‹ Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'optométrieChapitre 71 sur 112 · CAUSES DE LA. MYOPIE · texte numérisé non relu

CAUSES DE LA. MYOPIE

rayopîe doit être surtout attribuée à la tension des yeux, produite par la fixation prolongée des objets rapprochés. Sur ce fait il ne saurait y avoir de doute. Voici comment il est interprété. Les objets très-délicats ne peuvent être vus distinctement qu'en les rapprochant, et par conséquent en provoquant d'énergiques efforts de convergence. Dans cet état la pression des muscles sur le globe augmente nécessairement. D'autre part, cet exercice de la vision, par les efforts incessants d'accommodation qu'il occasionne, par l'attitude inclinée de la tête qui en est la conséquence habituelle, détermine un afflux de sang vers les yeux et partant une augmentation dans la pression intra-oculaire. Ces deux effets, qui, à vrai dire, se résument en un seul, représentent la cause déterminante qui, s'exerçant sur des parois oculaires prédisposées, déjà moins résistantes, exposées à de fréquentes poussées congés, tives, provoque la déformation du globe oculaire et l'élongation de l'axe visuel. Le siège de cette extension au pôle postérieur s'explique principalement par ce fait que les muscles ne soutiennent pas l'œil en ce point.

La fâcheuse influence des travaux délicats et soutenus est nota* blement augmentée par un éclairage imparfait : il devient alors nécessaire de rapprocher plus encore, d'augmenter la convergence et d'incliner la tête davantage. 11 est d'observation que dans les lycées et les écoles où les élèves, mal éclairés, sont tenus de tracer des épures, de faire de longs calculs, de lire des livres mal imprimés ou d'écrire avec une encre pâle, les myopies s'aggravent, et se multiplient. Dans certaines professions au contraire, qui réclament, pour y voir, l'usage constant d'une loupe à court foyer, chez rhorloger, le bijoutier, le graveur, on ne voit pas la myopie se développer. On attribue cette immunité à ce qu'ils ne se servent que d'un œil, et par conséquent convergent très-peu, et aussi à ce qu'ils ont rarement la mauvaise habitude de tenir la tête inclinée. Ajoutons qu'avec une loupe à court foyer l'accommodation reste à peu près au repos. Ém. Javal accorde une influence décisive à l'astigmatisme qui est la plus fréquente des malformations congénitales de Tœil. Il est évident qu'avec un éclairage égal, l'enfant doit avoir d'autant plus de tendance à se rapprocher de son livre ou de son cahier que la vision est moins bonne : par conséquent, s'il est atteint d'un astigmatisme qui diminue l'acuité visuelle , il réalise les meilleures conditions pour devenir myope s'il ne l'est pas ou pour le devenir davantage s'il l'était auparavant.

330 OPTOMÉTRIE.

L'usage des instruments d'optique binoculaires tels que le microscope, rophthalmoscope, par cela qu'il impose des mouvements de convergence, concourt aussi au développement de la myopie.

Il en est de même, des verres correcteurs mal déterminés.

Les troubles qui existent dans la transparence des milieux réfringents, ou dans leurs surfaces de séparation, exposent à la myopie par la même raison. Tous rendent l'éclairage défectueux, causent de la diffusion et obligent pour voir à rapprocher l'objet. C'est ainsi que l'on peut expliquer la fréquence des staphylômes postérieurs chez les sujets affectés de staphylômes de la cornée, fréquence que nous avons déjà signalée précédemment.

ARTICLE IV

Symptômes de la myopie.

