DES VARIÉTÉS PHYSIOLOGIQUES DE L'IMAGE OPHTHALMOSCOPIQUE
Avant d'aborder l'étude des maladies intra-oculaires, il nous parait indispensable de faire connaître l'état physiologique, de signaler les variétés nombreuses d'aspect sous lesquelles l'œil sain se présente à l'ophthalmoscope. Sans cet examen préliminaire trop négligé jusqu'alors, on court longtemps le risque d'attribuer des troubles visuels dont la cause est ailleurs à des particularités qui ne représentent que des écarts physiologiques. C'est pour combler cette lacune et mettre en garde contre un pareil écueil, que nous avons recueilli un nombre aussi considérable que possible d'images appartenant à des yeux normaux. Les planches VI, VII, VIII, IX, X sont exclusivement consacrées à ce sujet. Pour chacun de ces types, la vision a été exactement mesurée au point de vue de l'acuité visuelle. Leur examen attentif conduira, nous l'espérons, à apprécier à leur juste valeur les observations ophthalmoscopiques, fondées exclusivement sur des notions secondaires, telles que le volume, la disposition des vaisseaux rétiniens, la coloration plus ou moins rouge de la papille optique, le plus ou moins de netteté de ses bords, etc. Ces détails ne manquent pas de valeur pour compléter le diagnostic: ils sont insuffisants pour l'établir. Toute affection du fond de l'œil, appréciable à l'ophthalmoscope, a des caractères nets, généralement faciles à saisir. Nous ne saurions trop insister sur cette proposition fondamentale et mettre en garde contre la valeur de certaines assertions fréquemment reproduites dans les écrits périodiques. Sans une connaissance suffisante de l'état physiologique, on serait conduit à attribuer à une grande délicatesse d'observation, ce qui n'est en réalité que le produit de l'ignorance ou de l'imagination.
L'image ophthalmoscopique du fond de l'œil est formée par le nerf optique, la rétine, la choroïde et la sclérotique. Sa forme ronde est déterminée par la forme de la pupille. Son aspect général est celui d'une surface rouge orangé sur laquelle s'étale un élé-
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gant réseau vasculaire et se dessine nettement une petite surface arrondie d'un gris rosé. Le fond rouge orangé est fourni par la choroïde; le réseau vasculaire, parles vaisseaux de la rétine, et la petite surface gris rosé, par Fextrémité intra-oculaire du nerf optique ou papille optique.
Abstraction faite des différences individuelles, l'éclairage exerce une influence très-considérable sur l'aspect de l'image ophthalmoscopique. Avec une vive lumière, une pupille large et des milieux réfringents parfaitement transparents, l'image brillera d'un vif éclat, les détails seront nettement accusés. Avec une lumière plus faible, une pupille plus étroite et des milieux réfringents moins transparents, Timage sera terne, moins nettement figurée dans ses détails. Ce sont toujours les mêmes couleurs teintées légèrement en gris.
ARTICLE PREMIER Aspect de la choroïde.
A l'état normal, la surface rouge orangé qui représente comme le fond de l'image est fournie par la choroïde. Ce n'est que dans certains cas particuliers que la sclérotique y participe. Les variétés anatomiques de la choroïde produisent des variétés de nuances sans nombre, dont on peut juger en parcourant notre atlas. Cette grande diversité d'aspects dépend en grande partie de la quantité et du mode de distribution du pigment qu'elle renferme. Le stroma choroïdien en contient-il peu, la lumière pénètre jusqu'à la sclérotique qui réfléchit une plus grande quantité de rayons, et éclaire d'arrière en avant les vaisseaux choroïdiens. Ceux-ci se dessinent alors avec une très-grande netteté jusque dans leurs dernières ramifications. Il en sera de même des branches des veines vortiqueuses qui traversent la sclérotique vers Yora serrata. Ces dernières, larges et comme variqueuses à leurs points d'émergence, se dirigent vers la papille en dessinant d'élégantes arabesques. Dans ces conditions, l'image a des tons plus clairs, des reflets jaunes ou roses (p/. VII, fi^. 2, 6).
Lorsque, au contraire, le parenchyme et la couche épithéliale sont pourvus d'une grande quantité de pigment, la structure anatomique de cette membrane n'est plus accusée. On ne voit qu'un fond rouge sur lequel rien ne se distingue (;>/.VII, fig. *, 4,8, etc.), à l'exception parfois d'une sorte de modelé tantôt plus clair tantôt