partie liquide des selles. Ils
sont fréquemment mélangés aux diverses espèces qui pullulent dans l'intestin, même à l’état normal. D’autres fois ils y existent seuls, à l'exclusion complète de ces dernières; ce mucus constitue, pour ainsi dire, une véritable culture pure.
Pour les observer, on étale ce liquide sur une lamelle et on laisse sécher à la température ordinaire, afin d'éviter une déformation des éléments; on colore pendant une demi-minute dans une solution concentrée de violet de méthyle ou de fuchsine et on lave rapidement. La préparation desséchée par un courant d’air peut être montée dans le baume. Ces Spirilles se décolorent très facilement ; aussi faut-il éviter de laver à l'alcool; traités par la méthode de Gram, ils perdent leur couleur ; il est alors possible d'arriver à une double coloration qui les fasse distinguer d’autres espèces en mélange. Doyen a recommandé la technique suivante, qui donne de bons résultats : Les préparations sont colorées pendant dix minutes à 40° dans un bain d’eau anilinée, additionnée de violet de méthyle, puis soumises pendant huit minutes à l'action de la solution iodo-iodurée de Gram. On les lave à l'alcool
{4} Nicarrr et Rixrscn, Recherches sur le choléra (Arch. de physiol., 1885, et Revue de méd., 1885).
(2) Vax EruexGuem, Recherches sur le Bacille du choléra asiatique. Bruxelles, 1885.
(3) Doxex, Recherches anatomiques et expérimentales sur le choléra épidémique (Arch. de physiol., 1885, p. 179).
(4) Mersceunixorr, Recherches sur le choléra, 1°r, 2, 3e et 4° mémoires (Ann. de l’Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 403 et 563; VIII, 4894, p, 257 et 529).
Le Los:
SPIRILLUM CHOLERÆ. 393
absolu et on les traite par l’essence de girofle. Elles sont de nouveau passées à l’alcool absolu, puis plongées quelques secondes dans une forte solution aqueuse de fuchsine; enfin lavées, séchées à l'air el montées. Les Spirilles du choléra sont colorés en rouge, les autres Bactéries en violet intense.
Si les autres microbes intestinaux, particulièrement le Colibacille, sont très abondants et prédominants, on ne peut reconnaître que difficilement, ou même pas du tout, de Bactéries courbes à un tel examen au microscope. Quand les Vibrions sont nombreux, principalement quand la préparation à été faite avec des flocons ou des mucosités, des grains riziformes, les Vibrions forment de petits amas dans lesquels tous ont régulièrement la même direction, rappelant, comme le dit Koch, l'aspect, en série de files, de bandes de poissons qui se laissent aller au courant de l’eau.
L'examen, en goutle pendante, d'une petite quantité de produit, fait en retournant la lamelle au-dessus d’une cellule porte-objet ou d'une lame excavée (I, p. 279 el 280), sans intervention de réactif ni de colorant, peut permettre de constater la forme, mais surtout la motilité des Vibrions, et donner des indications précieuses.
Ces Bactéries pénètrent facilement dans la paroi intestinale; elles s'observent fréquemment dans l'épaisseur des villosités ou dans des glandes en tubes ; elles passent même dans la sous-muqueuse et peuvent se retrouver jusque dans les couches superficielles des follicules Iymphatiques. On les aperçoit sur les coupes, que Doyen conseille de traiter comme il suit : Les coupes sont colorées à 45°, pendant une demi-heure, à l’aide d’une solution de sublimé à 1 p. 100, et décolorées à l'alcool absolu et à l’essence de girofle. La solution d'Ebrlich, suivie de l'emploi de la méthode de Gram, ne donne pas de bien bons résultats.
MORPHOLOGIE
Caractères microscopiques. — Le Spirille du choléra parait être un microbe assez polymorphe. À côté du type qu'a décrit Koch, il en existe d’autres qui s’en différencient en plus ou en moins, sur les divers caractères.
En prenant comme base les données de Koch, on peut accepter la description suivante.
Les éléments sont des bâlonnets courts, trapus, assez épais, de 1,5 w à 3 L de long sur 0,4 x à 0,6 w de large.
