Colonies de Spirille: du
Fig.
choléra, en cultures sur plaques.
À gauche, colonie après 48 heures.
90/1; en bas, colonie au troisième jour située au fond d'une excavation de la gelée. 10/1: à droite,
ner des indications souvent précieuses.
Il faut savoir qu'il exisle, dans le contenu intestinal et dans les eaux particulièrement, des espèces vibrio-
partie centrale d'une colonie au quatrième jour. 100/1 (d’après Van Ermenghem).
niennes qui donnent des colonies bien semblables, qu'il est nécessaire de soumeltre à une étude beaucoup plus approfondie pour pouvoir obtenir une différenciation.
CULTURES DANS LA GÉLATINE. — Dans un tube de gélatine inoculé en piqûre, on voit se former vers la vinglième heure, à 20°, une petite dépression cupuliforme à la surface, à l'endroit de l'inoculation. La gelée se creuse de plus en plus, en même temps que la couche superficielle de lexcavation se liquéfie. Tout le long du canal se produit une culture blanchâtre trouble. Après un jour, l'aspect est celui qui est représentéfigure 128. On voit à la partie supérieure une excavation bien prononcée, en forme de calotte sphérique ou ovale, au fond de laquelle se trouve un peu de liquide. Au deuxième jour (fig. 129), la culture a grandi; l’espace vide a plus que doublé; en regardant de côté, on a l'illusion d'une bulle d'air incluse dans la gelée, surmontant la mince cullure blanche qui s’est développée dans le canal de la piqûre. La liquéfaction s'étend les jours suivants; vers le sixième ou seplième jour, elle a atteint les parois du tube ; les caractères des premiers jours se sont effacés. Les Bactéries fluidifient peu à peu toute la partie supérieure du tube; sur la gélatine restée solide,on trouve une couche blanchâtre plus ou moins épaisse, renfermantun grand nombre de Bactéries. Le liquide trouble qui surmonte en renferme bien moins*elles sont plus abondantes à la surface, qui peut se recouvrir d’une mince pellicule grisâtre. La rapidité de la liquéfaction dépend de la vitalité de la eul-
Le)
Fig. 127. — Colonie de Spirille de Finckler et Prior sur plaques de gélatine après 24 heures. A droite se trouve une colonie de Spirille du choléra de même àge, beaucoup plus petite. 40/1 (d'après Van Ermenghem).
(1) Frisoricn, Vergleichende Untersuchungen über den Vibrio choleræ asiaticæ mit besonderer Berücksichtigung der diagnostischen Merkmale derselben (Arb. aus dem. kaïserl. Gesunulkeilsamle, VIIT, 1892, p. 87).
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ture, de la puissance nutritive du milieu el surtout de la température ; à les cultures entretenues depuis longtemps dans les laboratoires liqué- 5 fient moins vite que le microbe retiré fraichement de selles cholériques. Ê À 16°, la liquéfaction se ralentit beaucoup, puis s'arrête. L'aspect de
Fig.128. — Culture Fig. 129.— Culture Fig. 130. — Cul- Fig. 131. — Culsur gélatine, en du Spirillum ture du Spiril- ture du Spirilpiqûre, du Spiril- choleræ après lum choleræ lum Fincklert lum choleræ quatre jours, à après six jours, âgée de deux après deux jours 220, à 220. jours, à 220.
celte cullure est assez spécial, bien qu'un cerlain nombre d'espèces offrent quelque chose d’analogue; il semble que ces Bactéries déterminent une certaine évaporation de l’eau du milieu, qui occasionne l'excavation de la partie supérieure de la culture.
| CULTURES SUR GÉLOSE. — Sur gélose, à 37°, on observe, en quelques Jours, une couche blanchâtre, assez transparente au début, puis épaisse, devenant un peu brune à la longue. Les colonies isolées, à la surface,
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sont de petits disques aplatis, d’abord transparents et un peu bleutés, devenant tardivement plus opaques. Les vieilles cultures montrent un grand nombre de formes d’involulion. Ces cultures sur gélose restent vivantes très longtemps. La gélose employée doit êlre à réaction nettement alcaline. On obtient une alcalinité convenable en ajoutant, à 100centimètres cubes de gélose neutre au tournesol, 3 centimètres cubes d'une solution de carbonate de soude à 10 p. 100.
Milieu de Dieudonné.— Dieudonné (1) a indiqué une gélose spéciale, alcaline et additionnée de sang debœuf, très favorable au développement des Vibrions cholériques et beaucoup moins propice à la végétation d'autres espèces, particulièrement de celles qui peuvent souvent se rencontrer dans les matières fécales. 11 suit de là qu'il y aurait grand avantage à l’'employer pour isoler le Vibrion cholérique dans dés - mélanges, à cause de la rapidité et de l'abondance très grandes de son développement, ce qui permet de le distinguer plus vie.
Cetle gélose de Dieudonné se prépare de la façon suivante: On mélange parties égales de sang de bœuf défibriné et de solution normale de potasse; on obtient un liquide couleur de carmin que l'on stérilise à l’autoclave. On ajoute 3 parties de ce liquide à 7 parties de gélose peptonisée ordinaire neutre et on coule en-boîtes de Petri pour l usage. Cette gélose a, finalement, une alcalinité correspondant à environ 0,6 p. 100 de polasse.
Les plaques ne doivent pas être ulilisées aussitôt après leur préparation. Elles doivent être maintenues de vingt-quatre heures à quelques jours à l’étuve à 37°, découvertes et retournées, ou chauffées pendant cinq minutes à 60°; on peut aussi les laisser découvertes et retournées pendant quarante-huit heures à la température ordinaire. Ils’opère ainsiune légère dessiccation de la surface et une petite diminution d’alcalinité par suite d'évaporation d’ammoniaque formée, ou plutôt par suite d'une légère neutralisation par l'acide carbonique de l'air, qui rendent le milieu plus propice. Une fois mises en état, les plaques doivent être utilisées dans un délai qui ne dépasse pas cinq ou six jours. Sur ce milieu, les Vibrions cholériques donnent de petites colonies semi-transparentes, un peu grisàlres, peu caractéristiques. Elles peuvent être déjà visibles en six à huit heures à 37°.
Neufeld et Worthe (2) disent que l’on peut obtenir un milieu utilisable immédiatement, en ajoutant à 10 centimètres cubes du mélange gélose et sang polassé 0%,2 d’une solution d'acide lactique à 10 p. 100. Mais le milieu ne se conserverait pas plus de vingt-quatre à quarantehuit uns
Pilon (3) préconise la substitulion à la potasse d'une solution de carbonate de soude à 11,4 p. 100; le milieu obtenu aurait le grand avantage de pouvoir être employé de suite. ;
Milieu de Crendiropoulo et M%° Panayolatou. — Ces expérimentateurs (4) donnent la préférence à une gélose de préparation plus simple,
(1) Dreunoxxé, Blutalkaliagar, ein Elektivnährboden für Choleravibrionen (Centralbl. für Bakt., 1t® Abth., Orig., L, 1909, p. 107).
(2) Nevrern et Worrae, Ueber elektive Choleranährboden, inbesondere der Dieudonné-Agar (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXXIL, 1910).
(3) Picox, Over de bacteriologische Cholera-diagnose. Thèse d'Amsterdam, 1911.
(4) Crenvirorouro et Mme Paxavorarou, Sur un nouveau milieu pour le diagnostic du choléra (Centralbl. für Bakt., te Abth., Orig., LV, 1910, p. 248).
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te de la facon suivante: On dissout 5 grammes de peptone Wilte ou Chapoteaut dans 190 centimètres cubes d’eau ; on y ajoute 10 centimètres cubes d'une solulion de soude caustique à 10 p. 100 et on chauffe pendant trois à cinq minutes.
Après refroidissement, on filtre sur papier et on stérilise à 100° pendant une demi-heure. Avec la peptone Witte, il vaut mieux ne mettre que 8 centimètres cubes de solution de soude. Le degré d’alcalinité du liquide, après stérilisation, est alors compris entre 0: 28 p. 100 et 0,4 p. 100, calculé en soude.
Au moment de.l’usage, on mélange 4 parties de cette solution de peptone alcaline à 6 parties de gélose peptonisée ordinaire neutre, stérilisée d'avance, et on coule en boîtes de Petri. Cette gélose peut être employée de suite ; certaines espèces, le Bacille pyocyanique principalement, y pousseraient mal et tardivement. Les colonies du Spirille du choléra, sur ce milieu, sont arrondies, demi-transparentes et bleuâtres au début, devenant un peu opaques plus tard. Ce milieu donnerait de bons résultats pendant un mois environ.
De tels milieux, certainement électifs, donnent particulièrement de bons résultats pour la recherche des Vibrions cholériques dans les selles; d’autres délails seront donnés à ce propos (p. 648).
CULTURES suR sÉRuM. — Le sérum coagulé est liquéfié et donne un liquide épais et visqueux qui fourmille de Spirilles.
CULTURES SUR POMME DE TERRE. — Il se forme, sur pomme de terre ordinaire, à réaction un peu acide, vers 37° seulement, une mince couche brunâtre, café au lait ou plus jaune, rappelant un peu la culture du Bacille de la morve; parfois il ne se produit rien. Sur pomme de terre légèrement alcalinisée avec la soude, la culture se fait facilement à partir de 20°; elle est plus abondante et plus jaunâtre ou même brunâtre (1).
CULTURES DANS LE BOUILLON ET LIQUIDES SIMILAIRES. — Le bouillon se trouble rapidement, en moins de quarante- huit heures à 22° et en moins d’un jour à 37°;il se recouvre, en trois à cinq jours, d'une pellicule mince, fragile, d’un blanc sale, et abandonne un dépôt floconneux assez épais.
Les simples solulions de peptones, additionnées d’un peu de sel, sontde très bons milieux pour le Spirille du choléra, comme Dunham l’a remarqué le premier (2). Koch recommande l’eau peplonée à 1 p. 100, avec 0,5 p. 100 de sel ; Metschnikoff trouve encore préférable le milieu suivant, Connu sous le nom de gélopepltosel :
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Ces solutions doivent être amenées à un léger degré d’alcalinité avec la soude. Le microbe s’y développe très rapidement à 37°; après cinq à six heures, on aperçoit le plus souvent un trouble encore limité à la parle supérieure du tube où les Vibrions s'accumulent pour avoir le
(1) KrexHars, Zur Kenntniss der Wachsthums der Kommabacillen auf Kartoffeln {Centralbl. für Bakt., XIII, 1893, p. 33).
(2} Duxxau, Zur éhemischen Reaction der Cholerabacterien (Zeitse hr. für Hygiene, Il, 1887, p. 337).
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contactimmédiat de l'air; un peu après, toul le liquide est devenu trouble et plus lard il se forme, à la partie supérieure, une sorte de voile, une pellicule semblable à celle du bouillon. Sanarelli donne comme très avantageuse l'addition d'une petite quantité de nitrate de potasse, 05,10 p.100.
Le développement des Vibrions cholériques est très rapide dans ces solutions, à 370. Déjà au bout de cinq à six heures, on peut percevoir un trouble net, au moins dans la partie supérieure ; on peut constater la présence des Vibrions très mobiles, et obtenir d’abondantes cultures sur géloses diverses après ensemencement.
Le liquide d'Ouchinsky (ZX, p. 227) paraïîl aussi très propice.
D’après G. Roux (de Lyon) (1), le bouillon de touraillon, si favorable à beaucoup de microbes, serait nuisible au Spirille du choléra, qui y disparaîtrait peu de temps après l’ensemencement.
CULTURES DANS LE LAIT, — Ce microbe pullule abondamment dans le lait, sans modifier sensiblement l'aspect du milieu, d'après Koch; d’après d’autres observateurs, une coagulation pourrait s’observer dans certains cas, surtout avec des cultures provenant d’un isolement récent, et ne s’observerait plus avec des cultures entretenues depuis quelque temps. Il est des types qui coagulent toujours le lait, et cela même rapidement.
CULTURES DANS LA BILE. — D'après Ottolenghi @), la bile serait un très bon milieu de culture pour les Vibrions cholériques. Il mélange, à de la bile de bœuf, 3 p. 100 d’une solution au dixième de carbonate de soude cristallisé el stérilisé à l’'autoclave. Les Vibrions cholériques se développent dans ce liquide en moins de six heures parfois, à 37°, alors que beaucoup d’autres espèces qui peuvent se trouver avec eux ne se développent pas ou très tardivement. Comme la solution de peptones salée, c'est un milieu qui peut servir pour l’enrichissement et la séparation, comme il sera dit surtout à propos de la recherche des Vibrions dans les selles (p. 648).
PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES
Vitalité. Le Sprille du choléra est surtout aérobie, mais peut aussi vivre en raie. comme l'a démontré Hüppe; dans ce dernier cas, le développement est très lent el toujours minime.
Les cullures perdent assez vite leur fertilité ; il s'y produit tôt des formes d’involution, indiquant que le microbe souffre. Celles sur gélose conservent pluslongtemps leur vitalité; on peut les réensemencer avec succès après Cinq ou six mois, même quelquefois après plusieurs années, d'après Koch.
La chaleur le tue facilement; une température de 60° maintenue pendant dix minutes le fait périr, de même une de 56° après un lemps un peu plus long. C'est ce qui prouve bien que les arthrospores décrites par Hüppe n’ont pas la valeur qu'il leur attribue.