Le propre de la vue myope est de ne pas voir nettement les objets éloignés. Nous savons déjà que ce résultat est dû aux cercles de diffusion que forment sur la rétine les rayons provenant d'objets situés au delà du punctum remotum : plus ces objets sont éloignésy plus les cercles de diffusion sont étendus et plus la vision est confuse. Les myopes s'en aperçoivent d'autant mieux qu'ils ont en général la pupille plus large que l'emmétrope. Sous l'influence des mydriatiques le trouble augmente considérablement. Par contre la vision est notablement améliorée, lorsque le myope regarde à travers une petite ouverture, ou bien lorsqu'il a été soumis à l'action de la fève de Calabar, qui diminue beaucoup le champ pupillaire sans augmenter l'état myopique. C'est pour cette raison, bien que le degré de la myopie reste le même, qu'il voit mieux à distance, au point de croire que son infirmité tend à disparaître, à mesure que se développe l'atrésie pupillaire sénile.

Les troubles visuels et les inconvénients qui en résultent sont très-variables, suivant le degré de l'amétropie. Dans les faibles degrés le défaut de netteté est si peu sensible, qu'il passe le plus souvent inaperçu. Ce n'est qu'en essayant un verre concave approprié que l'on découvre que la vision éloignée manque un peu de netteté.

A un degré plus élevé, l'individu voit très-bien encore les objets rapprochés, il peut lire à une bonne distance et sans effort les caractères d'imprimerie; mais pour tout ce qui est éloigné, il y a de la confusion, et, s'il s'agit par exemple de distinguer dans la rue le

numéro d'une maison, de reconnaître une personne à quelques mètres, cela devient impossible. Dans ces conditions, on a de la tendance, tant que l'accommodation est intacte, à se rapprocher des objets plus que ne le comporte Tinfirmité, ce qui conduit à se courber fortement, surtout pour des travaux délicats et assidus. Cette tendance est générale ; elle est constante quand la myopie atteint

,- ou g- , et elle s'accentue surtout si le degré en est plus élevé.

Une semblable habitude a le grave inconvénient, si la vision binoculaire n'est pas sacrifiée, d'entraîner de plus grands mouvements de convergence et conséquemment de favoriser les progrès du mal.

Le myope aime à voir les petits objets de préférence : il choisit les plus fins caractères d'imprimerie, il possède une écriture fine, disposée en lignes de peu de longueur. De cette façon, il embrasse une plus grande étendue à la fois, ce qui le dispense de mouvoir les yeux et la tête comme il serait obligé de le faire avec de gros caractères.

A un degré plus élevé encore, la vision du myope imprime à Tensemble de la physionomie une expression toute spéciale, même pour les faibles distances. Il ne regarde pas les personnes avec lesquelles il cause, ne pouvant suivre le jeu de leur physionomie ; sa vue témoigne de l'étonnement; son regard est hagard et rappelle celui de l'amaurotique. Pour sortir d'embarras, il rapproche et contracte les paupières, il fronce le sourcil, de façon à tenir l'œil à demi voilé. Ce resserrement de paupières, connu sous le nom de clignement oculaire, et qui a servi, tant il est fréquent, à qualifier la myopie, aide évidemment le myope à voir un peu plus distinctement de loin. Un jésuite du dix-septième siècle, Dechalès, qui était myope, en avait déjà fait la remarque et fourni l'explication. La transformation de l'ouverture interpalpébrale en une sorte de fente transversale , a pour effet de diminuer les dimensions des cercles de diffusion dans le sens vertical, de telle sorte que les lignes horizontales deviennent plus distinctes. II se peut aussi que la contraction de l'orbiculaire ait pour effet d'exercer une certaine compression sur rhémîsphère antérieur du globe, et de l'aplatir légèrement vers les pôles, ce qui atténuerait d'autant Texcès de longueur de l'axe antéro-postérieur. Quoi qu'il en soit, le clignement du myope fait en quelque sorte partie de sa physionomie : chez lui, cette habitude se continue alors même que Tusage des verres concaves le rend superflu.

