‹ Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'optométrie (volume 3)Chapitre 44 sur 65 · OPUTIIALMOSCOPIE · texte numérisé non relu

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granulée et striée, ou couche de fibres grises de Pacini, et d'une couche interne de cellules nerveuses multipolaires. Ces dernières ressemblent à celles du cerveau, seulement elles paraissent un peu plus claires. Toutes sont pourvues de prolongements dont le nombre varie de 1 à 6 et même plus, et qui sont analogues à ceux que Bowmann a observés le premier dans les cellules du système nerveux central. Lorsque, dans la préparation d'une coupe perpendiculaire de la rétine, on est assez heureux pour rencontrer une de ces cellules, munie de ses prolongements, on constate que deux d'entre eux se dirigent en dehors et se perdent dans la couche granuleuse externe, tandis que les autres marchent horizontalement pour se continuer tantôt avec les fibres du nerf optique, tantôt avec d'autres cellules nerveuses.

4° Couche des fibres nerveuses. — Elle est constituée par l'épanouissement du nerf optique. A partir de la saillie que ce nerf forme à la face interne de la rétine et qui porte le nom de papille optique, les fibres nerveuses se dépouillent chez l'homme et chez beaucoup d'animaux de leur double contour, elles deviennent transparentes, jaunes ou grisâtres et analogues aux fibres les plus fines du système nerveux central. Ces fibres manquent de noyaux, elles ont un pouvoir réfringent relativement considérable et affectent constamment après la mort une disposition variqueuse : on peut conclure de ces caractères qu'elles sont pourvues, sinon d'une moelle analogue à celle des nerfs ordinaires, du moins d'un contenu liquide probablement de nature graisseuse. Kôlliker n'a jamais constaté de cylinder axis dans les fibres de la rétine. Mais il croit avoir reconnu distinctement une gaîne propre au niveau des varicosités. On peut en conclure que les fibres de la rétine ne se composent pas exclusivement ni même principalement de myéline, et leur résistance à l'éther témoigne qu'elles sont constituées principalement par une substance azotée.

Les fibres nerveuses émanées de la papille optique s'irradient dans toutes les directions de façon à former une véritable membrane continue depuis le nerf optique jusqu'à Fora serrata , en exceptant toutefois un point spécial sur lequel nous allons revenir et qui porte le nom de tache jaune : là il y a une interruption. Les libres qui composent cette membrane sont réunies en faisceaux un peu aplatis qui s'anastomosent sous un angle aigu, ou cheminent parallèlement dans toute leur étendue. Ils sont beaucoup plus nombreux du côté interne que du côté externe de la papille, en

d'autres termes, une très-faible quantité de fibres se dirigent directement vers la tache jaune, et un nombre beaucoup plus considérable y arrivent en décrivant un arc de cercle d'autant plus considérable que la direction primitive en était plus éloignée. Les fibres nerveuses paraissent se continuer avec les prolongements des cellules nerveuses qui en seraient ainsi le point de départ.

5° Membrane limitante. — Elle est constituée par une pellicule délicate intimement unie au reste de la rétine et comparable aux autres membranes hyalines, telles que la capsule du cristallin. Elle est juxtaposée à la membrane hyaloïde vers laquelle elle présente çà et là quelques inégalités. Sa surface externe est très-rugueuse ; elle donne naissance à des fibres très-nombreuses, trèsrapprochées les unes des autres, qui se dirigent vers les couches précédentes et portent le nom de fibres de la membrane limitante. L'ensemble de ces fibres représente l'élément cellulaire de la rétine : leur quantité est en rapport avec l'étendue des interstices que l'on rencontre dans les couches des fibres et des cellules ganglionnaires.