Le froid ne paraît guère avoir qu'une action empêchante sur la végélation. Le microbe résiste aux températures d'hiver de nos climats ;
(1) G. Rovx, Action microbicide du bouillon de touraillon sur le Bacille du choléra asiatique (Sem. méd., 1890, n° 81).
(2) OrrocexGnr, Di un nuovo methodo par l’isolamento del vibrione colerigeno dalle feci (/qiene med., 1910, n° 11).
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d’après certains auteurs, cependant, beaucoup de cellules seraient tuées.
La dessiccation le tue rapidement, en deux ou trois heures en couches très minces, en vingt-quatre heures en couches épaisses. Toutefois, Kitasato dit l'avoir vu vivre jusqu'à trente-huit jours sur des fils de soie. Guyon (1) a vu le microbe résister jusqu'à cent vingt jours à la dessiccation sur lamelles de verre,faite dans l’exsiccateur.
Cette espèce présente en général une vitalilé très faible. Les éléments sont morts après une demi-heure de dessiccation à la température ordinaire; dans les liquides, une chaleur de 50°-55° leur est toujours fatale. De très faibles proportions d’acides minéraux arrêtent ou empêchent le développement ; une goutte où deux de solution d'acide chlorhydrique à 1 p. 100 suffisent pour arriver au résullal. Les acides organiques sont bien moins actifs. Des quantités minimes d'antiseptiques entravent toute croissance ; il suffit d'ajouter aux bouillons de culture, entre autres substances, pour ne pas les voir être fertiles, 1 p. 100 000 de sublimé, 1 p. 5000 de sulfate de quinine, 1 p 2500 de sulfate de cuivre, 1 p. 400 d'acide phénique.
Le suc gastrique, d'acidité convenable, tue rapidement le microbe cholérique. Avec une acidité de 0,03 p. 100, la mort est à peu près constante après une quinzaine de minutes de contact. L’addilion de pepsine aux solutions acides hâte et exalle les effets nocifs : la mort survient avec une proportion plus faible d'acide, 0,019 p. 100 (2). D'après Straus et Wurtz(3), cependant, il pourrait résister pendant deux heures à l’action du sue gastrique; Stern (4) l’a vu résister pendant une heure environ au suc gastrique normal, pendant très longtemps au sue riche en mucus, très peu de temps au suc gastrique hyperacide.
Les Bactéries saprophytes peuvent le faire disparaitre rapidement; c’est une question qui sera étudiée plus loin.
Virulence. — La virulence de l'espèce est nettement élablie aujourd'hui ; elle sera étudiée à propos de l’inoculation expérimentale. Elle paraît due à la production par le microbe de substances toxiques. Elle s'atténue avec l'âge, les cultures dans les milieux divers; elle peut, ‘par contre, s'exalter par des séries de passages dans des organismes réceplifs. Il est cependant des Vibrions cholériques que des réactions autres, en particulier la réaction de Pfeiffer et la réaction d'agglutination, doivent faire tenir pour vrais, qui sont totalement dépourvus de virulence ou n’en possèdent qu'une très faible. C’est donc un caractère contingent, qui ne peut pas conserver la valeur qu'on lui a longtemps attribuée.
Produits formés dans les cultures. — Les cultures ont d'ordinaire une réaction franchement alcaline. ù
Elles développent souvent une odeur fade, désagréable, tantôt un peu
(1) Guxox, Influence de la dessiccation surle Bacille du choléra (Arch. de med. expér. IV, 1892, p. 82).
(2) Kasnnez, Ueber Einwirkung künstlichen Magensaftes auf pathogene Mikroorganismen (Arch. für Hygiene, X, 1890). — Scaurrz, Zur Kenntniss der Einwirkung des menschlichen Magensekrets auf Choleravibrionen (Centralbl. für Bakt., XXX, 1901,. p: 785).
(3) Srraus et WurrTz, Arch. de méd. expér., 1889, p. 382.
(4) STERN, Ueber der Verhalten der Choleravibrionen dem menschlichen Magenin-
halt gegenüber (Centralbl. für Bakt., 1 Abth., Oriy., XLVIL, 1908, p. 561).
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éthérée, tantôt rappelant l'odeur de souris comme les cultures sur plaques de gélatine.
Aux dépens des sucres, il se produil un peu d'acide lactique.
C’est un microbe dénitrificateur énergique, transformant rapidement les nitrates en nitrites.
Dans les bouillons peptonisés, on constate facilement la production d'hydrogène sulfuré, celle d'indol, de tyrosine, de diverses bases ammoniacales.
L'attaque des matières albuminoïdes est donc assez marquée. Elle se fait au moyen de diastases encore peu connues. D’après Mayrojannis (1), la liquéfaclion de la gélatine se ferait par une gélaltinase qui n'irait que jusqu'à la formation de gélatose, encore solidifiable par le formol; tandis que d’autres Vibrions voisins, le Spirille de Finckler et le Spirille de Metschniko/ff, produiraient des gélalinases plus actives, poussant la modification jusqu’à la peptonisation complète, le liquide ne se solidifiant pas par l’action, mème prolongée, du formol.
Indol. — Aux dépens des matières albuminoïdes, surtout des pepones, on observe une abondante production d'indol. La réaction ordinaire de l'indol s'observe d’une façon très nette. Mais il y a plus ici: la coloralion rouge caractéristique s’observe d'ordinaire sans addition de nitrites au produit à examiner, parce que le Spirille du choléra, réduisant les nitrates dont on trouve toujours des traces dans les peptones, forme une petite quantité de nitrites. L’addition d'une petite quantité d'acide, pur de produits nitreux, suffit, en mettant de l'acide azoteux en liberté, à produire la réaction dite de l’indol nitreux ou du rouge de choléra (Cholera-Roth). La réaction est surtout concluante lorsqu'on l’obtient avec l'acide chlorhydrique pur ou de l'acide oxalique pur, que l’on peut avoir absolument exempts de produits nitreux; l’acide sulfurique la produit aussi très bien, mais il est plus chanceux de pouvoir s’en procurer d’absolument privé de produits nitreux.
En ajoutant au liquide à examiner quelques gouttes d'acide chlorhydrique ou d'acide sulfurique purs, on observe rapidement une coloration rose un peu violacé, souvent intense, qui fonce pendant une demi-heure à une heure, persiste environ un jour, puis passe au brun (2).
La réaction s'obtient très vite et très intense avecles bouillons peptonisés ou les solutions salées de peptones. Elle peut souvent se constater cinq ou six heures après l’ensemencement, en tout cas dès que le liquide commence à se troubler; très nettement à partir de la douzième heure. On la rend plus forte en ajoutant au milieu une très petite quantité de nitrates, 1 p. 1000 de nitrate de soude ; mais, si l’on veut s’en servir comme caractère différentiel, 1F faut que le nitrate soit absolument pur de nitrite; encore, dans ce dernier cas, est-il préférable de prenäre le milieu ordinaire, sans aucune addition de nitrate. Ellen’est concluante que si l'on opère sur une cullure pure.
La réaction est moins nette avec les albumines de l'œuf ou du sang
(1) Mavrozaxxis, Sur un signe différentiel entre le Vibrion cholérique et certaines autres espèces vibrioniennes (l’action du formol sur leurs cultures sur gélatine) (Journ. de physiol., mars 1901).
(2) Bunswin, Eine chemische Reaction für die Cholerabacterien (Zeitschr, für Hygiene, IT, 1887, p,. 52).
SPIRILLUM CHOLERÆ. C0
qu'avec les solutions de peptones. On ne l'observe pas avec le lait; non plus dans les cultures anaérobies.
La réaction du rouge de choléra ne doit pas être considérée comme. un caractère d’une fixité absolue. Elle peut manquer à des Vibrions bien nettement caractérisés pourtant par les réactions d’immunité.
D’après des recherches de Zlatogoroff, portant sur 588. échantillons de Vibrions bien nettement reconnus cholériques par la réaction de Pfeiffer et l’agglutination, 55, soit 10 p. 100, ne donnaient pas la réaction du rouge de choléra, parmi ceux provenant de l'homme; parmi ceux provenant des eaux, la proportion de ces derniers s'élevait à 20 p. 100.
Cette réaction d’ailleurs n’est pas spéciale au Bacille virgule de Koch: quelques autres espèces très voisines, le Spirille de Finckler, entre autres, la présentent également. On peut la rencontrer, en somme, avec tous les microbes producteurs d'indol qui forment des nitrites aux dépens des nitrates. D’autres donnent bien aussi la même coloration, mais seulement avec des acides impurs, contenant des produits nitreux, ou après addition d’un peu de nitrites; c’est la réaction de l'indol ordinaire, 11 faut noter également la rapidité avec laquelle on obtient la réaction pour le Spirille du choléra.
Produils toxiques. — Le fait que le choléra typique se manifeste souvent avec les symptômes d'une intoxication véritable a fait depuis longtemps songer à l'existence d’un poison cholérique, élaborédans l'intestin par les microbes.
Les expériences démontrent d'une façon très évidente la présence de substances toxiques dans les cullures; mais la nature de ces produits est encore très peu connue (1).
Villiers (2) a retiré, du contenu intestinal, une substance alcaloïdique liquide, à odeur d’aubépine, déterminant chez le cobaye des troubles cardiaques très prononcés. Une dose de 6 milligrammes, injectée sous la peau, le fait périr en trois ou quatre jours, le cœur en diastole, plein de sang, les poumons offrant de nombreuses ecchymoses à la surface. Klebs (3) a extrait de cultures faites sur du poisson cuit une ptomaïne cristallisable qui détermine chez le lapin des crampes musculaires et occasionne rapidement une dégénérescence des cellules épithéliales des tubes urinifères. Pouchet (4) a obtenu des déjections cholériques une ptomaïne liquide s’oxydant très vite à l’air et à la lumière et se colorant en rose, puis en brun. Cette base est volatile; ses vapeurs déterminent des accidents d'intoxication assez intenses. Ceux que Pouchet a éprouvés lui-même consistaient en un refroidissement très marqué, des crampes douloureuses dans les membres, une anurie complète, symptômes propres au choléra.
Winter et Lesage (5) ont retiré des cultures dans le bouillon une substance toxique soluble dans l’éther qui l'abandonne par évaporation sous forme de gouttelettes huileuses. Elle est insoluble dans l’eau et les
(1) Voy. Vocrs, Die Cholera-Immunität(Centralbl. für Bakt., NIX, 1896, p. 325,395 et 444), Avec bonne bibliographie, p. 466.
(2) Vinuiers, Note sur la fonction et surle rôledes ptomaïnes dans le choléra (C. Re. de l'Acad. des sc., 12 janvier 1885). ; (3) Kzess, Die Biologie der Choleravibrionen (Allgem. Wien. med. Zeil., 1887).
(4) Poucuer, C. R. de l'Acad. des se., 17 novembre 1884.
() Wixrer et LesaGe, Contribution à l'étude du poison cholérique (Bull. méd., 1890, p. 328).
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liqueurs acides, soluble dans l’éther et les solutions alcalines. L'injection de petites doses de cette substance dans l'estomac du cobaye détermine l’algidité et la mort en vingt-quatre heures. On trouve à l’autopsie des lésions typiques du choléra. Ces mêmes auteurs auraient obtenu un produit identique de cultures de choléra infantile.
Petri (1), en cultivant le Spirille du choléra dans les solutions de peplones, obtient une toxine soluble, non altérable par lébullition, qu'il regarde comme une toxo-peptone. Gamaléia (2) croit que la substance toxique est contenue dans le corps même des microbes et se dissout dans le liquide par macération; le liquide de macération renfermerait deux poisons : l’un altérable par la chaleur, l’autre résistant au chauffage. Le premier existe déjà en quantités notables dans les cultures filtrées sur bougies Chamberland, mais s'obtient en proportions plus considérables par chauffage des cultures à 55°-60° rois jours de suite, pendant une heure chaque fois. Il provient des cadavres microbiens. Il est précipité par l’alcool, les acides, le sulfate de magnésie; il se dissout dans l’eau alcalinisée et se décompose facilement par la chaleur, est thermolabile. Les réactions correspondent à celles d'une nucléoalbumine. Le second poison, thermostabile, s'extrait des cadavres microbiens, en maintenant à 120° pendant une demi-heure des cultures en bouillon âgées de quinze jours. C’est peut-être un produit de décomposition du premier. Il est précipité par l'alcool, l'acide acétique, l'acétate de plomb; il est insoluble dans l’eau acidulée et soluble, au contraire, dans les solutions alcalines étendues. Il n’est pas détruit par un chauffage d'une demi-heure à 120°, mais très rapidement par l’ébullition avec les alcalis autres que le carbonate d'’ammoniaque. Ce serait une nucléine. Les effets physiologiques de ces corps seront exposés plus loin.
Pfeiffer (3) se rattache aussi à l’opinion de Gamaléia et croit que la substance toxique contenue dans le corps des microbes, véritable endotoxine cholérique, ne s’en échappe fines la mort et la destruction. Dans le même ordre d'idées, Sanarelli (4) obtient un produit très toxique en aidant à la désagrégation des Re microbiens par l'addition de soude caustique. Il se sert de cultures âgées d’un mois, faites dans la solution de 2 p. 100 peptone, 2 p. 100 gélatine, 1 p. 100 sel marin. Elles sont fortement alcalinisées avec de Thydrate sodique et évaporées lentement à basse température presque jusqu'à consistance sirupeuse. Au résidu, on ajoute 10 centimètres cubes de glycérine et on le maintient pendant quinze jours à la température de l’étuve. On ajoute de l’eau distillée pour ramener au quart du volume primitif, on neutralise exactement avec l'acide acétique et on stérilise à 120°.