332 OPTOMÉTRIE.

On ne rencontre que trop fréquemment des myopies élevées encore à un plus haut degré. Ici retendue de la vision distincte est fort restreinte ; tout devient confus à une distance de 6 à 8 pouces. Le malade peut encore lire avec les deux yeux, mais il se fatigue très- vite en raison des efforts qu'il est obligé de faire pour maintenir les globes oculaires au degré de convergence nécessaire. Âpres quelques moments d'attention les images tendent à se séparer, il survient de Fasthénopie , une tension oculaire gravative , quelquefois des phantasmes , accidents qui forcent le myope à s'arrêter, puis bientôt à supprimer la vision binoculaire. Il ne se sert plus que d'un œil; c'est alors qu'il prend l'habitude saisissante de pencher la tête vers son livre du côté qui sert à la vision.

La myopie arrivée à ce degré de gravité se reconnaît à la simple inspection du globe. Celui-ci est volumineux, saillant; il se meut difficilement dans l'orbite ; la sclérotique est bleuâtre, parfois mouchetée de plaques d'un bleu foncé ; elle est molle , dépressible, sillonnée de grosses veines tortueuses qui affectent habituellement la direction des muscles droits; le mouvement d'abduclion est moins étendu, et le mouvement de convergence permet souvent de constater de visu l'allongement de l'axe antéro-postérieur, et parfois aussi la production de tumeurs staphylomateuses dans la région de Yora serrata.

Donders , considérant la myopie comme l'expression optique d'un allongement absolu de l'axe antéro- postérieur, en conclut avec raison que les images projetées sur la rétine pour des angles égaux, sont plus grandes dans l'œil myope que dans l'œil normal, puisque la distance du point nodal à la rétine est plus grande.

Cette ampliation des images est une des raisons pour lesquelles les myopes voient plus longtemps le soir et à une plus faible lumière. Ils liront facilement à un clair de lune ou à un crépuscule tout à fait insuffisants pour un œil normal. Aussi sont-ils prêts à tout propos à vanter l'excellence de leur vue pour les objets rapprochés; à un âge avancé, ils lisent sans lunettes, et même, grâce au resserrement de la pupille, ils affirment avec joie que leur vue devient meilleure à mesure qu'ils vieillissent, parce qu'ils voient moins confusément les objets éloignés. C'est sur ce concours de circonstances qu'est fondée la bonne réputation des vues myopes : laissons croire aux intéressés qu'ils ont d'excellents yeux pour les encourager à en avoir soin ; mais n'oublions pas que cette supériorité n'est qu'appar nte.

La petite distance à laquelle sont placés les objets que le myope peut voir distinctement, et les dimensions de l'ouverture pupillaire contribuent aussi pour une certaine part au même résultat. Par opposition, une lumière un peu aiguë les éblouit et les empêche de bien voir. Les images fortement éclairées semblent produire sur la rétine une impression plus vive, plus prolongée. S'ils passent d'une vive lumière dans un milieu peu éclairé, ils voient devant eux durant quelques secondes des phantasmes lumineux qu'ils comparent à la flamme d'une bougie ou à la lumière de la lune, et dont l'existence les préoccupe beaucoup. D'autres fois, sous l'influence de la même cause, ou bien après un travail un peu prolongé, le champ visuel est envahi par des vibrations lumineuses qui rappellent, mais avec plus d'éclat, les vibrations de l'air chaud.

Tout compte fait, l'acuité de la vision chez les myopes est moindre que chez l'emmétrope. La différence est nulle ou très-légère pour les degrés inférieurs; elle eM considérable dans les hauts degrés. Et de même, l'influence exercée par l'âge est beaucoup

plus marquée que pour l'œil normal. Avec une myopie de \

ou Xi Tacuité de la vision ne s'élève pas, à soixante ans, au-dessus

de \ environ.

Cette diminution de l'acuité visuelle chez les myopes s'explique facilement. Il est vrai, ainsi que nous l'avons déjà dit, que pour eux les images rétiniennes sont plus grandes pour des angles, visuels égaux; mais d'un autre côté la surface de la rétine est plus étendue d'une façon absolue, et pour cette raison comprend moins d'éléments sensibles dans un espace déterminé. S'il y a compensation entre ces deux données opposées, un nombre égal d'éléments peut être impressionné, et l'acuité visuelle peut rationnellement rester intacte. Mais la distension siège principalement à l'extrémité postérieure de l'axe visuel, et occupe le voisinage de la tache jaune, c'est-à-dire la région de la vision centrale. Pour cette raison, on ne saurait espérer, même dans les cas les plus heureux, une compensation complète.

