MOUCHES VOLANTES
tout disparait : un ciel couvert, un vaste espace dans lequel le re* gard erre à Vaventure, représentent des conditions dans lesquelles beaucoup de personnes les trouvent en très-^grand nombre. Ce sont alors de véritables mouches. Ces apparitions sont plus saisissantes encore quand, sortant d'un lieu sombre, on se trouve vis-à-vis d'une surface bien éclairée, un mur blanc, par exemple, frappé par le so«^ leil. C'est ainsi.le plus souvent que le hasard fait découvrir ces malheureux petits globules dont la présence va devenir, au moins durant un certain temps, une source de vives préoccupations.
Ce n'est pas ici le lieu d'examiner les diverses théories relatives à l'origine des mouches volantes physiologiques. Aucune, il faut bien le dire, n'est complètement satisfaisante. Mais on s'accorde généralement à les attribuer à la présence de corpuscules microscopiques disséminés à des profondeurs diverses dans le corps vitré, et produisant sur la rétine des ombres en rapport avec leur siège, leur volume et leur degré de transparence. Depuis longtemps déjà. Donné avait constaté au microscope la présence dans l'humeur aqueuse et dans l'humeur vitrée d'une grande quantité de globules qui ressemblaient assez bien aux globules du sang dilués dans l'eau. Depuis lors, Donders entre autres a également signalé l'existence de ces mêmes petits corps dans la vitrine. Et cependant, comment expliquer ainsi leur mouvement de translation à travers l'humeur vitrée, surtout quand ils affectent la forme de ces longs chapelets aux formes bizarres et si variées !
Les apparitions spectrales physiologiques revêtent encore d'autres formes. Mais ces dernières ont moins d^mportance clinique, parce qu'elles ne se produisent point spontanément et qu'ainsi leur découverte accidentelle ne vient jamais troubler le repos des malades. L'une d'elles a été désignée sous le nom de spectre miico-lacrymal. Pour l'observer, il suffit de rendre l'œil fortement myope ou hypermétrope en l'armant d'un verre sphérique convexe ou concave de 4 à 8 pouces de foyer (12 à 24 cent.). En fixant alors à une distance de 8 à 10 pieds la lumière d'une lampe ou d'un bec de gaz, on voit un disque brillant, sur lequel circulent lentement de gros globules dont les contours sont clairs et le centre obscur {pL IV, fig. i). Ces globules sont le plus souvent isolés, parfois on les voit réunis entre eux par une ligne dont les contours paraissent sombres au contraire et le centre clair. Ils sont animés de mouvements verticaux soit de haut en bas, soit de bas en haut, suivant que l'on fait usage d'un verre convexe ou d'un verre concave. Un simple clignement des paupières en pro-
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duit à volonté, en modifie le volume, le nombre et la situation. En répétant plusieurs fois de suite ce clignement palpébral, on acquiert la conviction que le spectre muco-lacrymal est produit par Tombre grandie que projettent sur la rétine les globules muqueux et les desquamations épithéliales de la surface de la cornée. L'œil étant rendu, par l'interposition d'un verre, fortement myope ou hypermétrope, son foyer se trouve déplacé soit en avant, soit en arrière. Dès lors, il ne se produit plus sur la rétine d'images nettes, mais bien des cercles de diffusion sur lesquels se dessinent par leur ombre ces petits corps plus ou moins opaques ; il est clair que leur ombre grandie doit être directe avec un verre concave et renversée avec un verre convexe. Voilà pourquoi, suivant la forme de la lentille, le mouvement du spectre muco-lacrymal parait se produire dans des directions inverses.
Spectre étoile du cristallin. — Le spectre muco-lacrymal n'est en quelque sorte qu'un épiphénomène des curieu^s apparitions lumineuses que donne l'expérience précédente et que l'on désigne sous le nom du spectre étoile du cristallin: En fixant à travers un verre de 12 pouces (324 millimètres), convexe ou concave, et à une distance de 10 pieds (3"" ,24), la lumière d'une bougie ou mieux d'une bonne lampe, on voit, autour d'une flamme centrale, une couronne complète de flammes semblables, moins nettes, il est vrai, et plus pâles. En s'éloignant davantage on constate que les images disposées en couronne s'élargissent et représentent par leur réunion un disque lumineux plus ou moins grand, plus ou moins éclatant suivant l'intensité de la lumière, et partagé en segments réguliers appartenant au type hexagonal. Ces phénomènes disparaissent et font place à l'image simple de la flamme dès que l'on rentre dans le champ de la vision distincte. C'est à ces apparitions que l'on a donné le nom de polyopie monoculaire et de spectre étoile du cristallin.