L'action toxique des Vibrions cholériques paraît due à cette endotoxine, élément constitutif de leur protoplasme. Ce poison se transfor-
(1) Perri, Untersuchungen über die durch das Wachsthum der Cholerabakterien entstehenden chemischen Umsetzungen (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, VI, 1890, p. 374).
(2) GamaLÉra, Recherches expérimentales sur les poisons du choléra (Arch.de méd. expér., IV, 1892, p. 173).
(3) Preirrer, Studien zur Choleraätiologie (Zeitschr. für Hygiene, XVI, 1894, p. 268).
(4) Savarezur, Les Vibrions intestinaux et la pathogénie du choléra (Ann. de l'Inst. Pasteur, 1X, 1895, p. 129).
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merait, par l’action de l'alcool fort, de l’ébullition ou d'un chauffage prolongé à 60°, en un poison secondaire bien plus faible.
Récemment, Pfeiffer et Friedberger (1), reprenant la question avec le Vibrion d'El Tor, concluent à la production de deux poisons dont l’un est une véritable endotoxine cholérique, qui est surtout mise en liberté dans l'infection expérimentale du cobaye.
Ransom (2) ditisoler des bouillons filtrés une substance toxique douée des mêmes propriétés que les Vibrions vivants et sécrétée rapidement par eux dans le milieu.
Il s’est servi d'un Vibrion cholérique qui n’a pas été plus amplement caractérisé. La Loxine qu'il a obtenue tuait un cobaye de 250 grammes en vingt-quatre heures à la dose de un demi-centimètre cube, et en trois ou quatre heures à de fortes doses; elle n'occasionnait la mort du lapin qu'à la dose de 4 centimètres cubes et ne déterminait rien chez le pigeon et la souris blanche.
Pour Metschnikoff, Roux et Salimbeni (3), la toxine cholérique est bien produite pendant la vie des microbes et diffuse rapidement au dehors; les cultures en milieux liquides renferment réellement un poison soluble. Ils le démontrent par une expérience très simple : Dans un sac de collodion de 3 à 4 centimètres cubes de capacité et stérilisé, ils introduisent une solution de peptone à 2 p. 100 ensemencée avec une trace de Spirille du choléra très virulent, puis ferment hermétiquement. Dans un second sac semblable au premier, ils mettent du mème liquide dans lequel ont été délayées deux cultures entières du microbe sur gélose, après avoir tué les microbes au moyen des vapeurs de chloro-. forme. Les deux sacs sont introduits dans le péritoine de deux cobayes de même poids. Un troisième cobaye recoit un sac semblable, mais ne contenant que du bouillon stérile. Le cobaye témoin reste en bonne santé; celui qui a reçu le sac aux microbes morts ne montre qu'une légère hyperthermie et un peu d’amaigrissement. Celui qui a reçu le sac ensemencé avec les microbes vivants a de la fièvre après vingtquatre heures, puis de l’hypothermie après deux ou trois jours, et succombe, du troisième au cinquième jour, avec tous les signes de l’empoisonnement cholérique. On n'y trouve nulle part des Spirilles cholériques vivants; ils fourmillent, très agiles, dans le contenu très trouble du sac. Les accidents ne peuvent être dus qu'à un poison soluble, produit par les microbes, qui a diffusé à travers les parois du sac: Ils obliennent ce poison soluble en ensemencçant un microbe à virulence exaltée dans la solution de peptone à 2 p. 100, ou mieux le bouillon Martin, additionnés de 2 p. 100 de gélatine, de 1 p. 100 de sel marin et de sérum de cheval en proportions déterminées, vers 10 p. 100. Le milieu est laissé quelques heures à l’éluve, jusqu'à ce que la culture soit bien en train, puis réparti dans des boîtes de Petri stérilisées. Après douze heures, le liquide est très trouble et montre un voile épais à la surface. Au bout de vingt-quatre heures, les cultures filtrées
(1) Prerrrer et FriengerGcer, Zur Frage der Endotoxine und der Antiendotoxine bei Cholera und Typhus (Centralbl, für Bakt., {te Abth., Orig., XLVII, 1908, p. 98).
(2) Raxsom, Choleragift und Choleraantitoxine (Deutsche med, Wochenschr., 18 juillet 1895).
(3) Merscamxorr, Roux et Sazimgexi, Toxine et antitoxine cholériques (Ann. de l'Inst. Pasteur, X, 1896, D207):
603 BACTÉRIACÉES.
sont manifestement toxiques. La toxicité augmente et atteint son maximum du troisième au quatrième jour; elle diminue ensuite à mesure que les cultures deviennent très alcalines et odorantes. On s'oppose à l'évaporation du liquide en plaçant les boîtes dans une enceinte humide. En employant comme milieu de culture du bouillon où ont vécu, pendant une huilaine de jours, certains microbes reconnus comme favorisant le développement du Bacille virgule par Metschnikoff, en particulier une T'orula qu'il a isolée de l'estomac humain, non toxiques par eux-mêmes. pour le cobaye, on obtient encore une toxine plus active.
La toxine préparée par les derniers auteurs n’est pas sensiblement modifiée par la température de l’ébullition; elle perd beaucoup de son activité au contact de l’air. La substance toxique, très soluble dans l'eau, est précipitée par le sulfate d'’ammoniaque et l'alcool fort. Elle se conserve assez longtemps dans les tubes remplis, scellés à la lampe et placés à l'obscurité. Les effets physiologiques seront étudiés plus loin. D’après son mode d'obtention, on voit qu'elle doit différer des produits oblenus par Gamaléia, Pfeiffer, Sanarelli, et représenter plus vraisemblablement le poison cholérique véritable qui, vu ses réactions, appartiendrait au groupe des toxalbumines.
D'après Wesbrook (1), au contraire, le produit albuminoïde obtenu serait un mélange de la substance loxique vraie et de diverses matières protéiques du milieu employé; ce qui paraît le démontrer, c'est que la substance toxique oblenue par la culture dans des milieux privés de matières protéiques, comme le liquide d'Ouchinsky, ne donne aucune des réactions qui permeltraient de la classer dans les albumoses, peptones, globulines ou alcaloïdes.
Kraus(2), en 1903, étudiantle Vibrion Nastk, isolé aux Indes, à Nasik, par Simond, d'un cas de choléra typique, constate qu'il forme, dans les bouillons, un poison soluble à effels rapides, très actif pour le lapin en injection intraveineuse, très actif pour le cobaye, le chien, le pigeon, la souris, détruit par une température de 58°. Mais ce Vibrion ne serait pas à considérer comme un Vibrion cholérique vrai parce qu'il n'est pas agglutiné par le sérum anticholérique et que son immunsérum n’agglutine pas les Vibrions cholériques authentiques (p. 644).
En 1905, Kraus et Pribram (3), expérimentant avec les six types de Vibrions d'El Tor, isolés par Gotschlich d’affections tout autres que le choléra (p. 64), montrant nettement la réaction d'agglutination et le phénomène de Pfeiffer, constatent qu’ils produisent un poison soluble à action rapide, comme le Vibrion Nasik. Plus tard, Kraus (4) a pu constater la formation de poisons solubles par des Vibrions cholériques authentiques.
Brau et Denier (5), avec un Vibrion isolé à Saïgon d’un cas de choléra
(1) Wes8rook, Contribution à l'étude des toxines du choléra (Ann. de l’Inst. Pasteur, VIII, 1894, p.318).
(2) Kraus, Ueber ein akut wirkendes Bakterientoxine (Centralbl. für Bakt.,1te Abth., Orig., XXXIV, 1903, p. 487).
(3) Kraus et Prisram, Zur Frage der Toxinbildung des Choleravibrio (Wiener klin. Wochenschr., 1905, n° 39).
(4) Kraus, Das Toxin des Choleravibrio. Handbuch der Technik und Methodik der Immunitatsforschung von Kraus et Levaditi, 1, p. 180.
(5) Bravu et Dexier, Recherches sur la toxine et l’antitoxine cholériques (Ann. de l'Inst. Pasteur, XX, 1906, p. 578).
SPIRILLUM CHOLERÆ. 609
caractéristique, produisant l'agglutination et la réaction de Pfeiffer, constatent la formation d’un poison soluble. Pour eux, cette production de toxine se fait surtout dans les milieux albumineux, comme l'avaient déjà signalé Metschnikoff, Roux et Salimbeni, au mieux dans un mélange de 90 centimètres cubes de sérum normal de cheval et 10 centimètres cubes de sang défibriné, les deux devant être âgés de trois semaines environ, les sérums frais donnant de mauvais résultats. Ce milieu est chauffé pendant trois heures à 60°; 1l prend l'aspect d'une gelée brun foncé. Il doit être employé en couche mince et en large surface pour favoriser l’aération; dans le même but, il est bon d’agiter quotidiennement. Il est bon d'ensemencer très largement avec au moins le produit de deux tubes de culture sur gélose de vingt-quatre heures. En vingt-quatre heures, le Vibrion a formé à la surface une pellicule grisâtre; en trente-six heures, le milieu s’est séparé en deux parties, une couche profonde comprenant tous les éléments solides, et un sérum recouvert d'une sorte de voile plus ou moins épais. Dès le troisième jour, on a un liquide homogène, uniformément brun. Au septième jour, les cultures présentent leur maximum de toxicité; on filtre sur papier, puis sur bougie. On obtient un liquide brun-acajou, à réaction alcaline. |
Un tel filtrat est toxique dès le quatrième jour. Après le septième jour, la toxicité diminue progressivement.
Les cultures ne présentent très Lôt que de rares éléments mobiles, plus du tout à partir du quatrième jour, en raison de l’agglutination que produit le sérum normal de cheval.
Le développement du poison paraît en rapport avec la macération des microbes. L'action physiologique est rapide, sans incubation ; elle sera étudiée plus loin (p. 617). Il ne paraît pas qu'on puisse faire une distinction entre la toxine contenue dans les corps microbiens et celle qui diffuse dans le milieu de culture.
Le principe actif est soluble dans l’eau, précipitable de ses solutions par l'alcool fort et le sulfate d’ammoniaque en excès ; 1l dialyse à travers les membranes de collodion. L'air et la lumière n’ont qu'une faible action sur lui. Il paraît assez bien résister à la chaleur. Une température de 100° modifie peu son activité sur le cobaye; pour voir disparaître ses propriétés toxiques à l'égard de cet animal, il faut un chauffage de vingt minutes à 120°. En se servant du lapin, les résultats varient, et à
tel point qu'il peut paraître possible d'admettre, avec Gamaléia (p. 606),
l'existence de deux poisons, un thermolabile, l’autre thermostabile.
Les dernières recherches de Salimbeni(1) démontrent aussi nettement la formation de produits toxiques solubles. Il se sert d'un milieu assez semblable à celui dont il avait usé précédemment (p. 607). Il prend du bouillon Martin additionné de 2 p. 100 de gélatine et de 1 p. 100 de sel auquelil ajoute, après neutralisation au tournesol, 12 centimètres cubes de solution normale de soude, déterminant une alcalinité optimum; au moment de l'usage, il ajoute 25 p. 100 de sérum de cheval, répartit le mélange dans des boîtes stérilisées par 50 centimètres cubes, chauffe pendant trois heures à 60° et ensemence très largement avec des cul-
(1) Saumeenr, Nouvelles recherches sur la toxine et l’antitoxine cholériques (Ann. de l’Inst. Pasteur, XXII, 1908, p. 172),
Macé. — Bactériologie, 6° édit. II. — 39
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tures sur gélose de seize à dix-huit heures d'un Vibrion cholérique bien toxigène, ayant montré nettement la réaction d’agglulination et le phénomène de Pfeiffer.
Le pouvoir toxigène des Vibrions cholériques n'est pas en rapport direct avec leur virulence. Des Vibrions à virulence très exaltée par une série d’inoculations en passages dans le périloine de cobayes peuvent n'avoir qu'un pouvoir toxigène très faible. On peut le renforcer très vite en cultivant le microbe en sacs de collodion introduits dans la cavité péritonéale de cobayes. Avec les Vibrions provenant directement des déjections cholériques n'ayant jamais passé par l'animal, ce qui diminue rapidement le pouvoir toxigène, comme l'ont montré Brau et Denier, il est inutile de recourir au renforcement, leur pouvoir toxigène est à son maximum, variable cependant dans son intensité et loin d'être toujours en rapport avec la gravité de l'affection. Pour ces derniers, il faut donc faire un choix basé sur des expériences d'essai; le meilleur moyen de conserver longtemps le pouvoir toxigène d’un Vibrion est de l'entretenir par de rares passages sur gélose peplonisée, à la température de la chambre.
Sur le milieu composé comme il vient d’être dit, la culture donne assez régulièrement, au bout de sept jours d'étuve à 38°, une toxine qui tue un cobaye de 200 grammes à la dose de deux tiers de centimètre cube. Avec le milieu de Brau et Denier (p.609), on obtient des résultats très semblables, peut-être plus constants. Leseffets obtenus chez l'animal sont identiques.