Il est question dans ce qui précède de l'acuité visuelle déterminée dans la latitude visuelle du myope , c'est-à-dire en deçà de son punctum remotum, La détermination faite à l'aide d'objets à grande distance, vus avec des verres correcteurs, est encore plus désavantageuse, parce que l'éclairage est moins bon, et surtout parce que le verre concave a pour efTet optique de rapprocher le point no-

dal, de la rétine , et par conséquent de diminuer Timage rétinienne.

A mesure que la myopie fait des progrès, les mêmes objets pour la même distance impressionnent une quantité de plus en plus petite d'éléments sensibles, il en résulte qu'on ne voit les choses que par petites portions à la fois; mais comme ce changement ue s'opçre que graduellement : le jugement s'y habitue, et la grandeur de l'objet est correctement appréciée, lors même qu'on n'en fixe qu'un point, ce dont on peut s'assurer en en faisant indiquer les contours avec le doigt.

Chez le myope, le rapport qui existe entre la quantité d'action musculaire employée et le nombre des éléments de perception excités est modifié; mais en raison de l'agrandissement des images, l'harmonie peut être conservée. Par cela que les myopes voient le même objet à égale distance avec moins d'éléments sensibles, il ne faudrait pas en conclure qu'ils le voient plus petit que nature; ils le voient aussi grand , mais avec moins de netteté. L'idée de la grandeur des corps n'est pas subordonnée au nombre des éléments sensibles excités. C'est un jugement auquel concourent plusieurs sources d'information.

ARTICLE V

Complications de la myopie.

On les rencontre surtout dans les degrés élevés de cette infirmité.

a. L'œil myope est exposé à de fréquentes poussées congestives vers les membranes intra-oculaires. Aussi beaucoup de myopes, même pendant la jeunesse, se plaignent d'un sentiment de tension oculaire. Plus tard et surtout quand les yeux sont proéminents et un peu plus durs qu'à l'état normal, cette tension peut devenir habituelle et se compliquer d'une irritation des paupières qui est trèsgênante. Lorsque la myopie fait des progrès rapides^ on observe fréquemment beaucoup de fatigue et même de douleur surtout sous l'influence de la lumière artificielle.

Cet état complexe dérive de causes multiples, d'abord de la pré-

disposition héréditaire qui a favorisé la production du staphylôme, puis de la tension musculaire qu'occasionne rallongement du globe, enfin, de l'état d'un organe exposé à la pénétration d'une trop grande quantité de lumière en raison de la dilatation habituelle de la pupille et mal défendu d'un autre côté par une choroïde plus ou moins dépourvue de pigment. Ajoutons aussi que dans les degrés élevés, et après quelque fatigue, il s'ajoute souvent à ces causes un spasme de l'accommodation quiaugmente la myopie, mais qui disparait après quelques heures de repos. Le même état de spasme esttrès-promptement déterminé par l'usage de verres correcteurs trop forts.

b. On observe fréquemment chez le myope une diminution anormale de l'acuité visuelle, qu'il est surtout facile de constater à la périphérie du champ de la vision. Cet état amblyopique est quelquefois permanent; d'autres fois il procède par accès accompagnés de fatigue, de tension douloureuse du globe, qui se manifestent surtout après le travail du soir.

Ce trouble de la vision est dû à une irritation de la rétine, consécutive à rétat de tension dans laquelle elle se trouve; dans quelques cas il acquiert une certaine intensité, mais il cède rapidement à un traitement convenable. De Grœfe et Donders reconnaissent peu de gravité à cette complication si le sujet est jeune et la myopie mo dérée ; mais dans les degrés élevés il y a tout lieu de craindre des rechutes et des aggravations définitives.

