ÉVALUATION DBS TROUBLES DE LA RÉFRACTION FIXE
Il nous a paru utile, pour plus de clarté et de méthode, de réunir d'abord, dans un même aperçu synthétique, les divers troubles de la réfraction fixe, et de préciser l'état dioptrique qu'ils représentent. Une fois cespréliminaires posés, nous aborderons d'une façon moins abstraite et plus pratique, Tétude clinique de chacun d'eux.
Nous avons admis, quoique le fait ne soit pas démontré rigoureusement par l'expérience, que l'œil humain bien conforçné est construit de telle façon, que les rayons lumineux parallèles^ émanés par conséquent d'objets éloignés, viennent former foyer sur la rétine sans le concours de l'accommodation, absolument comme s'il s'agissait d'un appareil d'optique ordinaire. Tel est le type proposé par Donders, pour servir de terme de comparaison, et désigné sous le nom d'œil emmétrope.
Par opposition, Tœil dans lequel les rayons parallèles viennent former foyer, soit en avant, soit en arrière de la rétine, est appelé amétrope.
Si le foyer est en avant, l'œil est brachymétrope (de Ppa;^uç, court, et fUTfHov, mesure) ou m^o/7^. S'il est en arrière, l'œil t%i hypermétrope (ùitep, ^T^) ou hypérope y état qui correspond à ce que l'on désigne aussi sous le nom à' hyperpresbyopie.
Sienfinle foyerse formesur la rétine suivant un méridien, tandis qu'il se trouve, soit en avant, soit en arrière d'elle, dans le méridien perpendiculaire, de telle façon que l'appareil ne soit au point, pour ses divers méridiens, à aucune distance, Tœil présente une dernière forme d'amétropie, désignée sou? le nom à'astigmatisme (à priv., etaT(Y|Aa> point).
Des mensurations très-nombreuses, très-exactes, pratiquées sur
des yeux emmétropes, myopes et hypermétropes, ont établi péremptoirement : que les deux premières formes d'ttmétropie, la myopie et l'hypermétropie, dépendaient exclusivement de variations dans la longueur de l'axe antéro-postérieur du globe, ou en d'autres termes, que, l'appareil de réfraction restant toujours le même, l'œil myope est un œil trop long, et l'œil hypermétrope, un œil trop court, absolument parlant, si on les compare à l'œil emmétrope.
Les trois figures suivantes traduisent clairement ces différences.
Fii/. 49. — Marcha dm rayons lamineax parallèles dans l'ceil normal ou emméiroyt,
]] n'en est plus de même pour l'astigmatisme. Ici, l'œil a sa longueur normale, mais l'un des éléments de l'appareil de réfrac-
fig. 60. — Harcba desrayonïlmninaui parallèles dans l'œil braehymiirope ou mytifK.
tion est modifié. La mensuration des images de Parkinge a démontré que c'était, te plus souvent, te rayon de courbure de l'un des méridiens de la cornée.
L'état de la réfraction fixe dans les diflérentes formes d'amétropie peut être représenté de la même façon que si, au lieu de l'œil, il s'a^ssait d'une simple lentille.
Nous avons établi, précédemment, que l'action réfringente d'une lentille quelconque peut être exprimée par une fraction ayant
ÉVALLATEO.N DES THOUBLES DE i-\. RÉFRACTION FIXE. 317
pour numérateur, et pour dénominateur, sa longueur foetle fraction est affectée du signe -|- pour les lentilles qui foyer réel (lentilles convergentes), et du signe — pour les
Fig. âl. — Marche des rayons lumineux dans l'œil hypermétrope.
es qui ont un foyer virtuel (lentilles divergentes), parce expérience et le calcul démontrent que les effets réfringents s deux espèces de lentilles s'opèrent exactement en sens fi. Les effets optiques des lentilles peuvent donc être ajoutés,
chés comme des quantités quelconques.
n résulte :
)iie deux lentilles de même longueur focale, et de courbure
ie, se neutralisent complètement, si elles sont accolées l'une
tre; admettons, pour fixer les idées, deux lentilles deC pouces,
la valeur réfringente est représentée par + ^ et — -j. Ces
quantités ajoutées (^ — -^) égalent zéro. On peut s'assuen effet, que ces deux verres, superposés, ont un effet réml nul, comme tout corps transparent à surfaces paral-
Que deux lentilles de môme courbure ont, lorsqu'on les su- )se, un pouvoir réfringent égal à la somme des fractions qui ^sentent leur valeur respective. Ainsi, la valeur de deux len- , l'une de 3 pouces {j\ l'autre de 6 pouces (\'\, est égale à j, c'est-à-dire à j^ ou y;
Que deux lentilles de courbure inverse, et de longueur focale rente, ont, lorsqu'on les superpose, un pouvoir réfringent égal JifTérence des fractions qui représentent leur valeur respective, elle différence est affectée du même signe que celle des deux Aies qui a la longueur focale la plus petite.
318 OPTOMÉTRIE.
Ainsi, une lentille convexe de 6 pouces, dont la Taleut est de ^, jointe à une lentille concave de 8 pouces, dont la valeur
est de — j, sera représentée par une fraction égale k^ — ^, soit
4H OU ji-
Ces déductions ne sont point rigoureusement exactes, puisqu'il n'est tenu aucun compte du pouvoir réfringent de la matière dontse composent les lentilles, et qu'on les suppose très-exactement superposées. De telles causes d'erreur, inacceptables pour le physicien, peuvent être négligées à notre point de vue particulier^ puisqu'on n'en tient pas compte dans la mesure des troubles de la réfraction de l'œil, ni dans le choix des verres destinés à les corriger.
L'appareil optique de Toeil pouvant être représenté par une lentille, il devient aussi simple qu'il est utile pour la pratique d'appliquer à l'évaluation optométrique des difiérentes formes d'amétropie, les corollaires que nous venons de déduire de la propriété fondamentale des lentilles.
Dans l'œil normal qui sert de type, la puissance réfringente est exactement suffisante, puisque les rayons parallèles viennent former foyer sur la rétine.
Dans l'œil myope, ce pouvoir réfringent fixe, qui est le même que dans l'œil normal, devient trop fort, par suite de l'allongement pathologique du globe oculaire, et le point de rencontre des rayoYis parallèles se fait en avant de la rétine. On peut le supposer formé de deux parties, et représenter ces deux parties par deux lentilles convexes de longueur focale convenable, accolées l'une à l'autre, dont les effets s'ajoutent, et dont Tune aurait un pouvoir réfringent suffisant pour opérer Tentre-croisement des rayons parallèles sur la rétine, comme dans l'œil normal, et l'autre, un pouvoir équivalent à l'excès de réfraction existant dans l'œil myope.
La figure suivante [fig. 52) rendra plus saisissant ce dédoublement de l'appareil réfringent de cette forme d'amétropie.
La lentille L a une longueur focale telle que les rayons parallèles réfractés par elle viennent s'entre-croiser sur la rétine comme dans l'œil normal. L'autre lentille L' a une longueur focale telle que son action, ajoutée à celle de la première, entraîne un entrecroisement eh un point o, situé en avant de la rétine.
Par la suppression de la lentille L'on de ses effets, il est clair que rœil myope rentre dans les conditions dioptriques de l'œil emmé-