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LES BACTÉRIES DE L'AIR DE L'EAU, DU SOL, DU CORPS

Avec 172 figures dans le texte, noires et coloriées

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DE

BACTÉRIACÉES (Suite).

BACILLUS SEPTICUS PAsTEuUR.

({Vibrion septique : Bacille de l'æœdème malin.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL. XVI

Cette espèce très répandue dans la nature, qui avait été entrevue par Coze et Fellz (1) dans leurs études sur la septicémie, a été isolée et obtenue en cultures pures par Pasteur (2). Il l’a retirée de la terre végétale où il recherchait des Bacléries charbonneuses, en opérant de la facon suivante : La terre suspecte, triturée avec de l’eau, est lévigée avec soin. Le liquide est abandonné de manière à en séparer les particules les plus lourdes, puis décanté. L'eau trouble est ensuite. laissée en repos absolu; il se dépose un sédiment léger. Ce dépôt recueilli est légèrement acidulé, puis chauffé quelques minutes à 90°. Le chauffage a pour but de tuer la plupart des Bactéries ou leurs spores qu'il contient. Le dépôt injecté sous la peau de cobayes les fait parfois périr d’une affection charbonneuse reconnaissable à ses caractères. Plus souvent l'animal meurt-avec des symptômes tout à fait spéciaux, ceux d’une septicémie à marche très rapide, occasionnant la mort de vingt-quatre à trente-six heures d'ordinaire. Les lésions peuvent être considérables. Au lieu d'inoculation, s’est développé un œdème qui a pu prendre de grandes proportions et s'étendre dans les régions voisines ; le tissu conjonctif est emphysémateux : il renferme en certains endroits, aux aisselles ou aux aines surtout, de véritables poches gazeuses. Le foie et les poumons sont pâles ; la rate est diffluente. Cette terrible affection est due à la pullulation dans l'organisme d’une Bactérie en bâtonnets dont les spores étaient contenues dans la terre employée, et à laquelle Pasteur a donné le nom de Vibrion septique, qui, devenant Bacillus seplicus, doit être conservé de préférence aux autres, vu son droit incontestable de priorité. L'affection est d'ordinaire désignée

(1; Coze et Feurz, Rech. clin. et expér. sur les mal. infectieuses, 1872. (2) Pasreur, Sur le Vibrion septique (Bull. de l’Acad. de méd., 1877).

Macé. — Bactériologie, 6e édit. A EN

ps; a

>) BACTÉRIACÉES.

sous le nom de Seplicémie de Pasteur. Chauveau et Arloing (1), en 1884, signalent la présence du Vibrion seplique dans la gangrène gazeuse de l'homme. Gaffky (2) l'avait donné comme fréquent dans les liquides de putréfaction; Koch (3) lui attribuait en même temps la forme de septicémie désignée en Allemagne sous le nom d'œdème malin (Malignes OŒEdem), d'où la dénomination de Bacille de l’œdème malin (Bacillus des Malignen-Edems, (Œdem-Bacillus) employée par les auteurs allemands.

MORPHOLOGIE

Caractères microscopiques. — On trouve ces bâtonnets en quantité dans la sérosité de l’œdème; ils sont très nombreux également dans le suc musculaire de la région et l'exsudat péritonéal.

Ils sont plus difficiles à apercevoir dans le sang, où ils peuvent être rares et disposés en longs filaments flexueux ; quelque temps après la mort, le nombre en a beaucoup augmenté. On obtient de très belles préparations avec la sérosité péritonéale de cobayes ayant succombé aux inoculations.

Les Bactéries de la sérosité fraîche de l’æœdème mesurent en Fig. 1. — Sang de cobaye avec des éléments de Vibrion moyenne 3 à 2 LL de septique en courts articles ou en longs filaments. 900/1. long sur 1 y de large

et sont isolées ou réunies par deux ou plus en chaînes (fig. 1) ; elles présentent des mouvements bien évidents que Pasteur a comparés à ceux de serpents rampant entre des herbes. Celles qui se trouvent dans le sang forment surtout des filaments de 15 y à 40 w de longueur où les articulations sont peu visibles, parfois ondulés, pouvant même rappeler des formes spirillaires; le mouvement des filaments est plus lent, flexueux. Les extrémités des éléments sont nettement arrondies ou coupées net el ne présentent jamais l'aspect particulier, bien caractéristique, des extré-

(1) Cnauveau et ArLoIxG, Étude expérimentale de la septicémie gangreneuse (Bull. de l'Acad. de méd., 1884, p. 604).