L'amblyopie myopique est quelquefois accompagnée de photopsie. En pareil cas on constate le plus souvent' au miroir des traces non douteuses d'inflammation du tissu rétinien.

Les personnes nerveuses sont quelquefois inquiétées par des sensations lumineuses subjectives, plus fréquentes, plus vives la nuit que le jour et dues également à Tirritation de la rétine.

Lorsque les effets de la distension progressive de la rétine ne se traduisent que par une diminution de l'acuité de la vision, les malades s'en aperçoivent peu. Comme ils peuvent rapprocher les objets à peu près autant qu'ils le veulent, et par conséquent les regarder sous un angle visuel beaucoup plus grand, il leur est possible de les distinguer pendant longtemps d'une façon suffisante : pour la vision éloignée, un peu plus ou un peu moins de trouble n'est guère de nature à frapper leur esprit. Aussi ne se décident-ils en général à réclamer des soins qu'autant qu'ils découvrent une altération de la vision directe qui leur fait voir les objets rapprochés à travers un brouillard.

330 OPTOMETRIE.

c. Les myopes sont fréquemment tourmentés par des mouches volantes. Celles-ci semblent beaucoup plus abonijantes que dans Tœil normal. Dans les cercles de diffusion produits par un faible éclairage, elles se montrent avec une netteté extraordimiire, et, en général plus l'image des objets est diffuse et uniformément éclairée, plus elles se voient distinctement ; outre les formes ordinaires, Tœil myope voit souvent de gros globules, des gouttes d'eau qui paraissent tomber à peu de distance devant lui. Ces apparitions spectrales ne sont pas permanentes. L'usage de verres correcteurs les fait disparaître en grande partie, à moins qu'elles ne soient produites par des corps flottants du corps vitré appréciables au miroir; elles n'ont pas grande signification, mais, l'imagination du malade aidant, elles causent assez souvent de vives préoccupations.

d. Le champ visuel du myope est parfois envahi par des lacunes qui voilent une partie des objets, suppriment des lettres ou des portions de lettres, déforment les mots et rendent ainsi la lecture trèslaborieuse. Certains malades sont fatigués par du miroitement; ils lisent mieux les petits caractères que les gros, parce qu'avec ces derniers, les mots ne sont vus que partiellement. D'autres voient les caractères d'imprimerie inégaux en grandeur, inclinés et disposés suivant des lignes sinueuses, de façon à représenter quelque chose d'analogue à la ligne suivante qui est le fac-similé d'un spécimen écrit par un myope pour montrer comment il voyait.

'^^tU^^^^ dZ^.

V rsy

Ces divers troubles proviennent le plus souvent d'altérations rétiniennes, visibles au miroir, siégeant dans le voisinage de la iiche jaune et représentées par des points, de petites plaques blan* châtres, par des amas de pigment et autres signes d'une dégénérescence atrophique. Parfois on ne trouve aucune autre altération matérielle qu'un vaste staphylôme, à la surface duquel, selon toute raison, la rétine distendue n'a plus de plan focal, reste sensible sur certains points , et devient torpide sur certains autres.

Les scotômes du myope, comme tous les autres du reste, ne sont point noirs, mais bien d'un gris plus ou moins sombre. Il y a

une différence appréciable et curieuse entre ]a sensation qui résulte d'une incapacité sensoriale de la rétine et celle que donne l'impression d'un corps noir sur une rétine sensible. Dans ce dernier cas, nous voyons un corps, un objet défini de couleur noire, dans le premier l'impression est nulle et nous ne voyons rien du tout. Tel est aussi l'effet que produit sur notre œil la tache de Mariotte ou la portion de l'espace située hors de la portée de son champ visuel, celle qui se trouve derrière la tête, par exemple, ou derrière un écran.