Mac Fadyen (1) obtient une sorte de solution de suc cellulaire, riche en endotoxine. Il lave à l’eau, au centrifugeur, du produit de cultures sur gélose de dix-huit heures et sépare les microbes humides qu'il soumet au froid de l'air liquide, environ — 200°; il traite ensuite par 10 fois son poids de lessive de potasse à 1 jf. 1000. Par centrifugation du mélange, il sépare la couche limpide supérieure, qui est soutirée et exposée aux vapeurs de chloroforme. C'est un vérilable extrait bacillaire au dixième, contenant 10 milligrammes de matière solide par centimètre cube. Ce liquide est très toxique. 11 tue le cobaye à la dose de 1/10 ou 1/20 de centimètre cube en injection intrapéritonéale, le lapin aux mêmes doses en injection intraveineuse; la chèvre peut périr avec un dixième de centimètre cube, être malade avec un centième.
Les corps des Vibrions cholériques, tués par chauffage d'une heure à 65° ou par le chloroforme, sont nettement toxiques.
On obtient la mort d'un cobaye de 250 grammes, en lui inoculant dans le péritoine 8 ou 10 milligrammes de microbes humides provenant d’une culture sur gélose de dix-huit heures, ainsi lués.
L'action est due à la présence de l’endoloxæine signalée par Pfeiffer que l’on peut aussi obtenir par simple macération des corps microbiens dans l’eau, comme l’a montré Strong (2).
Quels sont les rapports qui existent entre la toxine soluble et l’endotoxine ? Il est encore difficile de se prononcer. D’après Pfeiffer, la première ne serait qu'une simple modification de la seconde; Brau et Denier les considèrent comme identiques.
(1) Mac Fanyex, Ueber ein Anticholeraserum(Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig.,
XLII, 1906, p. 365).
(2) Srroxc, Protective inoculation against asiatic cholera. Manille, 1904.
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J1 faudrait encore s’assurer si la toxine sécrétée dans les milieux de cultures est la même que celle produite par le Vibrion dans l'intestin des cholériques, déterminant des accidents d'intoxication souvent graves, parfois foudroyants.
Si la question de formation de produits toxiques par le Spirille du choléra est à résoudre par l’affirmative, les conditions de production et la nature de ces produits toxiques demandent encore de nouvelles recherches pour être élucidées.
Hémolysine. — A côté des produits toxiques proprement dits, le Spirille du choléra peut sécréter d’autres substances actives. Gaffky (1) a signalé en 1887, comme une propriété du Vibrion cholérique, celle de dissoudre les globules rouges, de produire l'hémolyse, résultant de la production d’une hémolysine sortant des corps microbiens et diffusant dans le milieu.
Pour apprécier le pouvoir hémolytique, on se sert de gélose additionnée vers 40° de un demi ou 1 centimètre cube pour 20 de sang défibriné, de préférence de mouton; on coule en plaques et ensemence en surface de facon à obtenir des colonies séparées. Après vingt-quatre heures à 37°, si le Vibrion est hémolylique, on voitles colonies entourées d’une auréole claire plus ou moins étendue, se distinguant nettement sur le fond rouge de la plaque. On peut aussi se servir de suspensions de globules rouges de mouton dans la solution physiologique; le liquide se colore en rouge quand l'hémolyse se produit; il reste incolore, les globules sédimentés, dansle cas contraire. L'hémolyse peut être observée après vingt-quatre heures à 37°; le résultat est alors sûrement posilif. Elle peut ne se produire qu'après plusieurs jours; on peut craindre alors que la production d’ammoniaque dans la culture n’intervienne, le résultat est moins sûr.
La production d'hémolyse est loin d'être constante chez les Vibrions cholériques. Si l'on s'en tient aux constatations faites après vingt-quatre heures, c'est plutôt l'exception pour les Vibrions bien caractérisés par l'agglulinalion et le phénomène de Pfeiffer. Des types aberrants, les Vibrions d'El Tor par exemple, la possèdent bien plus régulièrement. En prolongeant la durée d'observation jusqu’au quatrième ou au sixième jour, la proportion des Vibrions agglutinables qui la déterminent devient assez élevée (2).
INOCULATION EXPÉRIMENTALE
Inoculation des cultures. — Inoculalion par ingeslion. — Les animaux d'expérience, même les singes de toutes sortes, se montrent réfractaires à l'infection cholérique expérimentale opérée d’une façon simple et naturelle par la voie intestinale, qui est celle par où doit se faire l'infection humaine. Il a fallu recourir à des méthodes spéciales pour y parvenir, ou s'adresser à des lapins nouveau-nés, comme l’a fail Metschnikoff, ou au Spermophile, qui peut être particulièrement sensible, comme l’a montré Zabolotny.
(1) Garrky, Bericht überdie Thätigkeit der zur Erforschung der Cholera nach Egypten
und Indien entsandten Commission(Arb,aus dem kaiserl. Gesundheilsamte, II, 1887), (2) Barrruceix, Arb. aus dem kaiserl. Gesundheitsamte, XXXVI, 1911, p. 446.
612 BACTÉRIACÉES.
Nicati et Rietsch (1) auraient réussi en faisant pénétrer dans l'intestin de cobayes des déjections cholériques et des cultures pures. L'ingestion de doses moyennes par voie stomacale ne donnant aucun résultat à cause de l’action nuisible du suc gastrique sur les microbes peu résistants, ils ont imaginé de porter le produit virulent directement dans l'intestin, en l’injectant dans le duodénum à l’aide d’une seringue munie de trocart capillaire. L'irritation de l'intestin, causée par l'opération, doit en outre jouer le rôle d’un adjuvant et créer une véritable prédisposition. Koch (2) a obtenu des résultats positifs en injectant d’abord dans l'estomac une solution de carbonate de soude et la culture pure, puis dans le péritoine une petite quantité de teinture d’opium. Pour lui, le carbonate alcalin servait à neutraliser le suc gastrique; la teinture d'opium paralysait l'intestin et permettait au produit virulent de séjourner dans sa cavité et d’y croître. Doyen (3) pense que la teinture d'opium agit surtout par son alcool, car l'alcool ingéré seul dans l'estomac est tout aussi actif. Il faut user d'une dose d'alcool! suffisante pour provoquer l'ivresse ; de 1,6 à 1°€,8 d’alcool à 40° par 100 grammes du poids de l'animal suffisent d'ordinaire. L'alcool agit peut-être parce qu'il rend la sécrétion intestinale alcaline ou parce qu'il fait tomber la température à 37°; à 40°, en effet, le Bacille virqule ne se développe que péniblement.
Dans ces conditions, les symptômes du choléra expérimental se déroulent chez le cobaye de la façon suivante : L'injection d'alcool dans l'estomac ou le périloine fait tomber l'animal dans une torpeur qui dure une heure ou deux. A son réveil, il est abattu; la température rectale, de 39°,5 à 40°, son degré normal, tombe à 34. Le poilest sec, hérissé ; la température peut encore baisser à 32°. La mort arrive parfois très vite, au bout de quatre à cinq heures; elle survient la plupart du temps avant vingt-quatre heures, quelquefois seulement au bout de deux, trois ou quatre jours. Les animaux ont le ventre gonflé, très sensible: ils sont pris d'une diarrhée jaunâtre, devenant presque incolore, visqueuse, tenant de nombreux grumeaux en suspension. La maigreur peut être considérable et l’affaiblissement extrème, si cet état dure quelques jours. L'animal meurt dans l’algidité et le coma.
A l’autopsie, l'estomac contient un mucus clair; l'intestin grêle contient un liquide crémeux, visqueux, très adhérent à la muqueuse; le gros intestin est souvent gonflé par les matières diarrhéiques. L'estomac montre parfois des Spirilles caractéristiques; ils sont très abondants dans le liquide crémeux de l'intestin grêle, surtout dans les cas foudroyants. L’intestin présente les lésions du choléra chez l'homme. Son revêtement épithélialet une partie de la couche sous-jacente ont disparu ; les éléments déformés se retrouvent dans l’enduit crémeux. Les Spirilles et d’autres Bactéries de l'intestin ont alors pu pénétrer dans les villosités, le long des glandes en tubes et même dans la couche sous-muqueuse. Le liquide péritonéal n’en contient que s’il existe une perforation intestinale. Chez les femelles pleines, le microbe peut traverser le placenta et infecter les fœtus; on le retrouve dans le contenu de l'intestin et le sang du cœur des produits.
(1) Nicarr et Rrerscu, Loc. cil., p. 592.
(2) Kocu, Loc: cit., p. 591.
(3) Doyen, Loc. cit., p. 592.
SPIRILLUM CHOLERZÆ. 613
Zabolotny(1) a remarqué que le Spermophile (Spermophilus guttatus), petit rongeur de la Russie méridionale, avail une aptitude toute spéciale à contracter l'infection cholérique expérimentale par la voie digestive.
En mêlant à la nourriture quelques gouttes de cultures actives de Bacille virgule, la moitié des animaux périt d'infection cholérique; la mortalité est plus élevée en ajoutant en même temps aux aliments un peu de solution de soude. L'animal devient paresseux, se roule en boule, présente un peu d’hypothermie, mais ne frissonne pas et ne cherche pas à boire. Puis, il survient souvent des crampes et de la diarrhée; la température baisse, 35° ou 32°; il se produit de la cyanose du nez et de la langue ; l'animal meurt.
A l’autopsie, tout l'inteslin est fortement injecté; on trouve aussi parfois une péritonite hémorragique, mais plus rarement que dans le cas d'infection intrapéritonéale. L’intestin, très distendu, renfermeun liquide où nagent des flocons blanchâtres, et parfois strié de sang. On trouve de très nombreux Spirilles dans l'estomac, l'intestin, souvent les organes abdominaux, le péritoine et assez fréquemment le sang. Malheureusement, 1l est difficile et coûteux de se procurer des Spermophiles, parce qu'ils ne se trouvent que dans certaines régions de Russie, et surtout parce qu'ils ne se reproduisent pas en captivité; l'espèce est donc loin d’être à la portée des expérimentateurs.
Metschnikoff (2), pensant que les divers microbes du tube digestif devaient avoir une grande part dans la résistance des animaux à contracter Je choléra intestinal, eut l’idée de chercher à supprimer ou au moins à diminuer cette influence en s'adressant à de très Jeunes lapins, chez lesquels la flore microbienne intestinale est très pauvre. Les jeunes cobayes, prenant de la nourriture solide dès leur naissance, contaminent très vite leur tube digestif; aussi, sont-ils infiniment plus résistants.
Les jeunes lapins, de un à quatre jours seulement, auxquels on fait avaler des quantités de cultures virulentes développées sur un et deux tubes de gélose, prennent, dans la moitié des cas, un choléra intestinal typique. Il s’est servi du Vibrion de Massaouah et d’un Vibrion isolé des eaux de Versailles qui se montre très virulent pour le cobaye, en inoculation intrapéritonéale. La culture est raclée avec un tube üe verre à l'extrémité recourbée, que l’on introduit ensuite dans la bouche de l’animal. La combinaison de microbes favorisants donne de bien meilleurs résultats. En faisant avaler d'abord à l'animal une culture d'une Torula ou d'une Sarcine, isolées de l'estomac de l’homme, la plupart des animaux succombent.
La maladie se manifeste le plus souvent par de la diarrhée séreuse, incolore, présentant de nombreux flocons muqueux jaunes. Le lapin devient triste, immobile; son ventre est mou, flasque; sa température baisse plus ou moins vite, jusqu'à 30° et au-dessous; le museau se refroidit, est cyanosé ; la mort peut survenir en trente-six à quarante-huit | heures, ou se faire attendre cinq et six jours.
(1) Zasozorxx, Infektions und Immunisierungs-Versuche am Ziesel (Spermophilus guttatus) gegen den Cholera-Vibrio (Centralbl. für Bakt., XV, 1894, p. 150).
(2) Me amor Recherches sur le choléra et ADO: 4e mémoire. Surl'immu: nité et la réceptivité vis-à-vis du choléra intestinal (Ann. de l'Inst. Pasteur, NI, 1894, p. 529).
614 BACTÉRIACÉES.
A l’autopsie, l'organe le plus atteint est l'intestin grêle, toujours. hyperémié, surtout dans sa partie supérieure ; souvent même l’hyperémie diffuse lui donne la teinte hortensia si caractéristique. Les vaisseaux du mésentère sont aussi congestionnés. L'intestin est rempli d'un liquide: plus ou moins louche, ayant souvent l'aspect de la diarrhée riziforme du choléra humain. Ce liquide fourmille de Vibrions cholériques. Le: plus souvent le microbe reste localisé dans l'appareil digestif et le foie ; dans 25 p. 100 des cas environ, on en trouve dans le sang.
Dès que les jeunes lapins prennent un peu de nourriture solide, vers. vingt à vingt et un Jours après la naissance, cette réceptivité disparaît à cause, pour Metschnikoff, de la pullulation dans l'intestin de microbes. ayant une action anticholérique manifeste.
Les tout jeunes cobayes sont infiniment moins sensibles, parce que, prenant de suite une nourriture en dehors de la mère, ils possèdent. rapidement ces mêmes microbes dans leur intestin.
Chez le lapin, l'injection directe dans l'intestin ne produit aucun trouble (1).
Une semblable expérimentation n’a donné aucun résullat avec les jeuves chiens, les ] jeunes chats, les jeunes souris.