(2) Garrky, Experimentelle erzeugte Septicaemie (Milt. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, 1, 1881, p. 80).

(3) Kocn, Zur Aetiol. des Milzhrandes (Mitth. aus dem kaiserl. Gesundheïtsamte, 1, 1881, p. 53).

BACILLUS SEPTICUS. ”

mités des articles du Bacillus anthracis. Cet aspect et la présence de mouvements permettent d'établir une distinction entre ces deux espèces à l’aide de l'examen microscopique direct; il faut cependant se souvenir que, dans les préparations ordinaires, les mouvements du Vibrion seplique cessent rapidement en présence de l'air et, pour bien les constater, examiner surtout le centre des préparations.

Les mouvements sont dus à la présence, sur les côtés des éléments, de cils vibratiles que les méthodes spéciales de coloration peuvent mettre en évidence: ces cils, assez longs, sont au nombre de six à huit d'ordinaire et disposés sur les côtés du bâtonnet.

Dans les articles séparés, il se forme fréquemment des spores: on n’en observe pas dans les filaments, ce qui distingue encore celle espèce du Bacillus an- {hracis. Les articles qui vont sporuler se renflent en un point:

c’est tantôt au milieu, le bâtonnet prend la forme de fuseau; plus souvent à une extrémité, 1l prend la forme d’une massue ou d’un têtard, jamais l'aspect en épingle du Bactille du télanos. À l'endroit où s’est produit le renflement, apparaît une tache claire qui devientune sporeovoïde, fortement réfringente, de couleur bleuâtre Fig. 2.— formation de spores chez le Vibrion seplique (d'après Roux).

(fig. 2). Les dimensions de cesspores sont variables; elles sont souvent plus grosses que les bâlonnets où elles se forment.

Le microbe que Novy (1) a décrit sous le nom de Bacillus œdematis maligni 11 semble n'être qu'une variété ne donnant pas de spores.

Coloration. — Les bâtonnets du Vibrion septique, pris dans le sang, les sérosités des animaux ou dans des cultures jeunes, se colorent aisément aux procédés habituels. Ils se décolorent souvent par la méthode de Gram. au moins partiellement; Kutscher fait toutefois remarquer qu'ils peuvent rester colorés si on laisse l’action du colorant se prolonger pendant vingt-quatre heures au moins, ou qu'on use d’un bain composé d'eau anilinée, additionnée de 5 p. 100 d'alcool et d'acide phénique, mélangée à volume égal de solution de violet de gentiane, et qu'on laisse les préparations un quart d'heure dans ce bain; Besson obtient le même résultat positif en faisant agir pendant cinq minutes

{1} Novyx, Ein neuer Bacillus des malignen-OEdems (Zeilschr. für Hygiène, XVI, 1894, p. 209).

À BACTÉRIACÉES.

le violet de gentiane phéniqué, avant le passage à l'iode. D'après - Claudius, le Vibrion septique reste coloré par sa méthode de coloration (Voy. t. [. p. 385).

Les spores et les cils se colorent bien par les procédés spéciaux habituels.

Cultures. — Les cultures sont assez difficiles à réussir. Le Bacillus

seplicus est un anaérobie vrai etexige pour végéter un milieu dépourvu de toutes traces d'oxygène. La présence de ce gaz tue rapidement les, cellules végétatives, en les empêchant même de sporuler. Les spores, par contre, peuvent être impunément exposées à l'air, mais ne germent qu’en l'absence d'oxygène. La culture doit donc se faire dans le vide ou dans un gaz inerte, l'azote ou l'hydrogène par exemple, ou, mieux, d’après Gaffky (1), l'acide carbonique. On réussit particulièrement bien en employant laméthode de Veillon (t. I, p. 330), en gélose glucosée profonde, ou la méthode de Rosenthal en tubes ou ballons cachetés (p. 299) : les milieux spéciaux de Pfuhl ou de Wrzosek (p. 306) donnent aussi

Fig. 3. — Bacillus seplicus. de bons résultats. (Voy. l’article spécial

Colonie isolée dans la gélose. 80/1 de la Culture des espèces anaérobies, (d’après Liborius). ti P 293.) MED:

En tenant compte de ses exigences parliculières, on est arrivé à faire croître le Vibrion septique sur les différents milieux usités; tous les milieux organiques réussissent généralement.

Pasteur a donné les caractères des cultures sur bouillon; Liborius (2), Roux(3), San Felice (4) ceux des cultures sur milieux solides.