Tache jaune. — La tache jaune est une région spéciale et fort importante de la rétine, qui correspond à l'extrémité postérieure de l'axe optique principal. Elle est de couleur jaune. Son extrémité interne est située à 2mm,05 du centre de la papille. Vers sa partie moyenne se trouve un petit point aminci, blanc, qui porte le nom de fossette naviculaire. Beaucoup d'auteurs ont signalé une plicature de la rétine au niveau de la tache jaune. On remarque en effet dans les autopsies que cette dernière est toujours soulevée et supportée par un véritable pli de la membrane nerveuse ; mais cette disposition n'existe point pendant la vie ni sur des yeux observés immédiatement après la mort. La couleur jaune de cette tache dépend d'un pigment particulier dont sont imprégnés sur ce point les éléments de la rétine , à l'exception de la couche des bâtonnets. A ce niveau il n'existe point de couche continue de fibres nerveuses, ainsi que nous l'avons déjà dit. Les cellules sont au contraire très-abondantes elles sont très-serrées les unes contre les autres, forment plusieurs plans superposés, comme ceux d'un épithélium pavimenteux, et sont en contact immédiat avec la membrane limitante. Entre ces cellules cheminent un certain nombre de fibres nerveuses qui arrivent de la périphérie de la tache jaune et se perdent dans son épaisseur, probablement en s'épuisant dans les cellules mêmes.

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La couche de substance grise granulée existe dans les portions périphériques de la tache jaune, elle fait défaut à sa partie moyenne. Les deux couches granuleuses et la couche intermédiaire existent dans toute son étendue, excepté au niveau de la fossette centrale. D'après les observations de Henle et de Kôlliker, les bâtonnets font défaut, ils sont remplacés par(des cônestrès-serrés, plus longs et plus étroits que dans les autres régions. Kôllikera constaté aussi la présence des prolongements des bâtonnets ou fibres de Mùller sur toute la tache jaune, à l'exception de la fossette centrale.

On voit d'après la description précédente que la différence anatomique qui existe entre la tache jaune et le reste de la rétine réside essentiellement dans l'agglomération des cônes en ce point. L'arrangement particulier de ces éléments serait préposé d'après Ritter, à l'exercice de la vision binoculaire.

ARTICLE II

Décollement de la rétine.

Cette affection était connue des cliniciens longtemps avant la decouverte de l'ophthalmoscope sous le nom à'œdème sous-rétinien. Elle est caractérisée par le soulèvement d'une portion plus ou moins étendue de la membrane nerveuse, détachée deses connexions avec la choroïde.

causes. — Les causes prochaines et le mécanisme suivant lequel s'opère le décollement sont variables. Le plus souvent il se produit dans des yeux atteints de choroïdite staphylômateuse, et à ce titre il peut être considéré comme la complication la plus redoutable de la myopie. Nous avons établi précédemment que dans ces conditions, la sclérotique et la choroïde amincies, atrophiées, se laissent déprimer de plus en plus de façon à augmenter progressivement l'axe antéro-postérieur de l'œil. Pour que les membranes intra-oculaires conservent leurs rapports, il faut de toute nécessité que la rétine se distende dans la même mesure, puisque ses insertions, qui sont fixes en arrière au niveau du nerf optique, et en avant au niveau de la zone de Zinn, ne permettent aucun glissement ni déplacement en totalité. Il arrive un moment où par suite des progrès de la déformation staphylômateuse, la rétine ne peut plus suivre le mouvement d'extension des autres membranes. Elle se décolle alors de la choroïde et l'espace ainsi créé se rem-

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plit d'un liquide sécrété par cette dernière. La formation du décollement et l'épanehement sous-rétinien sont facilités par l'état du corps vitré qui, chez les staphylômateux, est plus ou moins ramolli, liquéfié et livré à la résorption.

Dans quelques cas rares le décollement est dû à la rétraction du tissu de cicatrice fourni par une large plaie scléroticale.

D'autres fois le point de départ du mal réside dans un épanchement formé primitivement entre la choroïde et la rétine. Cet épanchement est séreux le plus souvent, mais par exception il est sanguin et fourni par une hémorrhagie choroïdienne due soit à une dégénération des vaisseaux de cette membrane, soit à des troubles circulatoires généraux, soit à une gêne quelconque dans la circulation veineuse de l'œil.