Mais on trouve aussi, suivant les cas, des formes minces, plus allongées, des formes en $ souvent étiré, d’autres presque rectilignes; d'autres fois des formes très courtes, même ee semblables à des coccus.
La courbure varie dans d'assez grandes limites (fig. 120 à 122). Elle est très souvent peu prononcée ; l'élément peut affecter une forme rappelant celle d'une virgule, d’où le nom de Bacille virqule. D'autres fois, l'arc est plus imceurvé, il décrit presque une demi-circonférence. Ces
éléments, vus au microscope, paraissent souvent droits, parce qu ils ne
sont pas placés suivant le plan de leur courbure, mais aperçus du côté de leur concavité ou de leur convexité. Enfin on‘trouve, surtout dans les cultures dans les bouillons, des formes en $ plus ou moins allongé,
Macé. — Bactériologie, 6° édit. SN Le
et de longs filaments spiralés, à nombreux tours peu serrés, souvent plutôl ondulés.
Les formes en $ et les spirales seraient formées d'’arlicles courbes, placés bout à bout en nombre suffisant. On peut même penser que la forme normale serait la spirale, formée d'articles qui se séparent facilement.
Toutes ces formes possèdent un mouvement rapide, qui souvent décrit une spire.
Il se perçoit bien nettement lorsqu'on les examine dans un liquide en présence d'air, ou mieux en goutte pendante dans une cellule. Koch a heureusement comparé l’impression de mouvement que l’on Le 120. — ES du ie de ue constate. à celle que donne
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suspension dans l'air pendant les soirs d'été. La motilité, très vive vers 30°-35°, cesse presque complètement à 16°.
Toutefois, c’est un caractère sujet à de grandes variations. Il est même des types tout à fait immobiles, qu'il n’est pas possible de ne pas regarder comme des Vibrions cholériques vrais.
Les éléments possèdent, à une extrémité, un long cil vibratile (1) (fig. 124 et 125), que colorent les méthodes spéciales, exceptionnellement deux, même trois ou quatre. Le cil unique se montre parfois bifurqué à son extrémité.
Les cultures montrent fréquemment des formes d'involution nombreuses, des éléments arrondis, qu'on a pris pour des spores, d’autres ovoiïdes, en poires ou tuméfiés, irrégulièrement gonflés. Certains portent à une de leurs extrémités de grosses sphères de 3 4 à 4, régulières ou déformées. Ce
Fig. 121. — Spirilles du choléra, de selles riziformes. — Formes allongées. 1000/1.
(1) Nevnauss, Ueber die Geisseln an den Bacillen der asiatischen Cholera(Centralbl. für Bakt., 1889, V). Et: Dovwneswezz, Note sur les flagella du microbe du choléra (Ann. de micr., 1890).
SPIRILLUM CHOLERZÆE, 999
sont de semblables dégénérescences qui ont été décrites comme normales par Ferran (1), et prises pour des organes reproducleurs.
Dowdeswel (2) a observé, dans des cultures du Spirille du choléra, une série de formes bien différentes de celles que l'on regarde comme normales pour cette espèce. Elles sont, il semble, à rattacher également aux formes d'involution. Certaines cultures, provenant bien dûment de virgules et spirilles typiques, donnent des formes sphériques de 6 à 7 u, mobiles au début et possédant un il visible; ces éléments sont isolés ou réunis en chaîneltes ou en amas de plusieurs centaines; leur protoplasma, d’abord clair, montre, après peu de temps, de nombreuses vacuoles. Elles se résolvent, au bout de quelques jours, en fines granulations rondes, que cet auteur regarde comme des corps reproducteurs et qu'ilnomme sporules, qui, portées dans des bouillons neufs, reproduisent des éléments semblables à ceux dont elles proviennent, ou d'autres éléments irréguliers, munis d'un ou de plusieurs s prolongéments. présentant des mouvemenis amiboïdes, ou encore des sortes de filaments plus ou moins longs, parfois vermiformes. Il est difficile d'émettre une opinion ferme sur la nature et la valeur de ces modifications.