L'exploration attentive du champ visuel du myope démontre dans quelques cas l'agrandissement de la tache aveugle physiologique. De Grsfe ajoute même qu'il est possible de constater cet agrandissement dans tout staphylôme postérieur. D'autres auteurs et de Hasner en particulier partagent la même opinion. Jseger attribue cette particularité au déplacement du nerf optique en dedans. Il résulte au contraire des recherches de Donders, que la perception lumineuse persiste au niveau de la tache atrophique et qu'elle ne disparait entièrement que dans les hauts degrés, lorsque l'atrophie est complète. Le même observateur s'est assuré que, même dans ces cas^ la transmission de l'excitation des parties périphériques de la rétine s'opère à travers le croissant d'atrophie, ce qui prouve que la couche des fibres rétiniennes par lesquelles cette transmission a lieu n'est pas altérée.

e. Décollement de la rétine. Le décollement de la rétine est l'une des plus funestes complications de la myopie. Elle est surtout à redouter lorsque le staphylôme postérieur coïncide avec une atrophie choroîdienne considérable.

/. L'œil myope est aussi exposé à des hémorrhagies intra-oculaires, à des ramollissements du corps vitré avec corps flottants, à des cataractes et quelquefois aussi à une dégénérescence glaucomateuse.

L'épanchement sanguin circonscrit que l'on voit quelquefois au niveau de la tache jaune et qui la soulève dans certains cas, pro* vient d'un vaisseau choroïdien. D'autres extravasations sanguines accompagnent assez fréquemment les vaisseaux rétiniens. Ces épanchements, qu'ils siègent dans la choroïde ou dans la rétine, ont pour signe fonctionnel habituel la formation de scotômes : la gène qu'ils occasionnent est en raison directe de leur proximité de la tache jaune.

L'œil myope est aussi exposé à devenir glaucomateux, surtout à

238 OPTOMÉTRIE.

un âge avancé de la vie. Mais lié à la myopie, le glaucome affecte une forme particulière ; il n'a de commun avec le glaucome ordinaire que la tension intra-oculaire et l'excavation de la papille; il en difiFère par une dureté moindre du globe et par une direction oblique de l'excavation ; l'aspect des vaisseaux indique aussi qu'elle est peu profonde, et confondue par l'un de ses côtés avec l'ectasie.

Ces diverses complications dérivent toutes plus ou moins di* rectement des altérations de nutrition dont la choroïde est le siège.

g. La myopie, à un certain degré, expose à l'insuffisance des jnuscles de la convergence et entraine soit un strabisme divergent, soit un autre état bien étudié surtout par de Grœfe sous le nom d'asihénopie musculaire.

Diverses causes ont été invoquées pour expliquer cette perturbation.

Chez le myope, le centre de la cornée, et par conséquent le centre de figure, est, contrairement à l'état normal, en dedans de Taxe optique. Il en résulte que pour obtenir le même mouvement de convergence, il faut un travail musculaire plus grand que pour l'oeil emmétrope, et surtout que pour l'hypermétrope. D'un autre côte, l'œil des myopes s'est allongé dans le sens antéro-postérieur et son centre de rotation n'a pas changé : il en résulte que l'hémisphère postérieur, qui est le .siège à peu près exclusif de rallongement, ne se déplace dans l'orbite qu'avec des efiforts plus grands; et même à un degré suffisamment élevé de déformation, ces déplacements sont forcément limités par la configuration de la cavité orbitaire.

On ne saurait accepter sans réserve ce rôle attribué à la déformation de l'œil myope. Cette déformation est beaucoup plus prononcée dans un certain nombre de staphylômes antérieurs qui atteignent parfois une^bauteur de plusieurs centimètres ; elle est aussi plus marquée dans beaucoup de kératocônes, etc. Et pourtant les mouvements du globe n'en sont point compromis. N'y a*t-il pas lieu de faire intervenir en première ligne une inégalité primordiale dans les forces motrices du bulbe?