Enfin le décollement de la rétine représente une des nombreuses conséquences des inflammations profondes de l'œil. Tantôt ce sont des exsudats épais, déposés à la surface interne de la choroïde, qui soulèvent la rétine et la détachent de ses connexions, ailleurs des opacités membraneuses qui, développées au sein du corps vitré en voie de désorganisation, adhèrent en arrière à la rétine, et attirent vers elles cette membrane en vertu de leur rétractilité propre. Les décollements de la rétine consécutifs à l'irido-choroïdite purulente, à l'hyalitis, appartiennent à ce mode de production.

Anatomie pathologique. — L'anatomie pathologique de la rétine décollée diffère selon la cause du décollement, son étendue, son siège et surtout sa durée.

Lorsque l'accident est récent, peu étendu et dérive d'un état relativement peu complexe, comme il arrive dans la choroïdite staphylômateuse, les éléments de la rétine restent inaltérés au moins pendant un certain temps. Si au contraire le décollement est ancien, et surtout s'il complique une inflammation grave de l'œil, la rétine subit les phases de la dégénérescence graisseuse contre laquelle les couches granuleuses offrent le plus de résistance ; à un moment donné elle n'est plus représentée que par une couche mince de tissu cellulaire. Il est rare de constater dans la rétine décollée les traces d'un travail inflammatoire, il n'y a d'exception que pour les cas où elle est déjà altérée au moment où s'opère le décollement, comme il arrive dans les cas de rétino-choroïdite avec infiltration du tissu rétinien.

Procédé d'exploration. — On recherche le décollement de la rétine soit avec le miroir seul, soit par le procédé de l'image renversée.

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Ces deux modes d'examen doivent être employés successivement : le premier, pour constater l'existence, le siège, l'étendue de la tumeur rétinienne et en môme temps l'état du corps vitré ; le second, pour compléter le diagnostic, suivre la disposition des vaisseaux rétiniens et préciser les rapports de la partie décollée avec le reste du fond de l'œil.

Signes oplithainioscopiques. — Le soulèvement de la rétine modifie nécessairement son état dioptrique. Dans l'œil normal cette membrane se trouve au foyer de l'appareil. Si elle est soulevée et partant projetée plus ou moins en avant, elle occupe un plan situé entre le foyer et le centre optique : dès lors il est possible d'en avoir une image droite et grandie avec le miroir seul, le système réfringent oculaire faisant l'office de loupe par rapport à la partie déplacée. Comme il arrive avec la loupe, l'image sera d'autant plus grande et d'autant plus distincte que la rétine décollée s'éloignera moins du plan focal, et de même elle sera d'autant plus petite et d'autant moins nette qu'elle s'en éloignera davantage et se rapprochera de la surface du cristaUin.

La rétine décollée est généralement ridée, elle forme des plicatures semblables à celles que l'on reproduit si bien sans le vouloir en examinant l'œil après la mort. Ces plis ne font défaut que dans les cas assez rares où la rétine adhère solidement à la choroïde au niveau des limites du décollement. Alors les progrès de l'épanchement sous-rétinien ont pour conséquence non d'augmenter l'étendue de l'altération, mais de faire saiilir davantage la partie décollée et de lui donner une forme hémisphérique.

Examiné au miroir, le décollement se présente sous l'aspect d'une tumeur d'un gris bleuâtre qui occupe une partie du champ d'exploration. En faisant mouvoir l'œil dans diverses directions, on reconnaît que cette tumeur est le siège d'ondulations semblables au tremblotement d'une gelée peu consistante et qu'elle présente, disposées plus ou moins parallèlement des stries blanches qui correspondent aux plis de la rétine. Cette sorte de fluctuation et ces plica turcs tiennent à ce que la membrane décollée représente une poche incomplètement remplie de liquide, quelque chose d'analogue à une hydatide flétrie. Sa coloration bleuâtre s'explique par le peu de transparence du liquide épanché et par l'intensité du reflet que donne la rétine au niveau de la partie flottante.

En inclinant le réflecteur dans diverses directions, on constate sur le décollement un ou plusieurs vaisseaux. Ces vaisseaux appar-

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