DES DIFFERENTES FORMES DE MYOPIE
bure de la cornée. Jusqu'à ces derniers temps même, la myopie vraie était attribuée à cette cause. Les mensurations de Donders ont démontré, au contraire, que les myopes ont généralement la cornée moins convexe que les emmétropes, et qu'elle est particulièrement aplatie chez les sujets atteints de myopie très-élevée. Accidentellement, sous l'influence d'un état inflammatoire avec ramollissement de tissu, la cornée devient plus convexe et rend l'œil myope. Dans ces conditions, la transparence est aussi plus ou moins altérée, et la courbure est assez défectueuse pour produire un astigmatisme irrégulier très-gênant, qui occasionne de grands troubles visuels, et fait croire le plus souvent à une myopie ordinaire compliquée d'amblyopie. Ce qu'il y a de particulier, c'est que, selon la remarque de Donders, dans les cas où un excès de courbure de la cornée a contribué à la myopie, l'atrophie qui caractérise le staphylôme postérieur existe presque toujours.
Un effet analogue se produit quelquefois lorsque l'œil est repoussé en avant par certaines tumeurs du fond de l'orbite. Les muscles moteurs du globe, les droits en particulier , distendus par cette propulsion en avant, exercent une pression plus forte sur lui, et le déforment du côté de la cornée. C'est ainsi que me paraissent devoir être expliquées ces myopies fort peu connues, qui s'observent pendant la durée de certains goitres exophthalmiques. Toutefois avant de se prononcer dans un cas de ce genre, il serait bon de s'assurer de l'état de l'accommodation par une instillation d'atropine.
Le strabisme par rétraction peut occasionner la myopie de la façon suivante : à l'état normal, les pressions exercées sur le globe oculaire par les muscles moteurs, se font équilibre et concourent ainsi à niaintenir sa forme sphérique. Il n'en est plus ainsi quand l'un d'eux est rétracté ; comme il ne peut plus s'allonger, la contraction de son antagoniste a pour effet d'exagérer la pression du côté du muscle dégénéré et de déprimer le globe dans cette direction jusque sur la cornée. De là, ces myopies qui ont été signalées, sinon bien étudiées comme un symptôme de strabisme, et qui ont été guéries par la section du muscle rétracté. Ajoutons que dans ces cas, la cornée cède d'autant plus facilement à la pression qu'elle est elle-même fréquemment malade.
2^ Un cristallin d'un rayon de courbure exagéré rendrait évidemment l'œil myope ; mais cette cause de troubles n'a pas été
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démontrée. Chez les myopes, le cristallin n'est pas plus convexe que chez les emmétropes.
Stellwag de Carion et Ed. Jaeger avaient admis une forme particulière de myopie, qui résulterait d'une accommodation continuelle pour les objets rapprochés. 11 en sera question dans l'examen des troubles de l'accommodation.
3° Luxation du cristallin. — Donders cite deux cas dans lesquels une déchirure partielle de la zone de Zinn donna naissance à un faible degré de myopie. Dans l'un d'eux le cristallin occupait une position oblique, ce qui avait en outre produit de l'astigmatisme irrégulier. De tels exemples peu\ent servir d'arguments en faveur de l'opinion de Helmholtz, que nous avons précédemment exposée et suivant laquelle le cristallin s'aplatit sous l'influence de la tension de cette zone de Zinn.
4° Déplacement du cristallin en avant, — Cette cause n'intervient que dans les rares occasions où, soit spontanément, soit par l'effet de quelque commotion, le cristallin est déplacé en avant. Deux faits de ce genre ont été relatés par Donders : dans l'un, le cristallin avait été luxé par une commotion violente, et porté vers la cornée ; le malade devint myope, puis glaucomateux ; dans le second, observé chez un myope, Tœil, jusqu'alors mou, devint subitement dur^ et le cristallin rejeté en avant vint s'accoler à la cornée.
8* On doit ranger sous la même dénomination cette myopie anormale, décrite par de Grœfe, dans laquelle la vision des objets éloignés est plus défectueuse que ne le comporte le degré de l'amétropie. Ainsi, telle personne, par exemple, qui lit bien à un pied de distance le n* 1 de l'échelle, ne pourrait déchiffrer à 10 pieds le n*" 20, et même des caractères de 20 à 30 centimètres de hauteur qui seront facilement distingués par un autre sujet beaucoup plus myope, pris comme terme de comparaison, l'acuité visuelle étant égale de part et d'autre. De Graefe, à qui Ton doit le seul exemple de cet état, rapporté jusqu'alors, l'attribue à une perversion de l'appareil accommodatif. Le fait n'offrait rien de particulier tant que le point de mire restait dans le champ de la vision distincte, c'est-à-dire pendant le recul de l'objet du punctumproximum dMpunctum remotum. Mais venait-on à le transporter plus loin, l'accommodation, au lieu de rester dans le relâchement, se contractait comme pour la vision rapprochée, et élevait ainsi subitement le degré de la myopie. Cet état spécial sera mieux
DE L'ÉTAT DE L'ACCOMMODATION DANS lA MYOPIE. 32c
connu lorsque des faits nouveaux permettront de l'étudier. Il doit être très-rare, puisque sur un nombre de deux mille cinq cents cas de myopie, Donders n'en a pas trouvé un seul exemple.