Quand on fixe à travers une carte opaque percée de deux petits trous, éloignés l'un de l'autre d'une dislance moindre que le diamètre de la pupille, ce qui constitue Toptomètre de Scheiner, un petit corps éclairé, une tète d'épingle par exemple, on constate que l'image de l'objet se dédouble si on le place en deçà ou au delà de la vision distincte : nous dirons plus loin pourquoi. Si, au lieu de deux trous, on en pratique quatre, cinq, contenus dans un cercle plus petit que la pupille, on voit l'image de l'épingle se tripler, se quadrupler dans les mêmes conditions que précédemment, c'est-
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à-dire qu'il se produit une véritable couronne d'images provenant d'un seul objet, absolument comme dans la polyopie monoculaire. Il suit de là qu'il existe dans l'œil quelque appareil qui remplit le rôle de l'optomètre de Scheiner, multipliant comme lui les images, quand l'objet visé se trouve placé en deçà ou au delà des limites de l'adaptation, par l'interposition d'un verre sphérique convexe ou concave suffisamment puissant.
L'aspect étoile de ce spectre rappelle trop la structure anatomique du cristallin pour ne pas indiquer tout d'abord que cet organe est lui-même l'appareil multiplicateur. 11 est, en effet, parfaitement constitué pour ce rôle, puisqu'il se compose d'un certain nombre de segments disposés autour d'un centre commun et d'autant plus marqués que le sujet est plus avancé en âge. L'éclairage oblique démontre cette disposition. D'ailleurs, Giraud-Teulon a constaté' directement le pouvoir optométrique du cristallin en recueillant sur un verre dépoli les images diffuses fournies par la lentille oculaire d'animaux âgés , récemment abattus. 11 obtint ainsi, en plaçant récran en deçà ou au delà du foyer, des segments triangulaires représentant autant d'images diffuses de la source lumineuse. Au point focal, ces segments se réunissaient en un seul. Nous avons actuellement en observation un vieillard myope chez lequel la polyopie monoculaire se produit spontanément. 11 suffit de lui faire fixer la lumière d'une lampe à une distance plus grande que la limite supérieure de sa vision distincte pour qu'il signale immédiatement l'apparition d'une couronne complète de lumières. Chez lui le phénomène est assez tranché pour qu'il en fasse sans hésiter l'énumération. En examinant à l'éclairage oblique , on constate que les segments du cristallin sont isolés par des plans d'intersection moins transparents qu'à l'état normal, et particulièrement propres à la production des phénomènes de polyopie monoculaire.
Des images multiples s'observent quelquefois en l'absence du cristallin. Mais on constate alors que celui-ci est remplacé dans son rôle par des tractus membraneux développés sur la cristalloide. Dans tous ces cas, au moyen d'un verre sphérique qui corrige l'amétropie, on fait disparaître la polyopie. C'est à cette influence du cristallin que sont dues la forme étoilée des astres et l'apparence stellaire des points lumineux très-éloignés, tels qu'un bec de gax, un phare électrique, etc.
Mouches valantes pathologiques, — Toutes les fois que les appa-
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ritions spectrales dont nous venons de parler se présentent dans le champ visuel en assez grande abondance et avec assez de constance pour troubler la vision, elles acquièrent une autre signification et peuvent être considérées comme pathologiques. La différence que nous voulons établir entre Fétat physiologique négligeable et cet autre état qui réclame certaines précautions, ne réside que dans une question de quantité et de fréquence. Cette distinction pourrait paraître subtile au point de vue nosologique, et pourtant elle s'impose à la clinique. Ainsi, il arrive souvent chez les personnes dont les yeux sont impressionnables, qui se livrent à des travaux un peu assidus avec le microscope, Tophthalmoscope, avec le burin, ou l'aiguille, surtout si elles font usage d'une. lumière un peu vive, que ces travaux occasionnent l'apparition d'une énorme quantité de mouches volantes parfois accompagnées d'une certaine tension du globe. A quoi cela tient-il ? Il est difficile de le dire exactement, n'ayant aucune explication du même phénomène quand il est compatible avec l'état physiologique. Cependant il est rationnel de penser que la congestion intra-oculaire, inévitable à la suite d'excès de ce genre, amène un certain trouble dans la nutrition du cristallin ou du corps vitré, et multiplie le nombre des corpuscules qu'ils renferment, ou bien qu'elle réagit sur la rétine, la rend plus impressionnable, et par conséquent plus apte à percevoir des ombres qui, en temps ordinaire, lui échappent en raison de leur ténuité. Quoi qu'il en soit, en pareille conjoncture, il est prudent de renoncer^ au moins pendant un certain temps, aux exercices un peu fatigants de la vision. Sans autres soins que le repos, l'état normal ne tarde pas à revenir. Ce qui semble marquer qu'il s'agit plutôt d'un trouble fonctionnel de la membrane sensoriale que d'une altération organique véritable.