Il n’y a jamais de formation de spores. D'après Hüppe (3), il se formerait, aux dépens des articles, des sortes d'éléments durables , auxquels 1l attribue la
valeur de spores. Un Fig. 122. — Spirilles du Fig. 193. — Spirilles du bâtonnet qui va en pro- choléra, de selles rizi- choléra, de cultures dans duire devient immobile formes. 1000/1. le bouillon. 1000/1.
puis se divise en deux sphères, qui restent souvent accolées, entourées d'une membrane gélatineuse épaisse. C’est surtout entre 22° el 37° que l'on peut étudier ce phénomène. Les corps! sphériques ainsi produits seraient des arlhrospores immobiles, qui germent directement en donnant un bâtonnet courbe; ils possèdent une résistance un peu plus grande que les simples bâlonnets; de vieilles cultures quien contiennent sont encore fertiles après un an. Dans des cultures âgées d’un an, Bliesener (4) signale la présence de corps ovales, très ré fring gents, prenant la c oloration des spores, mais ne résistant pas mieux à la dessiccalion ou à la chaleur. Coloration. — Ce microbe se colore bien, quoique faiblement, aux
(1) FerRAx, Sur l’action pathogène-et prophylactique du Bacille virgule (C. R. de l'Acad. des sc., 1885, C, p. 959).
(2) Dowpeswezz, Sur quelques phases du développement du microbe du choléra (Ann. de micr., II, 1899, n° 12).
(3) Hueppe, Ueber die Dauerformen der sogenannten Kommabacillen {Fortschr, der Med., III, 1885, n° 19).
(4) Bus SENER, Beitrag zur Lehre von der Sporenbildung bei Cholerabacillen (Zeitschr. für Hygiene, XXXV, 1901, p. 76).
2956 BACTÉRIACÉES.
couleurs d’aniline par les procédés ordinaires. La fuchsine phéniquéedonne de très bons résultats, surtout employée à chaud. Dans un mélange de microbes divers, comme bien souvent dans les
Fig.124.— Spirilles du choléra (forme courte)
avec cils vibratiles. 1500/1.
matières fécales, on peut obtenir une véritable coloration différentielle, les Spirilles du choléra teintés faiblement en rose, alors.
queles microbes autres sont fortement colorés en rouge foncé.
Les éléments arrondis ou ovoïdes, formes d’involution,.
prennent très mal les couleurs.
I se décoloreconstamment par la méthode de Gram.
Cultures. — Le Spirille du choléra est un aérobie vrai. Il ne croît pas ou seulement très.
peu et très lentement .à labri de l’air; dans ces conditions, les mouvements cessent très vite et les cellules périssent si la privation d'oxygène se prolonge;
dans les liquides, il croît mieux et surtout dans les couches supérieures. Son optimum de température semble être vers 37°; 1l se développe encore bien à 22° el commence à végéter vers 10°, mais alors très fai-
blement.
Les cultures s’obtiennent facilement sur les milieux habituels; la Bactérie parait cependant assez exigeante en substances nutritives. Elle croît très mal dans l'eau stérilisée; en quelques jours, le liquide ensemencé a perdu son pouvoir fertilisant pour de nouvelles cultures. L'eau riche en matières organiques est plus favorable, beaucoup moins cependant pour cette espèce que pour d’autres également pathogènes, le Bacille lyphique particulièrement, qui y végète abondamment et
Fig. 125. — Spirilles du choléra (formes allongées) y conserve longtemps sa
avec cils vibratiles. 1500/1.
vitalité; Nicati et Rietsch ont conservé en vie le Spirille du
choléra pendant vingt jours et plus dans l’eau du Vieux Port de Marseille, fortement salée et chargée de matières organiques.
Il ne se développe pas dans les milieux un peu acides, végète bien dans les milieux neutres, mais beaucoup mieux dans ceux à réaction nettement alcaline. Il supporte même une alcalinité tout à fait défavo-
SPIRILLIM CHOLERÆ. 597
rable à d’autres espèces, particulièrement le Colibacille, ce qui est très avantageux pour obtenir une séparalion plus facile.