Inoculalion intrapérilonéale. — Koch (2) a observé le premier la mort de cobayes auxquels il injectait des bouillons de culture du Bacille virgule dans le péritoine. Dès ce moment, it avait admis que le microbe produisait, dans l'intestin, une substance toxique dont la résorption déterminait les symptômes caractérisant chiniquement le choléra. Mais les phénomènes observés à la suite d’une telle infection sont loin de représenter le tableau symptomatique du choléra humain; ce que l’on produit, comme le fait remarquer Metschnikoff, c'est une péritonite cholérique. Pour l'obtenir, on peut suivre avantageusement la technique indiquée par Pfeiffer : Une portion plus ou moins forte, ou la totalité, suivant le cas, d’une cullure de Bacille virgule sur gélose âgée de vingt-quatre heures, est délayée dans une petite quantité de bouillon ou de solution salée physiologique stérilisée, et injectée dans la cavité péritonéale de l'animal. Au bout d'une heure ou deux, l'animal paraît déjà s'affaiblir, perd son appélit, s'affaisse ; puis la tempéralure commence à baisser, après avoir quelquefois présenté une légère élévation. L'animal tombe dans le collapsus et meurt dans une hypothermie marquée, souvent avec des convulsions. À l’autopsie, la cavité péritonéale renferme un exsudal abondant, tantôt séreux et montrant un nombre variable de Bacilles virgules, tantôt purulent et ne contenant que de rares microbes souvent inclus dans les globules de pus. L'inteslin est distendu, hyperémié par places ou d’une façon diffuse, pouvant même présenter la leinte horlensia ; son contenu liquide ne renferme que peu de Bacilles virgules. Le foie, la rate, les poumons, le cœur ne montrent que des modifications insignifiantes.
À ce point de vue, la virulence des Vrbrions cholériques est très variable. Il en est qui se montrent très peu actifs, bien que provenant de cas de choléra authentiques et graves. D'un autre côté, des Vibrions rencontrés dans les selles de cholériques el ne donnant pas la réaction
(1) Kzeurerer, Zur Kenntniss der natürlichen Immunitat gegen asiatischen Cholera
(Deutsche med. Wochenschr., 1894, p. 435).
(2) Kocu, Fortschr. der Med., 1884, p. 151.
SPIRILLUM CHOLERÆ. 615
d’agglutination, pouvant par conséquent ne pas être considérés comme réellement cholériques, peuvent produire une péritonite vibrionienne typique. Le fait de produire une telle péritonite ne doit donc pas être considéré comme un caractère absolu du Spirille du choléra.
Haffkine (1) a montré que l’on exaltait notablement l'activité d’un Vibrion cholérique, en opérant des' passages successifs d'animal à animal. La méthode consiste :
1° A injecter dans la cavité périlonéale du premier animal une dose plus que mortelle de virus pris sur une cullure sur gélose ; l'animal meurt avec un épanchement très riche en microbes et dont la quantité et la consistance varient suivant la grosseur de l'animal ; les animaux de forte taille sécrètent un épanchement abondant et fluide, ceux de taille moindre un épanchement moins abondant et épais ;
2° Laisser cet épanchement pendant une quinzaine d'heures exposé au contact de l'air, à la température ordinaire:
3° L’inoculer ensuite à un autre animal en choisissant, pour des épanchements abondants, des animaux de petite taille, et, pour des épanchements concentrés, des animaux de taille plus grande. Ce second animal succombe plus vite que le premier ;
4° Après un cerlain nombre de passages successifs, on remarque que la mort survient d'abord de plus en plus rapidement, jusqu'à ce que l'on arrive à un moment où les différences sont d'abord très minimes, puis nulles.
Une série d’une vingtaine de passages amène le virus à l'état de virus fixe ; des passages plus nombreux n’augmentent plus la virulence, qui est à peu près vingt fois plus grande qu'au début.
La dcse mortelle intrapéritonéale se réduit au cinquantième environ : injection intramusculaire est devenue invariablement fatale, donnant toujours une vérilable infection el non une intoxication.
Inoculation sous-culanée. — Chez le cobaye et le lapin, les résultats sont plus inconslants. La réussite ne s'oblient d'ordinaire qu'avec des microbes très virulents. La mort peut survenir rapidement, avec un virus très actif et des doses suffisantes ; on observe une légère élévation de température, puis l’hypothermie et des symplômes de seplicémie. D’autres fois, un œdème très marqué, une hyperthermie prolongée, un processus local d'ulcération qui peut donner une escarre guérissant lentement; l'animal peut devenir cachectique et mourir. On trouve des microbes dans le sang et les organes. L’injection intramusculaire est plus rapidement mortelle.
Le spermophile est très sensible aux inoculations sous-cutanées, qui le tuent avec des symptômes de septicémie. On trouve des Bacilles virgules partout.
Le rat est assez sensible, d’après Nicolle et Remlinger.
Le Spirille du choléra est peu ou pas pathogène pour le pigeon. Certains types très virulents le tuent en injection dans le muscle pectoral. Beaucoup de Vibrions non cholériques produisent le même résultat positif.
Inoculation intraveineuse. — Chez le lapin, surtout jeune, comme l'ont montré Kolle et Issaeff (2), l'inoculation intraveineuse est très sévère,
(1) Harrknxe, Le choléra asiatique chez le cobaye (Soc. de Biol., 9 juillet 1892).
(2) Korre et Issarrr, Experimentelle Untersuchungen mit Choleravibrionien an Kaninchen (Zei{schr. für Hygiene, XVIII, 1894).
616 BACTÉRIACÉES.
Avec des doses très minimes, quelques gouttes d’une dilution de culture au millionième, introduites dans une veine de l’oreille, on constate dès le lendemain des symptômes de choléra, de la diarrhée ; la mort survient rapidement avec les signes du choléra algide. On trouve, à l’autopsie, la teinte hortensia de la muqueuse, une forte desquamation épithéliale ; les Vibrions sont nombreux dans'le contenu intestinal, dans les glandes de Lieberkühn, dans les différentes couches de la muqueuse, surtout dans le sang et les viscères.
Inoculation des produits solubles. — La toxine soluble, obtenue par Petri (p. 606), est assez peu active; il en faut au moins ? centimètres cubes pour tuer un cobaye moyen, en inoculation intrapéritonéale, avec l'hypothermie caractéristique.
Les deux substances toxiques, isolées par Gamaléia des bouillons de cultures (p. 606), ont des effets physiologiques différents. Le poison de cultures chauffées à 55°-60°, qu'il regarde comme une nucléo-albumine, provoque surtout une diarrhée liquide intense; l'injection intraveineuse de 5 à 10 centimètres cubes, chez le lapin, détermine très vite un grand abattement, une diarrhée très abondante, de l’anurie et une mort rapide ou lente dans un état de cachexie prononcé. Celui des cultures chauffées à 120° est très toxique pour les cobayes, lapins, pigeons, chiens: il détermine, en injection sous-cutanée chez le cobaye, de l'hypothermie et la mort de l'animal en algidité. Des doses très faibles de ce dernier produit déterminent de l'hyperthermie chez le cobaye, qui ne présente Jamais d'accoulumance à leur égard, même en débutant par des doses très minimes; les cobayes tuberculeux y sont extrèmement sensibles et périssent avec de très faibles quantités.
La toxine cholérique oblenue par Metschnikoff, Roux et Salimbeni (p. 607) a une action toxique très marquée sur les cobayes, surtout sur les cobayes moyens de 250 à 300 grammes, les gros de 600 grammes environ résistant beaucoup plus. Elle agit sûrement et aussi rapidement en inoculation sous-cutanée qu'en inoculation intrapéritonéaie. Le liquide filtré le quatrième jour de la culture est alcalin et dégage une odeur spéciale. Il fait sûrement périr un cobaye de 300 grammes environ, en seize à vingt-quatre heures, à la dose de un tiers de centimètre cube par 100 grammes du poids en injection sous-culanée; dans certaines expériences même, il tuait le cobaye de 300 grammes en dix-huit heures à la dose de un quart de centimètre cube en inoculation sous-cutanée. Une quantité double ou triple de la dose minimum mortelle amène la mort en six à dix-huit heures ; avec des doses plus fortes, la mort peut êlre foudroyante.
Les symptômes observés ressemblent beaucoup à ceux qui suivent une injection intrapéritonéale de cultures virulentes. L’animal devient bien vite triste, hérissé; son ventre est distendu, un peu douloureux ; il rend des excréments abondants et humides. L'abaissement de tempéralure est déjà prononcé après vingt et trente minutes, si la dose a dépassé la dose minimum mortelle; la chute de la température continue jusqu'à la mort ; le thermomètre marque alors 24° ou 25°. Les extrémités se refroidissent, la respiralion devient courte et fréquente, les membres restent inerles, les muqueuses se cyanosent, la sensibilité s'affaiblit et la mort survient.
A l’autopsie, on trouve un léger œdème au point d'inoculation; dans
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le péritoine, un peu d’épanchement clair, souvent légèrement sanguinolent. L'intestin grêle est hyperémié et distendu par un liquide diarrhéique. Le gros intestin n’est pas modifié. Les parois de l'estomac, le foie, la rate, les reins sont congestionnés; les capsules surrénales, très rouges, présentent souvent de petites hémorragies.
Le lapin adulte supporte mieux que le cobaye la toxine cholérique ; la dose mortelle est augmentée d’un tiers. On observe les mêmes symptômes et les mêmes lésions, mais la température ne descend pas au-dessous de 30°.
Les souris résistent beaucoup plus; les pigeons et les poulets plus encore. Les grands animaux ont peu de fièvre et de l'œdème au point d'inoculation.
La toxine obtenue par Brau et Denier (p. 609), inoculée aux animaux, manifeste brusquement ses effets, sans période d’incubation.
Chez le cobaye, dans le péritoine ou sous la peau, elle détermine les mêmes symptômes que ceux produits par la toxine précédente. La dose minima mortelle pour un cobaye de 250 grammes esl environ un demicentimètre cube; ce n’est qu'exceplionnellement qu'elle est active au quart de centimètre cube. Par la voie veineuse, elle occasionne surtout de la dyspnée, encore aux doses de un quart et mème un dixième de centimètre cube. Introduite dans l'intestin grêle, la toxine paraît ne rien produire.
Chez le lapin, dans le péritoine ou sous la peau, avec des doses de 15 à 20 centimètres cubes, les symplômes produits sont peu précis, de l'abattement, parfois de la diarrhée, surtout de l’amaigrissement, le lapin pouvant perdre en quelques jours un tiers de son poids ; la mort survient en trois ou quatre jours; l’autopsie ne montre rien de particulier. Des doses de 10 centimètres cubes sont assez bien supportées ; l'animal maigrit simplement un peu. Par la voie intraveineuse, l’évolution est plus rapide; avec des doses bien moindres, un demi à un centimètre cube, l'animal peut succomber en quelques heures ou traîner quelques jours et mourir très amaigri, ou quelques semaines el mourir de paralysie généralisée. La dose de 3 centimètres cubes peut être considérée comme dose mortelle. L'introduction de fortes doses, 20 centimètres cubes, dans l'intestin grêle, amène toujours la mort.
Chez le chien, dans le péritoine ou sous la peau, la toxine ne détermine qu'un peu d'hyperthermie et souvent, dans le dernier cas, un petit abcès. Dans les veines, à la dose de 5 à 10 centimètres cubes, elle occasionne des accidents rapides et graves ; la mort peut survenir en quelques heures avec diarrhée et hypothermie; l'intestin est fortement congestionné, ainsi que les organes thoraciques et abdominaux.
La chèvre supporte facilement l’inoculation sous-cutanée de fortes doses; l'inoculation intraveineuse de 4 à 5 centimètres cubes, même 1 centimètre cube, détermine, par contre, desaccidents gravesou même la mort.
Chez le cheval, la toxine produit, en inoculation sous-cutanée, les mêmes accidents que chez le lapin, un amaigrissement souvent considérable et rapide, etla mort seulement à des doses considérables. Dans les veines, l'injection d'une dose de 30 centimètres cubes amène généralement la mort en quelques heures ou en quelques jours; l'injection de faibles doses est facilement supportée et permet d'oblenir rapidement une immunité très nette.
618 BACTÉRIACÉES.
La souris est peu sensible à cette toxine; elle supporte facilement 1 centimètre cube en injection sous-cutanée ou intrapéritonéale.
L'activité de la toxine obtenue par le procédé de Salimbeni (p. 609) est à peu près semblable à celle de la toxine de Brau et Denier; elle produit les mêmes symptômes. La toxine obtenue au septième jour, en UE sous-cutanée, tue en douze à dix-huit heures un cobaye de 200 à 250 grammes.
Inoculation à l'homme. — L'ingestion de cultures de Vibrions cholériques de diverses provenances a pu, dans plusieurs expériences, déterminer chez l'homme les symptômes cliniques du véritable choléra, donnant ainsi la preuve la plus évidente du rôle que joue le Bacille virgule de Koch dans la production de cette maladie. Metschnikoff (1) décrit, en 1893, un premier cas: l’ingestlion d'un tiers de culture sur gélose du Vibrion du choléra de Paris en 1884, précédée de celle d’un gramme de bicarbonate de soude, a déterminé, chez un jeune homme de dix-neuf ans, les symplômes classiques du vrai choléra asiatique : selles riziformes, hypothermie, vomissements, crampes des mollets, anurie. De semblables résultats posilifs ont été obtenus par le même savant (2) avec des Vibrions cholérigènes isolés d'eaux de diverses provenances en dehors de toute manifestation de choléra, ce qui démontre clairement leur nature cholérique. Depuis, on a eu à déplorer la mort d'OŒrgel, assistant à l’Institut d'hygiène de Hambourg, enlevé en quatre jours par une attaque de choléra aigu, pris au laboratoire en manipulant des cultures cholériques (3).
