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animaux d'expérience donne de très utiles indications. Souvent, pour asseoir convenablement une diagnose, dans les cas importants, il est nécessaire de recourir à la constatation de tous ces caractères; alors, les moindres détails peuvent servir, aucun n'est à négliger.
D'après ces données, on voit que l'analyse bactériologique complète d'une eau est à considérer comme un travail très long et des plus difficile. La détermination de toutes les espèces microbiennes qu'elle renferme peut exiger des mois et un nombre considérable de recherches.
Il faudrait, dans la plupart des cas, chercher à mettre en évidence les différents caractères qui peuvent servir à la diagnose, étudier la morphologie de chaque microbe isolé, les caractères de ses cultures sur les milieux propices, chercher à mettre en lumière des propriétés biologiques spéciales, utiliser par exemple l’action sur les sucres et voir s’il est un ferment lactique, butyrique ou autre, sur l'alcool, sur l’urée pour rechercher s'ilest ferment acétique ou ammoniacal; constater la production et les propriétés du pigment produit, s'il en forme ; déterminer la présence, dans les milieux de culture, de composés pouvant donner une réaction utilisable, l'indol par exemple, les mercaptans, l'hydrogène sulfuré, etc.; essayer les diverses réactions biologiques qui peuvent conduire à un renseignement; enfin, voir si l'inoculation à diverses espèces animales détermine des troubles appréciables.
C'est là un travail qui ne peut absolument pas passer dans la pratique courante, nécessilant surtout beaucoup trop de temps pour que l’on puisse songer à en utiliser les résultats au moment voulu. Ilest à réserver pour des.cas tout à fait exceptionnels, et encore, la grande majorité des espèces microbiennes que l'on peut isoler dans ces conditions n'ayant actuellement aucune signification précise, il peut être remplacé par la recherche de la présence d'une espèce ou d’un groupe d’espèces visées, à l’aide de méthodes spéciales dont les plus importantes vont être citées ci-après. Il faut, pour la pratique ordinaire, surtout celle des laboratoires où se font parfois sur une grande échelle de tels examens d’eaux, des méthodes plus rapides et plus faciles, qui puissent, en peu de temps, donner des résultats suffisants pour pouvoir étayer un Jugement, avec une approximation satisfaisante.
On a beaucoup combattu les données que peut fournir la simple numéralion des colonies; on a même voulu leur refuser toute importance. C'est à tort certainement. De telles données sont à prendre en grande considération, mais toutefois seulement dans des conditions bien précises. [l ne faut surtout pas que l’eau aitété modifiée en quoi que | ce soit par le transport ou par une stagnation prolongée dans des con- | ditions bien différentes de celles où elle se trouvait dans la nature. L'analyse doit être faite dans des conditions de prélèvement et de transport bien déterminées, qui seront exposées plus loin; c’est un point d’une extrême importance.
Le degré de souillure d’une eau, en mettant de côté quelques condiions où la stagnation est au premier rang, paraît bien être en rapport diréct avec le nombre des Bactéries qu'elle renferme.
Il faut cependant reconnaitre que ce n’est guère une seule numération, faite par OCCasion sur une eau qui n est | plus ensuite examinée à nouveau, qui peut être bien significative. Les résultats, obtenus ne peuvent pas être en réalité considérés comme une moyenne présentant
des garanties suffisantes. I existe souvent, suivant les conditions de lieu et de moment, de très grandes variations à ce point de vue, et alors l’une de ces variations, en plus ou en moins, pourra être prise pour un état moyen. Ce ne sont vraiment que des analyses répétées et suivies qui pourront donner des indications bien établies et déterminer, en dehors des variations momentanées, la contenance assez exacte de l'eau en microbes, sa véritable {eneur microbienne moyenne que nous avons pu constater même dans les eaux très exposées à être modifiées (p. 785). Pourune même eau, c'est seulement les numérations faites à intervalles rapprochés et régulièrement suivies qui fourniront des indications précises et permettront de trouver les causes de pollution.
Dans des cas particuliers, c’est la seule numération qui permet d'établir la régularité de la marche des filtres, surtout des filtres à grand débit, de saisir très tôt les modifications qui peuvent se produire dans leur fonctionnement, d’en régler véritablement la marche, De même pour toutes les autres méthodes de stérilisation ; c’est le seul moyen d’en suivre l'efficacité. Pour l’épuration des eaux souillées, c'est ‘encore le seul moyen de voir si le procédé employé agit bien efficacement et dans quelles proportions il détermine l'épuration cherchée.