ARTICLE II
De rétat de raccoxnmodation dans la myopie.
La myopie n'exerce pas d'influence sur l'accommodation. On peut s'en assurer en donnant à un myope, et de préférence à un myope jeune, pour rendre l'expérience plus probante, un verre qui lui permette de voir distinctement de loin. La vision étant ainsi ramenée aux conditions de l'œil emmétrope, il pourra, comme ce dernier, lire distinctement et sans fatigue à la distance moyenne de 6 pouces, grâce à Taccommodation. Celle-ci ne s'affaiblit que dans les hauts degrés par suite de l'atrophie du muscle et des nerfs ciliaires. Encore ne l'observe-t-on guère qu'à un âge où la faculté d'accomn^odation est à peu près perdue.
L'œil myope dont le point éloigné de la vision distincte est limité, emprunte moins de ressources à l'accommodation que l'œil emmétrope. Celui-ci lui doit la faculté de voir depuis l'horizon (situation de r), jusqu'à 6 pouces (situation de p). Un œil myope au contraire dont r sera placé à 24 pouces, ne l'utilisera que pour voir depuis 24 pouces jusqu'à 6, 4, ou tout au plus 2 pouces. Le pouvoir d'accommoder étant le même de part et d'autre, il en résulte qu'il est relativement en excès dans l'œil myope. Contrairement à ce que nous verrons chez l'hypermétrope, il accommode moins, pour un degré de convergence donné, que l'œil normal. Au degré de convergence nécessaire pour fixer le punctum remoturriy l'accommodation est inutile au myope, et ses efforts incessants tendent à maintenir le punctum remotum binoculaire aussi loin que possible de l'.œil.
Chez les myopes, l'amplitude de l'accommodation diminue avec l'âge comme chez l'emmétrope : l'œil devient presbyte, seulement, comme la presbytie ne commence qu'au moment où le punctum proximum est reculé à 8 ou 10 pouces, il est clair que ses effets sur la vision ne se manifesteront que dans les degrés de myopie
inférieurs à -j ou -;^.
326 OPTOMÉTRIE.
ARTICLE m.
Causes de la myopie.
Nous avons établi que la cause immédiate de la myopie vraie, normale, réside dans rallongement pathologique de Taxe optique, le système réfringent ne subissant aucune modification. Les causes de la myopie se confondent par conséquent avec les causes qui interviennent pour produire cet allongement.
Elles sont de deux ordres :
L'une est anatomique.
Les autres sont fonctionnelles.
A. Cause anatomique. — La cause anatomique réside dans un défaut de résistance des membranes oculaires. Celles-ci, par elles-mêmes ou par les plans aponévrotiques et musculaires qui les doublent, doivent avoir partout la même force de résistance pour conserver au globe sa forme sphérique. Sous l'influence de causes multiples, cette sorte d'équilibre disparaît, et au niveau du point ou des points affaiblis, le globe se déforme. 11 se produit de petites tumeurs plus ou moins globuleuses, qui portent le nom de staphylômes. Ces tumeurs surajoutées augmentent nécessairement de toute leur hauteur la longueur des axes qui les traversent. Leur influence sur la vision est loin d'être toujours la' même. Lorsqu'elles se développent vers l'équateur de l'œil, elles n'intéressent que des parties peu utiles de la rétine. Siégent-elles sur la cornée, elles sont le plus souvent compliquées de désordres graves, d'infiltrations plastiques, de vascularisation ou de ramollissement du tissu de la membrane, qui troublent sa transparence, altèrent sa forme et donnent naissance à un haut degré d'amblyopie. Mais le plus souvent elles occupent l'hémisphère postérieur en un point situé tout près de la papille, le long de son bord externe. Tel est le staphylôme postérieur dont il a été longuement question déjà dans la première partie de ce travail. En raison de sa fréquence, de son siège qui correspond à la vision centrale, le staphylôme acquiert une importance capitale dans le développement de la myopie.
De Graefe a établi que pour les degrés assez élevés, l'atrophie staphylomateuse, qu'il attribue à une scléro-choroïdite, existe neuf fois sur dix. Jœger et d'autres observateurs adoptent cette