En dehors de ces circonstances, les mouches volantes morbides sont produites par les corpuscules ou corps flottants du corps vitré qui sont la conséquence habituelle des phlegmasies ou des altérations de nutrition de la choroïde. Ces corps flottants, dont nous avons appris à reconnaître l'existence et les caractères avec le miroir oculaire, affectent les formes les plus diverses. Les uns sont globuleux, les autres allongés, branchus, semblables^ à des fils déliés, fixés par une de leurs extrémités et quelquefois par les deux ; ailleurs,. ils ont l'aspect d'une sorte de poussière impalpable, etc. Tous ont pour caractère commun d'être plus opaques que les corpuscules qui donnent naissance aux diverses formes de spectres
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physiologiques. Il en résulte que Tombre qu'ils projettent sur la rétine est plus nette et assez foncée pour donner, dans leurs dépla* céments, le change au malade et lui faire \oir des corps étrangers animés ou inanimés, de couleur noire, qui Toltigent dans Tair à sa portée et dont il cherche à protéger Tœil par des mouvements de la main.
Ces illusions d'optique affectent des formes très-yariées en rapport avec les corps opaques qui les produisent et aussi un peu avec l'imagination qui en fait le portrait i les plus communes sont com* parées à des moucherons,à des araignées, à des papillon^, à des fragments de papier brûlé, aune toile d'araignée, etc.
Les mouches volantes pathologiques sont toujours brunes ou tout à fait noires. Elles sont mobiles; elles parcourent l'étendue du champ visuel par un mouvement lent et descendant, assez semblable à celui des spectres physiologiques. D'autres fois leurs mouvement^ sont très-limités et ne représentent que de simples oscillations, ailleurs, elles sont tout à fait fixes. Il arrive parfois que les mouches volantes morbides disparaissent et sont remplacées par des mouches fixes. Ce changement provient ou bien de ce que les corpuscules du corps vitré primitivement mobiles ont pris adhérence en quelques points sous l'influence d'un travail phlegmasique qui se continue; ou bien de ce que les mouches fixes étant plus grosses, plus noires généralement que les autres, les sujets finissent, par habitude, par négliger les premières et ne faire attention qu'aux autres, ou bien, le plus souvent, parce que la vision est devenue plus mauvaise.
C'est au moment où le malade passe d'un milieu peu éclairé dans un milieu inondé de lumière que les mouches volantes sont h; mieux marquées et le plus nombreuses, quand, par exemple, au sortir de l'appartement, il avise un mur blanc éclairé par le soleil. Voici pourquoi. La vitrine remplie de corps flottants pathologiques a beaucoup perdu de sa transparence. Il en résulte une grande perte de lumière, ce qui fait que, dans un milieu peu éclairé, les images rétiniennes ont peu d'éclat et sont peu propres à fournir des sensations précises. Mais vient-on à doubler ou à tripler la puissance de l'éclairage, immédiatement les conditions changent, les images rétiniennes deviennent lumineuses, et les ombres qui s'y trouvent sont par cela même nettement dessinées et nettement accusées.
JLrbre wascalaire île Parklnge. — On peut rattacher à une cause de même ordre certains phénomènes subjectifs, très-curieux
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au point de vue physiologique, et qui consistent dans la perception
de l'ombre du réseau vasculaire de sa propre rétine.
Ces phénomènes se produisent rarement d'une façon sponlaDéc. On doit à Listing le procédé suivant pour les obtenir. Le regard est dirigé en dedans aussi fortement que possible vers un fond sombre, puis un pinceau de lumière vive, soit de la lumière solaire recueillie à travers un petit trou pratiqué dans un volet, soii les rayons lumineux d'une bonne lampe, collectés par une lentille à court foyer, est dirigé sur le côté externe du globe : au bout de peu d'instants, l'œil en expérience voit apparaître dans son champ visuel des ramifications qui affectent ta même disposition que les vaisseaux rétiniens et qui tranchent par leur nuance sombre sur le fond clair général, comme on le voit dans la figure 2^.
Fig. J&. — Arbre vaaculaire de Purkinge.
On peut encore rendre la chose plus sensible eu imprimant quelques mouvements à la source lumineuse de façon à déplacer son foyer sur la rétine.
Le moyen le plus simple, qu'il est posssîble de renouveler à volonté dans son cabinet, est celui qui a été indiqué par Purkinge. Il suffit de se placer dans une pièce sombre et de promener devant l'œil en observation, avec une certaine vitesse, la lumière d'une bougie. La distance qui m'a paru préférable pour obtenir le plus