D'un autre côté, 1l ne faut pas demander à un tel résultat plus qu'il ne peut donner. Seul, à part dans les cas qui viennent d'être cités, il n'a qu'une valeur relative. On en tire certainement quelque chose comme élément d'appréciation, mais il faut faire intervenir d'autres éléments, pouvant être d’un ordre très différent, renseignements fournis, par exemple, par l'analyse chimique et l'étude géologique des lieux, si on les possède, ou d'ordre semblable, constatation d'espèces microbiennes indicatrices à l’aide de méthodes spéciales. D'où l'importance de la diagnose de ces dernières espèces et au besoin de l'appréciation de la proportion où elles se trouvent dans le milieu. C'est là le but de l'analyse qualitative.
On peut certainement comparer les résultats que l’on peut tirer de l'indication seule du nombre des colonies microbiennes d'une eau à ceux que l’on obtient du chiffre, indiqué dans les analyses chimiques, des matières organiques. C’est un élément très important, quoique très vague, et 1l ne vient à l'idée de personne d'exiger, pour en tenir compte, que le chimiste donne la liste des différents constituants de cette donnée si complexe, ce qui serait assurément un problème des plus ardu.
Dans l'appréciation, on a voulu attribuer au nombre des espèces présentes une valeur plus grande qu'à la simple numération en bloc des colonies, un nombre assez élevé d'espèces devant comporter un pronostic plus défavorable qu'un nombre restreint, quel que soit le nombre des colonies. La chose peut être vraie dans certains cas, mais il ne semble pas qu’on puisse généraliser; il entre en jeu des conditions trop contingentes.
Les espèces dont il peut être important de reconnaître la présence appartiennent à des groupes très divers.
Ce sont, en général, des espèces d’une origine bien spéciale; c'est en cela qu'est surtout leur intérêt. Le plus souvent, par elles-mêmes, elles n'ont aucune importance ; mais leur présence démontre l'influence des conditions où elles se trouvent. Cette présence indique l'apport
à l’eau que l’on examine, de milieux ot elles vivent principalement. Il
en est qui sont les agents spécifiques d’affections déterminées qui, lorsqu'on les constate, montrent bien l’action que l’eau qui les renferme peut exercer dans la transmission de la AC IE. Ce sont là des points du plus haut intérêt pratique.
Au tout premier rang viennent les Bactérie qui proviennent du contenu intestinal de Phomme ou des animaux supérieurs. D'abord le Colibacille dont l'origine intestinale apparaît comme si évidente (p. 186) que sa présence doit être considérée comme une véritable indication de souillure par les matières fécales, souillure directe ou indirecte, prochaine ou éloignée, c’est vrai, mais bien évidente quand même. À côté du Colibacille, doivent se placer d’autres espèces très voisines, du même groupe, ayant même origine et de même signification, mais à action plus spéciale et peut-être moins répandues : le Bacille lyphique et les Bacilles paralyphiques d’abord, le Bacillus fæcalis alcaligenes à un bon rang de valeur, le Bacillus laclis aerogenes, le Pneumobacille, le Bacille pyocyanique ; puis un Sireplocoque que j'ai
signalé depuis longtemps comme d'origine intestinale et qui a peut-être des rapports étroits avec l'Entérocoque (I, p. 490); ce sont aussi des
Bacilles thermophiles, au moins très abondants dans les matières fécales
d'hommes ou d'animaux ; enfin des anaérobies, le Bacillus enterilidis sporogenes et autres, qui semblent bien, ou exclusivement ou principalement, des habitants du contenu intestinal à l’état normal ou à l'état pathologique. De telles espèces indiquent l'apport à l’eau de matières de provenance fécaloïde, fèces, urines, purins, eaux d’égout, eaux de lavage, etc. Elles importent extrêmement, à ce point de vue indicatif
d’abord, puis aussi parce que parmi elles se trouvent des espèces.
pathogènes dangereuses.