Les Bactéries de putréfaction paraissent s’opposer au développement du Spirille du choléra et parvenir même àle faire rapidement disparaitre. Tout au début, cependant, cette dernière espèce domine dans une culture mélangée; ce n’est qu'après un certain lemps qu’elle cède le pas aux autres. D'après Schottelius (1), on trouverait dans cette particularité “un précieux secours pour la constatation du Bacille virgule, lorsqu'il ‘est peu abondant dans les déjections. En mélangeant des déjections avec un volume à peu près double de jus de viande stérilisé, 1l a remar- -qué qu’en douze heures, de 30° à 35°, la surface du liquide se couvrait de Spirilles du choléra, excessivement abondants, constituant presque une culture pure. En peu de jours, ceux-ci déclinent; le milieu est “envahi par les espèces de putréfaction qui font complètement disparaître les premiers. Klebs(2) et Ceci (3) ont fait une remarque semblable avec les selles cholériques : en les conservant dans une chambre humide, on voit le Spirille du choléra y pulluler les deux ou trois premiers Jours, puis être tout à fait élouffé par les autres espèces, passé ce laps de temps. Van Ermenghem a obtenu des résultats identiques en ensemen- <ant des linges mouillés maintenus en éluve. Metschnikoff et Koch ont usé de cette particularité pour arriver à isoler ce microbe ou des similaires (p. 601). Mais la véritable mébhé de: d'isolement de cette Bactérie est celle des cultures sur plaques.
CULTURES SUR PLAQUES DE GÉLATINE. — Les colonies obtenues présentent des caractères qui permeltent de les reconnaitre assez facilement (fig. 126). En vingt-quatre heures à 18° ou 20° environ, les colonies apparaissent dans la gelée comme de petits points blanchätres. Ceux qui se trouvent dans la couche supérieure sont un peu plus gros que ceux de la masse inférieure. À un faible grossissement, ce sont de petits disques granuleux, presque transparents, à bords un peu sinueux, que Van Ermenghem compare à des globules blancs arrondis. L'apparence granuleuse s’accentue le jour suivant, la colonie rappelle une agglomération de pelites perles de verre. Au troisième jour, les bords deviennent -dentelés, moins nets, parfois filamenteux, commencent à se fondre; en même temps la liquéfaclion de la gélatine devient manifeste, la colonie s'enfonce dans une cavité cupuliforme. Au quatrième jour, on distingue une partie centrale, une sorte de noyau, légèrement jaunâtre, à bords -déchiquetés (fig. 126), entourée d’une zone annulaire de gélaline liquéfiée trouble. La plaque est bientôt entièrement liquéfiée; le liquide très trouble, jaunâtre, exhale une odeur qui rappelle celle de l'urine de souris. Après trois jours, on rencontre déjà de nombreuses formes d’involution dans les colonies des cultures sur plaques.
C'est là, on peut le dire, l'aspect typique de ces colonies. Suivant la provenance du microbe, l’âge de la culture qui a fourni la semence, le temps pendant lequel elle a été entretenue artificiellement dans les laboratoires, on peut observer des variantes plus ou moins marquées dans
(1)-Scuorrezius, Zur PR che Nachweiss von Cholerabhacillen in Dejection ss he med. Wochenschr., 1885, n° 14).
(2) Kress, Ueber Cholera Aciitien, Bâle, 1883.
(3) Kzess et Cecr, Ueber Cholera asiatica nach Beobachtungen in Genua {Correspondensbl. für Schweizer Aerzle, 1884).
598 BACTÉRIACÉES.
l'aspect des colonies et la production de la liquéfaction (1). La délimitation peut être plus marquée et plus persistante entre le noyau central et la zone périphérique de liquéfaction; ce noyau peut, au contraire, se fondre plus vite, se désagréger plus complètement, d'autres fois le faire d'une facon plus homogène, plus régulière, offrant même une disposition radiée assez nette.
Sur la même plaque, on peut rencontrer côte à côte des colonies typiques et d'autres à aspect différent.
Les caraclères de ces colonies en cultures sur plaques ne peuvent en somme être regardés comme bien parliculiers et servir de base sûre à une détermination, mais simplement don-