La possibilité de la transmission expérimentale du choléra à l’homme ne peut donc plus faire doute, malgré les insuccès obtenus par d’autres, en particulier Bochefontaine et Pettenkoffer
IMMUNITÉ. — VACCINATION. — SÉROTHÉRAPIE
Immunité. — Les nombreux insuccès obtenus dans des tentatives faites pour conférer le choléra intestinal à des animaux de beaucoup d'espèces et les difficultés que l’on rencontre à le produire chez les quelques animaux réceplifs (p. 611) démontrent combien est fréquente chez les animaux l’immunité naturelle à l'égard du virus cholérique. Les essais infructueux d’ingestion de matières fécales cholériques ou de cultures actives montrent que l’homme est fréquemment aussi en état de non-réceptivité. Du reste, la curieuse propriété du sang humain de prévenir la péritonite cholérique chez le cobaye, signalée par Klemperer (4), peut être interprétée comme un signe d’immunité. La question de savoir à quelle cause est dù cet état réfractaire est des plus complexes. Metschnikoff (5) attribue la part la plus grande aux microbes
(1) Merscaxixorr, Recherches sur le choléra, 2 mémoire (Ann. de l’Inst. Pasteur, VII, 1893, p. 583). :
(2) Merscanixorr, Recherches sur le choléra, 4e mémoire (1bid., VIII, 1894, p. 534).
(3) Rercexe, Ein Fall von tüdlicher Laboratoriums Cholera (Deutsche med. Wochenschr., 1894, n° 41).
(4) Kzreuperer, Untersuchungen über künstlichen Impfschutz gegen Cholera Intoxication (Bert. klin. Wochenschr., 1899, p. 970).
(5) Merscaxixorr, Recherches sur le choléra et les Vibrions, 4° mémoire, Sur l’immunité et la réceptivité vis-à-vis du choléra intestinal (Ann. de l'Inst. Pasteur, VII, 1894, p. 529).
4 EU ce
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intestinaux dont quelques-uns sont favorisants pour le Bacille virgule, mais dont beaucoup entravent son développement. D’après Fermi et Salto (1), quoique cette action antagoniste soit réelle, surtout de la part du Colibacille, le facteur le plus important serait une action spéciale de la muqueuse intestinale. Il est difficile de se prononcer.
La production arlificielle d'un état d'’immunité chez l’homme el les animaux réceplifs a élé l'objet de très nombreux travaux (2) tendant surtout les uns à obtenir un vaccin contre le choléra, à l’aide de cultures virulentes allénuées, les autres à conférer à des animaux, soil à l’aide de cultures vivantes, soit à l’aide de produits solubles, un élat d’immunilé assez prononcé pour que le sérum ail une action antitoxique assez persistante pour pouvoir êlre employé dans un but préventif ou curalif.
Cette immunité arlificielle active peut ètre obtenue de diverses façons.
Brau et Denier l’ont obtenue à la suite d’injections graduées de leur toxine (p. 609). Ilest très difficile d’y arriver chez le cobaye, par injection intrapéritonéale; dès que l’on approche de la dose mortelle ordinaire, l'animal maigrit, se cachectise et meurt. On dirait même qu'il y a plutôt sensibilisation que vaccination.
On ne parvient pas à immuniser le lapin par voie périlonéale ou souscutanée, par voie veineuse, en opérant avec précautions, on arrive à produire une cerlaine immunité, l'animal peut supporter 5 à 6 centimètres cubes de Loxine sans périr, alors que la dose mortelle ordinaire est de 3 centimètres cubes.
La chèvre supporte bien l’inoculation sous-cutanée de celte Toxine ; on arrive facilement à lui injecter 100 centimètres cubes, simplement avec un peu d'hyperthermie et un œdème local. Les essais par voie veineuse ont échoué.
Chez le cheval, l’inoculation sous-cutanée produit les mêmes accidents que chez le lapin. Par la voie veineuse, on obtient une immunité très nelle. Il faut, au début, user de doses très faibles et ne jamais inoculer en une fois deux doses mortelles.
L'animal présente du tremblement, des coliques, de la diarrhée, une hyperthermie passagère; il se met souvent à maigrir beaucoup, il faut alors suspendre le traitement.
Salimbeni a eu des résultats très semblables avec le cobaye, le lapin, la chèvre, qu'il donne comme très sensible, en usant de la toxine préparée suivant son procédé (p. 609).
Chez le cheval, il prend aussi la voie veineuse; 50 centimètres cubes arrivent à être facilement supportés: il ne faut jamais dépasser 65 centüimèlres cubes. Il se fait une réaction thermique qui disparait le lendemain. Les injections sont répétées tous les huit jours; on peut saigner de douze à seize jours après la dernière. Il faut s'attendre à des accidents, parfois suivis de mort.
Il s'est servi également de microbes vivants, émulsionnés dans de la solution physiologique; on injecte progressivement de une à trois cultures sur Lubes de gélose âgées de dix-huit heures.
(1) Fermi etSarro, Sur l'immunité à l'égard du choléra (Ann. d’'Igiene sper., VI, p.1).
(2) Voces, Die Cholera-Immunität (Centralbl. für Bakt., XIX, 1896, p. 3255, 39 et 441).
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Toutes ces méthodes d'immunisation ont surtout pour but d'obtenir des produits vaccinants ou des sérums antitoxiques et agglutinants. Leurs effels, à ces points de vue, seront étudiés plus loin.
Il y a une distinction importante à faire dans l’état réfractaire obtenu. Dès le début, Pfeiffer et Wassermann (1), Sobernheim (2) ont fait remarquer qu'à la suite d’inoculation de Vibrions, vivants ou morts, on pouvait immuniser les animaux contre la septicémie cholérique ou la périlonite spéciale, mais pas les préserver de l’intoxication cholérique. Klemperer avait cru pouvoir affirmer que les cobayes immunisés par injection sous-cutanée de Vibrions résistaient à la contagion par inges- Uüon. Metschnikoff,en expérimentantsur des lapins nouveau-nés, immunisés à l’aide de cultures vivantes ou mortes, injectées sous la peau ou dans le péritoine, démontra que ces animaux étaient tout aussi suscepübles que des témoins neufs de prendre le choléra intestinal. Choukéwitch a confirmé ces données et, expérimentant sur de tels animaux le vaccin cholérique de Kolle, a prouvé qu'ils conservaient toute leur sensibilité à l'ingeslion, mais montraient alors une résistance marquée à la septicémie cholérique provoquée par l'injection sous cutanée ou intrapérilonéale de Vibrions vivants, confirmant el précisant les premières données de Pfeiffer et Wassermann.
Il ne semble cependant pas qu'il y ait lieu de différencier essentiellement une immunilé anti-infectieuse et une immunilé antitoxique. Le second de ces états d'’immunité n’est qu'un stade plus avancé du premier qui apparaît comme le stade de début du résultat auquel peuvent conduire toutes les méthodes qui ont été appliquées, pourvu que l'on persiste dans l'application des divers produits actifs employés.
Vaccination anticholérique. — Les premières tentatives ont été faites par Ferran (3), à Barcelone, en 1885, sur le cobaye d’abord, l’homme ensuite.
Il employait des bouillons de culture d'un Vibrion isolé des selles de cholériques, qu'il injectait sous la peau aux doses de 1, 1/2 et 2 centimètres cubes, à intervalles de cinq jours.
La méthode suivie n’a pas été solidement établie et les résultats n'en sont pas tout à fait probants. On doit cependant reconnaître que les indications ont été suivies par les méthodes ultérieurement proposées.
Haffkine (4), en 1892, a commencé des essais de vaccination et a instilué une méthode spéciale qu'il applique actuellement aux Indes. Il part de son virus exalté jusqu'à devenir virus fixe (p. 615) et atténue ce virus fixe en le cultivant à 39° dans du bouillon, en présence d'air constamment renouvelé. Dans ces conditions, le Vibrion cholérique périt en quelques jours.
(1) Preirrer et Wassermanxx, Untersuchung über das Wesen der Choleraimmunität {Zeitschr. für Hygiene, XIV, 1893, p. 46).
(2) Soserxaemm, Experimentelle Untersuchungen über Choleragift und Choleraschutz (1bid., p. 485).
(3) FerrRaw, Sur la prophylaxie du choléra au moyen d'injections hypodermiques de cultures pures du Bacille virgule (C. R. de l'Acad. des sc., CI, 1885).
(4) Harrkinr, Le choléra asiatique chez le cobaye (Soc. de Biol., 9 juillet 1892). — Anticholeric inoculations in India (The Indian medical Gazette, 1895, n° 1). — A lecture on vaccination against cholera. London, 13595. — Inoculations de vaccins anticholériques à l’homme (C. R. de l'Acad. des se., juillet 1892). — Les vaccinations anticholériques aux Indes (Bull. de l'Inst. Pasteur, IV, 1906).
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Pour pouvoir prolonger l'influence pendant un temps assez long, suffisant pour l'atténuer, on réensemence tous les jours, sur gélose, une prise de cette culture.
Dès que l’on s'aperçoit que l’ensemencement reste stérile, l'opération est renouvelée sur la dernière prise conservée de la culture aérée.
On obtient après plusieurs générations un virus atténué qui ne produit plus de nécrose et permet l’inoculation sous-cutanée d’une dose de virus exallé sûrement mortelle pour l’animal sain, sans que l’on observe aucune réaction. L'animal est alors préservé contre toute infection du choléra, de quelque facon qu'on essaie de la produire. Haffkine a appliqué son procédé à l’homme; il injecte d'abord le virus faible, puis, six jours après, le virus exalté, à la dose de un dixième ou un vingtième de culture sur gélose. L'’immunité commencerait quatre jours après la dernière injection et durerait en moyenne de douze à quatorze mois. De très nombreuses vaccinations pratiquées aux Indes ont paru donner des résultats intéressants.
Certaines statistiques paraissent démontrer que les personnes inoculées se trouvent, dans une notable proportion, à l’abri de l'infection cholérique naturelle; toutefois cet effet est loin d’être constant.
Kolle (1) prépare un vaccin en luant, par les vapeurs de chloroforme ou un chauffage d’une demi-heure à 60°, des cultures sur gélose de vingt-quatre heures émulsionnées dans la solution physiologique : la dose à injecter est de un dixième et un cinquième de culture.
Un très grand nombre de vaccinations à l’aide du vacein de Kolle ont été faites en Russie pendant l'épidémie de 1908-1909. D'après Zabolotny (2), il y aurait eu une morbidité cholérique GOAPIORENT plus faible chez les vaccinés.
Metschnikoff (3) croit à l’inefficacité complète des vaccinations anticholériques, n'ayant, pour lui, aucun effet sur le choléra intestinal.
Sérothérapie anticholérique. — Besredka prépare un vaccin senstbilisé anticholérique comme son vaccin sensibilisé antityphique (p.92); ce vaccin préserve sûrement le cobaye dès le lendemain contre la dose mortelle de virus dans le péritoine. Il n’en a pas fait d’application à l’homme. Lazarus (4) annonçait en 1892 que le sérum d'individus guéris du choléra pouvait, à la dose d’un dixième de centimètre cube, protéger le cobaye contre une inoculation intrapéritonéale de virus cholérique. Klemperer (5) et Metschnikoff (6), d’un autre côté, ont reconnu les mêmes propriétés au sérum d'hommes normaux, n ‘ayant jamais eu le choléra, dans une proportion de 50 p. 100 environ; ce dernier savant fait en outre remarquer que le sang d’individus guéris peut ne pas présenter de propriétés préventives. Le sang
(1) Korze, Zur aktiven Immunisierung des Menschen gegen Cholera (Centralbl. für Bakt., XIX, 1896, p. 97).
(2) Zasorornx, Arch. des sc. biol. de Saint-Pélersbourg, XIV, 1909, p. 453.
(3) Merscnnixorr, Quelques remarques sur les vaccinations anticholériques (Ann. de l’Inst. Pasteur, XXV, 1911, p. 450).
(4) Lazarus, Ueber antitoxische Wirksamkeit des Blutserums Cholerageheïilter (Berlin. klin. Wochenschr., 1892, n°s 43-44).
(5) Kiewrerer, Loc. cit., p. 618
(6) Merscaxixorr, Recherches sur le choléra et les Vibrions, 12° mémoire. Sur la propriété préventive du sang humain vis-à-vis du Vibrion de Koch (Ann. de l'Inst. Pasteur, 1893, VII, p. 403).
normal de cheval, de chèvre, de poule, peut être également préventif, mais d'une facon plus inconstante encore.
Paulowski et Buchstab (1), puis Pfeiffer et Issaef (2) ont cherché à obtenir un sérum plus actif en vaccinant des animaux. Ces derniers expérimentateurs immunisent leurs animaux en leur injectant des cultures stérilisées par la chaleur ou par addition de chloroforme. Ils obtiennent ainsi un sérum extrêmement actif contre l’inoculation intrapéritonéale des cultures vivantes, contre la péritonite cholérique, et encore seulement à la condition de l’injecter une demi-heure aprèsl’inoculation, mais tout à fait impuissant contre le choléra intestinal des petits lapins, comme l'ont reconnu Metschnikoff, Roux et Salimbeni (3).
