CHAPITRE IV
MYOPIE (de fi6tiv, cligner). M.
Celte forme d'amétropie emprunte son nom à Thabitude que prennent les sujets qui en sont atteints de rapprocher instinctivement les paupières, comme on le fait volontairement dans, l'aclion de cligner de l'œil.
Le myope, ayant Toeil trop long, n'y voit très-distinctement qu'à partir du point où les rayons sont suffisamment divergents pour se réunir sur la rétine. Le punctum remotum est donc situé à une distance limitée. Il en résulte qu'il ne peut voir les objets éloignés aux mêmes distances que l'œil emmétrope. Un mât de navire à l'horizon, par exemple, un monument ne seront point aperçus ou ne seront vus que très-confusément. Et de même un petit objet, tel qu'un cheveu, les numéros I et 2 de l'échelle, ou un caractère d'imprimerie ne pourra être nettement distingué tant qu'il sera au delà àM punctum remotum.
L'accommodation étant normale chez le myope, la limite rapprochée de la vision distincte sera plus près de l'œil que chez l'emmétrope. La portée de la vue myope a donc deux limites : l'une, r, e^i déterminée et moins éloignée que l'infini; l'autre,/?, est plus rapprochée que celle de l'œil normal.
ARTICLE PREMIER
Des différentes formes de myopie.
Les conditions optiques de la myopie peuvent résulter soit d'un déplacement de l'écran rétinien, l'appareil réfringent restant le même, soit d'un changement dans la puissance de ce dernier, la rétine conservant ses rapports.
De là deux formes possibles de myopie.
A. Myopie normale. — Cette désignation s'applique au premier mode indiqué, dans lequel les conditions de la réfraction sont changées par l'allongement pathologique de l'hémisphère postérieure du globe. Nous avons déjà dit, que cet allongement était dû à l'existence et au développement d'un staphylôme postérieur (Voy. p. 172).
322 OPTOMÉÏRIE.
Toutefois la myopie normale présente deux variétés : dans Tune, la plus rare, Toeil est allongé dans tous les sens, et ses conditions optiques se rapprochent de celles du buphthalmos congénital. Dans le vrai buphthalmos, l'augmentation de volume est due à une atrophie considérable qui porte sur toute l'étendue du fond de l'œil, ce qui n'empêche point parfois une grande force visuelle, mais entraîne toujours un très-haut degré de myopie. Dans un fait rapporté par Donders, le malade, atteint dé buphthalmos d'un œil, avait considéré ce dernier comme perdu jusqu'au moment où il lui fut démontré qu'il pouvait s'en servir pour lire à la distance d'un pouce et demi.
Dans la seconde variété, Taxe antéro-postérieur, ou axe visuel^esi beaucoup plus allongé que les autres, et l'œil, dégénéré de sa forme sphérique , acquiert une forme ellipsoïdale assez régulière.
Donders a dressé le tableau suivant des longueurs obtenues par la mensuration des différents axes de quelques yeux myopes.
Axe antéro-postérieur.
Axe horizontal.
Axe yertical.
Jaeger, qui a mesuré un grand nombre d'yeux myopes, a toujours rencontré-également un excès de longueur de l'axe visuel.
Cet axe, qui s'écarte peu de celui de la cornée, correspond approximativement à la tache jaune. Quelquefois pourtant il s'en éloigne suivant des directions diverses , mais surtout en dedans : il peut exceptionnellement correspondre à peu près au nerf optique. Jœger a même trouvé le sommet de la distension ectasique en dedans du nerf optique.
La myopie avec staphylôme postérieur représente la myopie vraie, permanente, normale, celle que nous aurons particulièrement en vue.
B. Myopie anormale. — Celle-ci est produite par le second mode. Les rapports de la rétine avec le système réfringent, restent les mêmes ; mais ce dernier change de valeur optique.
1° L'état myopique peut être la conséquence d'un excès de cour-