Ces cullures se font lentement à la température ordinaire, pas audessous de 15° cependant, et beaucoup plus vite à 37°; dans ce dernier cas, on y peut déjà trouver des spores dès la fin du premier jour. Elles s'arrêtent à 43°. Les bâtonnets des cultures ne restent jamais associés en aussi longs filaments que ceux du sang.

CULTURES DANS LE BOUILLON. — Dans le bouillon à 37°, le développement est rapide; en dix à vingt-quatre heures, le liquide est trouble; il se dégage de l’acide carbonique et de l'hydrogène à volumes sensiblement égaux, el, d’après Pasteur, une légère odeur fétide; la réaction du milieu ne change pas. Le bouillon s’éclaircit assez vite : il se forme au fond du vase un dépôt léger. Beaucoup de bâtonnets ont produit des spores.

CULTURES DANS LA GÉLOSE. — En cultures dans la gélose, que l’on solidifie en couche mince sur les parois d'un tube large ou sur des

(1) Garrxy, Loc. cil., p. 2.

(2) Liporius, Beiträge zur Kenntniss der Sauerstoffbedürfnisses der Bacterien (Zeitschr. für Hygiene, I, 1re p., p. 115, 1886).

(3) Roux, Culture des microbes anaérobies (Ann. de l’'Inst. Pasteur, I, 1887, p. 49).

(4) San Feurce, Untersuch. über anaërobe Mikroorganismen (Zeitschr. für Hygiene, XIV, 1893, p. 339).

BACILLUS SEPTICUS. ) plaques de gélose mises à l'abri de l’air, on aperçoit les colonies à l'œil nu comme de petites taches nuageuses blanchâtres, à bords plus nets, se perdant dans la gelée. À un grossissement de 80 à 100 diamètres, on reconnait à la colonie une partie centrale homogène d’où partent de nombreuses arborisations se perdant dans la gelée ambiante (fig. 3). Le tube doit être naturellement rempli d'hydrogène ou d’acide carbonique et les plaques faites dans une semblable atmosphère.

On arrive facilement à obtenir des cultures en tube par l'ensemencement en couches profondes de gélose glucosée, selon la méthode de Veillon.

Dans la gélose ainsi préparée et ensemencée, il se produit, dans le

Fig. 4. — Culture dans la Fig.5. — Culture dansla géla- Fig. 6. — Culture plus gélose (d'après Liborius). tine. âgée dans la gélatine.

fond du tube ou à quelques centimètres de la surface, de petits nuages très légers, déjà visibles à l'œil nu en vingt-quatre heures à 20° (fig. 4), qui montrent un fin réticulum, rappelant celui représenté plus haut (fig. 3). La gelée se fend souvent à l’endroit des colonies, par suite du dégagement de produits gazeux (fig. 7). La production de gaz semble constante, mais varie en intensité suivant les races.

En strie, sur gélose, d’après Votteler (1) et Rosenthal (2), il se forme une culture gris blanchâtre, transparente, à bords très déchiquetés et même ramifiés.

CULTURES SUR GÉLATINE. — Dans un tube de gélatine glucosée, ou sur des plaques convenablement disposées, on observe, au bout de deux ou trois jours, à 20°,de petites sphères de 1 /2 à 1 millimètre dediamètre,pleines de liquide clair, qui se forment surtout dans la partie inférieure du tube

(1) Vorrezsr, Ueber die Differenzialdiagnose der pathogenen Anaëroben durch die Kultur auf Schrägagar und durch ihre Geisseln (Zeitschr. für Hygiene, XXVII, 1898, p. 480).

(2) Rosenruaz, L'aérobisation des microbes anaérobiïes. Paris, Alcan, 1908.

6 BACTÉRIACÉES.

(fig. 5 et 8) ou dans la couche de gelée. Le liquide, très clair au début, se trouble et montre à la périphérie une fine striation radiaire, ou de légères arborisations, bien visibles à un faible grossissement (fig. 6). Dans ces sphérules de substance liquéfiée, il se forme de petites bulles de gaz le long de la piqûre, et de petites colonies éparses dans la gelée. Il peut se former dans le fond du tube une grosse collection de liquide trouble qui tranche très nettement sur les couches de gelée sous-Jacentes, restées transparentes. La gélatine est nettement liquéfiée.

CULTURES SUR POMMES DE TERRE. — Gaffky a donné les caractères des cultures sur pommes de terre. D’après lui, les Bacilles pénètrent profondément dans la substance de la pomme de terre et y forment un réseau à mailles serrées ; il ne se produit pas de culture apparente.

CULTURES SUR SÉRUM. — Le sérum solide est rapidement liquéfié ; il se développe des gaz et une odeur urineuse et soufrée.

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