En immunisant des cobayes, des lapins, des chevaux, au moyen de leurs toxines cholériques (p. 607), Ransom d’abord, puis Metschnikoff, Roux et Salimbeni, ont obtenu un sérum antitoxique, efficace contre le choléra intestinal des jeunes lapins; les animaux traités par eux survivaient dans la proportion de 56 p. 100, alors que les témoins succombaient dans la proportion. de 81 p. 100. Ce sérum est surtout préventif, efficace contre l’inoculation intrapéritonéale de cultures vivantes.
En immunisant divers animaux, lapin, chèvre, cheval, comme il a été dit page 609, Brau et Denier obtiennent des sérums paraissant bien réellement doués d’une action antitoxique, mais très limitée, n'agissant plus dès que la quantité de virus dépasse deux doses mortelles. Un cinquanlième de sérum neutralise deux doses mortelles; pour neutraliser quatre doses, il faut 1 centimètre cube; six, 2 centimètres cubes. Ce sérum est plus fortement antimicrobien, un trentième de centimètre cube protégeant contre l'infection péritonéale du cobaye réalisée seize heures après son injection. Il est agglutinant à 1 p. 1 500,et précipitant. Appliqué au traitement du choléra de l'homme, en Russie, il n'aurait montré aucune action favorable.
Salimbeni, en traitant des chevaux comme il a été dit page 619, obtient un sérum légèrement antitoxique, neutralisant deux doses de toxine à la dose de 06,05, agglutinant à 1 p. 10 000, préventif contre la péritonite vibrionienne du cobaye à 0cc,0002. Chez l'homme, il n’a pas donné de résultats bien nets.
Des sérums anticholériques préparés par Mac Fadyen (4), Kolle (5), Kraus (6), Schurupow (7), Carrière et Tomarkin (8), n'ont pas donné jusqu'ici de meilleurs résultats. Ils se montrent assez aclifs contre la
(1) Paurowskr et Bucasras, Zur Immunitätsfrage und Blutserumtherapie gegen Cholerainfektion, I, 11, IT (Deutsche med. Wochenschr., 1893, p. 516, 640 et 739).
(2) Preirrer et Issarrr, Ueber die specifische Bedeutung der Choleraimmunität Zeilschr. für Hygiene, XVII, 1894, p. 399).
(3) Merscaxixorr, Roux et SarimBexr, Toxine et antitoxine cholériques (Ann. de l'Inst. Pasteur, X, 1896, p. 253).
(4) Mac Fapyex, Ueber ein Anticholeraserum (Centralbl. für Bakt.,1te Abth., Orig., XLII, 1906, p. 365).
(5) Kore, Die Serumtherapie und Serumprophylaxis der acuten Infektionskrankheiten (Deutsche med. Wochenschr., 1907, p. 621 et 670).
(6) Kraus, Ueber den derzeitigen Stand der aetiologischen Diagnose und der antitoxischen Therapie der Cholera asiatiea (Wiener klin. Wochenschr., XXII, 1909, p. 43).
(7) Scaurupow, De la préparation d’un sérum curatif contre le choléra (Arch. biol. de Saint-Pétersbourg, XIV, 1909).
(S) Carrière et Tomarkix, Experimentelle Studien zur Frage der Serumtherapie der Cholera asiatica (Zeitschr. für Immunilatsforschung, IV, 1909, p. 29).
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périlonite vibrionienne du cobaye, par contre très peu ou même pas du tout antitoxiques, contrairement à ce qui a été dit pour certains (1).
Il y aurait lieu de faire ici les mêmes observations qui ont été dites à propos de l'immunité; la distinction de fond entre sérum anti-infectieux et sérum antitoxique paraît plutôt subtile, n'étant réellement qu'apparente, la seconde qualité ne constituant en somme qu'une phase plus avancée d’un état dont la première est le début.
Ces sérums possèdent par contre un pouvoir agglutinant et un pouvoir bactériolytique marqués. Ces propriétés sont précieuses pour le diagnostic du Spirille du choléra, comme il sera dit plus loin.
Le Spirille du choléra se rencontre chez des personnes atteintes du choléra, comme on l’a vu (p. 592), d'ordinaire en abondance dans les matières fécales et dans le contenu intestinal, et particulièrement dans les flocons muqueux que l’on trouve dans les selles riziformes, parfois dans les matières vomies. Il est rare dans les différents organes et plus encore dans le sang des cholériques ; après la mort, on en retrouve facilement dans le foie, la vésicule biliaire, les reins, la rate.
Parmi les Vibrions qui ont été isolés des selles d'individus atteints de choléra vrai, cliniquement affirmable, le plus grand nombre se rapportent au type de Koch, sont des Vibrions courts et trapus. D'autres s’en éloignent, tels les Vibrions dits de Paris (1889), de Courbevoie, de Massaouah, qui se distinguent par la finesse et la longueur de leurs éléments. Toutefois ces différences de formes peuvent fort bien n'être qu’un caractère secondaire et acquis. Metschnikoff (2) a démontré que, dans certaines conditions, les Vibrions allongés de Courbevoie et de Massaouah pouvaient devenir trapus et raccourcis.
D'autre part, le Vibrion d'Angers, provenant d'un cas authentique de choléra, de type court et trapu, peut devenir mince et allongé lorsqu'on le cultive pendant longtemps à l’étuve, dans de l’eau peptonisée qui s’'évapore progressivement. Toutefois, on doit reconnaître que ces modifications sont peu stables, seraient peut-être difficiles et longues à fixer.
Ces divers Vibrions, isolés des selles dans des cas de choléra vrai, appartiennent-ils à une seule et même espèce, douée d’un polymorphisme assez étendu, ou doivent-ils être considérés comme des espèces distinctes, quoique très voisines comme caractères? Il est peut-être difficile d'être absolument affirmatif, quoiqu'il paraisse bien rationnel d'admettre, avec Metschnikoff, que, le choléra vrai étant une unité morbide incontestable, il est impossible qu'elle soit due à plusieurs espèces microbiennes. C'est donc à l'unité spécifique qu'il paraîl raisonnable de se rattacher.
Hors de l'organisme malade, le Spirille du choléra a surtout été ren-
contré dans l’eau. Koch, le premier, l’a trouvé en grande abondance dans
un étang, un lank, servant à l'alimentation d'un village des Indes, où
(1) Marie Rasxix, Gibt es ein antiendotoxisches Choleraserum ? (Centralbl. für Bakt., te Abth., Orig., LII, 1909 P:. 239):
(2) Marscanixoer, Sur la variation artificielle du Vibrion cholérique (Ann. de l'Inst. Pasteur, VIII, 1894, p. 268).
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le choléra est endémique; l'eau recevait des déjections de malades et servait à laver les linges souillés. Rietsch l’a isolé, pendant une épidémie qui a sévi à Marseille, de l’eau du Vieux Port où se déversent des égouts de la ville. Depuis, il a été rencontré de nombreuses fois dans les eaux de puits, de rivières, de canaux, de canalisations urbaines. Babès l’a signalé sur les effets de malades et dans la poussière de locaux où avaient séjourné des cholériques.
Le rôle étiologique du Sprrille du choléra paraît être parfaitement établi aujourd hui.
Sa présence constante dans les cas de choléra véritable, les effets pathogènes provoqués chez l'homme et les animaux par ses cultures pures, démontrent avec évidence qu'il est bien l'agent spécifique de cette affection.
Le choléra est endémique dans certaines parties des Indes, la région du bas Bengale surtout. Là, l'agent virulent trouve réunies bien des conditions nécessaires à sa vitalité et sa propagation. Dans ces contrées chaudes et humides, il existe, dans beaucoup de localités, des eaux stagnantes, très riches en matières organiques, où se déversent, de temps immémorial, les détritus des populations riveraines ou des foules attirées en pè lerinage par la célébrité religieuse de ces lieux. L’ infection a beau champ pour se faire; les caravanes, au retour, sèment les malades sur leur route. Ailleurs, l'affection n ‘apparaît que sous forme épidémique, apportée de première main, Ou se propageant par élapes successives, arrivant ainsi Jusqu'en Europe, la plupart du temps par voie de mer où le transport est plus rapide et moins facile à empêcher. Dans ce cas, lorsqu'elle se propage dans un centre, elle atteint plus ou moins rapidement un maximum, puis décline et disparait complètement; une épidémie nouvelle a toujours pour cause une nouvelle contamination. D’autres fois, on observe des cas isolés ou peu nombreux, le véritable choléra sporadique, où la filiation de germe ne se retrouve pas.
Le transport direct, l'importation directe par l’homme de l'agent virulent est un puissant moyen d'infection. L'étude biologique du Sprrille du choléra, outre les remarques faites depuis longtemps par les hygiénistes, suffit à le prouver. L'air ne peut guère servir de voie de transport; nous savons qu'une dessiccation, même peu prolongée, est fatale pour les cultures les plus virulentes. Le rôle de l'eau potable est ici beaucoup plus important. Un grand nombre de faits le prouvent avec la dernière évidence (1). L'eau ordinaire est un mauvais milieu pour cette Bactérie; elle n’y vit que peu de temps, même lorsque celle-ci contient une proportion assez forte de matières organiques. Il faut peutêtre faire exception pour certaines eaux très riches en détritus organiques, comme les eaux d’égouts ou celles qui séjournent dans la cale des navires, qui peuvent alors devenir de véritables milieux nutritifs pour un grand nombre d'espèces d'organismes inférieurs. L'espèce en question doit certainement pouvoir y végéter pendant un temps assez long, pour transporter l'affection loin du point de départ, si elle n’est pas étouffée par d'autres plus envahissantes, des espèces de putréfaction surtout. Dans les eaux potables ordinaires, elle a disparu au bout de quelques jours, mais alors elle peut répandre très vite l'affection dans un même
(1) Nerrer, Origine hydrique du choléra (Sem. méd., 1°T janvier 1896).
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centre lorsqu'elle est contaminée, et d'autant mieux que la souillure se renouvelle à tout instant. De là, la marche très rapide des épidémies dans les localités où l'eau est riche en matières organiqueset facilement contaminée. Mais la bactériologie et l'épidémiologie démontrent que le rôle seul de l’eau ne peut être invoqué; l’étiologie du choléra est plus complexe. Il faut, en outre, certainement tenir compte de dispositions climatériques ou telluriques, encore peu connues, qui font que certaines villes sont épargnées, tandis que d’autres sont fortement éprouvées ; ce qui tient peut-être encore à une hygiène générale mieux entendue, à des habitudes spéciales aux habitants, à une propreté plus grande, à certaines particularités dépendant du lieu, au premier rang desquelles Metschnikoff place la composition de la flore microbienne de l'intestin. Des prédisposilions individuelles, les troubles intestinaux surtout, très probablement aussi l'usage peu modéré de boissons alcooliques, comme le démontrent lés expérimentations indiquées, jouent un grand rôle dans l'infection. L'origine de ia contamination doit être recherchée dans les selles des cholériques:; c’est là surtout qu'il faut s'appliquer à la combattre. Les déjections et les linges souillés par elles doivent être l’objet d’une surveillance de tout instant. Cependant le microbe ne parait pas pouvoir vivre longtemps dans les selles, particulièrement dans les selles à réaction acide; à l'air, on peut cependant l'y retrouver vivant au bout d'un mois, à l'abri de l'air après plusieurs mois, jusqu'à neuf mois dans une observation de Kulescha (1); souvent alors il a perdu certaines propriétés, surtout l’agglutination; d’autres fois il a disparu au bout de deux ou trois jours @.
La condition indispensable pour qu'une personne soit atteinte du choléra est la pénétration du Bacille virgule de Koch dans son tube digestif. Mais il faut que l'agent virulent traverse l'estomac el puisse séjourner suffisamment dans” l'intestin pour y pulluler. C’est là qu’interviennent alors les conditions qui prédisposent à l'infection; le terrain peut être rendu favorable par des modifications pathologiques bénignes ; une légère inflammation modifiera l'estomac et l'intestin de telle sorte que l’envahissement par le parasite pourra s’opérer. L'apport des germes infectieux peut se faire de différentes manières. L'eau de boisson, les aliments crus, sur lesquels ils ont été déposés directement ou par l'eau d'arrosage, doivent êlre un des modes habituels: les poussières ou les mains qui ont touché des objets salis.par les cholériques sont aussi à suspecter avec raison. Sawtschenko (3) a démontré qu'ils pouvaient être absorbés par les mouches et disséminés avec leurs excréments.
La virulence de Vibrions isolés des eaux est bien démontrée dans une observation de Zlatogoroff (4), qui a vu un Vibrion cholérique, isolé de l'eau de la Néva, déterminer chez l'homme une véritable atteinte de choléra.
(1) Kuzescna, Zur pathologische Anatomie der Cholera asiatica (Klin. Jahrb., XXIV, 1909).
(2) Age et Craussex, Untersuchungen über die Lebensdauer der Choleravibrionen in Fäkalien (Centralbl. für Bakt., XVII, 1895, p. 77).
(3) Sawrscaenxo, Die Beziehung der Fliegen zur Verbreitung der Cholera (Centralbl. für Bakt., XI, 1892, p. 893).
(4) Zzarocororr, Ein Fall vom Laboratoriuminfektion mit einem aus dem Wassergeronnenem Choleravibrion (Berl. klin, Wochenschr., 1er nov. 1909).
Macé. — Bactériologie, 6e édit. II. — 40
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On a incriminé les huîtres, mais sans preuves suffisantes; cependant Jacobsen (1) a vu que le Vibrion cholérique pouvait rester vivant plus de six semaines dans l’eau de mer peu microbienne.