On doit attribuer une bonne valeur aux espèces bactériennes qui
sont regardées comme très actives, peut-être caractéristiques, dans les.
décompositions putrides, putréfactions des matières animales ou végétales, les premières surtout. Ces putréfactions sont certainement sous. la dépendance d'espèces variées, aérobies ou anaérobies, dont la présence, non pas simplement individuelle qui peut provenir d’un accident fréquent, mais en certaine quantité, est l'indication d’apports
de produits subissant Paltération indiquée. Parmi les espèces aérobies
de cette nature, on peut compter les Proteus vulgaris, Proteus mirabilis, Bacillus Zopfi, Bacillus fluorescens putridus, en première ligne; en seconde ligne, à indication moins nette, Bacillus fluorescens liquefaciens, Bacillus violaceus, Bacillus prodigiosus, et probablement Bacillus chlororaphis et le Bacille polychrome. 1 est des anaérobies qui rentrent certainement dans celte catégorie; le Bacillus putrificus, le Bacillus gracilis pulidus sont bien probablement de ceux-là ; la difficulté des diagnoses exactes de telles espèces peut expliquer qu'elles. n'ont pas encore élé signalées jusqu'ici.
Viennent ensuite les espèces caractéristiques de diverses fermentations de matières organiques, surtout des hydrates de carbone, les ferments lacliques, ferments bulyriques, ferments acéliques, divers Tyrothrix, les espèces du type Bacillus viscosus, puis avec elles, poussant également bien dans les mêmes cultures, diverses formes de Levures, Oidium, Torula, Monilia, Leptomitus, des Mucédinées variées.
Les espèces pathogènes proprement dites doivent à un haut point
retenir l'attention, lorsqu'on peut reconnaître leur présence et bien les caractériser. On peut citer ici les S/aphylocoques pyogènes, le Bacillus enterilidis sporogenes, le Vibrion seplique, le Bacille du tétanos; d’une facon plus réservée le Bacille de la tuberculose et le PBacille de la diphtérie, Puis le Bacille typhique, le Colibacille, les Bacilles paratyphiques, le Bacille pyocyanique qui ont déjà été cités plus haut; le Spirille du choléra et les Vibrions cholérigènes. Aussi le Bacille du rouget du porc et le Bacille de la septicémie de la souris, le Bacille du choléra des poules et ceux de diverses pasleurelloses, les Bacilles de la septicémie gangreneuse de la grenouille, des pestes des poissons, de la peste des écrevisses.
Le sol abandonne facilement aux eaux qui ont contact avec lui les nombreuses espèces qu'il renferme. Il en est qui se rencontrent habituellement dans la terre, surtout la terre cultivée. Certaines semblent assez spéciales, agents importants sans doute des processus biologiques qui se passent dans ce milieu. Leur présence dans l'eau indique un contact du sol, suivi d'une épuration ultérieure insuffisante; ce qui s’observe dans les eaux de superficie, de drainage, eaux insuffisamment filtrées par passage dans des terrains de texture convenable. C'est surtout le Bacillus mycoides el une série d'espèces voisines dont les colonies ,sur gélatine offrent l’aspect. mycoïde, Bacillus radicosus, Bacillus anthracoides, Bacillus nubilus, Bacillus impleæus, Bacillus arborescens, espèces qui paraissent surtout très abondantes dans les terres arables ; c’est principalement diverses espèces de Cladothrix, surtout Cladoehr ix chromogenes ; c'est les Bacilles thermophiles, très fréquents dans les sols fumés, venant des matières intestinales. Les Nifrobactéries, les Azotobacler sont aussi dans ce cas.
Les eaux d'égout, eaux-vannes, indépendamment surtout des espèces d'origine fécale citées plus haut, apportent encore le Bacillus ureæ, le Bacillus sulfhydrogenus, le Bacillus cloacæ, des Bacilles thermophiles, des Leplomilus, des Beggialoa ou Sulfuraires.
La diagnose de ces espèces peut se faire souvent en partant des colonies des cultures sur plaques, isolant ces colonies et les cultivant sur les milieux divers, où l'on peut alors constater les caractères qui permettent d'arriver à une détermination. Mais cette manière de faire est très longue et très difficile. Pour certaines d’entre elles, des études très poussées ont démontré qu'il éteit possible, en usant de conditions et de milieux spéciaux mettant à profit des particularités de leur développement et se montrant au contraire peu favorables ou défavorables au développement de la plupart des autres qui peuvent se trouver en mélange, d'arriver plus facilement et beaucoup plus vite à constater leur présence et pouvoir les isoler.