglionnaire ; 4° la couche des fibres nerveuses provenant de l'épanouissement du nerf optique ; 5° la membrane liminante. Quelques auteurs, et en particulier Ritter, ont fait de la couche granuleuse plusieurs couches distinctes. Nous empruntons à l'ouvrage de Kôlliker {fig. 'M) une coupe de la rétine humaine qui
donne une idée satisfaisante de ces différentes couches et de leurs rapports.
1° Couche des bâtonnets. — Elle est composée d'une foule innombrable de corpuscules en forme de bâtonnets ou de cônes qui réfractent fortement la lumière et qui sont disposés avec une merveilleuse régularité. Il appartient à H. Mùller d'avoir démontré qu'elle se compose de deux éléments, les bâtonnets et les cônes. Leur disposition générale est telle que les bâtonnets ont tous leur grosse extrémité dirigée en dehors, tandis que les cônes affectent une disposition inverse, ce qui fait que ces derniers, examinés superficiellement, paraissent former une couche interne spéciale, située entre les extrémités des bâtonnets.
Les bâtonnets, sont représentés chez l'homme par des corpuscules cylindriques étroits, allongés, et dont l'extrémité interne se termine par un prolongement filiforme appelé fibre de Millier, qui établit les rapports de continuité avec les couches internes, et tout spécialement, sinon exclusivement, avec les cellules pourvues de prolongements.
Les fibres de Mùller traversent toutes les couches, et se terminent sur la membrane limitante. Au fond de l'œil et aussi longtemps que les fibres du nerf optique forment des faisceaux séparés par de simples fentes, elles se réunissent en lames minces dont l'épaisseur et l'étendue sont en rapport avec les dimensions de ces fentes ou mailles.
Dans la seconde moitié de leur trajet, elles sont isolées, séparées les unes des autres, et se terminent par un épanouissement en éventail.
La matière qui forme les bâtonnets est homogène, transparente, d'un aspect graisseux ; elle est très-cassante, ce qui fait que les bâtonnets sont d'une extrême délicatesse et fort difficiles à isoler.
Les cônes ne sont que des bâtonnets présentant un renflement conique, un peu plus courts en général que les précédents, et terminés comme eux par un prolongement qui les relie aux parties internes de la rétine.
Ces deux éléments sont disposés les uns à côté des autres comme
des tuyaux d'orgue, suivant une direction normale à la surface
externe de la rétine, de telle sorte que l'une de leurs extrémités
est dirigée vers la choroïde et l'autre vers la deuxième couche ré-
inienne.
2° Couche granuleuse. — Elle est formée de corpuscules transpa-
rents, réfractant fortement la lumière et se troublant au contact de l'eau. Ces corpuscules sont de forme sphérique ou ovalaire : ils forment toujours chez l'homme deux couches distinctes, l'une externe, plus épaisse, et l'autre interne, plus mince, séparées par Une couche intermédiaire plus transparente, plus finement granulée. La couche externe est constituée par des corpuscules appliqués contre les bâtonnets et les cônes. La couche interne est en connexion avec les prolongements filiformes de ces mêmes éléments.
Fig. 32. — Éléments de la couche des bâtonnets ; leurs connexions avec les fibres de Mtiller, chez l'homme. Grossissement de 350 diamètres.
1 , Cônes et fibres de Millier, a, partie renflée du cône ou cône proprement dit ; b, bâtonnets qui les surmontent, et dont l'un est plus long; c, crête circulaire à l'extrémité interne du cône; d, renflement muni d'un noyau (corps de cellule) situé déjà dans la couche granuleuse externe ; e, fibre de Miiller avec laquelle ce renflement se continue ; e' , prolongement latéral de cette fibre, se portant en dedans ; f, grain cellule, de la couche granuleuse interne ; g, extrémité interne des fibres de Miiller.
2, Bâtonnnets et fibres de Millier, a, bâtonnets; b, crête transversale à leur extrémité interne; c, origine des fibres de Miiller ; d, éléments de la couche granuleuse externe, dont l'un est applique contre le bâtonnet; e, fibres de Miiller dans la couche intermédiaire; /, grain qui présente un prolongement latéral ; g, extrémité interne des fibres de Miiller.
3, Eléments de la couche granuleuse interne avec trois prolongements ; le plus externe parmi ces prolongements se ramifie et porte plusieurs corpuscules de la couche externe b, et plusieurs bâtonnets, dont un seul a été dessiné.
3° Couche de substance grise ou ganglionnaire. — Elle est assez nettement délimitée du côté de la couche granuleuse, beaucoup moins du côté interne. Elle se compose d'une couette externe finement