Des recherches de de Giaxa (2) ont démontré que le Spirille du choléræ se conservait mal dans le sol, à cause surtout de la concurrence des. nombreuses espèces saprophytes qui s’y rencontrent. La composition et la nature du terrain n’exercent pas d'influence notable sur la conservation du microbe: d’après Gosio (3), les vers de terre, géophages et coprophages, pourraient les ramener de la profondeur à la surface.
Il ressort que la transmission directe par l'homme doit être mise en tout premier rang.
Le plus grand danger vient des malades, porteurs de germes, qui rejettent, avec les matières fécales, des quantités considérables de Vibrions fréquemment très actifs.
Comme dans la fièvre typhoïde, le Vibrion cholérique peut se trouver dans les selles avant que n'apparaissent des symptômes morbides bien caractérisés; Sacquépée (4) nomme porteurs précoces les personnes en telle incubation. Les recherches faites pendant la dernière épidémie de Russie ont bien démontré ces faits.
Chez les malades, l'élimination en masse est la règle: elle dure plus. ou moins longtemps, est plus ou moins intense, suivant les cas.
Après la disparition des symptômes, pendant la convalescence et la guérison, on retrouve des Vibrions dans les matières fécales pendant un certain temps. Ils disparaissent généralement après cinq à dix jours en moyenne pour beaucoup d'observateurs. Zlatogoroff (5) donne quatorze à dix-sept jours comme durée moyenne: Montefüseo (6) de dix à vingt-cinq jours. On a pu conslater, mais exceptionnellement, des persistances beaucoup plus longues, quarante-huit jours (Kolle), quarante-neuf jours (Dünitz), cinquante six Jours (Zlatogoroff), cin- quante-huit jours ( Montefusco). ( es porleurs convalescents doivént ] jouer un rôle considérable dans la dissémination du choléra, rôle que jusqu'ici on rapporte cerlainement en très grande partieau milieu extérieur.
Ziroglia (7) a observé qu'on pouvait faire réapparaître des Vibrions dans des matières fécales où on avait cessé d'en rencontrer, en faisant absorber un léger purgatif ou une alimentation trop abondante au porteur; ce qui pourrait conduire à reculer encore la limite de l'élimination, C'est là un fait dont il est bon de se souvenir lorsqu'on a à rechercher des Vibrions chez des personnes suspectes d'avoir eu le choléra : après une légère purgation, on est plus sûr des résultats.
(14) JacoBsex, Untersuchungen über die Lebensfahigkeit der Choleravibrionen im Meerwassèr (Centralbl. für Bakt., 1te Abth., Orig., LVI, 1910, p. 201).
(2) De Graxa, Le Bacille du choléra dans le sol (Ann. de micr., II, 1890, n° 5).
(3) Gosro, 11 Policlinico, 17 septembre 1911.
(4) Sacouérérs, Les porteurs de germes (Bull. de l'Inst. Pasteur, VIII, 1910, p.. 527).
(5) ZLaroGororr, Ueber die Aufenthaltsdauer der Choleravibrionen im Darmkanal des Kranken und über die Veränderlichkeit ihrer biologischen Eigenschaften (Centralbt. für Bakt., 1t'Abth., Orig., LVIII, 1911, p. 14).
(6) Moxrerusco, Durée de l'excrétion des Vibrions cholériques par les conv alescents (Giorn. ter n. di Scienze mediche, 1911).
(7) ZiroGuia, Beobachtungen über die Dauer des Vorkommens von Choleravibrionen in den Entleerung von Cholerarekonvalescenten (Hygienische Rundschau, XXI, 19114%p°#109)
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Il n'existe pas d'exemple connu de porteurs chroniques, à moins que les Vibrions dits d'El Tor (p. 645) ne proviennent de cas de cette catégorie.
I existe, par contre, des porteurs sains, qui se rencontrent exclusivemênt parmi les personnes ayant eu Contact avec les cholériques. Chez eux, cependant, la durée d'élimination du Vibrion cholérique est le plus souvent limitée à quelques jours, le microbe ne paraissant guère pouvoir vivre longtemps dans l'intestin d'individus sains. Ils peuvent, malgré tout, jouer un rôle important dans la propagation de la maladie.
Ici, peut-être plus encore que pour la fièvre {yphoïde, des précautions sont à prendre en temps d'épidémie. Elles sont du reste plus faciles à appliquer que pour cette dernière affection, et l'on peut espérer en tirer plus de profit, car le Spirille du choléra offre une résistance bien moins grande que le Bacille lyphique. L'eau de boisson doit être filtrée, ou bouillie : les aliments toujours mangés cuits. La désinfection des selles, des sécrélions des malades, de tous les objets souillés par eux doit être faite avec soin. L'eau bouillante, la dessiccation prolongée à haute température, les solutions faibles de sublimé ou d'acide phénique, sont toutes bonnes, vu la faible résistance de la Bactérie pathogène. Les cadavres des cholériques exposent à moins de dangers, surtout lorsqu'ils sont bien ensevelis et enfouis à une profondeur suffisante, sans danger de souillure immédiate pour les eaux voisines. La putréfaction détruit en effet très vite la vitalité du Spirille du choléra. L'inhumation précipitée n’est donc pas justifiée, à la condition cependant que l'ensevelissement soil fait avec soin. Si des liquides ou äu sang s'écoulentsur des objets quelconques, on doit leur appliquer un des procédés de désinfection cités.
De tout cela ressort l'importance extrême de l'isolement des plus rigoureux des premiers cas. Le diagnostic peut être difficile, surtout si l'affection est bénigne, ce qui n implique nullement le même caractère pour les cas provenant de contagion, un cas bénin pouvant très bien être l'origine d'une épidémie meurtrière, C’est alors que l'on doit placer au premier rang l'examen bactériologique des selles, pour y établir la présence ou l'absence du Bacille virgule virulent. L'isolement des porteurs de germes convalescents, jusqu à la fin de leur élimimation, doit être maintenu aussi rigoureusement que celui des malades. La recherche des porteurs sains, dans tout l'entourage des malades, doit être faile avec soin et les mêmes mesures appliquées aux cas reconnus positifs.
Une première attaque de la maladie ne semble conférer aucune immunité ; le choléra peut frapper plusieurs fois la même personne. Les essais de vaccination et de sérothérapie ne sont pas encore dans la période d'application générale.
A l'heure présente, il est bien démontré que la répression du choléra et de la fièvre typhoïde est sous la dépendance directe d'une hygiène bien comprise et bien appliquée, et de l'application de mesures prophylactiques énergiques.
Le choléra apparaît nettement comme un processus infectieux occasionné par le Vibrion cholérique. Mais ce processus a une marche bien spéciale ; dans une première phase, phase réellement active, le parasite attaque et envahit l'épithélium intestinal; ultérieurement et passivement alors, il se fait une intoxication de l'organisme par l'endotoxine mise en liberté à la suite de la destruction des Vibrions.
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Emmerich (1) a émis l’idée que les symptômes du choléra étaient dus à l'empoisonnement par l’acide nitreux formé dans l'intestin, aux dépens des nitrates présents, sous l'influence de l’action dénitriliante puissante du Vibrion cholérique. Il se fonde sur la présence de nitrites, souvent en grande quantité, dans le contenu intestinal et dans le sang des cholériques, el sur la production de symptômes similaires dans l'intoxication nitreuse expérimentale, diarrhée, cyanose, hypothermie. Seulement cette présence de nitrites est un fait inconstant, dépendant directement de la présence et de la proportion de nitrates dans le milieu ; souvent on ne trouve pas de nitrites. Enfin, les symptômes de l’intoxica- Uüon par les nitrites sont réellement dissemblables et ne s'observent, du reste, qu'avec des proportions de ces sels beaucoup plus considérables que celles qui peuvent se rencontrer dans le contenu intestinal.
Il semble bien qu'il ne suffise pas de la pénétration du Vibrion actif dans l'intestin pour occasionner l'infection ; des conditions favorisantes paraissent nécessaires. On a beaucoup discuté sur ce point depuis longtemps et on a attribué une grande importance aux diarrhées prémonitoires, à action certainement prédisposante. Metschnikoff (2) fait jouer ici le plus grand rôle à la flore microbienne intestinale. Il a montré qu'il y av ait, à l'égard du Vibrion cholérique, des espèces microbiennes empêchantes, qui, en mélange, rendaient, dans les milieux, le développement du Vibrion cholérique difficile, pénible ou même impossible; d’autres, par contre, favorisantes, produisant des effets contraires,
Parmi les microbes empêchants, Metschnikoff (2) signale certains Bacilles liquéfiant fortement la gélatine, surtout le Bacille pPyocyanique, puis un coccusisolé de l'air, donnant des cultures blanches sur les milieux solides. Dans les cultures mixtes, ce coccus blanc empêche complètement le développement du Vibrion cholérique pendant les premiers jours; il commence à céder au bout d'un temps plus ou moins long, mais les colonies du Vibrion sont rares et minimes aux enviroris de celles du coceus, et montrent quantité de formes d'involution en massue, souvent avec bourgeons latéraux. Il signale aussi, comme ayant une action empêchante marquée, plusieurs Bacilles et un gros coccus qui se trouvent fréquemment dans l'intestin des cobayes. Nitsch (3) a trouvé dans l’air de Paris et de Versailles quelques coccus qui entravent le développement du Vibrion cholérique en cultures; il les nomme cocci anticholériques, admettant que, dans l'intestin de l'homme, ils seraient peut-être ire d'arrêter la pullulation du Vibrion cholérique. Choukéwitch (4) a vu qu'ils étaient sans action sur la production du choléra expérimental chez les jeunes lapins, et qu'en culture sur gélose leur action empêchante était bien temporaire.
Par contre, d’autres microbes montrent une action favorisante bien nette. Les cultures du Vibrion obtenues en mélange, en sorle de symbiose, sont beaucoup plus abondantes ; les colonies sont plus nombreuses autour de celles des autres microbes, indiquant une sorte de satellitisme. Metschnikoff signale plusieurs Bacilles donnant des colonies
{1) Eumerica, Münch. med. Wochenschr., n° 38, 1909, et n°58, 2 mai 1911. (2) Merscanixorr, Loc. cil., p. 618.
(3) Nirscu, Bull. de l'Acad. des se. de Cracovie, 1908.
(4) Caouxéwiren, Ann. de l’Inst. Pasteur, XXV, 1911, p. 433.
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colorées, ou incolores, des sarcines et des formes-levures désignées sous le nom de Torula, surtout celle qu'on nomme Torula blanche ; il a trouvé dans l'estomac, comme ayant cette action favorisante, des Sarcines, une Torula et un Bacille donnant pas mal d'acide lactique aux dépens du lactose. Beaucoup ne liquéfient pas la gélatine, surtout les T'orula, permettant ainsi d'isoler facilement les colonies satellites de V ibrion.
L'action est difficile à expliquer : il est, parmi ces microbes favorisants, des espèces qui liquéfient ou non, des espèces qui produisent de l’alcali ou d'autres qui déterminent une réaction acide.
Il est bien probable que les nombreux Vibrions, différents du Vibrion cholérique, qui ont été signalés dans les diarrhées prémonitoires, onl une action favorisante également.
On doit, en tout cas, admettre que le Vibrion cholérique est très sensible aux influences des microbes qui se trouvent en mélange avec lui.
/ RECHERCHE ET DIAGNOSTIC
Il y a quelques années, alors que les caractères du Spirille du choléra paraissaient bien fixés, le diagnostic de ce microbe passait pour être facile et offrir toutes les garanties de certitude désirables.
La découverte d'espèces similaires nombreuses, dans les milieux précisément auxquels on doit s'adresser, est venue compliquer singulièrement le problème. De plus, leur étude détaillée a montré qu'il ne devenait plus possible d'attribuer toute confiance aux caractères donnés comme différentiels. Les caractères microscopiques, les caractères des cultures sur gélatine, ceux des cultures dans les solutions de peptones, qui avaient paru si particuliers, ont dû être abandonnés les premiers comme ne pouvant plus fournir aucun élément de différenciation. La réaction du rouge de choléra et l’action pathogène sur le cobaye, regardées par Koch comme absolument caractéristiques, doivent recevoir aujourd'hui une signification beaucoup plus étendue et nullement spécifique au sens restreint du mot. Les réaclions biologiques, d'immunité particulièrement, ne peuvent plus êlre toujours regardées comme ayant une valeur absolue. On doit alors se convaincre que la diagnose exacte du Spirille du choléra devient une opération des plus délicates, nécessitant des précautions absolument minutieuses et des expériences tout à fait précises. [1 faut un ensemble de caractères bien établi pour emporter la conviction.
Très peu de temps après la découverte du Spirille du choléra par Koch, on a signalé la présence d’éspèces à caractères très voisins, dans certains milieux naturels où même dans l'organisme de l'homme en dehors de tout soupçon de choléra.
Miller (1) et Lewis (2) ont signalé la présence dans la salive et la carie dentaire d’une espèce similaire, le Spirillum spuligenum, qui. à l'encontre du Spirille du choléra, ne se cultive dans aucun des milieux habituels. Deneke (3) en a trouvé une dans du vieux fromage, le Spirillum
(1) Muxer, Kommafürmiger Bacillen an der Mundhühle (Deutsche med, Wochenschr. 1885, n°3).
(2) Lewis, The Lancet, 20 septembre 1881.
(3) Dexeke, Ueber ein neue der Choleraspirillen ähnliche Spaltpilz (Deutsche med. Wochenschr., 1885, n° 3).