Quoi qu'il en soit, les modifications apportées dans la statique de l'œil myope n'ont pas d'inconvénient;tant que les axes optiques sont parallèles ; mais il en est tout autrement pour les mouvements de convergence, totrjours'très*actifs chez le myope tant que la vision

binoculaire existe. Ces mouvements ne s'obtiennent qu'au prix d'efforts excessifs et soutenus. Ceux-ci, en raison de leur synergie fonctionnelle» réagissent sur l'accommodation, tendent à rapprocher le pufictum remotum^ à augmenter la pression intra-oculaire, et, par conséquent, favorisent les progrès du stapbylôme et de la myopie symptomatique.

Quand chez un myope le mouvement de convergence ne peut se produire et se soutenir sans fatigue notable sur un point de mire situé à 2 1/2 ou 3 pouces tout au plus, ce qui équivaut à un angle binoculaire de 84^ environ, il y a insuffisance des droits internes. Dès lors, il se produit l'une de ces deux conséquences : ou bien, la vision binoculaire est supprimée, ou bien il survient promptement un strabisme divergent.

On doit à de Graefe un procédé ingénieux pour constater cette insuffisance et pour en mesurer l'étendue. L'organisme met tout en œuvre, mouvements de convergence et décentration du cristallin, pour détruire la diplopie qui se produit suivant le méridien horizontal. xMais il n'en est plus de même dans le méridien vertical. Aucun effort ne tend à corriger les images doubles et les axes optiques se placent sous un angle qui est en rapport avec l'état de l'accommodation. S'il y a harmonie entre le balancement musçplaire qui règle la situation des axes et l'accommodation, l'image reste double, mais elle est située sur une même ligne verticale (fig. 53). Si, au contraire, cette harmonie n'existe pas, l'image double se déplace latéralement {fig. 54) soit par un mouvement homonyme, soit par un mouvement croisé, suivant que la prépondérance d'action appartient aux forces divergentes ou aux forces convergentes. Cette déviation une fois produite, il est facile de l'évaluer. Elle aura évidemment pour mesure l'angle du prisme qui, placé soit en dehors, soit en dedans, suivant le cas, ramènera les images sur la même verticale. Tel est le principe sur lequel repose le procédé de de Grsefe. Il lui suffit, pour constater et mesurer l'insuffisance, de provoquer une diplopie verticale et il y arrive en plaçant devant un des yeux un prisme dont le sommet est dirigé soit en haut soit en bas.

Dans la pratique, on peut avoir recours aux dispositions suivantes : on place devant le sujet observé, à une distance de quelques pouces^ une feuille de papier sur laquelle est tracée une ligne droite verticale présentant au milieu de sa longueur un point d'un diamètre un peu plus grand que l'épaisseur de la ligne, puis on

3W OPTOMéTRlE.

arme l'un des yeux d'un prisme de 12 à 14 degrés ayant sa base en bas. Si la vision binoculaire est normale, le malade annonce immédiatement qu'il voit une seule ligne verticale sur laquelle se trouvent deux points superposés. Si, au contraire, la vision liiooculaire est troublée par insuffisance musculaire, le malade voit deux lignes

Fig. S3 et St. — Expériences de de Gnere, pour démontrer rei

l'insafllBaiice des muscles de U convergence dans la myopie.

parallèles et deux points situés à des hauteurs différentes. SiTinsuf* sance existe du côté de la divergence, ce qui est l'exception, les images seront homonymes, c'est-à-dire l'image de l'œil gauche, située à gauche et l'image de l'œil droit, située à droite. Si, au contraire, rinsuf&sance existe du côté de la convergeace, les ima' ges seront croisées. L'image fournie par chaque œil sera facilement distinguée par sa position relative; celte de l'œil armé du prisme sera la plus élevée, si le sommet du verre est en haut, et la moins élevée au contraire, si le sommet est en bas.

L'insuffisance une Fois constatée de ta sorte, on place successivement devant l'un des jeux et plus commodément devant l'œil resté

Page 1