‹ Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'optométrie (volume 3)Chapitre 54 sur 65 · PIGMENTATION DU NERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

PIGMENTATION DU NERF OPTIQUE

cette dernière se rapproche graduellement de l'anneau sclérotical, et par opposition la couche rougeâtre intermédiaire diminue progressivement d'épaisseur. Dans ces cas complexes, le diagnostic ophthalmoscopique ne peut être posé d'une façon certaine qu'au moment où le bord de l'excavation est confondu sur tous les points avec celui du nerf optique lui-même. Toutefois, si, à un moment donné, l'examen au miroir laissait quelques doutes, l'état de la vision, la dureté caractéristique du globe oculaire suffiraient à les lever.

Pronostic- — Le pronostic de l'excavation pathologique est nécessairement grave : l'atrophie ou la destruction des fibres nerveuses est irrémédiable. C'est en cette altération du tissu nerveux que réside le danger spécial du processus glaucomateux.

Traitement. Le seul traitement vraiment curatif doit avoir pour but de corriger d'une façon permanente l'excès de pression intra-oculaire ; le seul moyen d'y arriver consiste à pratiquer aussitôt que possible l'iridectomie. Les paracentèses répétées, l'opération de Hancock, les déplétions sanguines générales ou locales, les dérivatifs, les mercuriaux,etc, etc., représentent des ressources beaucoup trop insuffisantes ou incertaines pour leur sacrifier un temps précieux. C'est à une large excision de l'iris, opération que Ton doit au génie de Grsefe, qu'il faut avoir recours d'emblée. Elle aura pour résultat habituel soit de prévenir l'excavation si elle n'existe pas encore, soit d'en empêcher les progrès si elle est déjà en voie de développement.

ARTICLE VII

Pigmentation du nerf optique.

On a désigné sous ce nom des cas très-rares d'atrophie de la papille, dans lesquels la cécité fut complète en quelques jours, et dans lesquels on a constaté à l'ophthalmoscope des dépôts pigmentaires dans l'épaisseur de la papille. On connaît trois exemples de cette altération. Le premier, relaté par Ed. Jœger, est relatif à une femme de trente-deux ans chez laquelle, à la suite d'une chute sans commotion immédiate appréciable, il survint une suppression menstruelle et une diminution considérable de la vision. Trois jours après la malade était aveugle. La papille optique était décolorée, d'un blanc de chaux, sans excavation et infiltrée de pigment.

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La seconde observation est représentée dans la planche XI 1 de l'atlas de Liebrcich ; nous l'avons reproduite d'après cet auteur

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Dans le troisième cas, observé par Knapp, la perte de la vision fut subite et précédée de vives douleurs de tète et d'un nystagmus vibratoire à l'un des deux yeux (œil gauche). Les papilles optiques étaient très-blanches, et recouvertes dans le tiers de leur surface d'un pigment très-noir.

On s'accorde à attribuer cet accident à une apoplexie du nerf optique. Le sang épanché détruirait brusquement les fibres nerveuses autour du foyer, puis fuserait jusqu'à la papille et formerait ces taches noires pigmentaires.

La réalité d'un épanchement de sang dans l'épaisseur du nerf optique a été constatée anotomiquement. Ignace Mey a trouvé toute la gaine du nerf détachée des fibres nerveuses, depuis le trou orbitaire jusqu'à l'anneau sclérotical, et distendue par le sang autant que le permettait son élastiscité de tissu. De Ammon, à l'autopsie d'un vieillard de quatre-vingts ans qui était devenu aveugle pendant les dernières années de sa vie, rencontra dans le nerf optique gauche, près de la papille, un petit kyste rempli d'une masse sanguine noirâtre.

Ces épanchements sanguins sont attribués à une certaine gêne de la circulation de retour. La veine centrale ainsi que les veines ehoroïdiennes postérieures aboutissent, on le sait, à la veine ophthalmique qui, après avoir traversé la fente sphénoïdale, se jette dans le sinus caverneux. L'occlusion de ce sinus, la compression des troncs veineux qu'il reçoit, représenteraient rationnellement les causes prochaines de ces accidents. Ajoutons toutefois, ce que l'expérience a démontré, que ces troubles circulatoires occasionnent le plus souvent une névro-rétinite. Les suffusions sanguines appartiendraient peut-être aux cas exceptionnels dans lesquels la compression ne s'établirait que lentement. Quoi qu'il en soit, dans l'état actuel de nos connaissances, la pigmentation de la papille peut encore être considérée comme le signe ophthalmoscopique de l'apoplexie du nerf optique.

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